DES MÉDICAMENS CAUSTIQUES ET DE LA CAUTÉRISATION
Les médicamens caustiques sont ceux qui, mis en contactavec nos tissus, les détruisent et les changent en escarre en se combinant chimiquement avec eux. Il faut distinguer les caustiques qui agissent comme nous venons de le dire, du cautère actuel , dont il sera question plus loin, et qui n'est autre chose que la propriété physique connue sous le nom de calorique. On partageait autrefois les caustiques en deux classes : les cathérétiques et les escarrotiques , suivant qu'ils attaquaient plus ou moins profondément la substance des organes ; mais cette distinction ne saurait être admise. D'abord il est fort difhcile de déterminer le point précis où commencerait l'une et où finirait l’autre de ces deux subdivisions ; en second lieu une même substance à différents degrés de concentration, sera escarrotique ou cathérétique; enfin la profondeur de la gangrène dépend encore du temps pendant lequel le médicament a été appliqué,
Action et indication de l'emploi des caustiques.
Quelles sont les circonstances dans lesquelles on peut employer les substances caustiques ? Chez les personnes pusillanimes qui redoutent l'emploi du bistouri, on est quelquefois obligé d’avoir recours aux caustiques pour ouvrir des dépôis anciens ou récens. Ces substances détruisant les tissus qui recouvrent et renferment la collection purulente d’un abcès, peuvent servir à lui donner issue.
Un tel moyen est-il préférable à l'opération par l'instrument tranchant , ou bien doit-il toujours être rejeté ?
En général, quand on a affaire à un abcès chaud ou froid , situé immédiatement sous les tégumens , la ponction ou l'incision l’emportent sur tout autre moyen d'ouvrir le foyer. Mais si celui-ci existe dans un viscère, comme le foie, el est séparé de la peau par une cavité séreuse à parois contiguës, et dans laquelle le pus pourrait s’épancher et déterminer de graves accidens, il faut avoir recours au caustique qui agit alors de la manière suivante. L'irritation que son application plus ou moins répétée fait naître dans les parties soumises à son action, s'étend aux parois contiguës de la cavité séreuse, ÿ produit une inflammation adhésive qui réunit les deux lames adjacentes. Alors la simple contiguité des surfaces membraneusés , est transformée en une continuité de tissus qui existe dans une étendue assez considérable pour que l’on puisse ouvrir le kyste, sans crainte de voir la matière qu'il renferme se répandre dans la cavité séreuse. Telle fut la conduite de M. Récamier pour obtenir l'évacuation de kystes hydatiques du foie, et de M. bégin pour des abcès du même organe.
Lorsqu'il s’agit d’abcès froids chez des individus lymphatiques, plusieurs auteurs conseillent encore l'usage des caustiques, à cause de lexcitation que ces médicamens dé terminent dans le foyer et qu'ils regardent comme favorable à sa prompte cicatrisation. On à aussi fait valoir , que dans ces cas, l'ouverture faite par les escarrotiques était plus large et qu’elle ne se refermait pas avant l'entière évacuation de la matière purulente. Mais il faut que l’abcès soit bien peu considérable pour que le caustique employé puisse porter sur les paroïs une irrilation qui s'obtient bien mieux à l’aide d’un séton ou d’injections irritantes comme les in- Jections vineuses, chlorurées ou 1odées,
Les causliques, en détruisant la vitalité des parties avec lesquelles ils sont en contact, en faisant naïitre uneréaction inflammatoire sur les limites de l’escarre , offrent le grand avantage de modifier l’état de certaines surfaces malades et de changer le mode d’inflammation dont ellessont affectées. Bien des expériences ont démontré l'efficacité de ces moyens dans les plaies affectées de pourriture d'hôpital, dans plusieurs maladies catanées, certains ulcères, de mauvaise nature; et des caustications légères et répétées , activant le travail de la cicatrisation, amènent avec promptitude :le resserrement et l'oblitération d'ouvertures fistuleuses qui avaient résisté à tout autre moyen.
