C. Le Calibrage
A. Ébauchage sur le Tour.
Pour ébaucher ainsi une pâte céramique quelconque, l’ouvrier prend une masse humide de pâte proportionnée à la pièce qu’il veut faire , il la met sur la tête de Tour, mouille ses mains avec de la barbotine , met le tour en mouvement , élève cette masse encore informe, la rabaisse en espèce de grosse lentille et perce cette masse lenticulaire avec les deux pouces 5 il l’élève ensuite de nouveau en pinçant entre le pouce et les autres doigts le commencement de forme qu’il vient de faire prendre à cette masse (Voyez Additions T. I. p. 624).
Il l’étend ainsi en la tenant humectée au moyen de la barbotine qu’il prend avec la main, et la rapproche plus ou moins de la forme qu’elle doit définitivement avoir (*).
L’ébauchage des petites pièces se fait avec les doigts, par l’opposition de l’index au pouce, soit d’une même main, soit des deux mains. Celui des grandes pièces se fait avec les mains et les poignets opposés l’un à l’autre (2) et le secours d’une éponge qui est
(*) Voir PI. lv, fig. 9, de A à E, les différentes formes par lesquelles passent les parties du vase, fig. 8, pour arriver à sa forme définitive.
(*) En jetant un coup d’œil sur les planches qui représentent rébauchage chez les anciens Égyptiens, PI. ni, fig. k et 5 , et chez les Chinois, PI. xliii , on voit
ÉBAUCHAGE.
comme destinée à étendre la surface des doigts L’ouvrier est souvent debout, et la limite de hauteur des pièces ébauchées est donnée par la longueur de ses bras.
On n’a encore aucun moyen mécanique de la dépasser-, mais en plaçant successivement des colombins de pâte sur le bord supérieur du cylindre ébauché, on parvient à lui donner par cette suite d’ébauches une assez grande hauteur.
Ce procédé est également employé dans l’ébauchage à la main ou au colombin pour élever les grandes jarres , comme je le décrirai en son lieu.
Lorsque ce sont des Poteries à formes grossières et à parois d’une moyenne épaisseur que le Potier doit produire, l’ébauchage peut compléter la forme de manière à ce qu’il n’y ait plus à retoucher à la pièce.
Lorsque les formes doivent être moins grossières et les pièces moins épaisses, il termine l’ébauche à l’aide d’une sorte d’ébauchoir de bois qu’on nomme e s tè q u e , et dont il se sert pour amincir les pièces par dedans et en unir en même temps la surface. Enfin, lorsque la pâte qu’il travaille doit donner des pièces légères, délicates et à contours purs et bien déterminés, il arrête son ébauche longtemps avant d’approcher de ce terme, afin de lui conserver assez d’épaisseur pour lui enlever par le tourna s s a g e , après qu’elle s’est raffermie, tout ce qui excéderait les contours et épaisseurs déterminés.
Les pièces fermées ou à col étroit sont ébauchées en deux parties, réunies ensuite. (Voyez Additions T. I. p. 633.)
Une sorte de tige verticale garnie de petites règles horizontales qu’on peut faire avancer plus ou moins, sert à l’ouvrier pour donner à la pièce ébauchée à peu près les dimensions déterminées. Cet instrument, PL xui,Jig. 5, porte le nom de c h a n d e l i eide jauge ou porte-mesure.
L’opération de l’ébauchage est une des plus importantes 5 le succès de lapièce,dans certaines Poteries, en résulte. Elle estd’autant plus importante que les résultats d’un mauvais ébauchage ne
très-bien exprimé le mouvement du poignet, de la main et des doigts. J’ai donné en A , fig. 3, PI. xlvi , une figure qui rend bien l’action de l’cbauchage chez un tourneur en porcelaine.
ÉBAUCHAGE.
s’aperçoivent souvent qu’après la cuisson, c’est-à-dire lorsqu’il n’est plus temps d’y remédier, et lorsque les différentes modifications que la pièce a reçues par le Tournassage , le dessèchement , la cuisson, la glaçure, etc., ont fait perdre la trace du défaut originel et donnent à l’ouvrier le moyen de s’excuser en rejetant les défauts sur les altérations que la pièce a pu éprouver dans les opérations subséquentes.
Il est difficile d’exprimer d’une manière générale et brève toutes les précautions qu’il y a à prendre; on ne peut que les indiquer.
