Manière d'employer les substances molles, Ce
sont celles-là qu’on emploie le plus fréquemment à l’extérieur. Aucun autre état des corps ne s'adapte aussi bien à usage que l’on veut en faire. Leur mollesse permet de leur donner la forme que nécessite la partie sur laquelle ils doivent agir. On peut les étendre en couche aussi épaisse qu'on le désire; les substances solides, incorporées à des substances molles, qui constituent les pommades ; les onguens, les emplätres, etc. , devant être amenées à un grand état de division, peuvent plus facilement pénétrer les pores de la peau, et s’introduire dans l’économie. Nous allons parler successivement de l’administration des emplâtres ou onguens, des pommades, des cataplasmes, des trochisques et des suppositoires. … Emplätres. — Les matières emplastiques préparées sont roulées en forme de cylindres plus ou moins volumineux, que l'on connaît en pharmacie sous le nom de Magdaléons : elles offrent assez de dureté.
Si la substance emplastique est très dure, on doit , fondre à feu nu, ou mieux soit au bain - marie, soit au bain de sable chaud, la répandre en fusion sur un morceau de peau où un tissu de linge un peu serré, et l'y étendre avec une lame de bois où une spatule. Si la substance emplastique est peu consistante et facile à ra-
molür par la chaleur des mains, on détache avec les doigts ou un couteau un fragment de la matière emplastique, d’un volume proportionné à la grandeur de l'emplâtre que l’on veut obtenir. On le ramollit en le pétrissant entre les doigts jusqu’à ce qu’il ait acquis un degré de consistance qui permette de l’étendre avec facilité. On le place au centre d’un morceau de peau, ou de forte toile taillée d'avance dans les dimensions que l'an veut donner à l'emplâtre, et le comprimant avec les pouces de chaque main, on l’aplatit et on l’étale de manière à ce qu'il couvre presque en entier le tissu sur lequel on l’applique. Quand l'emplâtre est étendu en une couche plus ou moins mince, on lui donne une forme plus régulière, en passant les pouces à plusieurs reprises sur sa surface , et on emporte avec le tranchant de la spatule la circonférence de la partie emplastique, à deux ou trois lignes de celle du morceau de toile qui la dépasse. Pendant ces différentes manœuvres, il est bon de se mouiller fréquemment les doigts avec de l'huile , ou de la salive, pour empêcher l'emplätre d'y adhérer, adhérence qui gêne l’opération et en rend le produit moins régulier.
L’emplâtre, quel qu'il soit, est appliqué sur les tégumens avec des précautions et un appareil qui varient suivant la naturé du médicament et le but auquel on veut le faire servir ; ces différences ne sauraient trouver place dans les généralités. Cependant , il faut le dire, on ne doit jamais appliquer un emplâtre que sur la peau rasée.
On enlève les emplâtres en en soulevant. peu à peu les bords. Si lon n’a pas eu la précaution de raser les poils, l'emplatre les arrache et cause au malade bien des douleurs qu'un chirurgien plus habile lui eût épargnées.
Pommades. On appellé ainsi des graisses rendues médicamenteuses par l'addition de substances plus ou moins
TOPIQUES EN GÉNÉRAL. 103 actives qui s'y trouvent amplement mélangées , à l'état de solution ou de combinaison chimique. |
Généralement les pommades s’emploient de deux manières différentes. La première consiste à en recouvrir un plumasseau ou une mèche de charpie, une feuille de papier de soie, etc., et à placer cet appareiïl dans le lieu malade; la seconde, à pratiquer des onctions ou frictions, avec une quantité plus ou moins considérable de pommade. Ces onctions se font surtout avec un petit tampon de linge, quelquefois avec les doigts. Quand la pommade contient une substance active qui pourrait agir par absorption sur la persoune qui fait les frictions, on aura soin de revêtir les mains d’un gant de peau, comme nous le verrons d’ailleurs en parlant de usage extérieur du mercure.
Cataplasmes. Les cataplasmes, qui sont des médieamens compôsés de poudres irritantes ou de farines émollientes, délayées de manière à former une bouillie bien liée, s'emploient de diverses manières : Les cataplasmes sinapismes Où rubéfians , s'appliquent toujours à nu sur la peau. Les cataplasmes émolliens , au contraire, s’appliquent soit à nu, soitentre deux linges. Leur consistance, dans le premier cas, doit être plus considérable ; car si la matière en était très molle, presque fluide, son poids ou la pression des pièces de pansement destinées à en maintenir l'appareil, la ferait écouler de toutes parts ; ou même, sans donner lieu à cetinconvénient, le cataplasme ne pourrait pas étreenlevé d’une seule pièce quand on voudrait le changer; la parte sur laquelle 1. est appliqué resterait couverte d’unepartie de la bouillie qui entrerait dans sa composition.