Qu’une substance vénéneuse, qu'un virus soit déposé dans un tissu divisé , l'application rapide d’un caustique , que l’on fera agir profondément, déterminera la formation d’une escarre comprenant dans son épaisseur le poison qui allait infecter l'économie. C'est ainsi que chaque jour on entrave dans leurs conséquences le virus st redoutable des morsures d'animaux enragés , le venin de certains reptiles, et Le poison des blessures faites par des armes envenimées.
Dans d’autres cas, c'est une production accidentelle, une tumeur cancéreuse, un polype qu'il s’agit de détruire par parties au moyen de l'application répétée d’un caustique.
On emploie encore les caustiques comme dérivatifs ou révulsifs.Je ne passerai pointicienrevue le grand nombredes maladies dans lesquelles on se sert de ces médicamens pour produire sur la peau une perte de substance, qui laisse à sa suite un ulcère artificiel, un cautère dont on entretient plus où moins long-temps la suppuration. Les cautères , usités dans une foule d’affections dites médicales , sont d’une grande ressource en chirurgie. Ils conviennent dans le cas d'estéite plus ou moins profonde ; mais c’est surtout dans la carie vertébrale ou maladie de Pott que leur effica-
cité a été constatée. Du reste, il est facile de concevoir que ‘étendue et le nombre des cautères seront proportionnés à la gravité et à la profondeur du siége de la maladie qu il s'agit de combattre.
Application. Les substances caustiques s’emploient sous les trois états : solide, mou et liquide. Quelques auteurs ont agité la question de savoir si les caustiques solides devaient être préférés à ceux qui étaient à l’état liquide; mais on comprendra toute la futilité d’une pareille diseussion, si l’on remarque que les escarrotiques solides ne peuvent agir que quand ils ont été liquéfiés par les humeurs qui baignent la partie sur laquelle ils sont ‘appliqués. Le parallèle doit surtout avoir lieu entre les caustiques proprement dits et le caustère actuel. Eh bien ! ici, tout dépend des indications : le choix ne saurait être absolu, il est relatif à la nature des accidens qu'il s’agit de combattre ou bien au résultat que l’on veut atteindre. S'agit-il de modifier la vitalité d’une plaie, comme dans la pourriture d'hôpital , de déterminer une révulsion prompte et énergique, le fer rouge devra être préféré. Mais s’il faut détruire profondément les tissus, comme dans le cas où un virus mortel a été déposé dans une plaie, le caustique doit être employé, et certaines personnes se serviront plutôt d'une liqueur que de substances solides, parce que l’action de celle-là est encore plus rapide que celle des secondes. Notons au reste -que le fer rouge effrayant la plupart des malades, les caustiques devront être mis en usage dans tous les cas autres que ceux pour lesquels nous venons de signaler l'utilité du cautère actuel.
Les chjets des escarrotiques varient suivant leur äegré de concentration , et la durée pendant laquelle ils sont appliqués. Considérés d’une manière générale , ils présentent deux phénomènes distincts : 1° la désorganisation du tissu;
o° une irritation très-vive dans les parties adjacentes.
La désorganisation ou formation de l’escarre ne se fait pas avec la même rapidité selon que l’on emploie telle ou telle. substance; ses caractères physiques. varient encore suivant les mêmes conditions. Nous aurons occasion d’y revenir en étudiant les effets de ces médicamens.
