I. UNE
tout l’école méthodique qui en fit un grand usage ; et Asclépiade , fondateur de cette secte, employait spécialement la farine de moutarde délayée avec du vinaigre ( Cælius Aurel. acut. morb., lib. Il, cap. 9, p.99, éd. de Haller, t. X ) ; il faisait encore ginil cas des frictions si usitées dans tout l'Orient. On pourra trouver dans Cœlius Aurelianus , méthodiste lui-même, toute la pratique de la secte dont il faisait partie, relativement aux divers rubéfians. Arétée employait les sinapismes sur la tête dans les céphalées chroniques : Il faut, dit-il, faire rougir la iéte en la frottant avec de la farine lé moutarde mêlée à une quantité double de mie de pain, afin de ne pas exciter une ardeur trop vive. Il indique aussi dans le même but un médicament composé d’euphorbe et de quelques autres plantes excitantes (De curat. Diut. morb., lib. F, cap. 1},
p. 220, éd. de Haller). Galien (De ap CRT facultat,, A X, p. 156. Quinta classis. — Bâle, 1561) vante beaucoup la fiente de pigeon comme un rubéfiant très actif et très commode; il l’employait dans les douleurs articulaires, l'hénitérantes les vertiges, dans les cas de douleurs locales, etc. Il y mélait d'autres médicamens propres, dit-il, à faire rougir la peau. On trouve dans Avicenne une très bonne appréciation de la médécine rubéfante , comme il la nomme ; ces médicamens, dit-il, par la et leur qu'ils RON E attirent vers eux lé sang, font rougir la peau; telle est l’action de la moutarde mêlée à des figues et à de la menthe sauvage. Avicenne pense qu'ils peuvent suüppléer les caustiques { Avicenne, De viribus cordis, t. Il, p. 342. — Venise, :608%) Dans le moyenâge, ces Hédtcaiiefé sont surtout désignés sous lé nom d'ttractifé Cest sous ce titre que Guy-de-Chaulat en parle dans le dernier livre de son ouvrage (Traité VIT,
antidotaire, chap. IV, p. 653, trad. de Joubert); il tp
RUBÉFIANS, 227 dique l'ail, les ognons , l'euphorbé, la moutarde, la fiente de pigeon, etc. |
Ces traditions, léguées aux auteurs modernes , ont été fécondées entre leurs mains ; mais, comme nous l'avons vu, le nombre des substances rubéfiantes a été peu augmenté , car aujourd’hui, comme du temps d’Asclépiade , d'Arétée et de Cœlius Aurelianus, la moutarde est.le rubéfiant le plus usité. ro FE
Les frictions étaient très employées dans lantiquité. Asclépiade surtout en fit, comme nous l'avons vu , grand usage, et s’en donne même comme l'inventeur ( Celse, Uib. Il, cap. XIV, t. 1,:p. 96, éd. de Haller), bien qu'Hippocrate (id. tbid.) en eût parlé avant lui, et que ce moyen füt usité comme moyen hygiénique et vulgaire dans toute la Grèce et l'Orient. Celse , dans le chapitre spécial que nous venons de citer, entre dans quelques détails sur la manière de faire les frictions, sur leur nombre, leur durée et les indications qui les réclament. Il y revient encore à propos du tétanos, affection dans laquelle il les croit fort utiles ('T. I, 46. IV, cap. IIT, p. 204). Du reste, c'est surtout dans les maladies chroniques qu'elles étaient conseillées: et la pratique n’a guère varié à cet égard. gs
Les ventouses remontent aussi à une époque fort éloignée. Hippocrate, pour arrêter les menstrues , appliquait aux mamelles une ventouse aussi large que possible, quam maximam (Aph. sect. V, aph. 50). — L'auteur du livre 2 des Épidémies répète laphorisme précédent et conseille le même moyen éontre les maux d'oreille ( Épid. *HV.2, sect. VI. — Gardeil, trad. d'Hipp., t. IV, p. 399). Celse les décrit dans ün article à part (Z16. Il, cap. XÏ, 1. Y, p- 9o ); il les conseïlle surtout comme remède fort énerglque dans les maladies aiguës. 1l'les emplovait sèches où
scarifiées. Les premièrés ont été beaucoup louées par Alex. de Tralles, dans la colique venteuse (Zib. X, cap. I, t. IT, p. 56 ), dans la phrénésie ( T. I, 0. T, cap. XNIT, P- 43), etc. Üsitées assez fréquemment dans le moyen-
âge, elles ont été surtout préconisées par M. A. Severin, qui , à la suite de sa: médecine efficace, a donné un traité des ventouses, dans lequel il réunit tout ce qui a été écrit avant lui sur ce sujet, tout en:y mélant beaucoup d’exagération en faveur des moyens pyrotechniques', dont il s'était déclaré le propagateur. :
DES TOPIQUES ASTRINGENS.
On comprend sous le nom d’astringens tous les corps qui ont la propriété de produire un resserrement dans nos, tissus ,.et par conséquent une diminution de capacité dans les organes creux.
On comprend facilement le parti que l’on peut tirer.en thérapeutique de semblables propriétés, aussi les astringens occupent-ils depuis des siècles une place très importante dans la matière médicale. Ils servent généralement dans trois circonstances principales : 1° pour arrêter un flux sanguin ou muqueux ; 2° empêcher l’abord du ‘sang dans les capillaires d’une partie enflammée ou sur le point de l'être; 3°. pour déterminer. le resserrement progressif et l’oblitération de cavités normales ou accidentelles.
1” Les hémorrhagies passives ou celles qui ne sont. dues qu'aux vaisseaux capillaires et succèdent aux. grandes opérations, sontassez souvent arrêtées par l'usage des poudres ou liqueurs styptiques ; nous, n’insisterons pas ici surles indications qui doivent hâter ou retarder l'application dé ce remède; c'est au médecin à examiner les conditions phénoménales dont il est le témoin, età déterminerde moment
ASTRINGENS. 229
où il convient d'agir. Les flux muqueux du vagin trouvent encore dans les astringens un moyen puissant qui les diminue ou les supprime complètement.
> La connaissance des phénomènes capillaires de l'inflammation , qui remonte aux travaux de Hunter, Hastings, Thompson, etc., rend très rationnel, dans certains cas, l'emploi des médicamens astringens. On sait que dans la production d’une phlogose, les capillaires se laissent distendre et engorger par le sang qui y afflue. Les substances capables de les forcer à se resserrer, les obligeront à chasser le surcroit de sang qu'ils renferment , et les empêécheront de s'engorger de nouveau; le phénomène de l’engorgement sanguin se trouvera donc arrêté dans sa production. Serait-il prudent d'arrêter ainsi à leur début toutes les inflammations? Depuis long-temps les pathologistes ont répondu négativement, et ils ont distingué celles qu'il fallait combattre dans leur exagération de celles dont on devait empécher le développement; les inflammations traumatiques, qui se développent à l’occasion d’une violence où d’une irritation extérieure , figurent en tête de ces dernières : c’est donc en chirurgie que les astringens trouveront surtout leur application, comme nous le verrons par la suite de cet article.
