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DES MÉDICAMENS RÉSOLUTIFS

On range sous le nom assez vague de résolutifs ou de fondans les substances plus ou moins stimulantes qui ont pour effet de déterminer la résorption des épanchemens ou des infiltrations de liquides, et des engorgemens ou indurations. Nous ne chercherons pas à expliquer l'action de ces médicamens.

Usages. Les médicamens doués des propriétés que nous venons de signaler, sont employés fréquemment dans les cas d’épanchemens séreux dans les cavités normales ou

RÉSOLUTIFS 257 accidentelles, pouï combattre les æœdèmes du tissu cellulaire sous-cutané ; les infiltrations sanguines qui constituent lecchymose, etc. Mais c’est surtout contre les engorgemens glanduleux, non inflammatoires, et les indurations qui succèdent aux phlegmasies chroniques, que les résolutifs trouvent leur application. Ainsi, à la suite du phlegmon, il reste souvent un léger empâtement œdémateux qui cède parfois à leur influence. Les contusions, les entorses, lorsque la période d’acuité est passée ; les tumeurs blanches non douloureuses; les tumeurs sans irritation vive peuvent se trouver assez bien de leur usage. Le traitement local de ia scrofule est presque exclusivement composé de résolutifs , et depuis quelquès années, l'attention dés médecins s’est spécialement dirigée vers cet objet. Les tumeurs syphilitiques réclament aussi fort souvent leur emploi. On a même essayé de faire disparaître les phlegmasies aiguës au moyen d'applications stimulantes résolutives. Nous verrons plus loin les dangers de cette pratique, qui compte cependant des succès, mais dans des conditions assez restreintes. | |

Les substances résolutives sont tirées des deux règnes organique et inorganique , et elles s’emploient, comme nous le verrons , sous les quatre formes que nous avons établies , à l'état solide, mou , liquide et gazeux.

Effets et propriétés. Les résolutifs font, comme nous l'avons dit, partie des stimulans ; ils doivent donc porter une certaine irritation sur les parties avec lesquelles ils sont mis en rapport. Ainsi la peau rougit, un très léger sentiment de chaleur se fait sentir dans leur rayon d’activité , et c'est celte excitation qui , se propageant dans toute la partie malade, favorise l'absorption des liquides ou des engorgemens que l'on veut faire disparaître. Mais il est à craindre que l’action ne soit portée au-delà du degré né-

JT. Lg

cessaire, et qu'il ne survienne une véritable inflammation. C’est surtout lorsque l’on veut combattre une phlegmasie aiguë par les résoluiifs que toute l'attention du chirurgien estnécessaire pour se tenir prétà arrêter l'augmentation du mal, si elle survient. Nous n’insisterons pas plus long-temps sur les généralités ; c’est dans l’application des différentes préparations résolutives que nous détaillerons et les effets des médicamens et les précautions à prendre.

Des résolutifs secs.

Ces substances sont assez rarement employées sous cette forme, excepté cependant pour l'œil. Les collyres secs sont d’un grand usage pour faciliter la résorption des produits organisés qui succèdent aux phlegmasies où surviennent spontanément à la surface de la muqueuse ‘qui tapisse cet organe, tels que les nuages, les ptérygions, etc. Quant aux autres résolutifs secs, ce n’est guère que contre le goitre qu'on les voit administrés.

Sachets résolutifs. M. Duméril a proposé contre le goitre la préparation suivante : Sulfate de chaux, sulfate de fer, hydrochlorate d'ammoniaque, de chaque, 8 j. Cette poudre est répandue aussi également que possible sur une ouate de coton de même dimension que la tumeur, et on enveloppe le tout d’un taffetas noir du côté sur lequel il n’y a pas de poudre , et d’une gaze fine et transparente au niveau du médicament. On applique ce sachet sur les parties malades et on le maintient à l’aide d’une cravale. Autrefois, on employait beaucoup de la même manière l'éponge calcinée et réduite en poussière , très ténue, soit seule, soit associée à divers aromates pulvérisés ; mais aujourd'hui que l'on a reconnu que l'éponge

| RÉSOLUTIFS. 25g devait ses propriétés à la présence de l'iode, on préfère l'administration de cette dernière substance.

Des collyres résolutifs. Xs consistent spécialement dans un mélange à parties égales de calomélas préparé à la vapeur et de sucre candi. Dupuytren y ajoutait la tuthie préparée. On emploie aussi assez fréquemment le composé suivant : Sucre candi, une partie, sulfate d’aluminé , deux parties. Du reste, les divers médicamens stimulans à l’état de poudre et dont nous avons déjà parlé, peuvent s'employer dans le but que nous signalons ici.

Des résolutifs mous.