Quant à l'irritation, elle commence avec l'action du caustique, et plus tard continue le travail éliminatoire , qui a pour résultat la séparation de la partie morte etdes parties vivantes. Plus le caustique est énergique , plus cette irritation est vive et étendue. Ordinairement dès que l’escarre est formée, on voit un cercle rouge s'établir tout autour et former une auréole qui marque ses.limites : la rougeur , très intense au contact de l’escarre , se fond peu à peu avec la coloration normale des parties environnantes. Cetie phlegmasie n'existe pas seulement à la circonférence de l'escarre : dans toute l'étendue des parties sous-jacentes un travail de suppuration, qui commence vers l'extérieur et gagne successivement les parties les plus profondes, trace un sillon qu'il creuse de plus en plus à l’entour de la portion mortifiée , et tend à isoler cette dernière, qui finit par se détacher. Son départ laisse un ulcère dont la profondeur et l'éténdue sont dans un rapport nécessaire avec les dimensions que présentait l’escarre ; c'est cet ulcère que l’on creuse encore par de nouvelles applications de caustiques , ou que l’on entretient dans les proportions premières, où bien enfin que l'on fait cicatriser, suivant les indications. Il est rare que lescarre se détache avant le huitième ou dixième jour ; souvent son départ n’a lieu qu’au quinzième. Les escarres très superficielles, celles qui intéressent la surface des plaies ou des fongosités , se détachent beaucoup plus promptement et sans un travail d'élimination aussi actif que celui que nous venons de dé-
erire, La cicatrice qui succède à l’ulcération laissée par la chute de l’escarre, est d'autant plus difforme que celle-ci’ était plus profonde. Aussi les cicatrices du cautère , celles résultant des moxas, de l'application du fer rouge quand elle a été active, forment une marque indélébile. C’est pour cette raison que les auteurs conseillent de ne jamais employer les caustiques à la face, au col, à la partie supérieure de la poitrine , soit en avant soit en arrière , surtout chez les femmes. Toutefois, il est telle circonstance urgente et imprévue qui doit faire passer par-dessus de semblable: considérations. Une chose plus importante , c’est de ne ja:
mais les appliquer dans certaines régions où leur présence pourrait occasionner de graves accidens. Ainsi, on ne les placera jamais sur le trajet des artères et dés nerfs, lorsqu
ceux-ci! seront superficiels;l'irritation, ou même la cautérisa
tion pourraient s ‘étendre ] jusqu’ à ces parties siimportantes, et l'on voit le danger qui en résulterait nécessairement.
De l'emploi des caustiques suivant leur consistance.
: Nous suivrons ici l’ordre que nous avons adopté; nous examinerons à part les caustiques solides, mous et liquides, puis nous parlerons de la cautérisation actuelle avec le moxa, Du reste, notre intention n’est pas de passer en revue toutes les substances escarrotiques que fournit la matière médicale; nous nous arréterons aux plus importantes.
Potasse caustique (potasse à la chaux, pierre à cautère). La potasse caustique est employée , 1° pour former des cautères , 20 ouvrir des dépôts , 3° transformer en escarre
DES CAUSTIQUES. 129 toute la surface d’une solution de continuité , comme on le pratique dans les morsures de certains animaux, entr’autres de la vipère. Fontana avait été jusqu à penser que la potasse jouissait, outre sa causticité , de propriétés spécifiques pour combattre le venin de ce reptile: mais aujourd’hui on emploie de préférence, en pareil cas, les caustiques liquides.
La potasse concrète peut être préparée de plusieurs manières, mais les chirurgiens préfèrent généralement celle dite à la chaux, que l’on obtient en traitant par un excès de chaux vive la potasse du commerce dissoute dans douze ou quinze fois son poids d’eau. Samuel Cooper vante beaucoup la pierre à cautère préparée de cette manière ; il conseille même d’unir à la potasse un peu de chaux vive. On obtient alors , suivant lui, des effets beaucoup plus marqués. Else, chirurgien anglais, a l'habitude de méler au caustique un peu d'opium réduit en poudre , pour empécher, à ce quil croit, la douleur de la cautérisation (S. Cooper, dict. de éhir.,t. IE, p. 355). La pierre à cautère se présente sous forme de fragmens aplatis, irréguliers, friables, déliquescens , d’un blanc grisâtre ou jaunâtre. La potasse à la chaux renferme, outre l'oxide de potassium, quelques sels tels que le muriate et le sulfate de potasse.
Application. La pierre à cautère peut, comme nous l'avons dit, être employée dans trois circonstances différentes.
19 Lorsque l’on veut établir un cautère au moyen d’une substance escarrotique, voici quel est le procédé à employer.
Après avoir déterminé le point où l’escarre doit être produite, on applique sur cette partie un morceau de sparadrap de diachylon gommé, d’un pouce carré environ, percé d'un trou à la partie moyenne; c’est sur la portion de peau laissée à découvert par ce trou que l’on doit placer un petit fragment de pierre à cautère d’un diamètre trois ou quatre
fois moindre que l’escarre qu’on veut produire. On recouvre le tout d’un morceau de sparadrap plus grand que le premier, et l'appareil est maintenu en place par une compresse etquelques tours de bande. Lorsque quinze ou vingt heures se sont écoulées, on peut lever l'appareil, et alors on trouve une escarre noirätre , de la grandeur d’une pièce de vingt sous et déjà entourée du cercle inflammatoire.