. 3° On a essayé bien des fois d'obtenir le resserrement de parties dilatées, au moyen des topiques astringens. C’est ainsi que ies anciens, imités depuis par quelques personnes ( 7. l'historique ), ont tenté la cure des hernies et le rétrécissement du canal herniaire , au moyen de sachets ou d’emplâtres astringens. On sait qu'à la suite des chutes du rectum on obtient, au moyen des médicamens dont nous parlons , un resserrement de l'anus dilaté. Dans les anévrysmés traités par le froid, on est parvenu, dans plusieurs circonstances, à obtenir la diminution du sac ar-
tériel, par le double phénomène de la coagulation du sang et de l’astriction que produit l’action prolongée du froid ; c'est encore ainsi que l’on a pu guérir des productions de tissu érectile.
De même que les autres médicamens dont il a été question jusqu'ici, les substances noi agissent en vertu de leur composition intime, ou par Îeurs propriétés physiques. ‘
Effets et propriétés sur l'économie vivante. L'effet premier des substances qui nous occupent, est , comme nous lavons vu, de produire l'astriction, le resserrement dés tissus ; en même temps le sujet en éprouve une sensation toute particulière qui lui donne la conscience de ce retour des tissus sur eux-mêmes. Cette sensation est souvent même accompagnée d’une légère douleur. Les organes se trouvent ainsi excités, et la constriction qui résulte de cette Stimulation dure aussi long-temps que l’application à lieu ; mais nous verrons, en parlant d'une manière générale de l'action du froid, que souvent l'interruption du remède est suivie d'une réaction. assez énergique. L'effet des:astringens est purement local et borné à la partie sur laquelle on les fait agir. |
À. Médicamens astringens agissant par des propriétés chimiques.
Ces substances peuvent être solides, molles ou liquides, et l'administration varie suivant ces particularités. T'outefois , comme une même substance peut étre employée sous ces différens états, nous ne parlerons à part que des sachets et emplâtres astringens composés ; qui, seuls, présentent quelque chose de spécial, ,”
ASTRINGENS. a3t
Des poudres astringentes.
Ons’en sert de plusieurs manières : tantôt, comme nous venons de le dire, on les enferme dans de petits sacs ; tantôt on les fait agir directement , soit pour arrêter une hémorrhagie , soit pour combattre une phlegmasie de membrane muqueuse, comme on le fait, par exemple, dans l’ophthalmie ou l’angine.
Les substances généralement employées à l’état pulvérulent sont assez nombreuses.Nous nous bornerons à indiquer les principales.
1° Alun. C’est le sulfate acide d’alumine et de potasse. Ce sel forme de beaux cristaux octaédriques incolores, transparens ; il est très soluble dans l’eau bouillante , d’une saveur doucâtre, puis styptique. Il est efflorescent. Chauffé , il se fond dans son eau de cristallisation. Si l’on continue de le chauffer, il se boursoufle, devient opaque, se -dessèche et prend alors le nom d'alan calciné. C’est sous cette forme qu'on l'emploie généralement ; il est alors très lécèrement escarrotique. 3
2° Sulfate de fer ( vitriol vert, couperose verte ). Ilse présente , dans le commerce, sous la forme de cristaux rhomboïdäux, d'un beau vert, transparents, inodores , d’une saveur styptique qui rappelle celle de l'encre. IL s’ef- fleurit à l'air et se recouvre d’une poudre jaunâtre ; très soluble à chaud et à froid , il éprouve à une température assez peu élevée la fusion aqueuse, et se décompose avec la plus grande facilité.
3° Borax. Sous-borate de soude. Il forme des cristaux peu réguliers, blancs, demi-transparens, d'une saveur styptique et légèrement urineuse ; il est un peu efflorescent et plus soluble à chaud qu'à froid. Fortement chauffé, il se vitrifie. à‘! | .
4" Ecorce de chéne. Elle est épaisse, inégale, raboteuse, d'un gris noirâtre à l'extérieur, rougeâtre en dedans, d’une saveur styptique très prononcée. Réduite en poudre, elle prend le nom de tan.
5” Noix de galle. La noix de galle estruné exbroissinee qui se développe sur les feuilles du quercus infecloria ! arbre ‘de l'Asie-Mineure. On attribue son origine à la piqüre d’un insecte ( Diplolepis gallæ tinctoriæ), qui y dépose ses œufs: Ce produit est sphéroïde, inégal, de la grosseur d’une aveline, d’une couleur olivâtre et d’une saveur excessivement astringente. Ses principes médicamenteux sont solubles dan$ l’eau et l’alcool. |
6° Quinquina. Des diverses.espèces de quinquina connues dans la pharmacie, le rouge est celui qui jouit à un plus haut degré de propriétés astringentes ; aussi est-il le plus employé dans ce but. L’écorce de quinquina rouge est ordinairement aplatie ou roulée , rugueuse ,. blanchâtre et fendillée en dehors, d'un rouge brun en dedans; sa saveur est un peu amère ét très astringente.
À ces substances, nous ajouterons le ratanhia et la bistorte, dont la a est assez fréquemment employée dans les diverses circonstances dont nous allons parler.
Administration ou application des poudres astringentes. On les applique 1° médiatement ou en sachets ; 2° immédiatement par une apposition directe, par insufflation ou par le moyen d’un pinceau.
Des sachets astringens. L'idée d'enfermer des médicamens astringens dans un petit sac, et d'appliquer celui-ci sur une partie dont on veut obtenir le resserrement, n’est pes nouvelle ; c’est surtout dans les cas de hernie que l’on a employé de moyen ; dans l'espérance que le canal ou l'orifice dilaté reprendrait ses dimensions normales. On se sert ordinairement d’un sachet en soie de déux pouces à
ASTRINGENS. 233 deux pouces et demi carrés, et que l’on remplit d'un mé- Jange variable en proportions des différentes substances que nous venons d'examiner, réduites à l’état pulvérulent. Cés pelottes sont maintenues sur le point où elles doivent agir , soit à l’aide d’un bandage approprié à la région, soit à l'aide d’un braver. Plusieurs personnes ont proposé dés formüles dont je vais citer quelques-unes. M. Beaumont (Notice sur une nouvelle manière dé traiter les hernies, Paris, 1827, p. 90 \ a donné deux principales formules de pelottes à la fois astringentes et irritantes, dans le but de guérir radicalement les hernies. Voici l’une de ces préparations : « Je prends parties égales de tan et de pousses d’un an de marronnier d'Inde, je réduis le tout en cendres; je prends, d’autre part, une once de noix de cy-
près, deux onces de noix de galle bien choisies, une once d'espèces aromatiques, et une forte poignée d'herbes aux hernies { herniaria glabra aut hirsuta ); je pulvérise le tout; je mêle ensuite, à parties égales, les poudres ét cendres ci-dessus; j'en fais des pelottes du poids d’une once pour les adultes, et d’une demi-once pour les enfans; je fais bouillir ces pelottes dans un litre de vin blanc et deux litres d’eau, jnsques réduction d'un
tiers. L'ébullition étant terminée, j'y ajoute un gros de , carbonate d’ammoniaque. Il faut étang. pour ajouter ce sel, que le liquide soit refroidi; car l'élévation de la température en déterrminerait trop vite la volatilisation. Les pelottes ainsi préparées, je les prépare ad usum dans le liquide... dans lequel elles ont bouilli. » M. Duplat a beaucoup vanté la composition suivante ( Ærchiv., t. XXV, p. 272), dont les proportions ne sont pas indiquées : Noix de cyprès , noix de galle, tan, cendres de plantes aromatiques, opium brut, ratanhia et ARABE rouge bouillis dans du gros vin.