C'est le plus souvent sous cette forme que les résolutifs sont employés; aussi traiterons-nous ici des principaux médicamens, tels que le mercure et l’iode, qui sont considérés comme résolutifs. Toutefois, nous indiquerons en même temps les autres usages auxquels ils peuvent être affectés,

10 Du mercure. Le mercure est avec l’opium un des médicamens dont l'emploi est le plus fréquent en médecine et en chirurgie. Cette substance est un métal fluide connu dès la plus haute antiquité sous le nom d'argent liquide (hydrargyrum) et de vif-argent. Ce métal est liquide, brillant , treize fois et demi plus dense que l'eau. Nous n’entrerons pas dans le détail de ses propriétés chimiques ; nous noterons seulement qu’il forme, avec quelques substances , des composés fort usités dans les diverses circonstances que nous allons mentionner en parlantde ses usages. Tels sont : avec le ehlore, le proto-chlorure de mercure ( calomélas ); avec le soufre, le sulfure rouge de mercure (cinabre). Le deuto-chlorure et le nitrate de mercure ont été mentionnés à propos des caustiques..

Usages. L'usage extérieur du mercure a été proposé, de- S ,

puis ces derniers temps surtout, dans une foule d’affections : diverses. En réalité, il est résolutif, il est antisyphilitique ;

mais a-t-1l d'autres propriétés bien prouvées P

1° Le mercure agit comme résolutif, soit dansles phlegmasies aiguës, qu'il tend à faire disparaitre promptement , à faire avorter, comme on le dit, soit dans les engorgemens chroniques de la peau, du tissu cellulaire ou des organes plus ou moins profondément situés, engorgemens dont il opère assez souvent la résolution.

On a beaucoup vanté les frictions mercurielles dans les

phlegmasies aiguës ; par exemple, M. Serres d'Uzès, dans :

les inflammations érysipélato-phlegmoneuses (Journ. des Connaiss, méd. pratiques, t. [,p. 193); M: Velpeau, dans la péritonite puerpérale (Revue méd., janv. 1827 ; — et Archiv. génér. de Méd., avril 1829 ); MM. Récamier, Trousseau et Pichon , dans le rhumatisme articulaire aigu (Journ. des Connaiss. médico-chir., t. 1, p. 95 et 144 ); M. Bricheteau , dans les affections cérébrales et spécialement dans l’hydrocéphale aiguë (Traité de l’'hydrocéphale aiguë, p. 204 ); M. Bretonneau, dans le croup ( Traité de la diphthérite ). Dans la variole , on a proposé de faire avorter les boutons, et par suite, d'empêcher les cicatrices indélébiles que laisse cette maladie, en recouvrant le visage d'un emplâtre mercuriel, Ce moyen, déjà proposé dès le seizième siècle et depuis par les Allemands, a été employé aussi à Paris par M. Serre , et les résultats de ces expériences paraissent avoir été assez satisfaisans (Thèse de M. Gariel, 29 décembre 1837 ). Enfin je tiens de M. Beaugrand, qui a été interne à l'hôpital des enfans malades, dans le service de M. Baudelocque, que cet habile

praticien à plusieurs fois employé avec un remarquable

succés les onctions mercurielles contre les ophthalmies pu-

rulentes si graves qui sévissent par momens dans les salles de cet hôpital.

Dans les engorgemens chroniques, le mercure REA quelquefois d’une incontestable efficacité, par exemple dans les cas d'engorgemiens ganglionnaires, tels qu’on les observe chez les scrofuleux ; dans les maladies invétérées de la peau avec hypertrophie du derme; dans certains engôrgemens inflammatoires chroniques du testicule; on l’a essayé aussi, ‘mais avec un succès plus jee, DOUTE dans les tumeurs blanches scrofuleuses.

20 Le mercure agit comme anti-syphilitique. On ne saurait aujourd’ hui révoquer en doute l'efficacité de ce remède contre la syphilis. Dans quelques cas sans doute il parait “agir comme résolutif, dans les bubons, par exemple; mais dans les ulcérations et les syphilides , on ne peut attribuer son action qu'à une propriété spécifique.

30 On ne s'est pas contenté de lui attribuer des propriétés réelles, on lui en a attribué de chimériques. Ainsi, on à békbdoub vanté l'usage des frictions mercurielles dans les cas de tétanos traumatique. Boyer, d'après Heurteloup, à rapporté un cas de succès (Trait. des mal. chir.,t.1,p.300, 3° édit.). Laënnec vante ce moyen thérapeutique dans des affections nerveuses , avec douleur de l'organe pulmonaire ,( Auscult., t. IE, p. 60): d’autres enfin, en désespoir de cause , ont tenté l'administration du mercure en onctions dans lhydrophobie, et ont vanté les bons effets qu'ils en ont obtenus (Mérat et Delens, Dict., t. IV,.p. 404 ). Mais ces tentatives, renouvelées dans ces derniers temps, ont appris que le mercure, aussi bien que tous les autres moyens, échouait contre cette affreusé maladie. On est plus heureux quand on lemploie pour tuer certains insectes, pour detruire la vermine qui se loge parfois dans les parties du corps revêtues de poils; nous en reparlerons

à l'occasion des frictions mercurielles. Cette propriété n’est pas chimérique.

