PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION
Les tissus assez difficiles à ourdir, le bois et les enveloppes organiques si faciles à travailler, n’ont point cette durée séculaire nécessaire à l’histoire des hommes et à celle de la nature.
Deux seules matières , riches d’instruction pour l’histoire des sociétés et pour celle du globe, peuvent traverser des milliers de siècles en nous apportant les premiers éléments de l’histoire la plus ancienne des peuples et de la terre ; ce sont, d’une part, les terres cuites façonnées en vases ou en ustensiles, et de l’autre les parties solides des animaux et des végétaux réduits à l’état fossile ; après ces deux matières , tout est périssable ou muet.
Les poteries, comme on va le voir, trouvent leurs matériaux à la surface du sol ; l’homme le plus faible , l’homme isolé peut les extraire , les façonner immédiatement et même leur donner, sans appareil ni science, des formes et une dureté suffisantes pour contenter ses premiers besoins de superfluité ; les produits de ces matériaux si simples et si abondamment répandus partout, si faciles à rassembler et à travailler, peuvent être doués de toutes les qualités d’emploi, de toutes les commodités de formes , de toutes les beautés de luxe, en riches ornements, en couleurs variées et brillantes , solides et durables , qu’aucun métal ne peut fournir et que les pierres les plus belles ne peuvent donner ni aussi facilement ni avec autant de variété.
L’histoire complète des poteries a des rapports nécessaires avec celle de la civilisation par les formes , les ornements, les inscriptions, et les sujets que présentent les produits de l’art céramique ; les historiens et les archéologues, en y trouvant des secours, y prennent de l’intérêt. Enfin cette industrie, liée avec les beaux arts par plusieurs de ces conditions, a été de tout temps regardée comme leur fournissant de nombreux modèles de formes et d’ornements.