A l’aide de ces moyens aidés du repos au lit et dun bandage, on prétend avoir obtenu des guérisons radicales des hernies ; mais, dans les observations de M. Beaumont, on voit que sur quinze cas de hernies qu'il rapporte dans son mémoire, dans quatorze il y eut guérison au bout de deux ans, terme moyen; dans le quinzième, le traitement a échoué. Il est ficheux pour l'humanité qu'on ne puisse, malgré ces succès , accorder de confiance auxastringens. J'ai employé aussi des sachets très astringens d’alun, de tan, de poudre de quinquina, pour consolider la cure après mon opération de la hernie par invagination , et je n’en ai pas obtenu d'effet sensible sur l'anneau ; aussi je ne crois pas que l’action des substances astringentes se fasse sentir assez profondément pour que le resserrement de l'anneau ou du canal herniaire en soit la conséquence.
Des poudres astringentes apposées directement. Les poudres peuvent être administrées de différentes manières : tantôt on les applique sur des plumasseaux de charpie, tantôt on les projette sur les parties malades. Nous verrons , en parlant des pansemens dans les cas d’hémotrhagie , la manière d'appliquer directement les poudres styptiques ; quant à l'insufflation , on ne la met en usage que pour les yeux et l’arrière-gorge dans les phiegeesies de ces organes.
Thouffintidh: C’est ainsi ques jalons re les “ibés secs ; ils sont Surtout utiles dans les ophthalmies déjà anciennes,et pour faciliter la disparition des taies de la cornée; certaines personnes les mettent en usage pour combattre les phlegmasies récentes de l'œil et les faire avorter.
Voici quelques-unes des formules les plus employées de ces collyres secs : Sucre blanc, oxide de zinc pulvérisé, parties égales. Dupuytren avait donné la composition du
ASTRINGENS. : 335
suivant, dont il se servait à l’'Hôtel-Dieu : Sucre blanc ,
8 ij ; oxide rouge de mercure, ge, X ; tuthie, gr., xx.—
D'autres personnes préfèrent à Voxie de zinc l’oxide de
bismuth, et le sucre candi finement pulvérisé au sucre blanc ordinaire.
L’insufflation de-ces matières dans l’œil se fait de la manière suivante : On prend un tuyau de plume coupé à ses deux extrémités, on le charge de poudre astringente que l’on insuffle dans l'œil dont les paupières sont tenues écartées ; aussitôt après, on lâche les paupières:, qui se ferment vivement, sous l'influence de la stimulation de l'œil. On peut encore, à défaut de tube, faire la même opération avec un morceau de papier d’un pouce carré , que l’on plie en deux; la poudre est mise dans'le pli, et on détermine la projection de la poudre dans. l'œil, en soufflant dans. le papier amené à son niveau. L'emploi du collyre sec peut être répété plusieurs fois par jour ; mais, s'il déterminait des douleurs vives ; il faudrait avoir la phétautiéle de faire des lotions avec: de l’eau très fraiche, qui calmerait à Tinstant lirritation que les astringens ‘produisent quelquefois. |
Les insufflations dans la gorge se font d’une manière analogue. Elles ont été beaucoup vantées par M. Breton- .neau , au début de la diphthérite ou angine pelliculeuse.
On applique plus commodément encore dans la gorge des poudres astringentes ou aütres, au moyen d'un pinceau de charpie ou de poils fins chargé de la matière pulvérulente.
Des astringens à FUIQr nou.
Autrefois , on employait beaucoup les substances astringentes en emplâtre ; tel était le fameux emplâtre contre la
rupture dont il sera question dans l'historique. Aujourd'hui, ces moyens sont assez généralement abandonnés, et les astringens que l’on emploie à l’état de mollesse consistent dans quelques pommadesanti-ophthalmiques astringentes et le cérat de saturne. Nous :y joindrons la pâte d'alun, proposée .et mise en usage par M. Bretonneau, contre les angines pelliculeuses. 1 |
1° Des pommades astringentes. Elles s'emploient à peur près dans les mêmes conditions que les collyres secs , mais surtout contre les conjonctivites. Les proportions et le nombre des substances employées varient au gré du chirurglen et suivant l'urgence des cas. Voici l’une des plus employées : Axonge, «3 ij ; sulfate de zine, gr., xx. Celleci ne l'est pas moins : Axonge, 3 iij, acélate de plomb cristallisé , sulfate d’alumine , oxide rouge de mercure, de chaque, 3 8. Aujourd’hui qu’on emploie avec tant d’avantage le nitrate d'argent contre les ophthalmies, on l’applique aussi à l’état de pommade. Je me sers quelquefois: d'une pommade composée d'axonge, 3], et de nitrate d'argent, 1 grain, plus ou moins. Quelquefois, quand les yeux sont très irritables, j'v ajoute : opium, 1 grain. — J'ai souvent encore employé avec succès la pommade antiophthalmique de la veuve Farnier, de Bordeaux. Pour appliquer ces pommades, on en prend avec l'extrémité du doigt indicateur, gros comme un grain de blé, que l’on étend sur le bord des paupières. On peut aussi placer la pommade dans le grand angle de l’œil ; les mouvemens des paupières l'ont promptement étendu sur toute la surface de l'organe malade. ù
2° Cérat saturné ou cérat de Goulard. 1 s'emploie surtout contre les brülures récentes et légères pour prévenir l'engorgement inflammatoire, dans quelques cas de dartres avec irritation, prurit ou démangeaison à la peau, etc.
ASTRINGENS. 237
Goulard, qui a beaucoup préconisé les préparations de plomb , a donné son nom à la formule que nous allons indiquer : Cérat simple { nous donnerons la formule du cérat plus bas), 3 1v, acétate de plomb liquide, 3j. Mélez exactement. Pour se servir de ce médicament, on en enduit, à l'aide d’une spatule ou du manche d’üne cuiller, un morceau de linge ou de papier brouillard de là ‘grandeur de la partie que lon veut recouvrir, et on applique cette compresse ou ce papier à la manière ordinaire. On obtient de bons résultats de ce médicament: mais nous pensons , d’après des exemples récens, qu'il ne doit pas être employé sur de trop larges surfaces ; surtout s'il y avait des excoriations ; car alors il pourrait yavoir résorption du sel Slloe et des accidens produits par son introduction dans l’économie.
