QUATRIÈME SECTION
Les topiques, de +éxo, lieu, sont les médicamens externes, c’est-à-dire les médicamens qu’on applique à la surface de la peau. Par médicament on entend les substances capables de modifier favorablement, par leurs propriétés, les phénomènes maladifs de nos organes.
Les médicamens, étant des produits matériels de la nature ou de l’art, sont comme tous les corps solides, mous liquides, ou gazeux. Ils ontune composition et des propriétés physiques, chimiques et médicales, générales et particulières, par lesquelles ils agissent d’une manière spéciale sur les corps vivans. Par suite de leurs propriétés physiques et des préparations pharmaceutiques qu’on leur a fait subir, les topiques solides sont caustiques ou non, et disposés en fragmens, en trochisques, en grains ou en poudre; les topiques mous, sont des onguens et des pommades, des emplâtres amollis par la chaleur, et des suppositoires; les liquides, sont les lotions, les fomentations, les bains, les irrigations, les douches; les gazeux, sont les bains de vapeur, les douches de même nature, les fumigations ; je renvoie aux traités de pharmacie, pour la définition ou les caractères de ces diverses formes pharmaceutiques. Quand Îles médicamens sont naturels, ils n’exigent que l'opération nécessaire pour les approprier à l’emploi qu'on doit en faire. Quand ils sont artificiels , il faut une préparation plus ou moins compliquée pour les obtenir.
L'administration et l'emploi des topiques , seuls médicamens dont nous ayons à parler ici, se fait toujours à l'exté-
rieur, ou seulement à l'entrée des cavités intérieures, mais les topiques ne traversent jamais les cavités digestives. Leur mode d'application est d’ailleurs subordonné à leur état solide, liquide, mou, gazeux, et à plusieurs autres propriétés, ainsi qu'à la forme médicamenteuse qu'ils affectent, en sorte qu'il offre beaucoup de modifications.
L'action des topiques est tantôt locale et immédiate seu- ‘lement; tantôt cette action locale détermine des effets sympathiques dans des organes plus ou moins éloignés; tantôt l’action locale est nulle ou peu importante, mais le médicament absorbé agit plus ou moins loin.
Il suit de là, que les topiques se distinguent en deux classes : 1° les topiques proprement d'ts, qui ont toujours une action locale, comme les caustiques , les vésicans, les rubéfians, etc.; 2° les topiques absorbables, qui ont une action éloignée plus importante ou aussi importante que l’action locale.
Dans cette dernière classe nous trouvons encore deux subdivisions à établir, suivant que l’action est spéciale où spécifique. Elle est spéciale, quand le médicament, agissant sur un organe, y détermine des effets particuliers, comme le vomissement ou la purgation ; elle est spécifique quand elle préserve d’une maladie particulière , comme le fait la vaccine, ou guérit une affection ou des symptômes morbides particuliers, comme celle du quinquina ou de ses préparations.
Les topiques exigent souvent des soins consécutifs et mème des pansemens après celui qu’a nécessité leur première application.
De toutes ces diverses parties de l’histoire des médicamens topiques, la seule à laquelle nous voulions et à laquelle nous devions nous arrêter, dans un traité de pansement, c’est celle de l’administration ou application des remèdes.
ga: > MÉDICAMENS TOPIQUES.
Administration des topiques en général.
L'administration des médicamens est la manière de les employer pour leur faire remplir le plus avantageusement possible le butque l’on se propose. "l'antôt on les applique sur la peau revêtue , tantôt sur la peau dépouillée de son épiderme. Leur mode d'administration varie, d’ailleurs, encore suivant leur consistance et suivant leur action sur l’économie, c’est dire, suivant leurs propriétés médicamenteuses.
De l'administration des médicamens sur la peau, revétue de son épiderme.