20 Pour ouvrir des dépôts, si lon ne veut qu’une ouverture très étroite, on procède comme nous venons de le dire pour la formation du cautère. On place un morcéau très petit de la pierre caustique , puis l’escarre est incisée en croix, disséquée et enlevée. Si le foyer n’est pas ouvert, on place un fragment pareil au premier au centre de la solution de continuité ; il se forme une nouvelle escarre que l’on emporte comme la première, et on agit ainsi jusqu'à ce que l’on ait, par ces opérations successives, pénétré dans le foyer de l’abcès, ou l’on y pénètre à l'aide du bistouri. Mais si l’on veut obtenir une large ouverture, on doit se comporter différemment : on colle exactement sur la partie la plus saillante ou la plus déclive du foyer, suivant les indications, un morceau de sparadrap d’une grandeur proportionnée à l'étendue dans laquelle la peau doit être détruite. Ce morceau de sparadrap présente à son milieu une fente d’une à deux lignes de largeur et d’une longueur moitié moindre que celle de l'ouverture à faire à l’abcès. Dans cette fente on place une trainée de fragments de potasse, gros au plus, chacun, commeune tête d’épingle; on les maintient au moyen d’un petit plumasseau de charpie, et on applique par dessus un second emplâtre de diachylon plus grand que le premier ; et si la disposition de la région le permet, on fixe le tout à l’aide de quelques compresses et d’un bandage peu serré. |
Boyer conseille de n’enlever le caustique qu’au bout de
DES CAUSTIQUES, bi vingt-quatre heures, à moins que l'on n’en ait appliqué une quantité plus grande qu'il ne faut pour la grandeur de l'ouverture qui doit être pratiquée ; alors si l’on craint d’en avoir trop mis, on lèvera l'appareil au bout de cinq à six heures. Dans tous les cas ; si après avoir retiré les pièces de sparadrap, le pus ne s'écoule pas de lui-même à travers l'escarre , on la fend avec un bistouri.
3° Enfin, quand il s'agit de cautériser une plaie, on peut placer entre les lèvres de celle-ci de petits fragmens de la pierre à cautère, et on panse simplement avec un plumasseau de charpie sèche.
Effets. La potasse caustique ne tarde pas à déterminer une douleur assez vive sur la portion de tégument avec laquelle elle est en contact. Au bout de quelques heures lescarre est produite, et le lendemain l’inflammation commence à s'établir à sa circonférence. Il est rare que le tissu cellulaire sous-cutané soit compris dans l’escarre, l'épaisseur seule de la peau est détruite. On a remarqué, depuis longtemps , que la potasse étendait plus son action en superficie qu’en profondeur, quelle que füt d’ailleurs la quantité employée : c’est même sur cette propriété que l’on compte dans le cas d’abcès froid, lorsque l'on veut irriter les parois du foyer dans une étendue assez considérable.
Soins consécutifs. Nous parlerons en son lieu du pansement que réclament les abcès après leur ouverture ; nous allons maintenant nous occuper de ce qu'il convient de faire quand l'escarre d'un cautère a été produite.
Du pansement des cautères. Lorsqu'il est urgent de faire suppurer un cautère, l'escarre arrondie qui résulte de l’action du caustique est incisée crucialement, et les quatre lambeaux , saisis avec une pince à disséquer, sont soulevés et retranchés à leur base avec un bistouri ou des ciseaux courbes sur leur plat ; il en résulte une ouverture
dans laquelle on met un pois d'iris, et par-dessus on applique un emplâtre de diachylon gommé. On renouvelle chaque jour ce pansement jusqu’à la chute du reste de l’escarre, ce qui a lieu du douzième au quinzième jour. Si la suppuration du cautère n’est pas urgente, on attend que l'escarre s'ébranle et soit prête à tomber pour essayer de l'enlever.