Päte d'alun. Dans un'travail publié, en 1827, par M. Bretonneau (Ærchiv., t. XIII, p. 15), cet illustre praticien vante beaucoup l'usage de l'alun, délayé dans de l'eau, contre la diphthérite à son début. Voici comment l’auteur décrit son procédé d’après un cas où il fut couronné d'un succès rapide.et complet : « Je délayai dans un peu d'eau de l’alun finement pulvérisé, de manière: à lui donner la consistance d’une pate molle, et je le portai sur Jes amygdales avec le manche d’une cuite dont je me servis.comme d’une spatule pour l’étendre sur toutes les surfaces affectées. Dès le soir, la fétidité de l’halèineétait considérablement diminuée. Je fis une seconde application, et, le lendemain, les amygdalésétaient en partie débarrassées des concrétions qui les recouvraient la veille. Les glandes et} les. ganglions lymphatiques étaient beaucoup moins tuméfiés,-» Au bout de deux jours, +après trois au-" tres applications d’alun, la maladie était guérie. Quelques autres succès ,. signalés par M. Bretonneau, doivent-ils
faire préférer ce mode de traitement local à tout autre ? Nous ne le pensons pas, et, malgré la proscription lancée par l’auteur contre les: émissions sanguines , nous ne le croyons pas, autorisé à rejeter , d'une manière absolue , l'application des sangsues. Et quant au choix à faire entre l'application de l’alun en pâte ou par l'insufflation ; nous choisirons encore la première, parce qu'on peut limiter et diriger à volonté l’action du remède sur les parties les plus Hlades et sur les parties malades seulement, en l'appliquant en couche plus { ou moins étendue et #4 ou moins épaisse. Enfin, on peut encore appliquer, à l'aide ds un pinecau, l'alun bien pulvérisé.
ÆAstringens liquides.
Les astringens liquides s’emploient dans plusieurs circonstances : d'abord pour arrêter une hémorrhagie , nous en parlerons à part; secondement , en lotions et en fomentations sur une partie très récemment enflammée, ou exposée à une inflammation que l’on veut prévenir: C’estice qui à lieu pour les entorses, les contusions, immédiatément après l’accident. On met ces moyens en usage depuis fort Jong-temps dans le traitement des brülures, etc. ; on les emploie en collyres pour les affections dés yeux, en gargarismes pour les maux de gorge, en injections eten ve. mens dâns des cas d’écoulemens sanguins ou muqueux du vagin ou du rectum ; enfin en lotions et én fomentamie sur les différentes parties du corps."
1° Collyres astringens: Us sont utiles dans les ophthal- ‘mies peu intenses. Le sulfate de zinc, l’alun, l'acétate de plomb, le nitrate d'argent , én diséolifoà sis où moins concentrée , tels sont les astringens les plus usités. Scarpa
ASTRINGENS. 239
employait la composition suivante : Acétate de plomb cristallisé, gr. j, eau de plantain Z vi, mucilage de gomme adragante , % $, alcool camphré quelques gouttes. On met généralement en usage le collyresuivant : Eau de plantain, 3 iv, acétate de plomb cristallisé. gr.-xij ; le sulfate de zinc remplace avantageusement l’acétate de plomb dans la même proportion. Beaucoup de médecins ordonnent les collyres alumineux : Eau de rose, eau commune, de chaque % ij, sulfate de potasse et d’alumine 3 j. Nous faisons un grand usage d’un collyre composé d’eau distillée et de nitrate d'argent , à la dose d’un et quelquefois de deux ou de trois grains par once de liquide. J’y ajoute souvent autant d'extrait aqueux d’opium que de nitrate d'argent, et j'en retire les plus grands avantages. Les ophthalmies aiguës même en sont immédiatement soulagées; l’astriction qu'on enfessent {ait disparaître ou diminue aussitôt lirritation par picotement qu'on éprouve aux yeux et le larmoiement qui en est la suite. Je parle ici d’après des expériences faites sur moi-même. | | On le voit , ces préparations peuvent varier à l'infini; et quant au choix qu’il y aurait à faire entre ces différentes formules, Je crois qu’elles jouissent toutes à peu près également des mêmes propriétés. Il est des personnes qui, éncore imbues des principes exagérés de l'école physiologrque , n'osent pas employer les collyres astringens dans les phlegmasies de la muqueuse oculaire ; mais l'expérience de tous les jours a répondu à cet égard , et les avantages que l’on en retire sont trop évidens pour que l’on puisse hésiter à les metire en usage dans les cas que nous avons indiqués: |
Lesgargarismes astringens sont surtout formés avec des acides végétaux ou minéraux affaiblis ; les solutions d'alun , de sous-borate de soude sônt'aussi fréquemment
240 MÉDIGAMENS TOPIQUES.
usitées; les formules s'en trouvant partout,.et le mode d’application n'offrant rien de spécial, nous n’y insisterons pas davantage. J'en dirai autant des injections et des lavemens que l’on compose surtout avec de la décoction de ratanhia , de bistorte, etc. Ils ne présentent rien qui mérite de nous arrêter plus long-temps. Le.nitrate d'argent réussit aussi très bien contre les écoulemens leucorrhéiques ; :je l'emploie à la dose d’un, deux, trois, quatre grains même, par once d'eau. | TO
Parmi les lotions astringentes , il n’en est pas de plus fréquemmént ordonnée par les médecins que l’eau végétominérale , ou solution de sous-acétate de plomb (eau 15 8, sous-acétate de plomb liquide 3 j); on en baigne, on en lave les parties dans les cas que nous avons indiqués; on en imprègne des linges qui s'appliquent sur le point malade, dans les fractures et les contusions; très souvent aussi on arfose avec cette solution des cataplasmes de farine de graine de lin placés entre deux linges , et qui servent de véhiculewà la liqueur astringente.
-Quant à moi, je l'avoue, je ne fais pas beaucoup usage d'acétate de plomb dansles pansemens, parce que,d’une part, l'eau blanche endurcit les compresses et les bandes qui en sont imprégnées, et que, d'autre part, son action résolutive ne me parait pas évidente pour tous les cas où on l'emploie.
Du froid consideré comme astringent.
Le froid, avons-nous dit dans les généralités, ‘produit dans les tissus un resserrement qui en fait un véritabletastringent. Plusieurs moyens peuvent être employés-pour obtenir la soustraction de’ calorique à l’aide de laquelle-on peut atteindre le but proposé ; mais-c’est l’eau à l’état:li-
ASTRINGENS, 241 quide ou à l'état de glace qui remplit le mieux les conditions désirables. Nous verrons bientôt quelles sont les différentes ranières de la mettre en usage, et comment on peut augmenter ou modifier son action. Je passe immédiatement aux usages du froid appliqué localement.
Usages. En médecine ce moyen est des plus usités pour combattre les congestions et les phlegmasies cérébrales, les affections nerveuses,spasmodiques, la chorée, le tétanos,etc. En chirurgie on s’en sert avantageusement pour prévenir le développement des inflammations qui peuvent survenir après certaines opérations graves. Ainsi, on peut y recourir quand un corps étranger a nécessité l'ouverture d’une articulation ; à la suite des plaies soit dans les mêmes régions , soit dans la continuité des membres , et 1 s’agit ici presque uniquement des plaies contuses. On a aussi obtenu de grands avantages des applications réfrigérantes contre certaines productions de tissu érectile, mais principale ment contre les dilatations anévrysmatiques des grosses artères ; ie froid suffit quelquefois seul pour arréter ou suspendre des hémorrhagies capillaires ; mais si quelque gros vaisseau était ouvert, ce moyen serait insuffisant.