D'un autre côté, le cataplasme doit être assez humide, pour :
ne pas se dessécher, et former une masse dure et inégale qui comprimerait douloureusement Îles parties malades. Quant à la manière de préparer ce médicament, rien
nest pius simple : on choisit ou l’on taille une pièce de toile un peu plus grande que le cataplasme dont on a besoin. La pâte molle qui forme le cataplasme, doit être étendue uniformément sur le linge, jusqu’à deux ou trois travers de doigt de ses bords, ce linge étant déployé et étendu sur une table. Cette petite opération se fait mal avèc une spatule, plus facilement, mais encore lentement avec une cuillère. Vous pouvez la faire d’une manière plus expéditive et sans aucun instrument; voici de quelle manière.
La pate du cataplasme étant versée sur le milieu du linge que vous en devez recouvrir, repliez ce linge sur lui-même et sur la pâte; il en résultera deux lames séparées par le cataplasme, et dont l’une sera supérieure et l’autre inférieure. Appuyez la paume des deux mains sur la supérieure , la pâte commencera à s'étendre; alors tirez à vous cette lame supérieure avec la paume des deux mains, de manière à entrainer à la fois la lame supérieure du linge qui se dédoublera, et la pâte qui s’étendra dessus. Parce premier mouvement la pâte ne le couvrira que dans une même direction: reprenez alors le linge par le côté voisin, repliez-le sur lui-même, etétendez la bouillie du cataplasme par un nouveau mouvementde traction; la pâte couvrira le linge dans une direction transversale à la première. Répétez ainsi cette petite opération par chacun des quatre côtés du linge, successivement, et la bouillie régulièrement étendue finira par former une couche uniforme qui doit avoir de six à neuf lignes d'épaisseur partout; alors pliez les quatre bords du linge sur la substance médicamenteuse, et, dans une étendue de deux, trois et même quatre pouces, si la pâte est molle et le cataplasme très étendu.
Dans un cataplasme émollient, la matière doit être plus liquide. Ces cataplasmes doivent agir par leur humidité et leur température, surtout. La préparation est
à peu près la même que dans le, cas précédent. Souvent le linge doit être assez grand pour recouvrir en entier la pâte du médicament , de manière à l’enfermer en repliant le linge en deux, afin qu'elle ne puisse pas s’échapper et salir les vêtemens ou le lit du malade. Si le linge n’était pas assez étendu pour envelopper entièrement la pâte, on placerait sur la partie restée à nu, une pièce de linge assez grande pour la couvrir complètement, ou mieux encore, à limitation de M. Mayor , une gaze légère une mousseline claire. Dans tous les cas il faut avoir soin que la partie du linge qui doit reposer sur la peau , ne présente pas de couture qui puisse y déterminer une pression douloureuse.
La durée de Hbplitatioh d’un cataplasme varie suivant plusieurs circonstances , dont les principales sont relatives à sa composition, les autres au but que l’on se propose d'obtenir par son emploi. J’en dirai autant du degré de chaleur auquel il convient de les mettre en usage : leur température ne doit pas s'élever à plus de 32 à 36 degrés, ni descendre au-dessous de 22. Quant aux sinapismes, souvent on les emploie à la température ambiante.
Application d'un cataplasme. X faut le prendre par ses bords opposés avec les deux mains, le tenir, autant que possible, horizontalement , de peur que la pâte ne coule et ne se ramasse dans les parties déclives ; il faut ne pas le trainer sur la région que l’on en veut couvrir, et létendre promptement. |
Lorsque les cataplasmes sont fort larges , il n’est pas toujours facile de les appliquer sans qu’il arrive quelques-uns de ces petits accidens qui embarrassent beaucoup le chirurgien, et le font paraître plus embarrassé encore qu'il ne l’est. Dans ce cas, ilne faut point plier le cataplasme sur lui-même en l'etlévant de dessus la table où on l'a préparé ; car la
pâte, en se touchant d’un côté à l’autre , adhère à ellemême , et, lorsqu'on le déploie pour l'appliquer, elle s’ar rache et se sépare inégalement. Il faut le prendre en glissant par-dessous les deux mains étendues , laisser pendre ensuite un des bords au delà du bout des doigts, appliquer ce bord sur la partie où doitêtre placé ce cataplasme, renverser et étendre peu à peu celui-ci sur cette partie , en retirant alternativement et peu à peu les mains, de manière à maintenir le cataplasme appliqué avec les doigts de l’une, tandis que l'autre recule un peu.
