I. IL
Silice. . • .
Alumine. .
Chaux. .
Fer oxydé
traces.
Les retouches en rouge n’ont pas été soumises à l'analyse quantitative; l’analyse qualitative n’y décelant que fort peu de silice.
(«) On cite et j’ai vu des vases grecs à fond noir qui sont nuancés tic verdâtre, de jaune sale et de rouge comme ce qu’on appelle de l’écaille.
554 POTERIES TENDRES, FINES
A côté de ces retouches en saillies et mattes, sur le lustre noir, on en trouve quelquefois d’autres glacées de couleurs rouges variées, appliquées seulement sur les figures réservées en rouge dans le fond noir ; elles sont de même nature que le vernis rouge lui-même, la nuance seule de l’oxyde de fer est différente (‘).
Tels sont les résultats que l’analyse et l’observation ont fournis sur les lustres des vases grecs , et que M. Salvétat a pu confirmer par synthèse.
Pour obtenir un fondant convenable , on prend :
Carbonate de soude fondu . 48 parties.
Sable d’Étampes tamisé . 53 »
Craie lavée . 5 »
On fond à une chaleur très-intense dans un bon fourneau à vent.
Cette matière pulvérisée , appliquée mince sur la pâte des vases grecs, se glace très-bien.
Pour avoir un vernis plus fusible pouvant glacer après l'addition d’un mélange intime de parties égales d’oxyde de manganèse et d’oxyde de fer , on prend :
Carbonate de soude fondu . 48 parties.
Sable d’Étampes tamisé . ; . 40 »
Craie . 12 »
On fond comme précédemment; et on obtient une masse qui, broyée avec des quantités variables du mélange d’oxyde de fer et de manganèse , a donné des noirs de tons variés, et bien glacés. La température de la cuisson de ce lustre est à peu près celle de la fusion de l’or fin.
Les vernis ainsi composés sont éminemment alcalins ; cependant quand ils sont appliqués, ils résistent comme les vernis anciens aux mêmes influences; il est probable que l’excès d’alcali pénètre un peu dans la pâte elle-même. La chaux qui se trouve dans les deux lustres , facilite sans doute cette cémentation.
La glaçure noire écaille quelquefois. J’en ai vu des exemples sur deux beaux vases de Cumes de la collection Durand.
Façonnage. — Le façonnage de ces Poteries est souvent et en tout très-parfait et très-soigné ; toutes les pièces que j’ai vues et qui peuvent être rapportées aux Poteries campahiennes , et on sait qu’elles sont en nombre immense , ont été tournées et tournées avec un soin , une délicatesse et une recherche admirables , au point que le dessous des pieds de certains vases présente des
(*) Le*Muséc céramique possède un fond de coupe ayant une tête au centre, dont les yeux sont d’un rouge brun glacé.
moulures très-peu saillantes , tournées avec une grande pureté. On sait que pour tourner les pieds en dessous d’une pièce quelconque il faut la renverser et maintenir sa partie supérieure dans un mandrin , opération assez difficile sur des pièces de Poteries crues , aussi minces , aussi délicates , par conséquent aussi fragiles qu’étaient les vases campaniens avant d’être cuits.
Des instruments semblables à nos molettes et à nos cachets ont souvent été employés pour former des ornements comme gravés sur différentes parties de ces vases. La ressemblance de ces ornements et la manière dont ils sont comme estampés sur la pièce, ne laissent aucun doute sur ce mode de fabrication, que Caylus avait déjà supposé.
Des côtes arrondies et des godrons délicats , mais prononcés avec fermeté , ornent le corps de beaucoup de pièces, leur irrégularité prouve qu’ils ont été faits à l’outil et non au tour sur la pièce encore fraîche ; leur obliquité sur le pied de la pièce , due à la retraite en spirale qu’elle a prise en cuisant, prouve qu’ils n’ont pas été faits dans un moule.