Nous avons dit que l’eau était la substance le plus souvent employée, suivant l’expression de Parent du Chàitelet, comme véhicule du froid; c’est l'eau tantôt à l'état liquide, tantôt à l'état de glace ou de neige ; souvent on lui associe certaines substances qui ajoutent leurs propriétés astringentes à son action réfrigérante : tel est le vinaigre. On peut encore obtenir une température très basse en faisant volatiliser sur les tégumens de l’éther sulfurique. On a proposé aussi les mélanges réfrigérans ; wais la soustraction de calorique qu'ils déterminent est beaucoup trop considérable pour que l’on puisse les ordonner sans danger ; ou bien il faudrait alors que leur action
242 MÉDICAMENS lJOPIQUES.
fût surveillée avec soin , car ils pourraient amener la congélation et par su'te la gangrène des tissus.
L'eau à l’état liquide s'emploie de plusieurs manières , tantôt en bains , tantôt en lotions ou en fomentations , et enfin en faisant couler sur la partie malade un filet continu d'eau fraiche, C'est ce que l’on a désigné daus ces derniers temps sous le nom d'arrosions , d'irrigations continues. La glace ne doit pas être appliquée à nu, mais par l'intermédiaire d’un linge, ou mieux d’une vessie de porc. Nous examinerons plus loin, avec détail , la manière d’administrer ces divers agens thérapeutiques.
Effets, et propriétés. L'eau froide, avons-nous dit, resserre les tissus; mais les suites de cette astriction dite suivant le Laphe de température du liquide : fraiche seulement, elle calme les douleurs , s’il y en a, en s’opposant à l'abord trop considérable du sang, et diminue la chaleur anormale qui a lieu dans les phlegmasies ; à une températuré beaucoup plus basse elle produit un sentiment fort vif de froid, la pâleur de la partie sur laquelle on l’applique, avec un soulagement très marqué,si cette partieélait le siége d'une violente phiegmasie. Si l’on vient à cesser brusquement l'emploi du froid , les vaisseaux ne tardent pas à se remplir de sang, qui ADI y abonder avce plus de violence , la rougeur devient plus marquée qu’elle ne l'était avant l'application du remède ; 1l y a, en un mot, ce que les auteurs ont désigné sous le nom de réaction. S au contraire l'application est continuée, l'effet sédatif est permanent; de là la nécessité de ne pas interrompre l'action des RARE froids , sous peine de voir reparaitre les accidens que l’on veut NA et à un degré plus élevé qu'ils ne l’étaient antérieurement. Nous exposerons d’ailleurs les phénomènes de la réaction à propos des affusions froides. Lorsque Paction du froid se fait seutir d’une manière trop
ASTRINGENS. 243 intense, ou que l'on craint la congélation des tissus, on doit interrompre ce moyen pour le reprendre bientôt, avant que l'afflux du sang n'ait eu le temps de se produire,
Peut-on impunément employer les topiques réfrigérans chez tous les sujets ? non, certainement. Ainsi, à moins de nécessité absolue, de danger très grand, on ne devra pas les ordonner aux personnes sujettes à s’enrhumer, et qui ont, comme on le dit, ia poitrine délicate , à celles qui ont eu déjà des douleurs rhumatismales , aux femmes, pendant l'époque de la menstruation, à moins que l'application n'ait lieu sur la tête seulement. Employé sur le ventre ou sur la poitrine, le froid peut avoir de graves inconvéniens. Il peut aussi donner des rhumatismes à des personnes qui n'en avaient point encore eus ; mais cet accident ne sur-
vient guère que quand l'usage des topiques froids est contüinué très long-temps.
Des différens modes d'application des réfrigérans.
1° De l'eau froide liquide. Elle sert, avons-nous dit, en bains en lotions, en affusions et en courant continu.
Bains et lotions. Nous avons parlé plus haut des bains entiers à une basse température, il n’est pas nécessaire d'y revenir actuellement. Quant aux bains partiels, nous parlerons surtout des pédiluves réfrigérans que l’on ordonne si avantageusement dans les entorses récentes. Le pied doit être plongé, immédiatement après l’accident, dans un seau d'eau de puits ou d’eau à la glace, que l’on renouvelle à mesure qu’elle tend à se mettre en équilibre avec la température du corps. Ce bain, pour être efhcace, doit être prolongé pendant huit ou dix heures , et le malade sera ensuite reporté dans son lit, le pied enveloppé dans des compresses imprégnées de l’eau qui à servi au bain.
On peut rendre l'effet du liquide plus sédatif encore, en ÿ ajoutant une demi-once d’acétate de plomb liquide par pinie d’eau. Je préfère à ce bain une irrigation qui n'arroserait d’eau froide que la jointure malade.
Les lotions d’eau froide ne présentent rien de particulier dans leur application, sauf la précaution de les répéter et de les renouveler très fréquemment, afin que la partie malade soit toujours maintenue à une basse température. Quand on les fait avec des compresses qu'on laisse à demeure , il vaut mieux les changer à mesure qu'elles s’échauffent que de les arroser; car le liquide coule alors autour du malade sur la partie saine , et peut accasionner des rhumes et d’autres affections.
Des affusions froides. Les affusions ont été surtout conseillées , depuis quelques années, contre les phlegmasies cérébrales et les affections convulsives. En chirurgie, elles n'ont guère été employées que contre le tétanos traumatique.
Les affusions conviennent surtout pendant les premières périodes de l’inflammation des méninges ; et, dans le tétanos , c'est aussi dès le début que le remède peut avoir du succès. Il serait nécessairement contre-indiqué par la faiblesse ou une affection viscérale du sujet.
L'eau qui doit servir aux affusions est ordinairement à la température de quatorze à seize degrés ; toutefois, si le malade était très impressionnable, il vaudrait mieux donner la première affusion à 20° et descendre ensuite successivement jusqu'à 14. Du reste, il est difficile de donner des règles précises à cet égard , car une multitude de circonstances peuvent faire varier les indications ; ainsi, dans le Midi, on pourra donner les affusions plus froides que dans le Nord , etc., etc.