Enfin , il est encore plus simple de se faire aider , s’ilest possible , et de prendre le cataplasme par ses quatre angles pour le renverser et l'appliquer d'un coup sur la partie qu'il doit couvrir.
Dans tous les cas, on a du faire attention à la température du cataplasme avant de l'appliquer; car s’il brüle le malade, on est obligé de le relever aussitôt, et sil n’est pas assez chaud, il trompe les espérances du chirurgien et du malade.
Levée d’un cataplasme. Onlève aisément un cataplasme en le saisissant par un de ses bords, et le soulevant doucement sans le renverser. Si l’on voulait le détacher en le roulant sur lui-même, de dehors en dedans, ou en le saisissant par sa surface externe et le ramassant , il ne se séparerait qu'imparfaitement ; une partie de sa pâte resterait sur la partie où on l'aurait appliqué , et il faudrait emporter le reste avec la spatule. |
30 Manière d'employer les topiques liquides. Les liquides employés pour l'usage extérieur agissent comme quelques - uns des médicamens mous, c'est-à-dire par leurs propriétés de liquides et leur température, et par la nature des substances qu'ils contiennent en disso- [ution ou qui les constituent. On les emploie d'ordinaire
en fomentations, en lotions et en bains partiels ou géné- Taux, quelquefois en douches, en irrigations continues, en affusions froides. Enfin il yen a qu’on emploie en onctions. 19 On appelle fomentations, l'application sur les parties malades d’un liquide médicamenteux chaud, à laide de compresses en toile ou en flanelle. | Les fomentations se font surtout avec des décoctions de plantes émollientes ou toniques et astringentes ; quelquefois enfin on les fait avec de l’eau tiède. On ne donne point ce nom à l'application de compresses imbibées d'un liquide froid, quoique lopération soit la même. En général la température du liquide des fomentations, doit être à peu prés la même que celle des cataplasmes. Pour l'entretenir au même degré, on a la précaution d’envelopper les compresses et la partie malade dans un morceau de toile cirée ou de taffetas gommé; ce taffetas a de plus l'avantage d'empêcher le lit ou les vêtemens d’être mouillés par le liquide qui imprègne l’appareil. Les fomentations se distinguent par les propriétés médicamenteuses qu’elles présentent : ainsi elles sont émollientes, astringentes, etc. 20 Onentend par lotions, le lavage d’un organe ou d’une partie quelconque ; elles prennent différents noms, suivant la région dans laquelle elles sont faites, et suivant la manière dont on les pratique. Employées dans la bouche, pour une angine ou tout autre affection de la gorge, on les nomme gargarismes; administrées par l'anus, ce sont des lavemens ou clistères; les liquides introduits dans les différentes cavités naturelles ou accidentelles, telles que les conduits lacrymaux, les sinus, le vagin, les trajets fistuleux , sont des injections; les lotions proprement dites sont celles qui se font à la surface du tégument.
Les lotions se font soit en plongeant à diverses reprises la partie malade dans un vase rempli du liquide qui doit
108 MÉDICAMEKS TOPIQUES.
servir à cette opération, comme cela peut se faire pour les mains et les pieds ou le visage; soit pour toutes les autres parues du corps, en imbibant un linge du liquide médicamenteux , et l’exprimant sur certains organes. Les lotions se font à diverses températures; il n'ya rien de précis et de général à cet égard. |
Bain. C’est l'immersion plus ou moins prolongée du corps, ou d’une partie du corps, dans un milieu liquide, ou gazeux., etc., à une température plus ou moins élevée. Ainsi on peut donner des bains de sable, d'eau ou devapeur : mais ici nous prendrons le bain dans une acception plus restreinte; nous parlerons seulement des bains d’eau. Considérés sous ce dernier point de vue, les bains sont de deux sortes, simples ou médicamenteux , et dans les deux cas partiels où généraux. Partieis, ils prennent différens noms suivant la partie qui doit être plongée dans l'eau : celui des mains, est un manuluve ; celui des pieds, un pédiluve; enfin celui de la partie. inférieure du ironc, est un bain de siége ou de fauteuil.
