‹ Traité des arts céramiques (volume 2)Chapitre 249 sur 261 · LUSTRES · texte numérisé non relu

LUSTRES

Lustre noir d’un vase campanien qui écaillait. . .

Lustre noir, qui écaillait, d’un vase bien glacé.

Les analyses des pâtes ont été faites sur des échantillons soigneusement dépouillés de leur lustre. Les deux premières analyses et la dernière sont de M. Buisson, les autres sont de M. Salvétat.

Ce tableau nous fournit les moyens de comparer les compositions de la pâte des Poteries campaniennes avec celles des Poteries étrusques noires dont nous avons donné l’analyse à l’article de ces Poteries (p. 4*4) et d’en tirer d’assez bons caractères que les archéologues pourraient peut-être employer pour distinguer ces deux Poteries quelquefois si semblables extérieurement, et cependant si différentes essentiellement.

(*) Les analyses ont été faites sur des poudres chauffées au rouge. <*) La pâte de ce vase était rouge avec lustre noir très-épais.

(3) Plus 17,10 d’alcali.

(k) Avec traces de cuivre ; les autres éléments n’ont pas été dosé».

Ainsi , la pâte des Poteries campaniennes contient moins de silice, plus d’alumine, plus de chaux, plus d’oxyde de fer, moins de magnésie , que celle des Poteries étrusques. La première a été cuite à une assez haute température ; l’autre est crue ou cuite à une très-douce chaleur ; elle est colorée par une matière charbonneuse qui se détruit à une température rouge sombre. Alors' elle devient rouge comme la pâte des Poteries campaniennes. L’analyse fait voir qu’elles ne sont pas faites avec la même argile. Le lustre des Poteries campaniennes doit sa couleur rouge au fer ; quelques-unes à lustre noir contiennent du manganèse qui n’y est pas accidentel. La fusibilité de ce lustre est due à la présence d’un silicate alcalin.

Traitée par les acides , aucune de ces Poteries ne fait effervescence. La chaux n’y est pas à l’état de carbonate: elle a peut-être été introduite à l’état de silicate dans les Poteries étrusques qui en renferment au plus 3, 95 pour 100, tandis qu’elle a probablement été introduite avec les marnes dans les Poteries campaniennes. Peut-être est-ce à l’état de chaux hydraulique.

Sous l’influence des acides bouillants les vases étrusques et campaniens abandonnent de l’alumine et de l’oxyde de fer. L’acide sulfurique les attaque promptement 5 l’acide nitrique mêlé à l’acide hydrochlorique leur enlève une forte proportion d’alumine et d’oxyde de fer, surtout aux vases étrusques à pâte noire qui résistent moins bien à ces dissolvants.

La pâte des vases étrusques' passée au dégourdi, perd sa couleur noire due à une matière charbonneuse et acquiert plus de dureté , en même temps qu’elle prend un peu de retraite. Au grand feu, elle fond en masse opaque, boursouflée, brun rouge.

La pâte des vases campaniens passée au grand feu fond complètement et se liquéfie en émail brun jaunâtre à surface brun foncé, non métalloïde.

M. Salvétat, sur le désir que je lui ai manifesté de connaître enfin par des analyses raisonnées et plus persévérantes, la nature des glaçures . des Poteries grecques, et sur les questions que je lui ai posées avec que ques développements, est arrivé par des expériences dont j’ai consignées résultats dans le tableau précédent, à donner la théorie de ces glaçures

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et à la prouver par la synthèse. J’ai pensé que ces expériences, ces résultats et cette théorie pourraient intéresser les archéologues et les chimistes en faisant connaître aux premiers la nature des glaçures des vases grecs, et aux seconds, des verres silico-ferrugineux et manganésiens dont on s’est généralement peu occupé.

Lorsqu’on soumet des fragments de vases grecs avec leur lustre jaune ou noir à l’action de la potasse caustique et fondue , la décomposition du vernis est prompte ; si on reprend par l’eau , et qu’on sature l’excès de potasse par de l’acide nitrique, la liqueur soumise aux réactions convenables décèle les principes colorants du lustre noir, consistant en oxyde de fer et en oxyde de manganèse ; ce sont les éléments indispensables.

La composition de ce lustre , telle qu’elle se présente à l’analyse , offre beaucoup d’analogie avec celle des verres ; ses autres propriétés remarquables ajoutent encore à cette ressemblance.

