DES MÉDICAMENS VÉSICANS ET DE LA VÉSICATION
La vésication est une irritation non mécanique qui dé-
termine la formation d’une vésicule séro-albumineuse à la surface de la peau. Les médicamens vésicans sont tous les
corps qui produisent la vésication.
Usages. L'irritation assez énergique que produisent ces
substances, et dont on peut prolonger l'effet en entretenant
la suppuration des tégumens, est très fréquemment mise à profit en thérapeutique médicale et chirurgicale. On y a recours , soit pour détruire ou diminuer par révulsion une phlegmasie aiguë ou chronique, une névralgie, une lésion organique comme la phthisie, une maladie générale comme les fièvres graves; 2° soit pour troubler ou perturber certaines inflammations de la peau ; 3° soit pour exciter d’une manière générale : 4° soit pour ouvrir une porle aux médicamens qui peuvent être absorbés et que l'on veut administrer par cette voie, ainsi que nous l'avons dit en parlant de la méthode endermique ( 7. p. 97 et suiv. ).
Des vesicatoires.
Ils conviennent dans les phlegmasies passées à l'état chronique. Pendant la période d’acuité, la fluxion inflammatoire : produite par la vésication pourrait augmenler le mal au lieu de le diminuer. C'est ce que Baglivi a démontré dans sa dissertation sur l’usage et l'abus des vésicatoires. Van Swieten a surtout insisté sur les inconvéuiens de cette médication , alors que la fièvre était très intense : « Cantharidum usus , minime tutus, ubi valida febris , calor magnus et putredinis metuende signa sunt. » (Comment. in Boerh. aphor., t. IL, $ 890 , p. 47).
.VÉSIGATOIR ES« 173 Depuis, les auteurs modernes ont répété les mêmes observations (Broussais, Phlegm. chr., t. IE, p. 273; Laënnec, Auscult. méd.,t.1, p.160, 487, 711;t.[l, p.212; Andral y Clinique méd. ; t. I,.p. 576; etc. ). La résorption des collections séreuses quise forment sous l'influence des méningites, des pleurésies, des péritonites, des arthrites, etc., la, résolution dé. ces phlegmasies et de celles du poumon est singulièrement accélérée par l'action des vésicatoires. Ils sont indiqués peut-être encore mieux contre les douleurs rhumatismales sans inflammation ni fièfre, contre certaines névralgies , et particulièrement la sciatique.
Nous avons dit qu’il fallait s'abstenir des substances vésicantes quand les phlegmasies sont aiguës ; il faut faire une exception pour les cas de métastase. Lorsqu'une maladie abandonne un organe extérieurement situé pour affecter quelque viscère, dans. ce cas, une irritation très vive, développée artificiellement sur le point primitivement malade, pourra y rappeler la phlegmasie qui s’en était éloignée ; c’est ainsi. qu'il faut agir dans des cas d’érysipèles erratiques, de rhumatismies ou de gouttes rétrocédés , de dartres brusquement disparues , ete.
Les vésicatoires ont été employés comme un moyen perturbateur des plus puissans, dans le but de changer le mode de vie et d’inflarmmation d’une partie malade: Tout le monde.connait la. belle observation d'Amb. Paré, au sujet d’une jeune fille atteinte d’une dartre vive à la face, et quiiguérit par l'application d’un vésicatoire sur cette partie. Depuis lors , l'heureuse hardiesse de notre grand chirurgien a été renouvelée avec succès par d’aytres observateurs : Dupuytren a vanté l'emploi de ce procédé. pour combattre et fixer les érysipèles ambulans ; d’autres ont voulu arrêter la marche de ces mêmes érysipèles en leur opposant pour barrière une bande de vésicatoire posée sur
leurs limites. Aucun des essais que nous avons tentés à cet égard ne nous a réussi , et d’autres praticiens , à notre connaissance , n’ont pas été plus heureux.
Les vésicatoires doivent être employés comme stimulans dans certaines paralysies , et alors on les applique le plus près possible des organes paralysés ou de la racine des nerfs qui se distribuent à ces organes. Ainsi, dans les paralysies de la vessie, on doit placer le vésicatoire au-dessus du pubis, ou à la région des reins ; dans une paralysie d'un membre supérieur seul , on le platéait du côté correspondant du cou.