* Bains simples et généraux. Ils diffèrent notablement suivant qu'ils sont administrés chauds ou froids. Nous allons examiner dans ces deux cas le mode d'administration, et les effets des bains, ne devant plus revenir sur ce sujet.
Les bains froids peuvent être pris dans l'eau courante , comme celle d'un fleuve, dans l’eau de mer, ou enfin dans une baignoire. Ces différentes circonstances doivent être notées, car les effets obtenus ne sont pas les mêmes dans les différens cas. Voici au reste quels sont les effets des bains froids sur l’économie. Sila température n’est pas trop basse, si elle est de 18 à 25° (R.), on éprouve d’abord un saisissement assez vif, la peau se resserre d’une manière en quelque sorte spasmodique, les orifices des cryptes sébacés et pileux se ferment et se froncent ; la contraction des veines
TOPIQUES EN GÉNÉRAL. 109 et des vaisseaux superficiels amène la pâleur de toute la surface plongée ; on éprouve un léger tremblement et un resserrement des mâchoires; la respiration est irrégulière ; le pouls est petit, plus fréquent; les sécrétions urinaire et muqueuse sont augmentées. Si la température est beaucoup plus basse, de 5 à 10°, par exemple, on éprouve en entrant dans l’eau une véritable douleur ; en un instant toute la surface cutanée pälit, se couvre de ces petites élevures qu'on nomme chair de poule, et qui attestent la contraction dont l'organe tégumentaire est le siége. La figure prend une expression qui se rencontre dans certains états morbides, le choléra par exemple; les yeux se cernent et se cavent, le nez s’eflile, les lèvres deviennent violettes ou bleuâtres, la respiration est fortement accélérée, le pouls est petit et fréquent.Si l'eau estexcessivement froide, il résulte des expériences de M. Bégin que cet état ne tarde pas à étre suivi d’une réaction générale qui se fait pendant que le sujet est encore plongé dans l’eau. Au sentiment de douleur et de pincement général, succède bientôt un état notable de bien-être; la peau s’injecte et rougit, la respiration devient plus lente, le pouls plus calme et plus large; -et enfin, au bout de quelques minutes, cette réaction est remplacée par l’état de constriction générale et par le collapsus qui la précédait. M. Bégin avertit de se bien tenir en garde contre cette rechute; car si l'on était à la nage au milieu d'un fleuve profond, la faiblesse qui l’accompagne alors pourrait mettre la vie en danger ; on courrait grand risque de ne pouvoir regagner le bord. Mais si l’eau est moins froide que dans les observations ‘citées par M. Bégin, la réaction n’a lieu qu'au moment où le sujet sort du bain; alors la peau devient rouge et chaude.
On a attribué aux bains froids des vertus toniques, mais
(4) Dict. de méd. en 15 vol. V. art. Bain.
il faut ei faire la distinction dont nous avons parlé plus haut, entre les bains pris dans une eau courante et ceux de baignoire ; les premiers, surtout quand on y joint l’exercice de la natation, donnent réellement de la force au corps. Quant aux seconds, ils rafraichissent seulement; mais l’état de spasme dans lequel ils jettent les tissus, peut bien, comme le croit M. Londe (1), produire une véritable fatigue qui succède à la réaction dont nous avons parlé. Au reste, ces effets varient suivant la température et la durée du bain: un bain modérément froid et peu prolongé sera ordinairement tonique ; il en est autrement dans des circonstances différentes. Dans un travail publié récemment sur les eaux minérales d'Uriage, mon frère s’est livré à une série d'expériences délicates pour constater l’étatdu pouls et de la respiration dans les bains aux diverses températures. Il résulte de ses recherches que les bains froids stimulent et activent généralement la circulation , à peu près comme le font les bains très chauds, et que dès lors, si ce n’est.chez quelques personnes nerveuses, ils agissent comme excitans.
Dans certains cas, lorsque l’on veut agir fortement sur le système nerveux, on donne ce que l’on a appelé des bains de surprise, qui consistent à plonger brusquement le sujet dans l’eau froide, et à le retirer au bout de quelques instans pour le replonger ensuite, et continuer ainsi à plusieurs reprises. Ce moyen a été employé avec succès par plusieurs personnes, entr'autres par Dupuytren, pour combattre des affections convulsives chroniques telle que la chorée ou danse de St. Guy.