Les substances médicamenteuses s'emploient de deux manières différentes : ou bien elles sont seulement déposées sur un point voulu du tégument, fixées au moyen d'un bandage, et abandonnées ainsi pendant un temps plus ou moins considérable ; tels sont les médicamens solides, comme des fragmens de caustiques ; des médicamens mous, comme les cataplasmes; des topiques liquides , que l’on applique par le moyen de compresses ou dont on frotte la peau dans une certaine étendue, et qu'on emploie en friction ou en onction. Dansles deux cas, il faut assez souxent faire subir une préparation à la partie qui doit recevoir l'agent thérapeutique. Ainsi les frictions et l'application directe, sont d’un résultat plus certain si la peau a été soigneusement nettoyée et débarrassée par le rasoir des poils qui peuvent la recouvrir. Les matières employées ne s’attachent pas aux poils, et ne forment pas un enduit, une sorte de croûte, qui peut durcir et devenir douloureuse ou nuire à l’action du médicament et Eure l'effet d’une seconde application.
Les frictions ne peuvent être faites qu'avec les substances molles, comme les onguens ou liquides, comme l'alcool et les huiles; elles ont surtout pour résultat de déterminer une absorption plus active. On à dit que les frictions multipliaient les points de contact et faisaient pénétrer les médicamens à travers les pores de la peau, d’une manière en quelque sorte mécanique. Il est probable qu'elles ne font que favoriser l’imbibition de l’épiderme. Quoi qu'il en soit de ces explications , il est constaté par l'expérience que les substances médicamenteuses employées en frictions sont plus promptement absorbées et agissent plus activement que celles qui ont été simplement déposées sur le tégument.Cette manière d'employer les agens thérapeutiques est généralement désignée sous le nom de méthode iatraleptique ou d’iatraleptie. On lui a aussi donné les noms peu employés d’anatripsologie, de médecine espnoïque, etc. Nous nous tiendrons au motiatraleptie, dont les racines ({xrouxh, médecine, detow, je frictionne) indiquent suffisamment le sens.
On croit avoir remarqué que l'absorption se fait d’une manière plus active chez les femmes et les jeunes sujets, que chez les individus placés dans des conditions opposées; il est facile de s’en rendre raison par la ténuité et la délicatesse de l’épiderme chez les premiers. Les effets observés paraissent aussi être plus marqués le soir et la nuit que pendant le jour. Ces conditions doivent donc être notées par le praticien, relativement à l'heure convenable pour pratiquer les frictions.
On applique ordinairement les substances le plus près possible de l'organe que l’on veut modifier , en ayant soin, toutefois, de choisir un des points de la peau où l’absorption se fait avec le plus d'activité.
Or, tous les médecins qui se sont occupés de cette branche de la thérapeutique ont remarqué que les parties où
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l'absorption se faisait avec le plus d'activité, étaient aussi celles où la transpiration était la plus abondante. Ainsi on a mis en première ligne, J'aisselle, laine, la paume des mains et la plante des pieds, puis le voisinage des articulations du côté de la flexion, la partie interne des membres, la poitrine et le dos. Chose assez remarquable, la surface externe des membres, Le dos de la main et du pied, ont semblé à M. Collard de Martigny, presque inhabiles à l’absorption.
Les substances solides ne sauraient être employées à l’état solide : pour qu'elles puissent être absorbées , il faut qu'elles soient dissoutes ou amenées au plus grand degré de division possible , encore est-il convenable de les suspendre dans un vésicule ou intermède. Les auteurs ont beaucoup discuté sur le choix d’un intermède ; quelques expérimentateurs ont cherché quel serait le liquide le plus convenable , soit comme dissolvant, soit comme facilitant l'introduction des médicamens. Chiarenti et Brera, s’appuyant des anciennes observations de Spallanzani sur lé suc gastrique, proposèrent ce liquide comme le meilleur intermède que lon püt employer. Toutefois des expériences contradictoires auxquelles le suc gastrique a donné lieu, il résulte que ce liquide réussit, mais qu’il n’offre pas de supériorité marquée sur d’autres substances ; joignons à cette considération qu’il est fort difhcile à obtenir, surtout à l’état de pureté. La salive à été aussi préconisée; mais aujourd’hui on est bien convaincu que les huiles et les graïsses sont les moyens d'introduction les meilleurs et les plus commodes pour l'usage. Quant à la température convenable pour employer les médicamens en frictions, il est évident que l’action du froid resserrant les petits vaisseaux, il est plus convenable, en général, d'agir à une température uu peu élevée, à celle du corps par exemple.
