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CHAPITRE IY

des GLAÇURES ou ENDUITS VITREUX.

(vernis, émail et couverte.)

Lorsque les pièces de Poteries sont façonnées , et parfaitement sèches , tantôt on les passe au four immédiatement pour leur don ner,oubien une demi-cuisson, ou bien une cuisson complète. Tantôt, avant toute cuisson, ou après la demi-cuisson, on les recouvre d’un enduit qui doit se vitrifier à une température appropriée , et qui s’appelle vernis, émail, ou couverte.

Cette opération suit donc quelquefois immédiatement la dessiccation de la pièce , et précède toute cuisson ; d’autres fois elle se fait entre deux cuissons. C’est pour ne point séparer ce qui est relatif aux fours et aux cuissons, que je traiterai des vernis vitri— fiables avant de traiter des cuissons , la série des opérations dans quelques Poteries me permettant d’adopter cet ordre.

Article Ie'. — DES GLAÇURES E1V GÉNÉRAL.

Les mots vernis, émail et couverte semblent être synonymes, mais il me semble qu’on peut et qu’on doit même attribuer à chacun d’eux une signification propre.

Nous appellerons v e r n is de Poterie , tout enduit vitrifiable, transparent et plombifère qui se fond à une température basse et ordinairement inferieure à la cuisson de la pâte (les Poteries communes , les faïences fines) -,

Émail, un enduit vitrifiable , opaque , ordinairement stannifère (les faïences proprement dites) -,

Couverte, un enduit vitrifiable , terreux, qui se fond à une haute température égale à celle de la cuisson de la pâte (les porcelaines dures, quelques grès).

172 QUALITÉS DES GLAÇURES.

L’objet de ces enduits vitreux , est de rendre la pâte de Poterie imperméable aux corps liquides , et surtout aux corps gras , et de leur donner un éclat et quelquefois des couleurs agréables à l’œil.

Nous allons voir qu’ils sont très-variés , mais ils doivent tous avoir les qualités indispensables à l’objet qu’on se propose.

Il faut donc qu’ils puissent s’étendre complètement sur les pièces , de manière à ne laisser à nu aucune partie qui puisse permettre aux liquides de s’introduire dans la pâte. Cette condition exige une certaine affinité entre la nature de l’enduit vi-' treux et celle de la pâte. Tantôt , elle dérive de la nature même du vernis, tantôt de celles des pâtes. Ainsi , la chaux est indispensabledans la composition des faïences communes pour leurfaire prendre l’émail stannifère. Sans cette condition , les vernis et émaux se réunissent en gouttes, et produisent les défauts qu’on nomme retirement, bouillonnures, et quelquefois même ils se détachent en écailles.

Il ne faut pas non plus que cette affinité soit portée trop loin , car le vernis pénètre dans la pâte , il disparaît presque de la surface des pièces , et cause le défaut auquel on donne le nom de vernis terne , desséché , ressuyé.

Il faut en second lieu , que le vernis ait un degré de fusibilité approprié à la pâte sur laquelle on le place , et qu’il ait éprouvé la température convenable à son degré de fusibilité.

Si le vernis est ce que l’on nomme trop dur, il ne s’étend pas sur la pâte, reste terne, ou se couvre de petits trous qu’on nomme coque d’œuf. Un défaut de feu produit à peu près le même effet.

Si le vernis est très-fusible , il se fond avant que la pâte soit cuite t il coule sur les parties inférieures des pièces, ou pénètre dans le corps de la pâte ; il laisse sa surface rude et non glacée. Un feu trop fort produit à peu près le même défaut -, on dit que le vernis a été sucé.

Une troisième condition non moins essentielle, non moins difficile à obtenir que la première , est que le vernis soit en rapport de dilatation et de contraction avec la pâte des piècessurlesquelles on le place. Lorsqu’il ne possède pas cette qualité , il ne peut céder aux mouvements de dilatation de la pâte , et se fendille

DÉFAUTS DES GLAÇURES.

dans tous les sens. On donne le nom de tressaillage ou de gerçage à ce défaut qui est des plus graves, car ces gerçures ou fissures laissent bientôt les matières liquides , et surtout la graisse, s’introduire dans la pâte où elles s’altèrent et lui donnent une odeur désagréable , la salissent et finissent par faire tomber le vernis en écailles.

