‹ Traité des arts céramiquesChapitre 292 sur 295 · LA MATIÈRE · texte numérisé non relu

LA MATIÈRE

fondue.

Lave vitreuse du pic de Ténériffe .

Trachyte rose de Chahorra .

Trachyte de los Mayorquines .

Basalte de Fogo (îles du Cap-Vert) .

Granité d’Andoux .

Ponce du pic de Ténériffe .

Labrador .

Orthose du Saint-Gothard .

Amphibole d’Oran .

Pyroxène de la Guadeloupe .

Péridot de Fogo .

Avant

Après

le recuit.

le recuit.

Verre à vitre étiré .

Verre à glace étiré .

(1) Annales de chimie et de physique et Comptes rendus de l’Académie des sciences.

NOTES ET ADDITIONS

De l’enfumage de la porcelaine dure et des

le produisent.

causes qui

(Tome I, page 277, ligne 23.)

On donne le nom d’enfumage à la cause qui communique à la P rcelaine dure ce que l’on appelle le,;W. Ce défaut, qJesttel lemeni grave qu’il peut perdre souvent des fournées entières n’a pas encore reçu d’explication satisfaisante. La bizarrerie des effets qu il produit, l'inégale répartition dans le four des pièces qui en sontentachéesrendent incomplètes oudiflieiles à accepter toutes les uppos, lions avancée, La fréquence de son apparition a re huté plus d un industriel.

Je réunis ici quelques expériences faites à Sèvres, tant par AT Laurent que par moi ; elles me semblent de nature à faire ré sider la cause de celle coloration dans l’état particulier d’oxyda lion du 1er contenu dans la pâte; elles rendent compte aussi bien que poss.ble de tous les caractères du jaune, de l’aspect sous lequel .1 se présente et de la bizarrerie avec laquelle on le renntre non-seulement dans quelques-unes des pièces d’une même fournée mais encore sur certaines parties d’une même p.èce Ces expériences ont été, depuis. 845, répétées p,„“ur" fois, et toujours avec les mêmes conséquences.

Neuf petits pots de porcelaine de Sèvres, de la même forme de la même pâle et façonnés par le même ouvrier, ont été marqués des lettres A, A’, A», fi, B’B», c, c’, C". On les a mises au dégourdi de la manière suivante :

A, A', A" ont été placés, l’ouverture en bas, sur un même

rondeau de porcela ne Hp a • ,

p ine* üe manière à recouvrir chacun un petit

godet rempli de peroxyde de manganèse.

B, B' B" ont été placés de la manière ordinaire, sans autre précaution que celle qu’on observe en pareille circonstance.

, C, C ont été mis dans la même condition que les pots A , A , mais avec celte seule différence que les godets conte-

NOTES ET ADDITIONS

naient, à la place du peroxyde de manganèse, de l’huile à brûler et du charbon de terre.

Au défournement, on a trouvé :

A, A', A" couleur ordinaire du dégourdi ;

B, B', B'' dito dito

C, G', C" couleur grise très-prononcée.

Tous ces pots de porcelaine ont été recouverts d’émail par immersion, comme on le pratique ordinairement. On les a placés, pour les faire cuire, dans le grand feu, savoir :

A, B, G dans une atmosphère oxydante comme A, A', A";

A', B', C' dans une atmosphère ordinaire comme B, B', B" ;

A", B'', G" dans une atmosphère réductrice comme C, C', Cv.

Au défournement, les pots étaient colorés :

A", B", C" en gris,

A', B', C' en bleuâtre clair ,

A, B, C en jaune.

Tous les pots gris n’avaient pas la même intensité; les bleus et les jaunes présentaient de même quelques différences.

Voici les détails présentés par chaque pot :

A" était gris

peu translucide grésillé A' bleuâtre non grésillé A plus jaune que B non grésillé

— B" plus gris

— très-peu translucide

— plus grésillé

— B' bleu

— non grésillé

— B jaune

— non grésillé

— C" très- gris

— opaque

— très- grésillé

— G' bleu

— coquille d’œuf

— C jaune

— coquille d’œuf.

L’influence de l’oxygène du dégourdi paraît s’être fait sentir sur le grand feu, puisque A est plus jaune que B et C, A' moins bleu que B' et C, et A" moins gris que B" et C".

Le carbone du dégourdi a exercé sur le grand feu de la cuite une influence fâcheuse : toutes les pièces C, C', C" ont grésillé. On en peut conclure que, toutes les fois qu’une porcelaine contiendra, même au dégourdi, assez de charbon pour être de couleur grise, la couverte fera coque d’œuf.

NOTES ET ADDITIONS. 79g

Ces expériences ont reproduit les mêmes résultats à diverses reprises et avec une netteté remarquable.

On en peut conclure que le jaune n’est pas dû, dans ces circonstances, à la fumée qui remplit le four. La fumée peut bien jaunir à cause des„huiles empyreumatiques qu’elle renferme, mais à la seule condition que la porcelaine ne possède pas une température supérieure à celle à laquelle les huiles se volatilisent ou se décomposent. A la chaleur rouge, ces huiles ne peuvent donc laisser de traces si elles se volatilisènt, et, si elles se décomposent, elles ne peuvent que donner une coloration grise ou noire, et non jaune.