TOPIQUES EN GÉNÉkAL. | + 99
A pplcation des medicamens sur la peau depouillée de son épiderme.
Ce mode d'administration s'appelle endermie. |
Depuis assez long-temps les physiologistes avaient observé que la présence de l’épiderme était un obstacle à l'ahsorption des substances déposées sur la peau ; dans quelques circonstances , on avait eu soin de porter directement sur le derme les agens thérapeutiques dont on voulait obtenir une action certaine. C’est ainsi que ‘dans la vaccine, le virus préservateur est placé, aû moyen de la lancette, sous l'enveloppe extérieure de là peau ; c’est ainsi que plus anciennement, Murray avait annoncé que de l'aloès appliqué à la surface d’un vésicatoire, déterminait une purgation, comme si la substance eût été prise par la bouche. Ces observations et quelques autres encore étaient restées isolées et stériles lorsqu'en 1823, MM. Lembert et Lesieur les généralisèrent , et proposèrent comme moyen thérapeutique puissant l'emploi des médicamens sur la peau dépouillée de son épiderme. Ils donnèrent à cette méthode le nom de méthode endermique ou endermie. |
D'après les recherches de M. Lembert, appuyées de l’autorité de M. Bailly, il paraît que l’action a lieu avec d’autant plus d'énergie, que le point choisi est plus rapproché de l'organe ou de l'appareil sur lequel on veut agir. L'état de dureté ou de finesse de la peau doit aussi être pris en considération ; plus la peau est souple et délicate, mieux elle est appropriée aux usages de l'endermie.
Préparation et pansement. Nous verrons. en iraltant de l'action des vésicans, quels sont les moyens à laide desquels on peut dénuder le tégument, pour enlever l'épiderme et pratiquer l’endermie. Disons néanmoins
que les vésicans trop actifs, tels que leau bouillante, ne
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conviennent pas, à cause de la mortification des couches les plus superficielles de la peau qu’ils entraînent fortsouvent. On comprend que la présence d’une escarre, même très . mince, peut gêner et empêcher, même, l'absorption. Une certaine portion de tégument ainsi dénudée, il faut avoir soin de l’entretenir dans un bon état de suppuration, détruire la pellicule ou les fongosités qui pourraient se produire et faire obstacle aux effets que l’on veut obtenir.
Relativement aux substances employées dans l'endermie, tous les auteurs qui se sont occupés de cette méthode posent pour premier principe de choisir des substances médicamenteuses, qui, sous un petit volume, jouissent de propriétés énergiques. Les substances solides seront réduites en une poudre très ténue, et on en saupoudrera bien également la surface dénudée du vésicatoire.
Effets et propriétés. Il est certains médicamens dont l'application est excessivement douloureuse. On peut atténuer cette fächeuse disposition en les mêlant ou incorporant à delhuile d’amandes douces, du beurre, de l'axonge , du cérat, de la gélatine, etc. On forme alors une pâte ou pommade plus ou moins liquide, que l’on étend sur la partie où l'absorption doitavoir lieu; on agit de même pour les extraits mous. Si la substance est tout à fait liquide, on la verse goutte à goutte et avec les plus grandes précautions, de manière à ne pas dépasser la dose que l’on veut administrer. Ordinairement, et les règles générales de la thérapeutique le commandent, on augmente progressivement la quantité du médicament; puis, arrivé à un terme que l’on ne saurait franchir sans danger, on le diminue par doses décroissantes en revenant au degré quia marqué le point de départ. Si, malgré toutes ces précautions, il survenait des accidens, il faudrait sur-le-champ yremédier, d’abord en empêchant l'absorption d’une nouvelle quantité
du médicament, en nettoyant et abstergeant avec soin la surface du vésicatoire; puis en s’efforcant de neutraliser l'agent toxique, si la matière médicale fournit son antidote. C’est ainsi qu'entre les mains de M. Lembert, des accidens convulsifs ettétaniques, détérminés par l'usage endermique de la strichnine, ont été combattus avec succès et entravés au moyen d'une certaine quantité de morphine introduite dans l’économie par la même voie.
