HISTORIQUE DES VÉSICATOIRES
Il parait bien évident que les vésicatoires n’ont pas été connus d'Hippocrate. On ignore même quel est l'inventeur de cette précieuse ressource thérapeutique. Ce que l’on peut dire de certain, c'est que Archigène, qui vivait à Rome sous Trajan, éniplogais les cantharides comme drogues vésican- ! tes. « Nous nous servons, dit-il, du cataplasme où entrent lès cantharides ; il produit de bats effets, pourvu que les petits uicères qu’il excite demeurent long-temps ouverts ou fluent long-temps ; mais il faut en même temps garantir la vessie par l'usage du lait, tant intérieurement qu’extérieu- -ement (Leclerc ; Hist. de la Méd., p. 514).»
Arétée, contemporain d’Archigène, conseille les fric-
tons de cantharides sur la tête, dans le cas d’épilepsie ; mais il ne décrit pas le phénomène de la vésication , il ne parle que de la rougeur. Il a soin dé faire précéder l’administration de ce moyen de l’usage du lait, trois jours d'avance, pour éviter l’action dangereuse des cantharides sur la vessie (De diut: morb., lib. I, cap. 7, p. 229, édit, de Haller). |
Galien ( De composit. med. secund. locos) rapporte plusieurs formules de vésicans :.Pune de Pamphile contre la mentagre , dans läquelle il éntyait des canthatides (Lib. V, cap. VIT); d'autres d'Higinus contre la sciatique (id. ibid. ).
Cœlius Aurelianus entré dans des détails plus précis. Il a vu employer avec un grand succès un emplâtre de can- tharides contre la goutte. Nam pustula quæ a medicamento fiebat, rupta, multus humor excernebatur.
Avicenne conseille les vésicans, tels que l'ail et l'oignon, contre les maladies de jointures (Lib. II, jere. T, 7. IE,
cap. VIT, t.1, p.974); mais il ne parle des cantharides.
que pour leur usage intérieur. Dans lé moyen-âge , ce remède avait déjà pris de l'extension; nous voyons Güv de Chauliac en parler à propos-de cautères (+. VIE, doctr. IL, chap. IIT, tradutt. de Joubert, p. 641). « Les médicamens ruptoires qui ne font escharre mais vescie, sont cantharides meslées avec du levain, où avec quelque suif : ou feuilles de flammule où patte de loup, ou marsile pilé et appliqué sur le lieu, à la quantité de demi drachme, jusqu'à une drachme; et soyent liés non pas étroitement ; et qu'on l'y laisse de huict a douze heures; puis soyent ostés, et qu'on le regisse aïgsi qu'il appartient. » Ainsi, Gui de Chauliac avait déjà donné le conseil, renouvelé dans ces derniers temps, de ne pas serrer le bandage sur les vésicatoires. Du reste , il ne parait pas que les vésicatoires fussent laissés à demeure ; ear ildit plus loin (t4d.. p. 643),
après avoir indiqué la manière d’ouvrir l'ampoule et de la panser avec une feuille de choux ou des drapeaux, « et parce que tels médicamens ne fônt point d'escharre, ains vescie , dans sept ou huit jours cela est desseiché ou consolidé. » Du reste , on les appliquait là où la peau est près des os, sous le menton , derrière le cou sur le visage et aux opilles des pieds et des mains. |
Amb. Paré en a fait usage dans un cas de dartre au visage, mais il n'est pas le premier qui ait conseillé l'application de ce moyen sur celte partie; la citation HhéeÉArREe de Gui de Chauliac le prouve manifestement. ù
Van Helmont, qui n’admettan pas la révulsion , c’est-àdire, que les humeurs morbides fussent attirées au dehors, regarde le vésicatoire comme une véritable brûlure, et la rejette avec cette énergie d'expression qui lui est particulière. Vesicatoria autem summa semper nocua sunlo , et a spiritu nequam Molockh et cogitata (op. omnia, 2° partie de Febribus, cap. VIT, p. 91).