Des parties sur lesquelles on peut appliquer les vésicatoires. Faut-il les appliquer près du lieu affecté ou à une distance assez considérable ? Nous remarquerons d'abord qu’il n’est pas une partie du corps sur laquelle on ne les ait fait agir; mais, pour répondre à la question qui nous occupe, nous ferons observer que si l'on veut produire une révulsion énergique, si l’on n’a pas à craindre d'augmenter le mal, on peut hardiment en appliquer le remède aussi près que possible. Si l’on peut avoir à craindre d’irriter l'organe malade lui-même , on agira à une certaine distance, et'alors les lieux d'élection sont ordinairement la partie postérieure du cou, la face externe du bras, les faces interne et moyenne des cuisses ou des jambes.
Dans les douleurs rhumatismales sans en lE , dans les névralgies , il faut autant que possible appliquer le vésicatoire sur ie point douloureux, et poursuivre la douleur avec de nouveaux vésicatoires si elle se déplace.
Application. Il y a un assez grand nombre de procédés pour dépouiller le tégument de sun épiderme : les uns agissent immédiatement ou presque immédiatement, les autres exigent un temps plus long de trois à douze ou quinze heures pour produire leur effet, Cette différence
dans la rapidité de la vésication est fort utile à connaitre, suivant l'indication que l’on se propose de remplir, suivant que l'effet doit être prompt et énergique , ou bien, au contraire, lent et gradué.
Vésicatoires instantanés.
On a souvent besoin d’une révulsion instantanée et puissante, dans le cas d’apoplexie cérébrale, par exemple, après la saignée. D'autres fois on veut seulement dénuder rapidement le derme pour introduire dans l'économie des substances qui se laissent absorber. Les principaux moyens d'arriver à ce but sont la pommade ammoniacale et l’ammoniaque.
La pommade ammoniacale où pommade de Gondret, est le résultat du mélange de parties égales d’ammoniaque liquide et de suif de mouton ou de graisse de porc que l’on a fait fondre au bain-marie ; on a soin de la renfermer dans des flacons bien exactement bouchés à l’'émeri. Voici la manière d'obtenir une vésication très prompte avec ce caustique : On taille un morceau de linge de la même grandeur que le vésicatoire qui doit être formé ; on étend sur ce linge une couche fort mince de la pommade ammoniacale , et on l’applique dans l'endroit désigné. La couche de pommade ne doit pas avoir plus d’une ligne d’épaisseur; autrement, on aurait plutôt une cautérisation de la peau qu’un soulèvement de l’épiderme. À peine l'application a-t-elle eu lieu, que le malade ressent une chaleur, puis une douleur assez vive; la peau rougit, se gonfle, et bientôt une sécréuion sous-épidermatique a lieu , et il se forme une ampoule qui occupe l'étendue sur laquelle on a fait agir la pommade. Ordinairement , il ne faut pas vingt minutes pour que l'effet soit produit , et le médecin
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doit surveiller lui-même cette petite opération ; ‘car, si le: contact était trop long-temps prolongé, il pourrait en résulter une mortification du derme. On peut donc soulever de temps en temps un coin de la compresse pour voir où en est le travail, et ne pas lui laisser franchir certaines limites. Cette précaution est surtout importante quand on a affaire à une femme ou à un enfant dont la peau est très fine et très délicate ; chez eux , la phlegmasie marche avec beaucoup plus de rapidité:
L'ammoniaque liquide est quelquefois employée séule à l’état de concentration et de la manière suivante : On en mouille un linge taillé dans les dimensions du vésicatoire que l’on veut établir, et on lapplique sur la peau; en moins d’un quart d'heure l'épiderme est séparé.
Mais on n’a pas toujours de l’ammoniaque à sa disposition; on peut alors employer le calorique, et cela de plusieurs manières différentes.
1° Comme l’a proposé M. Pigeaux (Bulletin de thérapeutique, t. 11, p.176 ), en faisant brüler sur la peau une rondelle de linge , de drap ou même de papier trempée dans de l'alcool, de l'eau de cologne ou de l’eau-de-vie , on asoin de promener sur toute la surfacé du disque alcoolisé l'allumetteou le papier enflammé , afin que dans toute son étendue la flamme agisse également, L'ignition ne dure pas une minute, et quand on relève ie morceau d’étoffe dont on s’est servi, l'épiderme a perdu ses adhérences,avec le derme , et on peut l'enlever avec une pince ou l'extrémité des po |
20, l’eau bouillante détermine presque inslahia Ant la vésication. On plonge dans le liquide à l'état d'ébullition une compresse pliée en plusieurs doubles , et dont: les dimensions ont été déterminées à l'avance ; on l'applique sur la peau et on la retire aussitôt. Prolongé seulement pendant
N VÉSICATOIRES. 157 une minute , le contact de l’eau bouillante donnerait lieu à la formation d’une estarre. Il n’est pas nécessaire d’ ajouter que dans une semblable opération il faut se servir de pinces à pansemens ;
3° Enfin, comme le font plusieurs praticiens, on laisse pendant quelque temps un marteau dans de l’eau bouillante , et on le porte sur un point du tégument où l’on veut établir un vésicatoire. Il ne faut pas que le contact excède la durée de quelques secondes.