Il faut, en général : i° que la pâte n’ait point trop de mollesse. L’ébauche d’une pâte molle est plus facile, mais souvent plus
défectueuse ;
2° Que la main de l’ouvrier soit sûre, qu’il ne serre pas inégalement les parties de la pièce qu’il élève;
3° Et surtout qu’il mette parfaitement d’accord la vitesse de rotation de son tour, c’est-à-dire le mouvement horizontal circulaire avec la vitesse de l’ascension de ses mains ou avec le mouvement vertical qu'il fait pour élever les parois de la pièce, de manière à décrire une spirale cylindrique ou conique dont les pas soient le moins espacés possible.
Plus la pâte est plastique et argileuse, plus l’ébauche est difficile à bien conduire, non pas que cette pâte soit plus difficile à ébaucher qu’une pâte courte , mais parce que les inégalités de mouillage et de compression s’y manifestent bien plus par l’effet de la dessiccation et de la cuisson que dans une pâte maigre.
Les défauts d’un mauvais ébauchage sont ordinairement de nature à en signaler la cause. C’est principalement celui que l’on nomme le vissage. On peut dire que presque tous les autres en résultent ou n’en sont que des modifications.
Ce défaut consiste en des lignes ou sillons enfoncés plus ou moins sensibles qui, partant de la base des vases, s’élèvent en spirale comme les pas d’une vis (PL lv, fig. 9, D dsds).
On voit qu’elles sont dues à la pression exercée inégalement, soit par les mains de l’ouvrier, soit par l’éponge, sur les différentes parties qu’elles ont parcourues.
Ces vis ont deux inconvénients : l’un n’est que pour l’œil,
ÉBAUCHAGE.
en ce qu’elles altèrent la pureté du contour et forment des dépressions désagréables ; l’autre est plus important : la pièce éprouvant une dessiccation et une retraite inégale, se déforme presque complètement, les anses sont emportées de côté, les couvercles et autres parties accessoires ne peuvent plus s’y adapter, etc. 5 enfin, quelquefois l’inégalité de densité et celle de retraite sont si grandes qu’il se forme des fentes ou des gerçures dans les cavités spirales, et quelquefois il se manifeste dans ces pièces, après leur cuisson, des fêlures qui suivent la direction des lignes de vissage.
B. Èbauchage à la main.
La seconde sorte débauchage est celle qui s’opère sans le secours d’aucune espèce de tour. Il y a des pièces dont la dimension est telle, qu’on ne pourrait les ébaucher sur un tour proprement dit, fait à la manière de ceux que l’on vient de décrire. Ces pièces, telles que les grandes jarres que fabriquent presque tous les peuples méridionaux, s’élèvent au moyen de colombins ou boudins, c’est-à-dire de longs cylindres de pâte que l’ouvrier place successivement l’un sur l’autre et qu’il lie ensemble avec les mains Je décrirai ce mode particulier de façonnage à l’art. ier du chap. 1e1' du livre 11, lorsque je traiterai des Poteries du premier ordre.
Cette sorte débauchage n’est pas restreinte aux grandes pièces. Les nations chez lesquelles les arts sont encore dans l’enfance, font presque toutes les pièces rondes par un procédé analogue, et qui consiste à donner plus ou moins grossièrement la forme qu’on veut obtenir avec des petits ballons ou colombins de pâte qu’on lie ensemble et qu’on façonne avec le seul secours des mains, sans moules, sans tour ni tournettes, pas tout à fait sans appui , mais avec un instrument de bois qui remplace Festèque de nos tourneurs.
Les indigènes de l’Amérique méridionale ont donné et donnent encore la forme aux vases qu’ils font à l’aide de cette espèce de modelage et en remplaçant leurs mains ou leurs doigts par une sorte de palette ou spatule qui atteint les parties qui par leur étroitesse ou par leur position, exigent ce secours. On
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voit très-distinctement sur les vases faits dans ces pays les traces de cette méthode.
Les sculpteurs qui ébauchent avec les mains une masse d’argile plastique qu’on nomme terre-glaise, pour en faire une figure, un bas-relief ou un vase, exercent cette sorte débauchage, sur lequel il est inutile d’insister davantage, en le conduisant, même par un réparage précieux à l’aide du pouce et de petits outils en forme de spatule, nommés ébauchoirs, à une perfection qui est d’autant plus rare et recherchée , qu’elle conserve l’esprit et le sentiment de la touche du maître.
Enfin les ouvriers qu’on appelait terriniers, qui font ces figures en terre cuite à parois minces , qu’on plaçait autrefois sur les poêles, élevaient ces figures à la main , sans moule, et en leur donnant partout une épaisseur égale et convenable.