INTRODUCTION. XI
sur le contrat spécial qui se rapporte à cette nature de prêt. Si les Romains avaient connu l'assurance, son importance juridique, l'influence qu'elle aurait exercé sur le mouvement des affaires lui auraient valu un nom scientifique, un titre spécial au Digeste, titre dans lequel nous trouverions un ensemble de principes et de solutions d'espèces adaptées à sa nature spéciale. Il serait de plus mentionné dans les ouvrages classiques qui nous sont parvenus, notamment dans les œuvres de Gicéron, qui en aurait parlé en légiste, s'il est vrai qu'il s'en fut servi lorsqu'il fit parvenir à Rome le butin conquis sur l'ennemi.
On ne saurait contester au contrat d'assurance une nature spéciale, telle qu'il sort sans cesse du droit commun, et que les principes généraux ne sauraient à eux seuls le régler. Il y faut un examen particulier qui ne se fait point sans de grands efforts. C'est ce que les grands jurisconsultes de Rome auraient compris, ce qu'ils auraient mis en lumière, et l'on peut induire à coup sûr de leur silence qu'ils ne le connaissaient pas.
Ce n'est point cependant que les Romains ne se fussent préoccupés des moyens de conjurer les risques de mer, car le contraire est démontré par une foule de faits, et notamment par ce que raconte Plutarque de Caton l'ancien et de Caton le jeune.
« Il exerça, dit cet auteur, en parlant du premier, ^ la plus décriée de toutes les usures, l'usure mari- <i time ; et voici comment il le fesait. Il exigeait que « ceux à qui il prêtait son argent se formassent au
« nombre de cinquante en société de commerce, ou « qu'ils équipassent un pareil nombre de yaisseaux « sur chacun desquels il avait une portion qu'il « fesait valoir par Quintion, son affranchi. Quintion « s'embarquait avec les autres associés, et prenait « part à toutes leurs opérations. Par là, Galon ne « risquait pas tout son argent, mais seulement une « petite portion, et pour un énorme bénéfice. » (1)
Le même auteur, parlant deCaton le jeune, raconte le trait suivant : — « Caton rapporta de Chypre près « de 7,000 talents (un peu plus de 12,000 fr. de « notre monnaie) ; et comme il craignait les dangers « d'une aussi longue navigation^ il fit faire plusieurs « petites caisses qui contenaient chacune deux talents, « cinq cents drachmes. Il fit attacher à chaque caisse « une longue corde, au bout de laquelle on mit une « grande pièce de liège, afin que si le vaisseau « venait à se briser, les pièces de liège, nageant sur a l'eau, indiquassent l'endroit où seraient les « caisses. » (2)
Si le contrat d'assurance avait été en vigueur à Rome au temps où vivaient Tun ou l'autre des deux Gâtons, ils n'auraient pas eu besoin de recourir aux expédients dont ils usaient pour se prémunir contre les risques de mer, A coup sûr une police d'assurance eût été plus profitable à Gaton le jeune, que la flottille de sauvetage qu'il avait organisée.
(1—2) Plutarque, vie de Marcus Galon, irad., Pierrou, l. 2, p. 260, — et vie de Caton le jeane» Ibid., t. 3, p. 705.