Les garnitures , anses , becs, sont en général simples. Les anses présentent souvent des méplats tellement sentis et réguliers qu’ils sembleraient avoir été faits à la fdière , mais cela n’est pas probable ; il est plus vraisemblable que la partie un peu bombée de l’anse, qui fait ordinairement sa partie supérieure, était donnée par une sorte de rigole creusée dans une pâte à mouler, et que c’était dans cette sorte de rigole que le Potier moulait un long et plat colombin } il l’enlevait de cette rigole avec le fil de laiton , le coupait en morceaux d’une longueur appropriée à celle de l’anse , puis courbée ensuite elle était attachée à la pièce par ses deux extrémités, comme est l’anse de la pièce figurée PI. xxxiii ijig- 3 , et Musée céramique, PL xxv, fig. i4î des côtes peu saillantes , parallèles aux bords ou en torsade , allégissent les anses sans leur ôter la solidité qui leur est nécessaire. Les collages sont proprement et solidement faits. On conçoit qu on trouve et surtout qu'on transporte encore plus de fragments de vases brisés que de vases entiers , les anses et les becs saillants sont les parties les plus altérables 5 or, on remarquera qu on voit plus de becs et d’anses cassés que décollés , ce qui indique un
556 POTERIES TENDRES, FINES
collage solide de ces garnitures sur le corps des pièces. Il n’en est pas tout à fait de même des pieds qui sont assez souvent séparés du corps des vases , et qui laissent voir sur le plan du collage le chiquetage qui avait servi à recevoir la barbotine.
La plupart de ces vases ont été ébauchés d’une seule pièce , mais quand ce mode de façonnage n’était pas praticable, soit en raison de la forme de la pièce, soit en raison de sa grandeur, le collage des pièces est en général si exact et si parfait, qu’il est trèsdifficile d’en découvrir les traces , et par conséquent de déterminer avec certitude le mode de façonnage.
Quelques vases sont sans fond et ouverts de part en part , ce qui prouve qu’ils n’étaient considérés que comme de simples ornements. Il y a des vases qui semblent destinés plus que les autres à être ainsi percés, tels sont ceux qu’on a figurés Mus. céram., PI. xxvii,/%. 3.
La forme ronde est tout à fait dominante ; les formes ovales , contournées , ou à plusieurs pans , sont au contraire très-rares ; elles ne se présentent que sur des espèces de vases en forme d’outre (Mus. céram., PL xxv,/?g\ 8), sur des canards, des osselets, sur quelques vases imitant des nacelles et nommés Scaph a. Ces pièces et les figures des rhytons sont moulées en deux coquilles.
Quelques pièces godronnées ou à côtes fines , ayant à peu près la forme de nos théières et de nos pots à crème , ont des couvercles qui sont ajustés par le procédé que nous appelons à baïonnette, de manière à ne pas tomber lorsqu’on verse la liqueur. (PL xxxm,y%. 6, A et B.)
Les anses sont attachées comme on les place encore actuellement 5 mais on voit par l’attention qu’ont mise les Anciens à représenter cette opération sur des pierres gravées (*) quelle importance ils y attachaient.
Caylus émet sur le mode de façonnage de ces vases quelques opinions que nous pouvons regarder comme très-admissibles.
Les terres , probablement de deux sortes , les blanches et les
(') Fases antiques par Dobois de Maisonneuve , 1808, t. I, frontispice tiré (l’une cornaline gravée en entaille.
On voit un Potier assis attachant une anse à un vase nommé D i o t a , devant lui est le petit four ou moufle pour cuire ce vase.
noires, et très-certainement marneuses (voyez les analyses, p. 55o), devaient être choisies et lavées avec soin. Les vases étant façonnés et tout à fait terminés, on devait leur donner une première et légère cuisson , après laquelle on mettait la fine glaçure qu’on y voit tantôt rouge pâle et tantôt noire. On faisait les figures et les ornements rouges en enlevant la couleur noire par grattage pour faire reparaître le fond rouge -, puis probablement on mettait les fonds ou rehauts rouges et blancs, qui, à base argileuse, restaient mats et étaient peu adhérents. Caylus croit qu’ils n’étaient pas cuits; mais leur adhérence, quoique faible, ne pourrait résulter, dans l’état où ces rehauts se sont conservés , que de l’action du feu. D’ailleurs la place matte qu’ils laissent sur le vase confirme cette action.
Il y a parmi les Poteries grecques, campaniennes , des pièces qui par leur forme et leur destination , présentent à l’ouvrier moderne le plus habile , des espèces de problèmes de fabrication qu’il est curieux de résoudre, non par des explications, mais par la pratique. Je l’ai donc mise en usage pour certaines pièces qui m’ont paru d’une construction plus difficile à saisir que les autres. M. Régnier, chef de cette partie à la manufacture de Sèvres , a fabriqué sous mes yeux, avec une pâte plus plastique que la pâte de porcelaine ordinaire, plusieurs de ces pièces et je vais en faire connaître les procédés.