Pour entretenir les cautères , on emploie d'ordinaire de petites boules de trois à quatre lignes de diamètre, faites avec de la racine d'iris; d’autres se servent de pois ordinaires secs. Les boules d'iris sont percées, suivant un de leurs diamètres , d’un canal que traverse une petite anse de fil dont les extrémités sont nouées ensemble. Plusieurs auteurs, Boyer entr'autres, ont donné la préférence à ces derniers. On avait dit que les pois ordinaires étaient avantageux parce qu'ils se gonflaient par l'humidité et s’opposaient ainsi au rétrécissement qui tend sans cesse à se produire dans l'ulcère ; mais les boules d'iris sont très dilatables, et de plus, le fil qui les traverse, étant fixé avec une mouche de taffetas d'Angleterre ou de sparadrap de diachylon au-dessus de l'exutoire , ce fil retient le pois à la même hauteur et lutte avec avantage contre le déplacement des cautères qui tendent à descendre peu à peu audessous du point oùils avaient été placés ; enfin, ce même fil est fort commode pour retirer la boule de la cavité suppurante. Dans ces derniers temps, M. Frigério, pharmacien à la Maternité, attribua aux pois d'iris les douleurs assez vives que les cautères font quelquefois éprouver : il en accusa cette même dilatabilité, regardée comme un avantage par quelques personnes, mais qui agit souvent en comprimant douloureusement les chairs vives, surtout lorsqu'elle est inégale. Voici à cet égard le résultat de ses secherches sur les pois de racine d’iris : il croit avoir cons-
taté que cette dilatation dont nous venons de parler occasionne des douleurs, par la pression assez considérable qu’elle produitsur les parois de la petite cavité; de plus, Faugmentation de volume des pois n’a pas fieu dans tous les zens, mais dans celui des fibres de la racine; alors le pois, en s’atlongeant, comprime inégalement les bords du cautère. Ce sont ces considérations qui l'ont engagé à préparer des pois emplastiques dont la dilatation füt à peine sensible , et dont on püt graduer à volonté les effetsirritans , d’après la différence de composition que présentent les quatre séries de pois qu'il a établies. Au reste, quelle que soit la nature de la boule que l’on ait placée dans le cautère , on la maintient en place en la recouvrant d’un morceau de sparadrap de diachylon gommé ou d’un papier revêtu d’une matière emplastique légèrement agglutinative. Ces emplàtres ont l'avantage de fixer le pois pour l’empécher de glisser, et de produire en même temps une légère irritation qui entretient la suppuratian : ils sont dès-lors préférables aux feuilles de lierre ou de poirée dont se servent quelques personnes. Enfin, pour terminer ce qui a rapportau pansement de cet exutoire, on place, par-dessus l’emplâtre , une compresse pliée en plusieurs doubles, que l’on assujelit avec le bandage roulé circulaire, ou le bracelet que nous avons décrit dans le premier volume.
Il se forme très souvent des fongosités qai tendent à remplir la cavité de l'ulcère et à chasser le pois : aussi est-il nécessaire d'exercer continuellement sur celui-ci une légère pression, que l’on augmenterait d’ailleurs si cette tendance devenait par trop marquée. Les chairs exubérantes peuvent être, en cas de besoin , réprimées par la cautérisation avec la pierre infernale, ou à l’aide de poudres légèrement caustiques, telles que celles d’alun ou de sulfate de fer ; on peut aussi les exeiser. Une suppuration languissante
sera ranimée par une pommade épispastique dont on enduira le pois. Si la suppuration est très abondante et répand une odeur fétide, on renouvellera le pansement deux fois par jour. Une précaution fort utile, c’est de laver l'ulcère avec de l’eau tiède ou de la décoction de racine de guimauve; on évite ainsi le séjour du pus à la circonférence, et l'irritation érysipélateuse qui en est quelquefois la suite. Cette inflammation , si elle était intense, serait d’ailleurs calmée par des applications de cataplasmes émolliens et au besoin par la suppression du cautère.
Lorsque l’on veut supprimer un cautère, on cesse l’usage du pois et on panse simplement avec du cérat. Ce moyen suffit pour amener une prompte cicatrisation. On a soin d'employer en même temps les moyens que conseille une médecine prudente en pareille occurence, surtout si le cautère est ancien. |
Nitrate d'argent fondu ( nitras argenti fusus, pierre infernale).