Considérés d’une manière générale, les bains froids sont employés : 1° comme moyen hygiénique pendant les chaleurs de l'été pour rafraïichir ; 2° comme moyen thérapeu-
(1) Dict, de méd, en 15 vol.
TOPIQUES EN GÉNÉRAL. tif
tique, soit, comme nous l'avons dit, pour combattre certaines affections nerveuses ; soit, et alors il faut que la température se trouve très basse, pour obtenir une réaction très vive vers la peau. C’est ainsi que l’on a donné des bains froids pour rappeler desexanthèmes brusquement supprimés; dans ce-cas, l’eau doit être très froide, et l'immersion ne pas excéder quelques minutes.
Les bains chauds ne produisent pas les mêmes phénomènes, suivant le degré de température auquel on les administre. Mon frère, dans le travail que j'ai cité plus haut, est arrivé à des résultats intéressants :« Dans l’eau échauffée à la température du sang(36° 25 cent.-29 Réaum.),et maintenue à ce degré, le pouls s’accélère de quelques pulsations par minute; à 38°, il offre une augmentation d’au moins 15 à 18 battemens, en même temps qu'il est devenu plus large, plus plein et plus mou;à 4oc ils’élève jusqu'à 112 pulsations, et se fait sentir petit, vif et serré. La respiration ne commence à présenter une accélération sensible qu'environ à 38°, et elle s'accélère toujours dans une bien moindre proportion que le pouls; mais elle devient plus large, plus profonde, et finit par être anxieuse, à une chaleur de 40° prolongée. Au-dessous de la chaleur du sang, le bain détermine des modifications inverses :à 35° il maintuent à peu près le pouls dans l’état où il se trouvait auparavant ; et si le pouls était agité, il peut déjà parfois à cette température commencer d'éprouver une légère diminution de fréquence ; à 34 et au-dessous jusqu’à 33° environ, le bain simple diminue ordinairement la vitesse, de la circulation, si elle se trouve accélérée, etil ramène ou tend à ramener le pouls à son état de calme parfait, à l'y maintenir si cet état de calme existe. Ce ralentissement est d'autant plus marqué que l'accélération était plus considérable auparavant ; mais il ne va jamais jusqu à faire descendre ie
pouls sensiblement au-dessous de son type normal de calme parfait; du moins je ne l’ai jamais observé.» Au-dessous de 33°, au contraire, un peu plus près ou un peu plus loin, suivant les sujets, le bain produit généralement l’aecélération du pouls par la réaction qu’il occasionne.
A ces considérations sur l’état du pouls et de la circulation, nous ajouterons quelques remarques sur l’état général de l'économie, et des autres fonctions. Pendant que le corps
est plongé dans un baïn chaud à la température du sang ou
un peu au-dessous, on éprouve, au moment de l'immersion, un sentiment de A douce et agréable, qui amène une sorte d'expansion ou d’épanouissement général; le bien-être que lon ressent, entraine doucementausommeil, et beaucoup de personnes s’endorment alors avec une grande facilité. La sécrétion urinaire est asseznotablementaugmentée, parsuite peut-être de l'absorption assez active qui s'exerce à la surface dela peau, etqui, suivant M.Falconner(r),peutenlever jusqu'a 48 onces d'eau par heure. Le bain pris à cette températuré douce, délasse et repose beaucoup mieux que le bain froid : plusieurs auteurs l'ont déjà noté, et les expériences que je viens de citer tout à l'heure, le confirment encore. Dans uu bain très chaud à 40° et au delà, on éprouve un sentiment de gêne, de suffocation et d’anxiété extrême, la sueur ruisseile du visage; le sang se porte avec violence vers le cerveau ; on éprouve des vertiges, des éblouissemens, et si on.avait l'imprudence de rester dans cet état, on ne tarderait pas à éprouver les effets d’une véritable congestion cérébrale. Pris à cette température, les bains déterminent une stimulation très vive à la peau ; aussi quelques personnes les ont-elles employés pour rappeler des affections cutanées qui avaient brusquement disparu.
(4) Dict. de méd. en 45 vol.
> Bains simples, partiels. Us's'emploient comme les bains entiers, à une tem pérature basse ou élevée, suivant l'indication que l'on veut remplir: es bains de siége, que l’on ordonne surtout dans les affections inflammatoires du bas-ventre et du bassin, se prennent le plus souvent à une douce chaleur ; quelquefois cependant, chez des hémorrhoïdaires par exemple, on les administre frais.