Ce ne sont pas les plus grandes pièces qui exigent pour leur façonnage le génie industriel du Potier, et qui lui font chercher et trouver les meilleurs moyens d’exécution ; ce sont, au contraire, des pièces d’une petite dimension. Telles sont celles que j’ai choisies et dont je vais faire connaître la construction par une brève description aidée de figures.
1° Une sorte de petite Bouteille en forme de couronne , représentée PI. xxxi, fig. 10, dont les détails de construction sont donnés ci-contre et de l’autre part, n° 51.
Le tourneur, après avoir posé sa balle sur le rondeau de la tète du tour, l’aplatit, la creuse à son centre sans la percer, et relève le bord de cette sorte de galet en un assez fortbourrelet(a), n° 51, A. Il prend ensuite aux dépens du bord intérieur de ce bourrelet assez de pâte pour élever un canal (b), qu’il ouvre avec l’estèque jusqu’à gagner le rondeau de plâtre , pour faire la grande ouverture (b) de la couronne. Il courbe suffisamment en dehors, comme le montre la fi-
POTERIES TENDRES, FINES
gure (B), le bord du canal. Il reprend la pâte (a) qui reste du bourrelet , et, en l’amincissant, il élève lebord extérieur (ac), fig. C, du canal circulaire de la bouteille jusqu’à lui donner assez d’étendue pour que ce bord, coupé en biseau (c) , vienne en se rabattant s’appliquer exactement , sans faire de bavure (ce que prouve la coupe transversale de la bouteille ) , sur le bord également coupé a en biseau inverse du côté intérieur du canal , fig. D, côté qui , replié aussi, a donné la grande ouverture interne (o , fig. 10 , B ,
PI. xxxi) , de cette couronne. Le plus difficile est fait. L’eslèque donnant le contour à l’extérieur comme à l’intérieur, la pièce est finie. On a fait tout le travail , on a donné à la pièce toute la pureté de ses contours , sans tournassage , mais avec trois estèques , un pour l’extérieur et deux pour l’intérieur, le premier pour la concavité du côté
du centre (&) de la couronne, le second pour la courbe concave de la partie extérieure (a) de la couronne. Les garnitures se mettent comme à l’ordinaire. Il ne s'agit plus que du godronnage dont je parlerai plus bas.
2° Cette pièce est une Hydrieutriforme assez commune , souvent trèsvolumineuse chez les Grecs, n° 52. Une des plus petites est représentée PI. xxv, fig. 8, du Musée céramique. Elle semble ovale et cependant elle ne l’est pas. Elle a été tournée et non moulée. Voici comment on peut la faire et il est probable que le Potier grec n’a pas suivi une autre méthode.
Il ébauche et met à épaisseur une espèce de gobelet cylindrique B à bords plus ou moins élevés suivant la hauteur qu’il veut donner à ce vase utriforme. Lorsqu’il a atteint cette hauteur et pendant que la pièce est encore molle, il rapproche les deux bords ( aa ), qui s’allongent dans un sens en passant de la ligne courbe à la ligne droite. Il les colle l'un contre l’autre, et les déprime dans ^ leur milieu (a) de manière à produire la courbure concave ( b a c).
U pince, ferme et forme en pointe les commissures (ô) et (c) , mais il
ferme la commissure (b) et allonge et ouvre la commissure (c) pour y placer le goulot. On voit qu’on obtient cette forme par le tour et sans moulage.
Je ne parle pas du pied ni de l’anse. Cependant c’est pour cette anse que M. Régnier a employé le procédé du canal creusé dans une plaque de plâtre faisant les fonctions de moule.
3° C’est une de ces écuelles ou coupes à boire qu’on nomme cothon et qui servaientaux soldats pour boire sans trop de dégoûtl’eau troublequ’ils rencontraient dans leurs marches. Le rebord rentrant dans la coupe , PI. ïxxiii, fig. 1, A, B, C, ou se recourbant même en dedans comme dans la fig. 11 , A , B , C , PI. u , empêchait la vase de suivre l’eau dans la bouche.
Cette pièce (voir n° 50 , p. 549) devait s’ébaucher comme une jatte . mais en donnant à ses bords ( a ) une élévation propre à fournir l’étoffe nécessaire pour être repliés et même recourbés sur eux-mêmes, en un demi-canal, d’abord en (6), puis en (c) , n° 50, et comme on le voit dans la coupe de la fig. 11, PI. ii.