Tels sont les moyens ordinairement employés pour obtenir une action très prompte et très vive à la fois ; mas , ie plus souvent , on agit avec plus de lenteur.
V'esication lente.
1° On trouve dans plusieurs traités de matière médicale le procédé suivant , qui est, en général, peu employé. On fait macérer, dans du vinaigre l'écorce récente de garou, on en place ensuite un morceau de la largeur de huit lignes au bas du muscle deltoïde , où on l’assujettit par une feuille de lierre, une compresse et une bande. Dans les prerhiers jours , on renouvelle l'écorce matin et soir, et quand l'effet vésicant est établi, on se borne à ne la changer qu'une seule fois en vingt-quatre heures, ou même à de plus longs intervalles.
L'application de cet exutoire occasionne ordinairement une démangeaison plus ou moins vive , qui se fait particulièrement ressentir dans les Tatin de temps (Alibert, Nouv. Élém. deithér., t. IL, p. 448).
2° Le nitrate d'argent, suivant le docteur Borswell, agit avec plus de rapidité et de force que la pommade épispastique ordinaire. Il n’a besoin, pour étre appliqué , d'aueun bandage ; et, ce qu’il a d’ RE c'est qu'il n’agit
Là AE 12
de
178 MÉDICAMENS VÉSICANS pas sur Les voiés urinaires. Voici le moyen d'employer ce médicament : On baigne la partie que lon à choisie pour l'application du vésicatoire, on frotte ensuite cette partie avec la pierre infernale, et au bout de dix heures environ, il en résulte de petites vésicules qui disparaissent complètementau bout de deux ou trois jours , époque après laquelie-on peut répéter l'application du vésicatoire (Journal des Connaiss. med. prat., 3 mars 1835, p. 254).
3° Les cantharides et, leurs composés sont de toutes les substances vésicantes, celles dont on fait le plus fréquemment usage, La certitude ét la puissance de leur action les rend préférables à tous les dutres médicamens que la mauère médicale nous présente comme doués des mêmes propriétés. Les cantharides s’emploient dans tous les cas où une vésication lente est nécessaire , et de plus, dans quel- : ques circonstances spéciales où l’on tire avantage de la propriété dont elles sont douées d’irriter Fappareiïl urinaire ; tels sont certains cas d’inertie ou de paralysie du réservoir de lurine.
Les cantharides ne sont autre chose qu'un insecte de la nombreuse section entomologique des coléoptères, et que les naturalistes désignent sous le nom de meloë vesicatorius où de cantharis vesicatoria. Ce coléoptère est long de six à dix lignes, mais le mâle est beaucoup plus petit que la femelle. Les ailes sont d’un vert doré très brillant, et les antennes noires. La cantharide se rencontre dans nos climats pendant les mois de maï et de juin; elle habite surtout les arbustes de la famille des jasminées , lé frêne, le lilas, quelquefois aussi le chèvre-feuille et le sureau. Quoique très abondante dans certaines parties de la France, le commerce préfère généralement et avec raison celle qui. nous vient d'Espagne et d'Italie. FH semblerait, comme l'a remarqué M. Farines ( Journal de Pharmacie, t. XV,
VÉSICATOTRES., 179 p.266), qu'un soleil plus ardent ajoutät aux propriétés actives dont cel insecte est si puissamment doué. Les cantharides se conservent dans des vases de verre bien bouchés et tenus à l'abri de l'humidité qui les ferait passer à la fermentation putride: Cépendant ; elles'sont très sujettes à la vermoulure , ét quoï qu'en aient dit certaines personnes, quand'elles sont réduites en"poussière, ellés ont beaucoup moins d'action que lorsqu'elles ont été bien cofiservées: J'ai eu plusieurs fois lPoccasion de n'en convaincre dans ‘les hôpitaux. MM.Merat et Delens (Dict. dé Mat. méd., AV, p- 8o1)recommandent de choisir lés cantharides nouvelles, bieén sèches, entières, lisses, noi pulvérulentes’;:et enfin
petites et arrondies.