Les pédiluves froids sont surtout ordonnés comme antiphlogistiques, dans le cas d’entorse récente ; il faut alors que l’eau soit très froide, renouvelée souvent, afin qu'elle ne vienne pas à se réchauffer et que le bain soit continué sans interruption pendant l’espace de plusieurs heures. Si l'immersion était de moindre durée, on s’exposerait à la réacton dont nous avons parlé, en traitant des bains froids, et le résultat serait alors plutôt nuisible qu'utile. Du reste nous reviendrons sur ce sujet à propos des médicamens astringens ; il en est de même des pédiluves chauds; nous en parlerons en traitant des rubéfians.
IL. Bains médicamenteux. Ils empruntent leurs propriétés thérapeutiques aux substances qu'ils contiennent en dissolution. On ne s'attend pas que nous, donnions ici une histoire complète et détaillée de la composition et des effets des différentes sortes de bains médicamenteux. Nous dirons seulement qu’on les rend émolliens et adoucissans avec la décoction de guimauve, de son, une solution d’amidon ou de gélatine ; qu’ils sont stimulans du système cutané quand on ajoute à l’eau des substances acides ou alcalines, divers sulfures alcalins, enfin qu’ils acquièrent des promiétés spéciales et spécifiques quand ils renferment des prépara tions mercurielles, Dans les recherches dont j'ai déjà cité quelques fragmens, mon frère a obtenu des résultats inattendus et fort curieux, au sujet des bains sulfureux et sulfuriques, que l’on croyait stimulans du système circulatoire;
le pouls dans un bain subit un ralentissement assez notable : de 70 pulsations il est descendu à 60. Du reste, si le bain était très chaud, l'effet stimulant du calorique neutraliserait l'influence sédative de la solution sulfureuse, et le pouls serait accéléré.
Les bains partiels médicamenteux ne doivent pas non plus nous arrêter ici : ils participent à la fois et des propriétés des bains généraux suivant la température, et des propriétés médicamenteuses des substances qui s’y trouvent contenues.
Douches liquides. Ce sont des colonnes d’eau descendantes, ascendantes, horizontales, ou obliques, dirigées sur les régions du corps où l’on veut les faire agir. Tantôt elles ont une direction fixe, et le malade ne fait que se soumettre à l’action de la douche ; dans d’autres cas elles s’'échappent par un tube mobile, que les garcons de baïn dirigent à volonté sur les parties malades. Elles sont chaudes ou froides, ou alternativement chaudes et froides, d'un volume etd’une rapidité d'écoulement variables.
Irrigations. On appelle ainsi l'écoulement permanent d'un filet d’eau tiède ou froide sur ane partie du corps. L'eau doit s’écouler d’un vase situé au-dessus du malade, et arriver sur lui au moyen d’un conducteur, d’un cordon, par exemple. L'irrigation est employée comme sédative et antiphlogistique dans une foule d’affections chirurgicales; nous en reparlerons avec détails à l’occasion des médicamens astringens. J'en ferai autant pour les affusions froides , si employées, naguère, dans le traitement des affections cérébrales.
Onctions. Ce mot ne s'emploie guère que pour les substances grasses, que l’on étend en froltant doucement, soit avec la paume de la main, soit avec une flanelle ; nous en … parlerons à propos des différentes sortes de dinimens.
Manière d'employer les topiques en vapeurs.
Les médicamens externes administrés sous forme de vapeurs, constituent : 1° les bains de vapeur, lorsque l'on fait agir seulement l’eau pure en fluide aériforme; 20 Les fumigations, quand'les vapeurs résultent de la combustion de certains principes médicamenteux; ou bien quand on fait volatiliser certaines substances minérales, telles que le soufre , le cinnabre etc.; 3° les douches, quand la vapeur est dirigée avec force par un orifice plus où moins étroit, sur une portion limitée de la membrane tégumentaire interne ou externe.
Les fumigations et les vapeurs s'appliquent tantôt à tout le corps, tantôt à une certaine partie seulement. En général, on plonge tout le corps, la tête y comprise , dans les bains de vapeur. Quant aux fumigations, on asoin de soustraire la tête à leur action, et souvent on les administre partiellement sur un membre seulement, sur un côté du corps. On dirige aussi les vapeurs dans les fosses nasales, dans les voies respiratoires, ou vers les parties génitales. Nous verrons plus loin comment on peut les employer ainsi.