L: Mine , au contraire , les employait dans un bon nombre de circonstances : ainsi, il les regarde comme d'excellens révulsifs dans les fièvres cérébrales (phrenitis) tout en faisant observer que ce moyen nest pas ici sans inconvéniens , parce que, dans leur délire, les malades arrachent leurs plaies ( Æier. Merc. med. pract., lib. 1, cap. XI, p. 82). Il les conse ille, d'après Paul d'Égiñe dns la tympanite (id., lib. IX, cap. XXAV. p. 464). Ce qu'il en dit, à propos des fièvres malignes , nous démontre que les vésicaloires, abandonnés pendant long-temps, commencaient alors à reprendre faveur, et cependant on disputait
déjà sur l'opportunité de ce moyen dans les fièvres gra-
ves. Les adversaires disaient que dans une maladie fébrile un remède aussi irritant devait augmenter les accidens ; que la douleur qu'il occasionne était une cause d’insomnie
VÉSICATOIRES. 197 chez des malades qui avaient tant besoin de repos, et qu’enfin ils laissaient souvent à leur suite des ulcérations de mauvaise nature.
Mercurialis réfute ces argumens d’abord par une théorie humorale : «Les vésicatoires attirent au- -dehors la putridité qui cause la maladie, puis ; dit-il, tandis qu vil ÿ à congestion et ardeur vers les organes nd les extrémités sont froides; 1l faut y appliquer des stimulans énergiques. Et d’ailleurs les vésitatoires ne sont point ici employés contre la fièvre elle-même, mais contre quelques-uns de ses plus graves symptômes ,'comme le délire. Quant à la douleur, c'est une exagération : administfé prudemment, le remède n'est point aussi douloureux qu’on l’a dit, et d’ailleurs, par le bénéfice qui résulte de la révulsioh , il calme plutôt les malades qu'il ne les tourmente. Enfin , la dépravation des ulcères est rare et est souvent favorable ; parce qu’elle devient un émonctoire par lequel s’évacuent les humeurs corrompues.
Mercurialis appliquait les vésicatoires à la partie interne des jambes et des avant-bras ; et.voici la formule de l'emplâtre fort actil qu'il ÉdBuIte : Cantharides préparées,
5 IV; moutarde, 3 8; ferment, 3 V. Faites une pâte avec dis vinaigre très fort et OR -la sur la.partie malade (id. En li6. V, cap. XVIT, p. 804 et suiv.). Nous sommes ici entré dés quelques détéils, parce qu'il nous a semblé intéressant’ de montrer les objections qui, dès cette époque, s'étaient élevées contre l'usage des vésicatoires, et comment enfin ce puissant topique avait été remis en honneur. Bientôt nous voyons son usage s’étendre rapidèment à une foule de maladies. Du temps de Lazare Rivière, on l'appliquait, dans le cas de catarrhe chronique éntre les épaules, à la nuque, au bras (Praxeos
med., lib. 1, cap. XV, p. 39), dans la céphalalgie (ibid. ,
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c. XVI, p. 42), dans la goutte-sereiné: et il conseille d'entretenir long-temps la suppuration ( id., lib, IL, cap. IL, p. 46), dans lépiphora, l'anguis, les pneumonies les fièvres graves et pestilentielles, ts L. Rivière ne s’en faisait pas faute dans les cas graves ; car nous lisons dans ses observations, que chez un malade affecté de fièvre maligne, il en appliqua cinq à la fois : l’un au col, deux aux cuisses et deux aux bras, avec un plein succès (Obs. cent. IF, abs. 73. — Traduct:, p. 249). Sydenham en füisait grard Cas, ant en reconnaissant que, dans cerlaines circons-
tances, d'hydropisié par exemple, ils peuvent avoir de.
véritables inconvéniens (Méd. pratiq. , 2° partie, p. 580, iraduct, de Jault); et Baglivi, dans un traité spécial De vesicäntium usu et abusu', a posé fort nettement les principales circonstances dans lesquelles il convient de l’employer , les réservant surtout pour les affections du cerveau et de la poitrine. Dans le siècle dernier, l’usage de ces topiques resta encore limité à un cercle assez restreint de maladies, et fut considéré par un grand nombre de médecins comme une ressource extréme. Ce n’est que dans ce siècle qu'ils se sont tellement répandus que toute appréhension a cessé à leur égard, que les médecins les or‘lonnent pour une foule d’affections fort légères, enfin que beaucoup. de personnes étrangères à l’art s’en appliquent d’elles-mêmes pour des douleurs de tête, des maux d’ yeux des rhumes, ete.