Ces tressaillures résultent non-seulement d’une Glaçure dont la dilatation n’est pas en rapport avec celle de la pâte, mais encore , ou d’une trop grande épaisseur dans la Glaçure , ou de ce qu’elle n’a pas été portée à la température nécessaire pour la cuire 5 il arrive souvent , surtout dans les Poteries à pâte dense comme la porcelaine , que les grandes tressaillures dégénèrent en fentes qui se continuent dans la pâte même de la pièce et la font casser par le moindre choc ou le moindre changement de température.

Lorsque ces tressaillures sont nombreuses, assez également disposées en réseaux, on les regarde comme un accident heureux, on les recherche même dans quelques Poteries telles que dans certaines porcelaines de la Chine, et elles font donner aux pièces qui les possèdent ainsi le nom de porcelaine truitée.

Tels sont les principales conditions exigées dans les enduits vitrifiables et les principaux défauts que l’absence de ces conditions peut faire naître.

On peut arriver par ces remarques à deux résultats généraux :

i° Que les défauts des enduits vitreux se réduisent aux suivants que nous exprimerons en termes techniques puisque nous les avons employés :

Les tressaillures ;

La coque d’œuf-,

Les trous ;

Le retirement;

L’écaillage-,

Les ondulations;

Les bouillons ou bulles;

Le ressuie;

Le sucé ;

DÉFAUTS DES GLAÇURES.

Le coulage;

Le ponctuage.

2° Que le même défaut peut être attribué à des causes différentes, ce qui rend très-difficile et de reconnaître ces causes, et de corriger les défauts qu’elles produisent.

La Tressaillure peut être due à la dilatation du vernis qui n’est point en rapport avec celui de la pâte, à sa trop grande fusibilité , à sa trop grande épaisseur, au défaut de feu.

La Coque d’œuf, les trous et les ondulations à la dureté, au peu de fusibilité de l’enduit vitreux, au défaut de feu, ou au peu d'affinité du vernis pour le biscuit.

Le Ressuie peut être attribué à la dureté du vernis, à l’influence des matières terreuses qui enveloppent la pièce et des vapeurs qui circulent dans le four.

Le Retirement peut venir de la trop grande densité du biscuit qui ne se laisse pas, comme mouiller, pénétrer par le vernis, à la poussière qui était adhérente au biscuit lorsqu’on a placé le vernis, ou à des corps gras qui en enduisaient la surface.

Le Coulage peut s’attribuer à une trop grande fusibilité du vernis, à trop d’épaisseur ou à trop de feu.

Le Sucé peut être dû à une cause opposée à celle du retirement, c’est-à-dire à un biscuit trop poreux qui absorbe le vernis, à un vernis qui devient trop liquide par la fusion , à trop de feu. Ordinairement les pièces dont le vernis a coulé vers le bas ont perdu dans le haut leur enduit vitreux qui semble avoir été sucé par le biscuit.

L’influence des terres des étuis ou cazettes, et même des terres et Poteries non vernies placées dans le four peut produire un défaut semblable à celui qu’on appelle le sucé et qui se confond avec le ressuie.

Les Bouillons ou Bulles peuvent être produits par un excès de feu qui volatilise une des parties du vernis et par une réaction des éléments de la pâte sur ceux du vernis.

L’Écaillage, dans lequel le vernisse détache par écaille du biscuit, est un défaut grave et qui, comme la tressaillure, ne se manifeste quelquefois qu’au bout d’un temps assez long et par l’usage. Il n’a guère lieu que sur les émaux stannifères appliqués sur les Faïences communes, et tient principalement au peu d'affinité qu’il y a entre ce stannosilicate de plomb et la pâte trop siliceuse et trop argileuse de ces Faïences.

Une disposition puissante à la tressaillure dans des Glaçures terreuses peu fusibles peut aussi produire i’écaillage ('). J’ai vu des vases campaniens dont le vernis noir présentait ce défaut.