Les cantharides s'émploient de disérètites manières dont nous allons exposer les principales : | 19 Les cantharides finement pulvérisées étaient autrefois employées de la manière suivante : On‘en saupoudrait, aussi également que possible, un emplâtre de cire et de poix blanche étendu sur un morceau de peau ou de paradrap. La couche de poudre dé cantharides était ensuite arrosée d’un peu de vinaigre pour réndre l'effet plus actif. Ce mode d'application est aujourd’hui peu employé: On pourrait cependant y avoir recou.s dans le cas où -Fon n'aurait à sa disposition que de la poudre de cantharides ; quant à l'emplâtre lui-même, on pourrait y substituer du diachylon gommé, du suif même , où tout simplement de la pâte de farine, comme on le fait souvent à la campagne. 2 emplätre épispastique ou vésicatoire ordinaire ; est ainsi composé: Poix blanche, trois parties ; térébenthine, une partie ; cire jaune ; deux et giant; cantharides réduites en poudre très fine, une et demie. Cet émplâtre est très consistant : on le ramollit et on l’étend, comme nous l'avons dit plus haut (77. p. 102), sur un morceau dé péau préparée,
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ou bien sur un morceau desparadrap agglutinatif plus grand de quelques lignes que le vésicatoire. Il reste done autour de la pâte vésicante un rebord qui n'en est pas recouvert, et qui adhère à la peau sur laquelle on l'applique. Avant d'appliquer cet emplâtre , il faut le saupoudrer d’une couche très mince de cantharides réduites à l'état pulvérulent; seul, il ne serait pas assez actif pour produire la vésication du tégument. |
On désigne sous le nom d’emplätres vésicatoires par incorporation ou de vésicatoires anglais, la composition suivante, qui est aujourd'hui plus rén dr lente employée que la précédente : Emplâtre de cire, axonge récente, poudre de cantharides , parties égales. Cette préparation est plus avantageuse, en ce qu'elle agit plus activement que la précédente, et n'exige pas une addition de ETES de cantharides. |
T'elles sont les deux formules le plus communément employées. Il en existe beaucoup d’autres dont je ne parlerai pas, et qui rentrent plus ou moins dans celles-ci: tel est l'emplâtre de Janin qui renferme de l'euphorbe. et ‘que l’on, connaissait autrefois sous le nom de vésicatoire perpétuel, parce que, lavé, il peut servir encore plusieurs fois. |
30 Taffetas vesicans. Piusieurs pharmaciens, entre autres, MM. Guibourg et Deschamps, ont fabriqué des taffetas imprégnés de la partie active dela cantharide.—Formule de M. Guibourt : Poudre de cantharides nouvelles, Q. v. Soumettez-la à l’action dissolvante de Péther hydratique, jusqu'à ce qu'elle ne cède plus rien à ce menstrue ; distiliez pour retirer la majeure partie de l'éther, et faites évaporer le résidu au bain-Marie jusqu’à ce qu’il cesse de bouillir; alors, faites liquéfier ce produit avec le double de son, poids de cire, mélez intimément, puis étendez sur
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une bande de toile cirée ( Cottereau , traité de pharmacologie, p. 718): On lit dans le Journal de Pharmacie ( mai 1937) une formule beaucoup plus compliquée, proposée par M. Deschamps. Ce pharmacien a substitué à l’éther , l'alcool à 35°, et il ajoute une partie d'euphorbe en poudre, sur 10 de cantharides. M. Andral, ayant expérimenté ces diverses préparations, a constaté que le taffetas de M. Deschamps réussissait bien ; mais celui dont l'effet a été le plus prompt (quatre heures ) et le moins douloureux pour les malades, est celui de M. Guibourt, Cette différence tient sans doute à l’euphorbe, qui entre sans raison valable dans la formule de M. Deschamps.