Usages, Le nitrate d'argent fondu est sans contredit le cathérétique le plus employé en chirurgie.
On s’en sert principalement pour réprimer les chairs fongueuses qui bourgeonnent si fréquemment sur les plaies suppurantes, ou sur les ulcères. La stimulation qu'il détermine, changeant le mode d’inflammation des parties malades, produit par exemple des effets fort avantageux sur les plaies qui languissent ou qui fournissent un pus de mauvaise nature, Il hâte la cicatrisation des ulcères, ce qui a fait préconiser son emploi dans le cas de fistules qui durent depuis long-temps.On a beaucoup vanté l'usage de la pierre infernale pour détruire les rétrécissemens de l’urètre ; nous verrons plus bas ce qu'il faut en penser. L'application de la pierre infernale triomphe souvent de légères hémorrhagies capiilaires, ou causées par l'ouverture d’un petit vaisseau ,
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celles par exemple qui s’observent chez les enfans , à la suite des morsures des sangsues. Le nitrate d'argent arrête souvent la marche des phlegmasies aiguës, ou du moins en change la nature: c’est ainsi que l’on s’en est servi avec succès contre une foule d’ophthalmies légères ou graves, chroniques ou aiguës, Quelques praticiens ont voulu faire avorter, ou du moins modifier avantageusement, par ce moyen, quelques inflammations aiguës de la peau, telles que l’érysipèle ; mais il ne m'a jamais réussi, quoique je l'aie essayé sur au moins huit ou dix malades différens ; et je ne sache pas que l’on ait jamais entravé d'une manière bien évidente la marche de cette affection , tantôt si régulière, tantôt si bizarre dans son cours. Quant à la cautérisation des pustules varioliques , proposée par M. Serres, vantée depuis par plusieurs médecins, entr’autres M. Piorry , rejetée au contraire par d’autres , tels que le professeur Alibert, c’est là une question de thérapeutique médicale sur laquelle je ne puis donner un avis assuré.Toutefois, je dirai que dans les quelques cas où j'ai fait cautériser , dès leur début, les pustules varioliques développées sur une partie quelconque, J'ai observé peu de différences entre celles-ci et celles des autres parties de la surface tégumentaire qui n'avaient pas été soumises à l’action du caustique. Mais si la cautérisation paraît avoir peu d'influence sur les phlegmasies aiguës de la peau, il n'en est pas de même pour les affections chroniques de cette membrane. Nous avons pu constater à l'hôpital Saint-Louis les avantages journaliers que l’on retire de l'usage de la pierre mfernale, pour combattre la mentagre, les dartres furfuracées ou squammeuses, l'esthiomène, etc.
Préparations. Le nitrate d'argent n'existe pas dans la nature : il s'obtient en traitant directement l'argent de coupelle par l'acide nitrique ; les cristaux qui en résultent sont soumis à la chaleur, et lorsqu'ils ont éprouvé la fusion
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ignée qui les purge de toute l’eau qu'ils pouvaient renfermer, on coule le sel en fusion dans des lingotières en métal enduites de suif, C’est à la décomposition de ce suif qu'il faut attribuer la coloration noirâtre des crayons de nitrate d'argent. Le caustique ainsi obtenu et désigné sous le nom de nitrate d'argent fondu ou pierre infernale , est en petits cylindres de la grosseur d’une plume à écrire, d’un brun noirâtre et d’une saveur âcre et métallique excessivement désagréable,
Application. On emploie cette substance de différentes manières , tantôt en poudre, tantôt en fragmens.
Les fragmens de cylindre de pierre infernale sont enchassés dans un porte-crayon en argent, ou mieux en platine ( ce métal n’est pas attaquable par le caustique ), qui se visse dans un étui, et figure dans la trousse sous le nom de porte-pierre. On taille en pointe ces cylindres à la manière des crayons à dessin; cette forme les rend plus commodes; mais il faut beaucoup de précautions , et pour ne pas casser le crayon, et pour ne passe cautériser et par suite se noircir les doigts, et pour ne pas se faire sauter de pierre infernale dans les yeux.