(•J On ne parle pas ici de l’écaillage des couleurs vitriliables placées sur un

SORTES DE GLAÇURES. \ 75

Le Ponctuage. La Glaçure présente une multitude de petits points noirs après la cuisson, et même après avoir été exposée à une température de beaucoup inférieure à celle qu’elle a éprouvée pour sa perfection, telle qu’est celle de la peinture à la moufle. Ce défaut se montre dans toutes lesGlaçures, même dans celles qui ne contiennent pasde plomb; il disparaît quelquefois par une nouvelle cuisson à basse température. On ne sait pas précisément à quelle cause attribuer un phénomène qui parait rarement , mais presque toujours d’une manière désastreuse pour la fabrication à laquelle il s’attaque.

Articie II. — DES DIVERSES SORTES DE GLAÇURES.

Les enduits considérés dans l’état où on les prend pour les employer et non dans celui qu’ils prennent par l’emploi, peuvent être rangés en quatre classes.

i° Les enduits terreux purs-, ce sont les felspaths, les ponces, quelques scories volcaniques.

a0 Les enduits qu’on peut appeler salins dans l’ancienne acception de ce mot ; ce sont le selmarin , les alcalis des cendres, l’acide borique, le phosphate de chaux, le sulfate de baryte.

6° Les enduits composés de parties terreuses et de parties métalliques, ou simplement mêlées ou fondues préalablement en verre. Ce sont le plus ordinairement, les verres de silice et de plomb. Les émaux de silice, d’étain et de plomb en offrent des exemples.

4° Les enduits composés d’oxyde ou de sulfure métallique purs ; tels sont l’oxyde de plomb, la litharge ouïe minium, l’oxyde de manganèse et l’oxyde de cuivre mêlés avec le premier, le sulfure de plomb appelé alquifoux par les Potiers.

J’ai dit que ces corps formaient par leur incorporation avec la matière de la Poterie au moyen du feu, un composé vitreux dans lequel presque aucun des composés des troisième et quatrième classes ne reste dans l’état où on les avait pris pour les placer sur les Poteries. Ces corps salins ou métalliques font avec

vernis plus dur qu’elles et cuit préalablement. Cette considération appartient à l'histoire de la peinture en couleurs vitrifiables.

POSAGE DES GLAÇURES.

la pâte céramique un verre clans lequel la matière de l’enduit est plus ou moins dominante 5 ce verre ainsi composé sur la surface même des pièces et aux dépens de la silice de leur pâte , est ordinairement tendre et facilement attaquable par les acides même les plus faibles , les graisses , etc.

Les enduits vitreux ont encore pour objet d’embellir les Poteries en laissant voir la couleur et rehaussant l’éclat de la pâte de celles qui ont une pâte blanche ou d’une couleur agréable, en cachant ou changeant la couleur des Poteries à pâte d’un ton incertain ou sale.

On a pour obtenir ces résultats trois sortes d’enduits vitreux ou Glaçures :

Les transparents, qui sont donnés, en général, par les vernis terreux, salins et vitreux.

Les opaques, qui doivent leur opacité à l’oxyde d’étain et quelquefois peut-être au phosphate de chaux .

Les colorés, qui sont dus aux oxydes presque purs de manganèse, de cuivre et de fer, ou à l’introduction de ces oxydes et des oxydes de cobalt et de chrome dans les enduits vitreux, opaques ou demi-transparents.

Lorsqu’on veut cacher la couleur désagréable d’une pâte ou la changer, et qu’on ne peut ou qu’on ne veut pas employer soit les enduits vitreux opaques, soit les enduits transparents, on place sur la pâte et dessous l’enduit vitreux un enduit terreux mince fait avec des ocres , des argiles blanches ou des argiles colorées qu’on appelle E n g 0 b e s. Je reviendrai sur ce sujet important de la coloration et de la décoration des pâtes céramiques.

Article III. — TOSAGE DES ENDUITS VITREUX

Le nombre de pièces qu’on doit couvrir de ces enduits étant toujours considérable, on ne peut employer que des moyens expéditifs et économiques. Par conséquent aucune glaçure ne se pose au pinceau. Outre le temps qu’une semblable opération exi-

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