‹ Traité des arts céramiques (volume 2)Chapitre 239 sur 261 · ÉGYPTE, MATTES ET LUSTRÉES · texte numérisé non relu

ÉGYPTE, MATTES ET LUSTRÉES

Dans les catacombes, ces tableaux, ces figures et ces opérations sont représentés plusieurs fois avec quelques modifications 5 j’ai choisi celles qui m’ont paru suffisantes pour établir cette curieuse et intéressante analogie entre la fabrication céramique de la Poterie en Égypte, il y a au moins 3,5oo ans, et celle que pratiquent nos Potiers des campagnes.

Après avoir fait connaître , autant qu’il était en moi, la matière des Poteries de l’ancienne Égypte et leur mode de fabrication , je dois ajouter quelques mots sur leur emploi.

Tous les écrivains conviennent que la civilisation de l’Égypte est très-ancienne , et les écrivains sacrés vont jusqu’à dire que 5oo ans avant l’émigration de Jacob, environ 2,000 ans avant J.-C., le royaume d’Égypte, en grande prospérité, renfermait les plus habiles Potiers du monde connu.

On leur attribue, et peut-être avec quelque raison , l’idée d’avoir revêtu d’une glaçure vitrifiée certaines Poteries trop perméables pour contenir des liquides. Je viens d’examiner cette question , j’y reviendrai dans une autre occasion.

Il paraît cependant que ces Poteries étaient peu d’usage dans les repas , ou au moins dans ceux des hommes riches qui préféraient la vaisselle de métal. En effet, les Poteries inattes ne pouvaient avoir aucun usage de luxe , et les Poteries vernissées en glaçure bleu de cuivre ne pouvaient en avoir qu’un dangereux; car, comme je l’ai dit, cette belle glaçure est tellement attaquable que les pièces de nos collections ont la plupart une saveur salée lorsqu’on les passe sur la langue.

Ainsi , dans les descriptions des cuisines et d’un repas égyptien , on cite peu de pièces de terre cuite; cependant on parle ailleurs d’une sorte de buffet chargé de plats et d’assiettes en Poterie d’une forme élégante (Wilkinson). C’était probablement des pièces à glaçure bleue qui étaient placées comme ornements dans ces sortes de dressoirs, ainsi qu’on le pratiquait au xviu siècle pour la faïence de Bernard Palissy.

Mais un usage tout particulier au pays était d’employer les vases que l’on transportait de la haute Égypte, où se trouvait la fabrication de Poterie la plus active, dans l’Égypte inférieure, non pas comme lest aux bateaux, mais, au contraire, comme

soutien. Les bateliers attachaient la Poterie aux radeaux qui descendaient le Nil. Arrivés dans le Delta, ils défaisaient ces radeaux , et les pièces creuses qui les composaient étaient livrées à la consommation soit de l’Égypte inférieure, soit des pays européens avec lesquels les Potiers de la haute Égypte avaient des relations de commerce. (Nordeh.)

Coptos était renommé par ses nombreux ateliers de Potiers , mais surtout pour les vases à rafraîchir dont je parlerai ailleurs , parce que les environs de cette ville fournissaient une argile trèspropre à la fabrication des Poteries de cette sorte.

Il paraîtrait donc que la fabrication moderne a succédé presque sans interruption à la fabrication ancienne. Cela peut être ainsi pour les formes et la nature des Poteries , mais cette continuité ne peut s’admettre pour les procédés de fabrication tant mécanique que chimique , ainsi qu’on va le voir.

J.-C. Wilkinson avait déjà remarqué que les Poteries de l’ancienne Égypte ressemblaient beaucoup par leur forme à celle de l’Égypte moderne 5 mais il fait également remarquer la différence qui se trouve entre les formes et le façonnage des Poteries d’usage populaire et ces mêmes qualités dans les vases riches.

Les Potiers de l’Égypte moderne ne font généralement que de la Poterie matte (sauf quelques exceptions). Ils tirent leur argile ( eltjn ) des plaines contiguës à la vallée 1 de l’Égarement , près des villages D’el bacâtyn et Deyr el tyn ou de l’argile. C’est un sol d’alluvion résultant des dépôts du Nil. Il faut que l’inondation ait séjourné deux fois sur ' le sol pour y former de bonne argile ; c’est ce que nous ap- < pelons le limon du Nil (‘). On laisse cette terre, mêlée naturellement de beaucoup de sable , dans des fosses pour se pourrir-, elle est ensuite marchée, pétrie et battue, préparation universelle de façonnage.

Les pièces soignées et de luxe, telles que les fourneaux ou têtes de pipes , sont faites en argile rougeâtre fine , qui doit venir d’un autre lieu; la description de l’Égypte ne nous le fait pas connaître.

(') Voyez-en les caractères Tableau n® V, A ,n® r>5.

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