4° La petite pièce représentée PI. xxxm, fig. 6, et n° 49, p. 549, est un de ces petits ustensiles semblable à nos théières, et qui , comme celle de la fig. 6, PI. xxxi, etcelle de.la fig. 11, PI. xxv, del’atlas du M. cér., devait servir à faire des infusions. Elle présente dans son façonnage deux particularités : il faut d’abord ébaucher le corps (B) sens dessus dessous, et lui donner la forme à l’aide de deux eslèques, l’un (C) pour l’extérieur, et l’autre (D) pour l’intérieur. Le fond (A) s’ébauche , se finit à part et se colle immédiatement lorsque la pièce est encore flexible et très-impressionnable. On faisait les côtés ou godrons non pas dans un moule, non pas avec un tour à guillocher , que les anciens ne connaissaient pas, mais avec des estampilles en terre cuite ou en bois , simples , c’est-à-dire ne portant le canal que d'un seul godron, et qu’on appliqüait successivement l’un à côté de l’autre. Ce qui le prouve, c’est l’irrégularité de pose de ces estampilles et l’indication en dedans des mêmes godrons , montrant l’effet de la pression exercée avec l’estampille. C’est probablement là le principe de tous les godrons et grosses côtes dont beaucoup de vases grecs sont enrichis, dont quelques-uns sont représentés PI. ii, fig. 7; PI. xxxi, fig. 10, et dont le façonnage sur le tour vient d’être décrit (voir Mus. cér., PI. xxiv , fig. 3 , 4 , 5 , 8, 10 ; PI. xxv, fig. 1 , 2,3,9, 13 , 15, 16, etc.). Un couvercle à baïonnettes figuré en C,/iÿ.6,Pl. xxxm, complète la ressemblance de ce petit vase avec nos théières.
Cuisson. — J’ai déjà fait remarquer que ces Poteries avaient été cuites à basse température, et qu’elles n’étaient pas susceptibles par leur nature d’en recevoir une beaucoup plus élevée.
Je ne sache pas qu’on ait aucune notion exacte sur la forme des fours où on les faisait cuire. Quelques pierres gravées représentent bien un vase que le Potier va placer dans un petit four-
POTERIES TENDRES, FINES
neau ; mais ce fourneau ressemble plutôt à une moufle ou fourneau d’émailleur qu’à aucun four à Poteries.
Il paraît que , dans quelques cas , des vases grecs ont éprouvé cependant une plus forte température , on les appelle vases brûlés; de rouges qu’ils étaient ils sont devenus brun jaunâtre et gris cendré, les ornements noirs ont été presque effacés. On attribue cet état à deux causes : on suppose que ces vases ont été exposés à quelque incendie , ce qui est peu probable, car comment les retrouverait-on dans des tombeaux? Il est plus présumable, comme le pensent plusieurs antiquaires, qu’ils ont été exposés sur le bûcher où l’on brûlait le corps de celui qui les possédait ; d’autres , sans avoir été soumis à cette violente action d’un feu d’incendie , ont reçu dans le four et après les peintures, un feu trop fort et inégal. Lestons ont été altérés , modifiés par cette trop haute température; quelques parties rouges , probablement pénétrées de fumée , sont devenues noirâtres, quelques fonds ou couleurs noirs ont disparu en tout ou en partie. On voit au Musée royal une coupe qui est noire d’un côté et rougeâtre de l’autre. Il y a dans toutes les collections une multitude d’exemples de ces changements de couleurs ' par le feu, que nous avons tâché d’expliquer plus haut, p. 553. Je cite plus bas et à l’article des colorations deux exemples de ce genre d’altération.
Quelques vases présentent des déformations , des dépressions , des enfoncements môme, qui indiquent qu’ils ont été comprimés à l’état de mollesse. C’était très-probablement quand ils étaient encore crus, car leur pâte n’est pas susceptible de se ramollir comme la porcelaine, par une haute température, sans bouillonner ou se fendre.
La pâte des Poteries grecques , de quelque pays qu’elles soient, est toujours ou jaune très-pâle, tirant sur le grisâtre , c’est la couleur la plus ordinaire des vases de la Grèce proprement dite et des colonies grecques hors l’Italie (‘); ou rougeâtre briqueté pâle et sale. C’est généralement le ton des Poteries campaniennes.
