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HISTORIQUE DES TOPIQUES EN GÉNÉRAL

L'origine de la matière médicale se perd dans la nuit des temps. Il est très probable que la connaissance des médicamens externes précéda celle des médicamens internes: des feuilles d'arbre, des herbes appliquées sur des blessures, tels furent les premiers topiques ; tels sont aussi ceux que l'on rencontre chez les peuples sauvages.

Le hasard d’une part, l'expérience de l'autre, firent peu à peu découvrir les propriétés des médicamens, et l'imagination en supposa bien davantage encore. Aussi du temps d’Hippocrate, on voit un grand nombre de substances dont l'emploi est parfaitement spécifié ; déjà on avait l’art de les combiner suivant le résultat que l’on voulait obtenir. Les conquêtes d'Alexandre enrichirent la matière médicale d’une foule de plantes et de remèdes usités dans l’Orient, et dont Aristote, et après lui Théophraste, décrivirent les propriétés physiques et les effets sur l'économie. Mais ce qui donna une grande impulsion à la science qui nous occupe, ce fut lapparition de la secte des empyriques, fondée par Philinus de Cos et Sérapion d'Alexandrie. Les empyriques ne voyant dans les maladies que des symptômes, recherchèrent avec ardeur tous le moyens de les combatire avec avantage, et encombrèrent la science de ces formules monstrueuses que les auteurs de l'antiquité, et Galien lui-même, nous ont transmises avec tant de complaisance. Pendant tout le moyen-age, les médecins, inféodés au galénisme, conservèrentrespectueusement cette gigantesque pharmacopée, dont les efforts successifs de Gullen, de Pinel et des anatomopathologisies modernesnous ont enfin complètement débar-

rassés. Notre intention n’est pas de reproduire toutes les théories absurdes qui ont régné dans la médecine au sujet de Paction des médicamens, depuis Pépoque où on les confondaitavec les amulettes jusqu'à nos jours; nous renvoyons les personnes curieuses de ce genre d'étude, aux historiens de la médecine et de la chirurgie, D. Leclerc, Dujardin, Pevyrilhe, etc.

Je passe de suite et très rapidement à l'historique de l'admunistration des médicamens suivant les différentes conditions que nous avons posées.

Les applications topiques datent , avons-nous dit, de la plus haute antiquité. On trouvera dans Celse { Lib. V. cap. XVII, XVIIF, XIX, XX), dans Galien (dé composit. med. in genera, libri septem de composit. med. sec. locos, passim; detumoribus præter naturam etc.),la composition des emplâtres, cataplasmes, onguens, etc., qui constituent la pharmacopée ancienne. Aétius, Oribase et tous les autres compilateurs qui ont succédé à Galien, les Arabes, les arabistes, y compris Gui de Chauliac, dont le dernier traité (Tract, VII) est consacré aux formules usitées de son temps, tous ont copié et plus où moins modifié et augmenté les descriptions que nous ont laissées les deux auteurs mentionnés ci-dessus, Nous entrerons d’ailleurs dans quelques détails à propos de l'historique de chaque genre de médicament.

La méthode iatraleptique est fort ancienne ; quelques médecins même prenaient avant Hippocrate le titre d’iatraleptes; ils occupaient à peu près le même rang que les barbiers du moyen-äge (Sprengel, hist. de la méd., t. I, p.274). Galien parle d'un certain Diotas l'Tatralepte, à propos d’une formule pour calmer les douleurs (de composit. med. sec. locus, Gb. VIE, p.353, quinta classis ). Les frictions sont très usitées dans tout l'Orient; on en fit un grand abus

pour le mercure, pendant les dix-septième et dix-huitième siècles, comme nous le verrons dansl’historique des résolutifs; mais ce n’est guère que depuis une soixantaine d’années que l'usage en a été généralement répandu.

Quant à la méthode endermique, il n'y a pas de preuves bien manifestes que les anciens en aient eu connaissance ; cependant avant 1823, on avait tenté l'introduction dans l’économie, de plusieurs substances par ce même procédé. Ainsi déja Murray avait annoncé que la teinture d’aloës, étendue sur la surface d’un vésicatoire ou d’un cautère, produisait des évacuations alvines ( dict. de méd. pratique, art, endermie ). Les premiers vaccinateurs inoculaient souvent le virus vaccin au moyen de fils imprégnés de cowpox qu'ils appliquaient sur les vésicatoires (Husson, Recherches hist. et méd. sur la vaccine, p. 85, 18071 ). On avait donc bien constaté , avant MM. Lesieur et Lembert, que la peau dépouillée de son épiderme absorbait beaucoup plus activement que lorsqu'elle en est revêtue ; toutefois, c'est à leurs recherches que l’on doit l'extension de cette méthode et sa généralisation.

Nous avons vu-que les topiques solides et mous étaient bien connus des anciens ; que dirai-je des bains, des lotions, des fomentations, et quels sont les sauvages auxquels ces moyens ne sont pas familiers ?.. Qui ne sait jusqu’à quel point les Grecs usaient des bains etdes onctions? On voit déjà dans Hippocrate (De morbis, lib. III, p. 104) l'usage des affusions , si préconisées par Asclépiäde, inventeur, à ce qu'il parait, des douches d’eau ( Sprengel. op. cit., t. IF, p- 16). Les fumigations ne sont pas d’une date plus récente; les malades qui se rendaient dans les temples pour y consulter les prêtres d'Esculape, étaient préalablement soumis à des fumigations (Sprengel, t. I, p. 158). Le détail des principales modifications subies par ces moyens thérapeu-

tiques trouvera nécessairement sa place dans l'historique des médicamens rangés suivant leurs propriétés.

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