INTRODUCTION. XXIII
furent ainsi préparés à en dégager le contrat d'assurance {{).
Il y eut un moment, on ne saura jamais lequel, où un marchand, sollicité par un riche banquier, ou, comme on disait au XIV^ siècle, un campsor^ de prendre en commande de l'argent ou des marchandises en vue d'une opération déterminée, lui répondit qu'il n'en avait pas besoin, qu'il pourrait faire l'opération avec ses propres ressources, mais qu'il s'en abstiendrait, parce que pour la mener à fin il fallait expédier la marchandise par mer, par suite l'exposer à certains risques,*et qu'il ne voulait pas les affronter. — Le contrat d'assurance était pour ainsi dire au bout de cette réponse. — Supposez que le campsor, qui croyait l'affaire bonne, ait proposé au marchand de prendre à sa charge les risques moyennant un intérêt dans l'entreprise, et les deux parties, sans le vouloir et sans le savoir , auront doté le monde commercial d'une combinaison qui est devenu Tâme des grandes entreprises maritimes.
Telle fut, croyons-nous, l'origine du contrat d'assurance. Il naquit, ainsi que tout le démontre, d'un fait de rencontre, d'un simple accident. S'il avait été combiné par quelque penseur solitaire, si un érainent jurisconsulte l'avait créé tout d'une pièce, et en quelque sorte coulé dans le bronze, nous le saurions. Ce contrat vint à son heure, isolé et inapperçu,
(1) Tel est aDSsi Tavis de Pardessus. Lois mariUmes, t. 1, p. 222, 231. t. 2, p. 368; 1.5, p. 330.
XXrV TRAITÉ DES ASSURA'NCES MARITIMES.
lorsque des besoins impérieux, l'excitation des intérêts, sans cesse contrariés par la crainte des risques, poussèrent les commerçants dans une voie où ils devaient le rencontrer.
Après la découverte de Tassurance, le plus difficile ne fut pas de trouver des assurés. Dans la plupart des cas, les assureurs firent défaut. C'était inévitable. Comme une assurance isolée déplace le risque, en le faisant passer d'une tête sur une autre, le motif qui pousse l'assuré à s'aflfranchir de la perte dispose celui à qui il propose d'être son iissureur à ne pas accepter. C'est que les opérations d'assurance sont un jeu si elles ne sont pas pratiquées sur une grande échelle ; qu'elles ne deviennent un commerce régulier que si. l'assureur peut balancer les sommes qu'il doit à un certain nombre d'assurés, victimes d'un sinistre, avec les primes que lui paient tous ceux avec qui il a traité, sauf une différence en plus ou en moins qui constitue le bénéfice ou la perte. Les difficultés que rencontrèrent les assureurs à l'origine, lorsqu'ils voulurent former une clientèle d'assurés, durent être bien grandes puisqu'elles ne purent être vaincues que par lexoncours des divers gouyerneraents dont l'intervention fut nécessaire pour constituer les grandes compagnies d'assurances, sans lesquelles ce genre de trafic n'aurait pu prendre l'essor qu'elles lui ont imprimé. (V. infra, n. 12).
La lenteur avec laquelle le contrat d'assurance pénétra dans la vie commerciale explique pourquoi entre son apparition, qui remonte au commencement