P) C’est la couleur de la coupe si intéressante dite d’Arcésilas, PI. xxxm, fi g. 2.
Couleurs et colorations. — Les vases grecs et surtout les cam * paniens présentent trois couleurs de fond glacées , le rouge pâle briqueté, le noir pur et le brun.
Le rougeâtre briqueté sale , mais harmonieux , est ordinairement la couleur de la pâte , tantôt avivée par un simple polissage donné par le tourneur sur la pièce crue et finie ; tantôt par un vernis très-mince , probablement sans couleur , mais exaltant la couleur de la pâte , ou même par un lustre coloré en rouge comme celui des Romains (‘). Le Musée de Sèvres possède une coupe simple ou écuelle sans anse venant de la collection Durand, dont l’intérieur offre ce beau lustre rouge un peu laqueux; l’extérieur est noir.
Sur ce vernis ou sur la pâte immédiatement , est placée la couleur noire, tantôt en linéaments, tantôt en ornements larges, et tantôt en fond.
Ce fond étendu sur tout l’extérieur du vase , quelquefois dans tout l’intérieur (PI. xxxi, j%. 3), fait croire que ces vases campaniens sont en pâte noire, et tend à les faire confondre avec les vases étrusques ; mais en les cassant ou en grattant le noir on fait paraître la couleur rougeâtre de la pâte.
Ce noir est très-brillant et n’a pas de crudité-, il passe quelquefois au bronze ou lustre métalloïde comme s’il était fait de graphite (3), et probablement par cette sorte d’altération que les peintres sur Porcelaine appellent empoisonnement, et qu’ils attribuent à un feu chargé de fumée, qu’ils nomment impur; le Musée de Sèvres possède un petit vase forme de théière (PI. xxxm , /%. 6) qui présente cette couleur.
C’est le. s e c o n d fond de couleur des vases grecs , il se modifie encore en brun marron lorsque étant très-mince il laisse paraître en totalité ou par parties des nuances rougeâtres
(») M. le chanoine A deJoRio, qui a publié un opuscule sur la méthode de peindre les vases antiques ( Naples , 1813) , a émis cette même opinion au sujet u lustre jaune rougeâtre.
(*) On voit, tant au Musée qu’à la Bibliothèque royale, plusieurs vases présentant cet enduit ou lustre métalloïde noir.
dues au fond rouge qui est au-dessous de lui , ou en vert olivâtre très-glacé lorsqu’ayant eu trop de feu , ce noir a été ou détruit ou modifié , soit dans cette couleur, soit en brun > soit même en rouge, comme on le voit sur plusieurs pièces du Musée céramique de Sèvres, et notamment sur une Hydrre,n°74, extrêmement altérée à la cuisson, qui présente toutes ces nuances.
Ayant considéré ces couleurs comme des glaçures ou lustres , j’en ai déjà parlé plus haut et j’en ai fait connaître là composition d’après les travaux des chimistes que j’ai cités à la page 552.
Je considère maintenant les couleurs peu nombreuses, toujours mattes , dont les Grecs se sont servis comme moyen de varier les couleurs des ornements, figures, vêtements, placés sur leurs vases , et qu’ils ont rarement employées comme fond et jamais comme glaçure. ilxift
Ces couleurs ont été appliquées , tantôt pour donner aux ornements , draperies et ajustements des tons très-differents de celui du fond et des figures , tantôt seulement en rehauts. Ces couleurs minérales et inattaquables par le feu sont peu nombreuses, ce sont encore le noir précédent, par conséquent glacé, mais ici employé pour peindre sur les fonds rouges des ornements et des figures (PI. xxxi, fig. 9, PI. xxxn,
Le r 0 u g e p à 1 e en ornements ou figures résultant des réserves sur le fond noir, mais nullement d’une nouvelle couleur appliquée.