Les fumigations agissent surtout par leur température élevée sur le système tégumentaire, elles l'excitent et le stimulent. Elles y rappellent la transpiration et l'absorption ralenties, et dans les maladies chroniques de la peau on en retire de grands avantages. Celles qui sont introduites dans les voies respiratoires ne doivent avoir d’action que par la présence des principes qu’elles entrainent avec elles.
Quandtout le corps est plongé dans un bain de vapeur, on éprouve des effets analogues à ceux que produit un bain d’eau très chaude : on devient rouge comme une écrevisse cuite, il y a même turgescence du système vasculaire exté-
rieur, sueur abondante, diminution de la sécrétion urinaire. On croit avoir remarqué que les vapeurs médicamenteuses sont plus parfaitement absorbées quand .la température n’est point trop élevée, que lorsqu'elle est portée à un degré très considérable. Et ici se présente une remarque fort importante sur la température des bains d’eau et des fumigations : ces dernières peuvent être supportées beaucoup plus chaudes que les premiers. D’après des expériences comparatives de M. Londe, il paraitrait qu'un bain de Pape à 30° Réaum., produit sur l’économie les mêmes effets qu’un bain d’eau à 25°; et, chose assez curieuse, si on s'élève plus haut, la Rp devient plus Pre encore ; à 40° le bain de vapeur correspond, pour l'influence physiologique, aux bains ordinaires à 30° Réaum. La cause en doit certainement être rapportée à la différence que présente la constitution moléculaire des liquides et des gaz.
Ilest impossible d’assigner des limites constantes à la durée d’un bain de vapeur : telle personne le supportera aisément pendant très long-temps, une heure parexemple; telle autre ne pourra, sans suffoquer, y rester plus de cinq à six minutes. Il faut done, ici comme pour tous les médicamens , consulter les idiosyncrasies.
Nous allons entrer dans quelques détails sur l’administration des bains de vapeurs et des fumigations généralés ou partielles,
1° Bains de vapeur. On les administre ordinairement dans des chambres bien closes, dont les parois sont en pierre detaille,où se trouvent des gradinsen forme d'amphithéatre: au devant des gradins et au milieu de la chambre vient déboucher un large tuyau, qui projette la: vapeur par'une multitude de petites ouvertures. La vapeur, en vertu de sa pesanteur spécifique, moindre que celle de l'air, se porte vers la partie supérieure de l'appartement, de sorte que les
points les plus élevés sontaussi ceux où existe la plus grande masse de vapeur ei la tem pérature la plus chaude: il ne faudrait donc pas, pour la première fois, se placer sur les derniers gradins; on s'exposerait à une congestion cérébrale, etaux el qui en sont la suite.
Les bains de vapeur peuvent être administrés d'une manière NARUESER. plus simple ; les malades peuvent les prendre isolément dans leur lit, en maintenant les couvertures soulevées avec des cerceaux, et faisant arriver la vapeur qui se forme dans un vase placé sur un réchaud, à l'aide d’un tube plus ou moins long, et qui s'adapte au couvercle du vase. On pourra aussi les donner dans un tonneau, dans une grande cage d’osier semblable à celles dont on se'sert pour faire sécher le linge, en ayant la précaution de l'envelopper ainsi que le malade avec une toile cirée, ou une couverture de laine. On a maintenant à Paris, dans vlusieurs établissemens, notamment dans celui de la rue Montmartre, n. 133, des appareils portatifs, à l’aide desquels on donne des bains de vapeur. C’est une sorte de cage d’osier que l'on couvre exactement partout de toile cirée, et où l’on place le malade.
2° Les fumigations se prennent dans des boîtes disposées
de manière que le malade s’y trouve commodément assis, Le couvercle est séparé en deux parties présentant chacune une ouverture demi-circulaire, et dont la réunion forme un cercle complet dans lequel le cou du malade doitétre engagé au moment de la fumigation. On a de plus lesoin de garnir le pourtour du trou avec desserviettes, afin que les vapeurs contenues dans la boite ne parviennent pas à la tête. Ces appareils imaginés par M. Darcet sont employés journellement avec un grand avantage à l'hôpital Saint-Louis. Les vapeurs médicamenteuses s'exhalent d’un fourneau placé à la partie inférieure et Ja térale de la boite et baignent tout le corps.