Le malade est placé dans une baignoire, entièrement nu
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ou les épaules couvertes d’une toile cirée, suivant que l’on veut agir sur tout le corps ou sur la téte seulement. Quelques médecins font mettre, pendant l'affusion, les pieds dans de l'eau chaude ; d’autres font remplir d’eau tiède la baignoire quirecoitle malade. Le vase donton se sert pour projeter l’eau est ordinairement une casserole ou un pot-à-eau pouvant contenir deux pintes au moins de liquide.On commence par laver la figure du malade pour le soumettre graduellement au contact du froid , puis on verse largement le contenu du vase sur le sommet de la tête; après quelques secondes d'intervalle , on fait une seconde affusion sans les préliminaires que nous venons d'indiquer; on en fait ainsi quatre ou cinq de suite. La durée et le nombre des affusions sont très variables, suivant la force du sujet et l'intensité de l'effet que l'on veut produire. |
MM. Parent du Châtelet et Martinet partagent en trois périodes, qu'ils comparent aux trois stades des fièvres intermittentes , les effets de l’affusion froide (Zraité de l'arachnitis), Dans la première ; il y a constriction générale des capillaires , avec refoulement du sang de la périphérie au centre, et amélioration notable dans les facultés intellectuelles, aspect plus favorable de la face; en second lieu, un retour du sang de l'intérieur vers l'enveloppe tégumentaire, quelquefois même avec une légère exaspération fébrile ; enfin, en troisième lieu, une détente générale avec, modification avantageuse du côté des centres ner: veux. Mais quelquefois aussi, si la réactiôn a été trop forte, le malade tombe dans un collapsus du plus fâcheux pro nostic; dans certains cas fort rares, on a vu des sueurs assez abondantes, suivies d'une p'ompte guérison, signaler celte troisième période, Après l’afusion , il faut avoir bien soin de veiller attentivement sur le malade, pour éviter que la réaction soit trop forte ; on pourrait, dans ce cas, sai-
gner ou appliquer des sangsues, suivant l'indication. Mais c’est surtout à l’état de la poitrine que le médecin doit s'attacher ; au moindre symptôme d’irritation de ce côté , il faudra suspendre l’usage des affusions. Quand la réa<tion ne s'opère pas aisément, que le sujet est très faible ; on pratiquera sur le corps des frictions sèches, ou avec des liqueurs stimulantes ; on pourra aussi appliquer des sinapismes.
»° De la glace. La glace, outre le cas de phlegmasie traumatique, surtout de phlegmasie cérébrale, à été employée en chirurgie, comme nous l'avons déjà dit, pour Le traitement des anévrysmes des gros vaisseaux. C'est surtout sous ce point de vue que nous examinerons les applications de glace. |
Quelle que soit la partie du corps sur nul le moyen dont nous parlons doive être employé, il faut avoir soin que la glace soit cassée en petits morceaux, afin que son contact n'irrite pas les organes souffrans avec lesquels elle se trouve en rapport. À défaut de glace, on pourrait très bien employer de la neige. On place cette substance, ainsi réduite en fragmens, dans une vessie de porc , et on à soin de ne la remplir qu’en partie, afin que, n'étant pas distendue, elle puisse mieux s’accommoder à la forme de la région sur laquelle elle repose. Dès que la glace est fondue , il faut avoir soin de la renouveler. La vessie qui la contient sera nouée bien serré, de crainte qu'elle ne vienne à s'ouvrir, ét que l’eau qu'elle renferme ne se répande sur le malade. Si le malade est tranquille où plongé dans un état comateux , il sufht de pres la vessie sur le point où elle doit être appliquée ; elle s'y maintient facilement d'elle-même. S'il est indocile ou dans le délire’, on la fixe avec un mouchoir où une serviette, qui embrasse à la fois et la poche renfermant la glace et l'organt malade.
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Les effets de la glace ne différent de ceux de l’eau froide que par leur intensité plus grande. Ils refroidissent et resserrent les tissus; du moins ceux-ci pâlissent, comme si leurs vaisseaux contractés se refusaient au passage du sang. Appliquée surles anévrysmes, la glaceagit en déterminant la coagulation du sang dans le sac dilaté et, dès lors, l'oblitération de ce sac et de l'artère qui le forme, Plusieurs chirurgiens, entr'autres Guérin de Bordeaux, Pelletan et M; Ribes (S. Cooper, Dict., art. anévrysme) disent avoir obtenu de grands succès par ceite médication. Boyer (Traité des mal. chirurgicales , t. IL, p. 122 et 123) approuve ce moyen pour certains cas ; il l'a vu réussir chez un perruquier du faubourg Saint-Germain, qui fut guéri d'un anévrysme commencant de l'artère poplitée, par des apphcations d’eau à la glace, secondées du repos et d'un régime sévère. D'un autre côté, M. Molinié (Thèse de M.Lisfranc, 1334, p. 25) a constaté, plusieurs, cas très remarquables d'insuccès avec rupture de l’anévrysme, malgré l'usage de la glace. On a eu tort de vanter exclusivement la glace contre les anéyrysmes. Ce moyen ne peut étre qu’un auxiliaire du repos, du régime et de la compression ; mais lorsque la maladie est à son début et peu développée, un chirurgien prudent doit commencer par l'emploi des réfrisérans com-
,binés avec les moyens que nous venons d'indiquer, Des succès réels sont là pour démontrer que l’on a quelques chances d'obtenir l’oblitération de l'artère. M. Breschet , dans ses notes sur la traduction d'Hodgson (t. 1, p.212), a fait voir que quand la tumeur était très volumineuse , la peau amincie , le contact de la glace pouvait déterminer la formation d'une escarre et hâter la terminaison funeste de la maladie.
De l'irrigation ou arrosion continue.
Nous avons vu dans les généralités (F7. p. 114) que l’on faisait quelquefois couler sur une partie un filet continu d'eau tiède ou froide, au moyen d’un vase suspendu. C’est cette méthode, récemment généralisée par MM. Josse, d'Amiens , que nous allons exposer ici. Nous avons préféré, comme plus exactes, les expressions d'irrigation ou d’arrosion à celle d'affusion parce que cette expression suppose que le liquide est projeté avec une certaine force, ce qui n'a pas lieu ici.
Usages. L'irrigation continue s'emploie surtout pour prévenir les inflammations traumatiques qui succèdent aux violentes contusions avec fracas des os, aux plaies par armes à feu , etc. Elles trouvent encore leur application dans les blessures des articulations, ou à la suite des opérations que l'on ÿ a pratiquées pour extraire des corps étrangers, par exemple ; ou bien après l'ouverture de ces tumeurs granuleuses du poignet, si souvent suivies d’accidens inflammatoires, On les a tentées à l’hôpital des Enfans pour combattre les méningites granuleuses, maïs sans plus de succès que les autres moyens. Je les ai employées avec succès pour une tumeur blanche, accompagnée de douleurs très vives. MM. Josse en ont retiré de grands avantages dans les érysipèles, surtout ceux que l’on nomme traumatiques , le phlegmon, les brülures profondes etétendues. MM. Breschet et Bérard jeune en ont aussi retiré une utilité réelle.