Je dis d’une réserve ou rechampis, et non d’un grattage sur le fond noir comme nous le ferions , et peut-être aussi comme on l’a fait. Je pourrais donner beaucoup d’exemples et de preuves de ce procédé, qui est au reste généralement admis comme celui quia été employé par les Grecs; mais je me borne à en citer un des plus authentiques que le Musée céramique de Sèvres possède : c’est un fragment de coupe sur lequel le peintre semble avoir essayé l’exécution de son sujet , en commençant le rechampissage en noir de deux figures tracées sur le fond rougeâtre de
(») Et Musée cèram Pi. xxvr, fig. /, et 13 , et PI. xxvn, fig. to.
la coupe (voir cicontre le n°53)(')
D’ailleurs, en regardant à contre-jour les contours des figures rouges sur fond noir de certains vases grecs , on voit distinctement le trait noir de rechampissage qui a servi à tracer les contours de ces figures, et qui a été recouvert par le fond noir général. 11 y a au Musée royal un vase qui paraît avoir eu trop de feu , le fond noir mis plus mince entre les figures et avec moins de soins, a été détruit par le feu; mais celui qui approchait des figures et qui a dû avoir été posé avec plus de soin et plus d’épaisseur, est resté presque intact.
Les figures et ornements noirs que f on voit sur le fond blanc ont été faits autrement; c’est par le procédé du grattage du blanc : je vais y revenir.
Les autres couleurs mises presque toujours en r e h a u t sur le rouge ou sur le noir et presque toutes mattes, doivent être regardées comme de la nature de ce qu’on appelle des e n g o b e s , qui sont ordinairement des argiles et des ocres. Elles sont peu nombreuses et sans éclat. Ce sont :
Le rouge de brique et le rougeviolâtre plus ou moins foncé , employé en linéaments , rehauts d ornements ou parties soit de vêtements , soit d ajustements , auxquelles on voulait donner une couleur particulière.
Dans la coupe d’Arcésilas, PI. xxxm, fig. 2, on voit cette couleur employée dans diverses parties des vêtements, des oiseaux , etc. , peints sur cette coupe.
Cette couleur est constamment faite avec du peroxyde de fer plus ou moins bien préparé par la calcination et plus ou moins étendu d’argile. Elle est toujours matte et fixée sur le lustre
(') Le Musée de Sèvres doit cette pièce instructive à M. Dubois.
POTEKIES TENDRES, FINES.
noir par la fusion de ce dernier. Les exemples en sont nombreux (*).
Le j a u n e est une couleur assez remarquable; il est toujours glacé , tantôt employé mince , pour tracer des fdets ou des contours ; tantôt employé épais , il est alors en retouche comme pour faire tourner certaines parties peintes en blanc , telles que des feuilles de lierre sur certaines hydries , ou parfois des perles , des pois, de petits culots, etc. Il a un ton de jaune pur tout à fait semblable à celui qu’on appelle jaune de Naples et qui est composé , ainsi qu’on le sait , d’antimoine et de plomb ; mais il est rare, toujours en petites parties peu épaisses; je n’en connais pas encore d’analyse ; il a l’air d’avoir reçu le corps qu’il présente de son mélange avec le blanc (*).
Le b 1 e u inséré quelquefois dans les ornements même sur des Heurs (Dubois de Maisonneuve , 1. 1, pi. xxn). Je n’ai point eu occasion de voir cette couleur sur aucun vase. Je ne puis donc assurer que ce soit une couleur vitrifiable ni dire de quelle nature elle est.
Le blanc opaque et mat.
C’est la couleur la plus commune en rehaut et linéaments; elle est évidemment due à une engobe argileuse. Elle est toujours matte et opaque, mais elle devient transparente par imbibition.
Cette couleur est employée tantôt à faire des ornements blancs qui sont toujours en saillie et qui ont cependant beaucoup de fixité , tantôt en fond général. Elle paraît alors moins solide; elle est extrêmement absorbante.
Les fonds ou lustres jaunes et noirs sur lesquels elle est appliquée , la fixent sur les pièces.
Le vase ci-contre , n° 54 , a cela de remarquable , que les ornements qu’on y voit sont tous en saillie ou relief, et faits avec cette couleur terreuse blanc sale. Il appartient au Musée de Sèvres, mais j’ignore où on l’a trouvé.
(') Dobois de Maisonneuve, t. I, PI. xiv, xxxvm et lxvi ; t. II, PI. XVII , xix , uu , lxxv , etc.
(*} Dubois de Maisonneuve, t. II, p|. xxx et xxxvm.