L’endermie présente plusieurs avantages incontestables. Le premier, et le plus grand de tous, c’est de permettre administration d’agens fort actifs, lorsque l'état des voies digestives s’opposerait à ce qu'on lesintroduisit par la bouche ; cette considération est du plus haut intérêt en thérapeutique, et, bien que depuis plusieurs années on craigne moins les irritations de l'estomac, et le fantôme de la gastrite, il n'en est pas moins vrai que chez quelques malades l’endermie est une ressource précieuse pour combattre des accidens qu'oñ ne pourrait attaquer par toute autre voie. En second lieu, une chose assez remarquab.e, c'est que certains médicamens ont une action plus grande par l'endermie que par le tube digestif. Cela tient peut-être, comme quelques personnes l'ont pensé, à ce que le médicament est absorbé directement et intégralement; tandis que dans l'estomac il peut se trouver mêlé à des matières qui s'opposent à son absorption ou être digéré.
En troisième lieu, on peut renouveler et changer facilement les surfaces absorbantes: la promptitude avec laquelle on dépouille la peau de son épiderme , dans une étenduesuffsante pour l'application d’un remède actif, offre de grands avantages dans la pratique. |
Ces avantages n’empêchent pas qu’elle ne présente un inconvénient assez grave, un inconvénient que n'ont pu dissimuler ses fouteurs les plus ardens, je veux parier de
la douleur extrêmement vive qu’elle cause dans certains cas. Ordinairement , il est vrai, la douleur n’est pas d’une longue durée; néanmoins, chez certains sujets irritables, elle oblige de renoncer au moyen thérapeutique dont nous parlons, parce que les malades n’en veulent plus. Je me suis trouvé plusieurs fois dans cecas. Un malade qui avait voulu résister à la souffrance en avait éprouvé des convulsions; c'était un homme nerveux, de l’âge de 30 ans.
Administration des medicamens suivant leur consistance.
état solide, mou, liquide ou gazeux, est la qualité des topiques médicamenteux, qui apporte les plus grandes modifications dans leur administration.
1. Manière d'employer les topiques à l'état solide. On les emploie en fragmens ou en poudre. Appliqués sur la peau dépouillée, ou revêtue de son épiderme, ils sont ordinairement dissous par les produits de la sécrétion cutanée, amenés à l’état liquide et absorbés, ou bien ils agissent dans cet état directement sur le lieu de l'application ; telle est, par exemple, la potasse caustique. Fondue par la chaleur et l'humidité de la peau, elle se combine chimiquement avec elle et la transforme en escarre dans une étendue beaucoup plus grande que celle du fragment de potasse employé. Dans d’autres circonstances, certaines substances solides, placées dans une cavité que l’on veut agrandir, s’imbibent des sucs qui s’y trouvent sécrétés, se gonflent et dilatent mécaniquement les parois de la cavité qui les renferme. C’est ainsi qu'agissent l'éponge préparée, et certaines racines ( celle de gentiane, etc. ); les fragmens et les poudres sont placés sur la peau, mêlés ou non avec d’autres substances de consistance différente; ou bien enfin renfermés dans des sackets que l’on nose sur la partie qui ré-
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clame cette indication. C’est ce que l’on désigne sous le nom de pelotes médicamenteuses. On emploie ainsi des substances astringentes dans le but de resserrer les parties dilatées qui donnent passage à une hernie; mais les poudres astringentes ainsi employées ont-elles une action véritable sur l'ouverture herniaire, et ne doit-on pas attribuer la plus grande partie du succès, si long d'ailleurs à obtenir, à la compression qui s'exerce simultanément ? C'est ce que je pense.