Application des emplätres de cantharides. La partie sur laquelle on veut agir avant été préalablement râsée et, au besoin, stimulée par quelques frictions de vinaigré ou d’alcool, on y applique lemplâtre que l’on aura eu la précaution de chauffer un peu, si c’est l'hiver, afin que, se trouvant légèrement ramolli, il s'adapte avec plus d’exactitude. No:s avons dit qu'il était bon de disposer l’emplâtre sur un morceau de sparadrap de diachylon gommé, et de laisser autour de celui-là quelques lignes de l'agglutinatifà découvert: la circonférence de la partie vésicante devient ainsi adhérente à la peau, et maintient le vésicatoire en place. Mais, pour le fixer avec plus de solidité, on appliquera par-dessus deux bandeleties de diachylon , larges comme le doigt et assez longues pour qu’elles dépassent de chaque côté l'emplâtre de deux pouces environ. On peut les disposer en croix, le peint d’intersection des bandelettes répondant au centre de l'emplâtre , ou bien parallèlement et à quelque distance l’une de l'autre. J'insiste sur ces détails , car il est important de fixer solidement le vésicatoire ; sans les précautions que j'indique ici, il serait exposé à descendre du lieu où ila été placé, à étendre par conséquent
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son action sur une surface beaucoup plus grande qu'on ne le voulait, ce qui, dans certaines circonstances et chez certaines personnes, peut avoir de véritables inconvéniens. Enfin, cet usage des agglutinatifs est en quelque sorte indispensable, parce que le bandage que l’on applique pardessus le vésicatoire le maintient mal.
Les cantharides déterminent trois ordres de phénomènes bien tranchés : 1° /nflammation locale; peu de temps après leur application, la peau s’injecte, rougit, devient douloureuse, se gonfle, et bientôt une sécrétion s'opère entre le derme et l’épiderme; celui-ci se trouve soulevé ; au bout de douze à quinze ou vingt heures, une grande ampoule existe dans toute l'étendue occupée par l'emplâtre épispastique. Le liquide renfermé dans cette ampoule ou vessie n’est autre chose qu’une sérosité albumineuse plus ou moins ténue , ordinairement transparente ou jaunatre : quelquefois le liquide est assez épais, et au lieu de s’épancher en un seul fover, il infiltre le tissu cellulaire ou les adhérences qui unissent lépiderme au derme, et forme un épanchement analogue à certains œædèmes des tissus lâches , celui du ligament aryténo-épiglottique, entre autres. 2° Effets généraux ; L'irritation locale est assez souvent intense pour déterminer uneréaction générale, et allumer la fièvre, c'est sur cet effet que comptaient certains médecins qui ont prescrit les vésicatoires comme stimulans dans les affections adynamiques ou soporeuses, et c'est aussi, comme nous le verrons dans l'historique, cette réaction et la douleur dont elle est la conséquence qui ont motivé l'énergique répulsion que Van Helmont a manifestée contre les vésicatoires et les craintes de Baglivi. 39 Enfin, les cantharides ont une action spéciale sur l'appareil urinaire qu'elles irritent et enflamment : de la les accidens de dysurie, quelquefois même
| VÉSICATOIRES. | 183 de pissement de sang observés’ par les auteurs après lapplication de très larges vésicatoires. Ces effets sont dus évidemment à l'absorption des principes acüfs de la cantharide , et suivant MM. Mérat et Delens ( Düct., t. 1v, p. 309 }, ces accidens sont d’autant plus fréquens et plus énergiques, que la préparation employée contient ces insectes plus en nature et plus grossièrement pulvérisés ; aussi, sont-ils plus rares après l'application du vésicatoire par incorporation et du taffetas épispastique. Toutefois , il faut le dire, on a quelquefois exagéré l’action spéciale dés mouches vésicantes sur les voies urinaires, et c’est surtout après leur administration à l’intérieur que l’on a vu de graves et dangereux phénomènes se manifester vers la vessie, l'urèthre et l’appareil extérieur de la génération chez l'homme. Paré, Cabrol, M. Barbier et les auteurs de Médecine légale en rapportent une foule d'exemples, Enfin, si de nos jours ces faits sont plus rares, cela tient sans doute à la raison que nous empruntions à MM. Mérat et Delens, et aux progrès de l'art de la pharmacie. Néanmoins, j'ai vu un vésicatoire de deux pouces carrés sur la poitrine d’une jeune fille de vingt ans , causer une violente irritation de la vessie, et au bout de dix heures environ, elle a rendu par les urines des flocons de fausses membranes.
Toutefois, comme de pareils accidens sont à craindre chez des personnes nerveuses, irritables , tels que Îles femmes et les enfans, chez celles qui sont sujettes aux affections de la vessie, ou lorsqu'on applique un très large vésicatoire, il est bon d'avoir recours à quelques précautions déjà signalées par les auteurs. Beaucoup de médecins font recouvrir de camphre la surface de l'emplâtre épispastique, se fondant sur les propriétés sédatives du camphre, surtout à l'égard de l'appareil génito-urinaire ; nous avons nous-même fréquemment employé ce moyen,