C’est sur ce fond blanc que les anciens ont quelquefois placé des peintures de diverses couleurs , rouge vif , vert , bleu et jaune , tantôt en linéaments , plus souvent en teintes plates ; mais ces couleurs, à l’exception du jaune, ne sont point de la nature des couleurs vitrifiables ; elles n’ont qu’une très-faible adhérence avec le fond 5 elles n’appartiennent donc pas à l’art dont nous traitons , et je n’en parle ici que pour faire apprécier ce qu’on doit entendre par ces vases grecs ornés de sujets et d’ornements richement colorés, et qui sont mentionnés comme des objets aussi précieux que rares. Néanmoins on remarque que les contours des figures et des grandes parties qui composent ces espèces de tableaux , ont été tracés avec une couleur ou noire ou jaunâtre vitrifiable.
Je ne donnerai que deux exemples de l’emploi de la couleur blanche comme fond.
D’abord , sur ces petits vases cylindroïdes qu’on nomme Lecythus, et qui viennent principalement d’Athènes. Le blanc entoure la partie cylindrique du corps du vase. PI. 11 , jig. i3.
Ensuite sur la belle coupe dite d’Arcésilas (PI. xxxlii, fig. 2), dont j’ai déjà parlé et sur laquelle je reviendrai encore. Elle offre la réunion de presque tous les procédés décrits plus haut.
La pâte, très-fine, est d’un rouge pâle qu’on ne voit que sous le pied. Cette couleur est partout cachée par un fond noir qui n’est visible comme fond que sur les anses et sur le pied. Ce fond a été recouvert généralement d’une engobe blanc jaunâtre que le feu a fait adhérer assez solidement au fond noir. Pour faire les figures et ornements noirs qu’on y voit, on a gratté cette engobe avant sa cuisson et on a fait reparaître le fond noir sur lequel on a placé les teintes rouge violâtre déjà citées et les linéaments blancs qui dessinent les détails des parties noires et rouges. Ainsi cette pièce a eu deux ou trois feux : un premier pour cuire la pâte et le fond noir, s’ils ont cuit ensemble-, puis on a posé l’engobe blanche, et après le grattage des parties de l’engobe qui devaient produire des figures et ornements noirs , ou a pose le rouge et les filets blancs, alors on a donné un second feu pour faire adhérer l’engobe, le rouge et les filets blancs. Si,
POTERIES TENDRES, FINES
comme cela me paraît probable , le lustre a été placé sur la pâte cuite, cette belle pièce aurait eu trois feux.
Quelques-uns de ces vases ont offert , mais bien rarement , des ornements en or ; ce sont en général de petites perles ou de petits épis d’or placés sur d’autres ornements ou sur des figures , et qui paraissent avoir eu pour dessous ou pied, en terme de doreur, une de ces engobes rougeâtres qui forment une légère saillie. La feuille d’or a été appliquée sur cette saillie, qui semble avoir fait l’office du fondant de bismuth , avec lequel on fixe l’or sur les couvertes non ramollissables (*).
J’ai dit plus haut , en parlant des couleurs de fond et d’ornomentation , que les figures et ornements en rouge glacé sur fond noir étaient faits par réserve. Les peintres de ce temps n’ont employé soit pour les fonds , soit pour les ornements , ni les procédés des pâtes , ni celui du grattage , ni celui des types ou réserves découpées. Il paraîtrait cependant que quand ils voulaient répéter le même sujet, ils suivaient le même dessin. Nous possédons au Musée céramique de Sèvres deux portions de vases données par M. le duc de Luynes , qui représentent exactement le même sujet composé et dessiné de la même manière , mais pas assez précisément cependant pour qu’on puisse attribuer cette répétition à un poncif.
Il résulte de cette exclusion de tout moyen mécanique qu’il y a plus d’incorrection dans ces dessins , mais aussi plus de sentiment. Celui de l’ouvrier-artiste qui dessinait et touchait si rapidement ces figures s'y présente dans toute sa force et dans toute sa naïveté , ce qui fait en partie le mérite ou au moins l’intérêt de ce genre de peinture. Les Grecs y attachaient un grand prix , puisqu’ils nous ont transmis le nom de l’artiste qui l’avait pratiqué le premier. C’est à Telephanus de Sicyonne , vivant dans le viB siècle avant l’ère chrétienne, qu’on en attribue l’invention.
Usages et annotations. — Les anciens , co mine je l’ai dit ailleurs, avaient une multitude de vases et d’ustensiles en Poteries
(») On voyait plusieurs exemples de ces pièces remarquables dans la collection de Durand et dans celle du duc de Blacas. Le Musée céramique de Sèvres en possède un venant de la collection Durand, figuré PI. xxvi, jig. 12, du Catalogue raisonne de ce Musée.