Soumis , comme nous l’avait déjà appris M. le duc de Luynes , dans une note qu’il voulut bien me remettre en 1843 , à l’action des acides même les plus énergiques, tels que l’acide sulfurique bouillant , L’eau régale également bouillante , il ne subit aucune altération ; les alcalis à l’état de concentration ordinaire ne l’attaquent pas non plus ; mais, comme on vient de le dire, la potasse caustique en fusion, sous l’influence d’une haute température , le dissout complètement et met à nu la terre rouge sur laquelle il est appliqué.

Le verre soumis aux mêmes essais donne les mêmes résultats.

Lorsqu’on fait chauffer un fragment de cette Poterie recouverte de son lustre noir, et qu’on projette dessus un petit fragmentde potasse solide, la potasse fond , dissout une partie du lustre, tandis que l’autre se détache en éclats qu’il est facile de garantir de l’action postérieure de l'alcali en jetant le tout dans l’eau froide. Les éclats se retrouvent au fond du vase.

Ces éclats sont minces , d’une assez grande densité, attirables à l’aimant ainsi que nous l’avait annoncé M. le duc de Luynes; vus au microscope, ils sont moitié vitreux , moitié opaques et, comme le lustre essayé sur les tessons , difficilement fusibles au chalumeau dans le borax; cependant, à la longue ils finissent par disparaître. L’expérience répétée à différentes reprises sur des fragments différents , a donné des éclats d’une fusibilité très-variée , quand on les soumettait seuls à l’intensité de chaleur donnée par le chalumeau ; la plupart ont paru à peu près infusibles.

Le caractère de l’infusibilité de ce vernis ferait rejeter au premier abord la composition que M. Salvétat lui assigne. Mais, dit-il, lorsqu’on prend en considération les modifications qu’ont pu subir ces lustres depuis qu’ils sont sortis des mains du Potier, si l’on pense qu’ils sont restés pendant des siècles abandonnés dans des lieux humides , où se trouvaient réunies toutes les conditions les plus avantageuses pour opérer une altération analogue à la dévitrification , on trouve déjà une première cause à celle infusibilité ; si enfin l’on ajoute que la composition

du vernis a dû nécessairement être modifiée par son contact avec la terre siliceuse sur laquelle il est appliqué, surtout à la température de sa fusion , on comprendra qu’il ait perdu beaucoup de sa fusibilité en devenant moins alcalin, et par conséquent moins altérable. La glaçure au selmarin offre le même mode de décomposition.

La glaçure noire exposée à la température du dégourdi des fours à porcelaine pendant toute la durée de la cuisson , devient parfaitement rouge, la couleur de l’oxyde de manganèse disparaît. L’état d’oxydation du manganèse change probablement. L’oxygène paraît en effet jouer un rôle important dans ce changement de coloration; la couleur noire persiste quand on met le tesson dans un creuset rempli de charbon : elle disparaît toujours quand on remplace le charbon par du peroxyde de manganèse ou du chlorate de potasse et qu’on lute le couvercle du creuset.

Cette influence destructive de l’oxygène semble indiquer la nécessité pour la réussite des pièces noires, d’une atmosphère rèductive dans le four où se cuisaient ces Poteries. Cette condition explique d une manière assez satisfaisante ces tons si différents , ces nuances si variées qu’on rencontre dans le vernis noir souvent sur une même pièce 0).

Les vases dont le lustre est complètement rouge , et qui par leur forme, leurs ornements, leur mode de façonnage se rapportent évidemment à la fabrication italo-grecque ne sont pas cependant toujours des vases complètement manqués. Les Grecs connaissaient bien les deux lustres, le rouge et le noir; on en trouve une preuve dans certaines coupes qui présentent à l’intérieur des zones concentriques alternant en

rouge et en noir.

Comme ornements sur les fonds noirs , on trouve des retouches en blanc et en rouge de différentes nuances. Ces retouches sont faites trèssimplement, les blanches avec une argile blanche , les rouges avec des ocres appliquées sans fondant sur le vernis qui, par sa fusion, les a fait adhérer , comme il est facile de s’en convaincre en grattant ces retouches; les places qu’elles occupaient sur le vase sont noires, mais elles ne brillent pas ; deux de ces terres blanches empruntées à des vases différents ont donné des compositions différentes.

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