Mode d'emploi de l'irrigation continue." I y a plusieurs manières d'employer l'irrigation continue. Voici les deux appareils que décrivent MM. Josse : « 1° Un vase, portant près de son fond un robinet, est rempli d’eau ct
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placé sur une table étroite et élevée auprès du lit du malade, de manière à ce qu’il soit d'un pied et demi environ au-dessus du membre blessé. Une toile cirée, étendue sous celui-ci, est destinée à garantir le lit et à faciliter l'écoulement de l’eau qui est recue dans un seau qu'on a placé près du lit, à cet effet, et dans lequel on fait descendre l'extrémité de la toile cirée,
» On peut plus commodément encore se servir de deux seaux : l’un, auquel on aura adapté un robinet ou simplement fait un trou, sera suspendu au-dessus du lit du malade ; l’autre sera placé près du lit, pour recevoir l’eau surabondante. Afin de pouvoir plus facilement changer le tourant , il est bon d'adapter au robinet ou d’ajuster dans le trou que l’on a pratiqué, un tube quelconque, et, s'il est possible, une sonde de caoutchouc, que sa flexibilité rendra excessivement commode. La toile cirée peut elleméme être remplacée. Ainsi, les anciens se servaient de la peau d’un animal. Sans laisser filtrer l’eau qu'elle recoit, une toile cirée prend cependant une certaine humidité qui l’entretient dans un étai de souplesse et de fraicheur fort utiles. On peut encore remplacer avantageusement la toile cirée par une plaque faite de métal ou de toute autre substance imperméable; mais la meilleure manière de disposer ce corps solide, c’est de le faconner en gouttière dans laquelle on peut placer le membre, sur des corps mous susceptibles de s’humecter, et qu'on dispose suivant les circonstances. La forme de cette gouttière variera suivant le besoin. Les objets étant ainsi préparés, on placera la partie malade dans la position la plus convenable ; elle sera couverte de compresses négligemment posées sur elle. Une autre compresse entourera le robinet par une de ses extrémités; par l'autre , elle sera étenduc sur l'appareil , en partant de l'endroit le plus élevé. Cette compresse est
destinée à empêcher l’eau de tomber de tout son poids sur les organes malades, et à la disperser sur une plus grande surface (Josse, Mélanges de chir. pratiq., p.33 et suiv.).»
M. Breschet qui , l'un des premièrs , a employé à Paris le procédé de M. Josse, l'a mis en usage de la manière suivante : Le malade étant couché , le membre repose sur un oreiller que recouvre une toile cirée : celle-ci doit former un plan incliné qui s'étende depuis la partie supérieure du membre jusqu’à l'inférieure ; les bords de la toile ont été roulés en dessus de manière à faire gouttière. Un seau ordinaire, rempli d’eau froide, est suspendu à une traverse au-dessus du lit, et descendant à un pied et demi où deux pieds au-dessus du membre blessé. Dans le vase plongé jusqu'au fond une des deux branches d’un siphon, et l’autre, beaucoup plus longue, aboutit à quelques pouces audessus de la partie qui doit être arrosée. Le jet du liquide qui sort du siphon est rendu très fin par son passage à travers une éponge ou un bouchon perforé qui termine le siphon. L’eau qui a baigné le membre coule sur le plan incliné que lui offre la toile ciréé, et va tomber dans un seau vide placé à côté du lit (haion de vaapàs t:6:, p. 183, M. Rognetta ). |
L'appareil que j'emploie ne diffère pas beaucoup de ceux-c1. Le membre est aussi placé sur une toile cirée, disposée comme le fait M. Breschet. Le seau que j'emploie est en zinc; il présente, à sa partie inférieure ; un robinet ou simplement un trou, auquel s'adaptent des rubans.de fil semblables à ceux dont on se sert pour serrer l'appareil de Scultet; ces cordons, en nombre variable, sont quelquefois rendus divergens par des fils de fer, le long desqüels on les roule en spirale, suivant l'étendue que l’on veut arroser. Au lieu de ces rubans qui servent de conducteurs au liquide, quelquefois j'ai employé de simples ficelles.
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L'eau que je fais écoulér sur la partie malade est d’abord à une température de 22 où 23 degrés, afin que le maladé ne soit pas brusquement saisi par l'impression du froid; bientôt je la fais descendre à 20, 18 et enfin 15°. J'ai quelquefois été’obligé d'y mettre de la glace, en été, pour arrêter définitivement des symptômes inflammatoires locaux.
Effets et soins consécutifs. Lorsque l'inflammation a déjà commencé à se développer sur une partie soumise à l'irrigation, il est fort remarquable que le liquide ne produit point une sensation de froid en rapport avec sa témpérature réelle ; et, comme dans.les phlegmasies, le malade percoit une chaleur que n’accuse pas le thermomètre, de même ici le froid n’est point apprécié à sa juste valeur , et il ne résulte de l'irrigation qu’une fraicheur agréable et très modérée. Dès lors, cette ardeur importune, qui forme le caractère de certaines phlegmasies externes, se trouve complètement éteinte. Cependant, au bout d'un certain temps , lorsque toute trace d’inflammation à disparu, le refroidissement commence à se faire sentir et à devenir incommode. La manifestation de cet abaissement de température peut méme servir, en quelque sorte, d'indice pour cesser l'usage des irrigations. Lorsque inflammation n'est pas encore développée , l’action du froid se fait assez vivement sentir , peut même causer des frissons et du malaise ; aussi, dans ces cas, faut-il commencer l'usage du remède par de l’eau tiède, dont on abaisse ensuite progressivement la température. L'irrigation empéche-t-elle toujours l’inflammation de se manifester? Non, sans doute ; il faut même que les praticiens soient bien prévenus de ce qui peut se passer alors, afin qu'ils ne s'endorment pas dans une [uneste sécurité, sur la foi d’un moyen dans certains cas infidèle. Le refroidissement, produit par le contact d'une eau courante, masque, comme nous l'avons dit, la
chaleur, et diminue beaucoup les douleurs de l'inflammation, alors même que celle-ci est:profonde ; mais le travail morbide continue quelquefois de marcher, et la suppuration se forme comme dans certaines phlegmasies latentes. Il peut alors se former, dans l'épaisseur des parties, des abcès plus ou moins ‘considérables, qui, si l’on ne s’en aperçoit pas à temps, peuvent décoller les muscles et amener de graves désordres. Il ne faut donc pas s'en fier à l'absence des signes les plus saillans de l’inflammation , pour croire qu'elle n'existe pas,. mais examiner souvent l’état des parties ; et, si l’on découvre de l’empâtement, de la flu:tuation, etc,, se conduire comme le réclament la nature de l'accident et la partie dans laquelle on l'observe.
Nous avors vu que les irrigations étaient surtout employées dans les cas de plaies par armes à feu et les contusions avec fracas des os. Toutes les personnes ‘qui ont employé l'irrigation ont. rapporté un assez bon nombre dé faits qui prouvent les avantages de cette méthode en pareille circonstance ; il est certain que, par elle, on à plusieurs fois évité l’amputation, ressource dernière à laquelle je ne me décide qu'avec la plus grande répugnance.