Lorsque l’on agit sur des surfaces sèches , il faut avoir soin de mouiller la pierre infernale avec de l’eau avant de s'en servir ; on promène la pierre sur la partie qu’il s’agit de cautériser, en appuyant eten faisant durer cette opération proportionnellement à l'effet que l’on veut obtenir. Pour la cautérisation des surfaces suppurantes ou des membranes muqueuses , on agit de même , sauf la précaution de mouiller la pierre : ilest des cas où le cautère doit agir avec beaucoup de promptitude et de légèreté : quañd, par exemple, on cautérise la conjonctive enflammée. Veut-on arrêter un écoulement sanguin provenant d'un très-petit vaisseau, il faut étancher le sang bien soi-
gneusement avec un linge ou une éponge secs , et saisir le moment où l’on retire le linge pour appliquer fortement, sur l'ouverture , le crayon de caustique aïguisé en pointe. On fait ainsi développer une escarre à l’orifice vasculaire, qui ne se ferme, souvent, qu'après plusieurs cautérisations prolongées.
Certaines applications particulières ont exigé des appareils spéciaux. C’est ainsi que l’on a imaginé le portecaustique destiné aux cautérisations de l’urèthre. C'est ainsi que M. le professeur Sanson a fait construire un instrument fort ingénieux, pour cautériser la portion de la conjonctive qui entoure la cornée transparente , quand des varices où un pannus se forment à la suite d’ophthalmie chronique. Cet instrument consiste dans un anneau de la grandeur de la cornée creusé d’une gouttière dans laquelle on coule le nitrate d’argent : cet anneau est supporté sur un manche bifurqué dont les deux branches vont aboutir aux extrémités de l’un des diamètres de l'anneau, du côté convexe. On applique ce porte-caustique circulaire de manière que le centre évidé corresponde à la cornée transparente ; on produit ainsi autour de cette membrane une sorte de cordon sanitaire , et on détruit les vaisseaux dilatés qui viennent y aboutir et génent la vision par leur volume anormal ( Dictionnaire > médecine et chirurgie pratique, art. ophthalmie).
Effets et propr iétés. Le nitrate d’ argent ne se dissolvant pas avec la même facilité que la pierre à cautère, ne saurait être employé pour les mêmes usages et ne détermine pas une destruction aussi profonde. Employé sur la peau encore revêtue de son épiderme sain ou altéré, il cause, au bout de peu d’instans, une douleur assez vive, mais qui ne tarde pas à se dissiper. L’escarre qu'il produit dans cette circonstance , d'abord grisätre , prend , après quel-
ques heures, une couleur brune tirant sur le violet : cette légère escarre est sèche et tombe spontanément six ou huit jours après , laissant la peau sous-jacente cicatrisée. Lorsque le nitrate d’argent est mis en contact avec une plaie, un ulcère, etc., il occasionne, sur-le-champ, une douleur cuisante quelquefois très vive, quand les tissus sont enflammés et les bourgeons charnus rouges et irrités; quelquefois nulle ou presque nulle quand on agit sur des fongosités mollasses, décolorées. L’escarre qui se forme alors est mince, d’un blanc grisätre comme nacré, qui tourne très-promptement au brun noirûtre, et que l’on trouve ordinairement détachée au bout de vingt-quatre heures.
Si la douleur a été très-vive, on peut appliquer sur l'escarre un linge imbibé d’eau fraiche, etc. , ete, Nous verrons, en parlant des caustiques liquides, les précautions à prendre en pareil cas.
Sulfate de cuivre, sulfas cupri, (vitriol bleu, vitriol de Chypre, couperose bleue).
Il s'emploie quelquefois en poudre pour cautériser les fongosités ; on a aussi conseillé l'application d’un très-petit morceau de cette substance pour arrêter des hémorrhagies qui ont lieu par une artériole. Aujourd'hui on a presque renoncé à l'usage de cette substance à l’état solide : j'en dirai autant du vert de gris ( acétate de cuivre , verdet), du deuto-chlorure de mercure ( sublimé-corrosif ), du nitrate de mércure, de loxide blanc d'arsenic ; on les administre plutôt en pâtes ou en solution.