DES CAU;TIQUES LIQUIDES
Les caustiques, à l'état liquide et à un grand degré de concentration, agissent avec autant de promptitude que d’énergie. L'étatde division dans lequel se trouvent leurs molécules, leur permet de s'’infiltrer dans les plaies avec facilité, et la destruction qu'ils produisent est presque instantanée ; l'avantage que l’on trouve à leur emploi, c’est de parvenir au fond des plaies les plus étroites. Nous verrons en parlant des effets des caustiques liquides, que cet avantage peut, dans certains cas, devenir un inconvénient grave.
Usages. On emploie les escarrotiques à l'état liquide, dans des conditions analogues ou semblables à celles qui réclament l'emploi des mêmes médicamens à l’état solide : ainsi, c'est pour détruire des fongosités, des bourgeons charnus, changer le mode de vitalité d’une partie affectée d’une phlegmasie spécifique ; comme certaines ulcérations dartreuses ou même syphilitiques. Mais ils trouvent une spécialité d’action dans le traitement des plaies envenimées, etils doivent la préférence qu'on leur accorde précisément aux propriétés que nous leur reconnaissions tout-à-l’heure : leur fluidité, l'instantanéité et la puissance de leurs effets.
Les caustiques liquides s’emploient à peu près tous de la même manière; nous allons décrire d’une manière générale leur modé d'administration et les soins consécutifs qu'ils rendent nécessaires; nous indiquerons ensuite les différences qui résultent de l'espèce de médicament employé.
Habituellement on applique les substances dont nous parlons, avec un petit pinceau que l’on fait en unissant parallèlement des brins de charpie, de manière à former un faisceau plus ou moins épais que l’on attache à l'extrémité d’une baguette de bois, où que l’on saisit avec des pinces. Ce pinceau est trempé dans le caustique, et, si celui-ci est très énergique ou que l’on veuille obtenir une escarre superficielle, on l’exprime de manière à ce qu'il soit seulement humide et on le porte sur la partie malade, proportionnant la durée du contact à l’intensité de l'effet que l’on veut produire. Il faut avoir bien soin de nettoyer préalablement les parties sur lesquelles on opère; si elles sont baignées de pus, de sanie ou de sang , comme il arrive dans les ulcérations ou les plaies, on les abstergera avec un linge bien sec, ou bien en laissant quelque temps
en contact avec la plaie un plumasseau de charpie que Lon retire au moment d'employer le caustique. La cautérisation de certaines parties profondes présente quelques indi: cations particulières : s'agit-il de chancres de larrièregorge , on aura soin de maintenir la bouche largement ouverte et la base de la langue abaissée avec une large spatule. Un caustique ne sera porté dans ie nez que quand on aura distendu avec une canule ou un dilatateur spécial, la narine par laquelle on doit pénétrer. Les affections du col de l'utérus exigent de toute nécessité la dilatation préalable du vagin à l’aide du spéculum. J'en dirai autant des affec-tions du rectum. Une plaie étroite et profonde sera agrandie avec le bistouri. En un mot, dans l'emploi de cemoyen, il faut toujours en assurer le résultat en plaçant la partie qui doit y être soumise dans les conditions les plus favorables à son application.
Au lieu d’un pinceau de charpie, on pourrait se servir d'un petit linge imbibé de la liqueur corrosive ; d’un bäton pointu que l’on tremperait dans ce même liquide , quand, par exemple, on veut agir dans une plaie étroite et peu profonde, comme une morsure de vipère. Nous verrons d’ailleurs, en passant en revue les principaux caustiques liquides, les divers procédés que l’on peut mettre en usage suivant les différens cas.
Effets et propriétés. L'application des caustiques liquides détermine une douleur des plus vives , surtout quand ils sont mis en contact avec une surface à vif ou enflammée. À cet égard nous verrons que toutes les substances ne produisent pas une égale douleur : chez les personnes nerveuses et très irritables , les souffrances peuvent être portées au point de déterminer la syncope ou des attaques de nerfs ; aussi doit-on s'abstenir des caustiques les plus actifs, chez les sujets qui présentent ces dispositions. La douleur
dure quelquefois vingt-quatre heures et même davantage. Une phlegmasie assez vive s'empare de la partie cautérisée , etil s'y développe fréquemment un engorgement ædémateux qui ne tarde pas à se dissiper ; cette inflammation peut être portée au point de réagir sur la constitution, et de faire naitre un mouvement fébrile. Les escarres produites par les liquides se détachent en général plus promptement que celles qui résultent de l'application de caustiques sOlides; en général, le départ a lieu au bout de deux à trois jours.
La propriété que nous avons assignée aux Là rep liquides, de pénétrer plus profondément que les autres, peut avoir , dans certaines circonstances , de graves inconvéniens : ainsi, que l’on applique imprudemment du muriate Hp auprès d’un gros vaisseau où d’un nerf principal, ces organes pourront être atteints ; il en résulterait, dans le premier cas , à la chute de l’escarre , une hémorrhagie peut-être mortelle; dans le second, des accidens nerveux très intenses, peut-être le tétanos. Il faut donc avoir égard à la région sur laquelle un médicament aussi dangereux est employé.
Pour calmer la douleur qui suit l'application amie: on peut laver la partie malade avec de l'eau très froide. Cette pratique est même souvent nécessaire pour enlever les restes de la substance caustique, qui pourraient agir encore et dépasser le but que l’on s'était proposé. Si l’organe cautérisé est situé à une certaine profondeur, comme l'utérus par exemple, on fera des injections avec une seringue. À la suite de ces lotions, on laissera en place des linges trempés dans la liqueur réfrigérante , et on les renouvellera à mesure qu'ils s'échaufferont. Si, malgré ces moyens, l'inflammation se produit, on aura recours aux fomentations ou aux cataplasmes émolliens. Mais les appli-
cations d'eau froide et le lavage ne seraient pas convenables dans certaines. circonstances où l’inflammation aiguë, qui suit la cautérisation , entre dans l'indication que l’on veut remplir; c’est ce qui arrive dans le cas de plaie envenimée, etsurtoutquand on porte un escarrotique danslesincisions faites sur une pustule maligne. L'inflammation qui survient alors est nécessaire pour la prompte élimination de la matière virulente ; on se bornera donc à la limiter par des applications émollientes, et même des sangsues en plus ou moins grand nombre.