Quant aux inconvéniens généraux des irrigations , ils sont. les mêmes que ceux que: nous avons signalés d’une manière générale, en parlant de l'usage du froid. J'en dirai autant des contre-indications. J’ai employé les irrigations dans plusieurs circonstances, et voici les principaux résultats que j'en ai obtenus:
1° Le 18 juin 1835, je pratiquai l'ablation d’un os, du volume d’unœufde poule, développé sousle bord inférieur de la malléole interne, et qui génait et faisait souffrir le malade pendant la marche.Malgré toutes les précautions que je pris en l’opérant, je ne pus éviter d'ouvrir la capsule de l'articulation astragalo-calcanienne qui. adhérait à la tumeur
ASTRINGENS. 295 et se déchira au moment où j’enlevai celle-ci. Le malade fut soumis à l'irrigation continue d’eau froide. Tout se passa fort bien , et, le vingt-sixième jour, l'irrigation fut supprimée , lorsqu'il ne restait plus à l’extérieur qu’une très petite surface non cicatrisée, par laquelle il sortait quelques ÿouttes de synovie. Quelques élèves, auxquels je montrai ce malade, ayant eu l’imprudence de parler devant lui des dangers des plaies articulaires, de lui faire craindre la perte du membre; d’autres, ayant remué le pied jusqu'à occasionner de la douleur, je fus sur le point de perdre tout le fruit que j'avais retiré jusque-là de l'irrigation : l'imagination du malade fut frappée, il se crut en danger de mort; l'articulation du pied s’enflamma violemment, et la fièvre survint. L'irrigation, immédiatement rétablie , fut continuée avec activité et faite avec de l'eau à la glace ; des sangsues furent mises plusieurs fois et en grand nombre. Pendant trois semaines, le malade fut dans un état très grave, se croyant toujours perdu , délirant parfois, tourmenté par des frissons à plusieurs reprises. Enfin, ces accidens finirent par se calmer, et, après l'ouverture de deux petites collections purulentes qui s’étaient formées sur le dos du pied , la guérison se confirma, Pendant fort long-temps, l’inflammation avait montré une grande tendance à se reproduire aussitôt que l'irrigation devenait moins abondante ou que l’eau était moins froide : aussi ne supprima-t-on définitivement ce moyen.que le 28 août. |
20 Je soumis encore à l'irrigation continue un homme d’une trentaine d'années, qui avait eu le pied gauche violemment renversé et luxé en dehors dans un éboulement. L'articulation du coude-pied était largement ouverte dans ce sens par déchirure, la tête de l’astragale faisait saillie à l'extérieur. On se contenta de réduire l'astragale dans sa
situation et de soumettre le pied à l'irrigation. Au bout de deux mois, l'arrosion fut supprimée, la plaie était guérie.et le malade sortit plus tard de l'hôpital.
Voila donc deux plaies articulaires très graves guéries par l'irrigation. En faut-il conclure que l'irrigation d’eau froide est le meilleur moyen qu’on puisse mettre en usage contre les plaies articulaires et contre les plaies les plus graves ? Non, assurément, car je rapporterai plus bas l’histoire d'un boulanger qui eut , par suite d'une chute, une luxation de l’astragale sur Le calcanéum, avec issue de l’astragale et de l'extrémité inférieure du tibia, et chez lequel j'obtins la guérison par le repos, la contention du membre, une seule saignée du bras et la diète pendant quelques jours; non, encore, car il parait que M. Guyot guérit assez heureusement de vastes plaies, telles quecelles des amputations, en tenant les moignonsà une température de 35° centigrades environ. Que conclure donc de faits aussi opposés entre eux ? Qu'un médecin habile peut retirer des avantages semblables des moyens les plus contraires, mais qu'il doit surveiller très attentivement l'emploi de ces moyens, afin d'en cesser l'usage à temps lorsqu'ils ne répondent pas à ses vues, et que l'expérience lui prouve qu’ils n'auraient pas le résultat espéré.
Je ne finirai pas sans dire que J'ai essayé li irrigation sans succès dans les amputations, qu’une fois je l'ai mise en usage ave: un grand bonheur contre une tumeur blanche du genou dont les ligamens étaient ramollis; mais qu'au total ce moyen ne répond pas à toutes les promesses de ses apologistes.
HISTORIQUE DES ASTRINGENS.
Les idées que l’on à des astringens et de leur action, leur nom même, me semblent devoir être rapportés à
ASTRINGENS. 25 l’école des méthodiques. Une classe très nombreuse de maladies étant attribuée par eux au relâchement des tissus ( laxum ) , ils dürent chercher des substances capables de produire le phénomène contraire, c’est-à-dire le resserrement. Aussi, à partir de l’époque que nous signalons, nous voyons les topiques astringens recommandés dans le but théorique de rapprocher, par un remède, les particules constituantes du corps humain, trop éloignées par une cause morbide.Cælius Aurélianus, qui nous a transmis la doctrine d’Asclépiade et de ses successeurs tels que Thémison, Soranus, etc., mentionne très fréquemment leur usage. Alexandre de.Tralles, qui accepte souvent les explications des méthodiques, conseille ces moyens dans une foule de maladies qui réclament en effet leur emploi. Bien long-temps avant lui, Galien avait constaté l'utilité de l’oxicrat (eau vinaigrée )}, au début des phlegmasies externes ( De arte curat. ad Glauc., Lib. IL, cap. Il, septima classis, fol. 101). Les astringens le plus fréquemment employés dans l'antiquité étaient le bol d'Arménie, la terre cimolée, le vinaigre pur ou mélangé avec de l’eau, les sucs de joubarbe , de laitue, de pourpier, la noix de galle, etc., etc... L'eau froide était d’un grand usage; ainsi, nous avons déjà dit qu'Hippocrate conseillait les affusions froides dans l'opisthotonos. Les bains à une basse température et les douches (balneæ pensiles ) furent surtout préconisés par Asclépiade, comme le démontre Sprengel sur l'autorité de Pline (Aist. de la méd., 1. II, p. 16).
Les Arabes et les auteurs du moyen-âge ajoutèrent quelques produits nouveaux à ceux déjà connus, mais sans étendre beaucoup le cercle de leur administration ; fidèles à la doctrine de Galien, ils ne voyaient dans leur action qu'un refoulement des humeurs morbides loin de la partie malade, et non un simple phénomène de resserrement ;
aussi les appelaient-ils répercussifs ( repellentia medicamina ). En 1739, l'Académie de chirurgie mit au concours la question suivante : Déterminer les différentes espèces
de remèdes répercussifs, leur manière d'agir et l'usage
qu'on en doit faire dans les différentes maladies chirurgicales. Les deux mémoires couronnés en 17/2 et composés par Alary et Kulbel, renferment plus de vues théoriques et d’hypothèses que d'applications pratiques. Dans ces derniers temps, on s’est beaucoup occupé de l'usage des réfrigérans à l'extérieur. MM. Parent-Duchütelet et Martinet, dans leur traité de l{rachnitis, préconisent beaucoup l'administration des affusions froides (1821). Eu 1824, M. le docteur Tanchou publia un opuscule sur les avantages de l’eau froide. Enfin, MM. Josse d'Amiens, père et fils, ont, par leur exemple et leur ouvrage, beaucoup contribué à propager l'emploi de l'irrigation continue dans ces derniers temps. MM. les professeurs Breschet et Sanson , dans leur hôpital, et M. Bérard jeune, par ses succès et le mémoire qu'il a publié à ce sujet dans les Ærchives générales de médecine, ont aussi appelé l'attention sur ce point de la science.