Si l’on suppose que la porcelaine jaune ou bleue doive sa couleur au fer qu’elle renferme, les résultats s’expliquent très-facilement.

Le fer à 1 état de protoxyde colore peu, tandis que le fer à l’état de peroxyde colore beaucoup plus fortement et en rouge. La fumée d’huile ou de bois réduit par son carbone et son hydrogène le peroxyde de fer à l’état de protoxyde. En présence d’un grand excès de silice, la réduction ne passe pas ce terme. Il n’y a donc pas de coloration.

Dans cette manière de voir, une atmosphère oxydante donnerait du jaune ; une atmosphère chargée de gaz réductifs, au contraire, contribuerait à blanchir la porcelaine. D’autres expériences viennent encore s’accorder avec cette hypothèse.

\ Pendant toute la durée du feu, on a fait passer dans une cazetle contenant des pièces de porcelaine un dégagement d’hydrogène de manière à remplir de ce gaz toute la capacité de la

cazette. La porcelaine a cuit sans coloration jaune avec une grande blancheur.

2 On évite beaucoup de jaune quand, un peu avant que la cou\erte entre en fusion, on lave le four.

3° Dix capsules dégourdies ont été distribuées dans le grand feu de la manière suivante :

A dans une atmosphère dépouillée d’oxygène par de l’huile et du charbon ;

B dans une atmosphère dépouillée d’oxygène par de l’essence et du charbon;

C dans une atmosphère dépouillée d’oxygène par du bois et du ciiarbon ;

D dans une atmosphère dépouillée d’oxygène par du charbon;

NOTES ET ADDITIONS

E et F dans une atmosphère en contact avec du peroxyde de manganèse; G, H, I, J dans l’atmosphère libre du four, par conséquent dans les conditions de toutes les autres pièces de la fournée.

Pour les quatre premières pièces, les corps réducteurs n’étaient pas placés sous les capsules, mais dans l’intervalle laissé libre par les deux étuis qui renfermaient les capsules.

Au défournement,

A, B, C, D étaient bleuâtres

jaunes,

bleus,

jaune.

On peut donc admettre qu’on obtient en général :

Avec plus de gaz réducteurs que le four ne peut en donner, une couleur bleuâtre ou blanche — fer protoxyclè ;

Avec plus de gaz oxydant que le four ne peut en donner, une couleur jaune — fer peroxydé.

L’irrégularité de la nuance des pièces cuites dans un même four, les unes jaunes, les autres blanches ou bleuâtres, dénote dans ces appareils une très-grande variabilité pour la composition des gaz brûlés; la flamme n’est pas homogène, mais mêlée de gaz réductifs ou de gaz oxydants.

Les gaz réductifs sont l’oxyde de carbone et l’hydrogène carboné ; ils se produisent lorsque tout l’oxygène de l’air qui entre par les alandiers est entièrement en combinaison avec un excès de carbone, c’est-à-dire lorsque le bois est en excès relativement à l’air. Le gaz oxydant ne peut être que de l’air qui ne s’est pas entièrement combiné lors de son passage par les alandiers. La disposition des bûches, leur quantité, la braise des divers alandiers varient à chaque instant; l’air peut donc être à chaque instant en excès ou non dans l’intérieur du four. Il ne suffit donc pas, pour que le jaune ne se reproduise plus dans un four à porcelaine, que la composition moyenne des gaz présente un excès de carbone sur l’oxygène que ces gaz renferment; il faut que toute la masse présente, en outre, une composition bien homogène.

Il ne paraît pas nécessaire, du reste, que cette uniformité de

NOTES ET ADDITIONS. 737

composition, ni même que la nature réductive de l’atmosphère se maintienne pendant toute la durée de la cuisson. La porcelaine blanche ou bleuâtre cuite en couverte ne peut devenir jaune, même dans les circonstances d’enfumage forcé dont j’ai parlé plus haut, pas plus que de la porcelaine jaune cuite en couverte ne peut être bleuie ou blanchie, même dans les circonstances de réduction exagérée qu’on peut produire avec les huiles ou les essences. La couche vitreuse de la couverte doit, en effet, pro téger, dans un cas comme dans l’autre, contre l’action de l’atmosphère, quelle qu’elle soit, l’oxyde de fer contenu dans la pâte sous quelque degré d’oxydation qu’il se présente.

Il importe donc peu que l’atmosphère soit oxydante ou réductrice pendant les quelques heures qui suivent le moment où la couverte entre en fusion; mais il est delà plus grande nécessité que les gaz soient uniformément réducteurs jusqu’à l’instant où 1 émail commence à se ramollir.

J ajouterai que la composition de la porcelaine ne paraît pas sans action sur le phénomène de l’enfumage. L’expérience prorne que les pâtes très-siliceuses donnent généralement une porcelaine plus blanche. Or on sait qu’à une très-haute température la silice tend à ramener, sans autre influence, le fer à l’état de protoxyde. Une fusion facile entraînerait donc la décoloration.

On verra, t. II, p. 186, une application remarquable de ces principes à la confection de pipes blanches avec une argile sensiblement ferrugineuse.

Des machines à faire les assiettes de porcelaine dure inventées par M. Faure, de Limoges.

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