LA
Les bains de vapeur ou les fumigations partielles s’'administrent aujourd’hui très fréquemment, et une multitude d'appareils ont été imaginés depuis quelque temps, moins pour simplifier que pour modifier les systèmes déjà en usage etautoriser le charlatanisme à présenter comme innovations des changemens sans utilité réelle. Nous indiquerons d’une manière très sommaire l'emploi des fumigations, pour les principales parties vers lesquelles on les a dirigées.
Dans certains cas de coryza on a conseillé des fumigations dans les fosses nasales; on remplit cette indication en faisant arriver à l’ouverture des narines, au moyen d’un tube ou de l'extrémité d’un entonnoir, de la vapeur d’eau bouillante. Îl ne faut donc pas, comme on le voit faire à quelques personnes, se placer le visage au dessus d’un vase contenant une décoction bouillante des matières qui doivent servir à la fumigation, se couvrir d’une serviette qui embrasse aussi le vase , et détermine ainsi un afflux du sang vers le visage et le cerveau. Dans certains cas, ce bain pourrait avoir plus d'inconvéniens que d'avantages.
L'appareil aspiratoire de vapeurs aqueuses et médicamenteuses se compose d’un flacon en verre à deux tubulures : l’une sert de passage à un tube de verre de 5 à 6 lignes de diamètre, qui plonge verticalement et d’un demi-pouce dans le fluide que contient le flacon; à la seconde est adapté un autre tube recourbé par lequel le malade doit respirer. Le vase ayant été rempli au tiers d’eau médicamenteuse, on le place sur une lampe à esprit de vin, et alors on respire, par le tube recourbé ,les vapeurs qui se dégagent dans la partie supérieure du flacon; l'air qui est enlevé par l'inspiration est incessamment renouvelé par le tube vertical immergé dans le liquide ; on rejette, dans le moment de l'expiration, l'air par le nez sans cesser de tenir le tube recourbé entre les lèvres qui lembrassent.
TOPIQUES EN GÉNÉRAL, h 119 Mais lorsque la lampe à esprit de vin reste sous le flacon , le liquide s'échauffant de plus en plus, les vapeurs deviennent plus abondantes et brûlantes , le tube s'échauffe , le malade aussi; il transpire, et bientôt il ne peut plus continuer. Il faut donc retirer de temps en temps la lampe ou rapetisser sa mèche beaucoup. Cette ingestion des vapeurs dans les voies aériennes a été conseillée il y aquelques années pour combattre certaines affections chroniques de l’appareil respiratoire , la phthisie par exemple, et alors on employait les vapeurs de chlore ; mais ce moyen semble avoir été abandonné, malgré quelques succès qui furent obtenus daus les premiers temps (1). On n'emploie guère, maintenant, que les fumigations émollientes contre les irritations chroniques du larynx et de la trachée.
Les douches de vapeur consistent, comme nous l'avons dit, en un jet de vapeur projeté avec force par un tube mobile terminé par un orifice simple ou évasé et percé de plusieurs trous, comme celui d’un arrosoir. La vapeur arrivant ainsi avec une certaine violence et à une température élevée, doit produire, dans la partie sur laquelle elle agit, une irritation assez vive, que l’on utilise avantageusement dans le traitement de certaines maladies in-
(1) Atteint deux fois d’hémoptisie à la suite et au milieu des fatigues d’un catarrhe rendu rebelle par l'exercice d’un enseignement oral très actif, je pris du repos et tous les adoucissans convenables, j’eus recours aux cautères à la poitrine et aux vésicatoires. N’obtenant aucun succès , je résolus d'essayer les fumigations de chlore, en commençant par une goutte de ce liquide mêlé à trois onces d’eau dans un flacon fumigatoire, où j'avais pris jusque-là des fumigations émollientes inutilement. Sous l'influence des fumigations de chlore, que dans l’espace d’un mois je portai à la dose de douze gouttes de chlore à la fois sur trois onces d’eau, je vis l’irritabilité de la muqueuse se calmer, la sécrétion bronchique diminuer , et peu à peu la guérison s’accomplir en six semaines. Cependant , une fois, ayant empioyé le chlore à dose trop élevée, je fus obligé d’avoir recours pendant quelques jours à des fumigations émollientes,
térieures ou externes. Les douches de vapeur conviennent surtout dans les douleurs rhumatismales chroniques.