De l'administration des topiques mercuriaux. Les uns sont des emplâtres proprement dits, les autres des pommades ou onguens. Nous parlerons séparément de la composition et de l'administration des uns et des autres.

10 Des emplätres. Les emplâtres de mercure se préparent de différentes manières : en France, on ne connaît guère que l'emplâtre de Figo cum mercurioÿou emplâtre de mercure composé. Les autres préparations simples que l'on pourrait faire avec ce médicament ne sont guère répandues qu'à l'étranger ; toutefois, nous mentionnerôns quelques-unes de ces dernières comme beaucoup plus faciles à composer, et comme pouvant être commodes dans la pratique. Les Anglais font usage de la composition suivante: Mercure, 24 parties; huile soufrée, une partie ; empiâtre de litharge, 96. Le mercure s’y trouve pour un cinquième. En Allemagne, la composition et la proportion du remède sont, à peu de chose près, les mêmes; seulement à l’huile soufrée ils substituent la térébenthine, Ainsi, par exemple, ils combinent six parties de mercure avec une de térébenthine et vingt-quatre d’emplâtre de litharge. Voici la composition de l'emplâtre de Vigo réformé qui, comme nous l'avons dit, est seul usité en France : Mercure métallique , 12 onces (384 gr. ); térébenthine fine, deux onces (64 gr.); styrax liquéfié purifié, 6 onces(192gr.); huile volatile de lavande, deux gros (8 gr.). Crt emplâtre contient un huitième de mercure.

Ces emplâtres ne sont guère employés que dans les.cas de bubons sans inflammation, d’exostoses et d'engorgemens anciens non syphilitiques. On les étend sur un morceau de peau à la manière des préparations du même genre , et on les laisse à demeure pendant six ou huit jours. Quand on

renouvelle Pemplâtre, il faut avoir bien soin de nettoyer avec du beurre très frais ou de lhuile d'olives la partie sur laquelle il a été appliqué; on l’essuie avec un linge sec et on remet le nouveau topique

2° Des onguens et pommiades mercurielles. Les auteurs ont proposé une foule de préparations et de procédés pour les faire. Nous renvoyons aux traités de pharmacie l'histoire toute spéciale de ces procédés. Nous nous tiendrons à éeux qui sont le plus généralement admis.

Onguent mercuriel où napolitain ( onguent mercuriel double, pommade mercurielle!). I s'obtient de la manière suivante. Prenez pommade mereurielle ancienne, deux onces (64 gr. ); mettez-la dans un mortier de marbre et ajoutez-Y peu à peu, en triturant constamment : mercure pur, une livre (500 gr); après 15 ou 20 minutes detrituration, ajoutez, pour achever la division du métal : axonge, récente, deux onces (64 gr.); continuez la trituration Jusqu'à ce qu’en frottant un peu de pommade entre deux papiers non collés, l'œil, armé d’une loupe , ne distingue pas le moindre globule de mercure ; alors ajoutez : axonge quatorze onces ( 448 gr.) , et mêlez. intimement. Comme on le voit, lé mercure et l'axonge sont ici à parties égales.

Onguent gris s'obtient en mélantlapommade dontnous venons de parler avec trois parties d’axonge, Le mercure n’y figure donc plus que pour un huitième.

Cérat mercuriel. On le prépare en mélangeant deux onces d'onguent mereuriel avec cinq onces de cérat.

Onguent mercuriel opiacé. On ajoute à deux parties d'onguent mercuriel uné partie d’opium brut pulvérisé.

La pommade mercurielle opiacée se forme en mélant ensemble parties égales de pommade mercurielle et de cérat oplacé.

La pommade au calomels obtient en incorporant quatre

parties d'axonge, une de calomel et une de scille, On reut se dispenser de cette dernière substance.

Pommade au deuto-chlorure de mercure ou de Cyrillo : Deuto-chlorure de mercure, un gros (4 gr.) ; axonge récénte , une once (32 gr.). Mélez intimement par porphyrisation.

Ces diverses pommades s’administrent de deux maniéres : en applications permanentes locales ou en frictions.

Dans le pansement des chancres , des ulcérations syplihtiques , on enduit des plumasseaux d’onguent napolitain ou de pommade au calomeÏ, eton les applique sur ja partie malade, soutenus d’un bandage approprié à la région. À chaque pansement , qui doit avoir lieu toutes les vingtquatre heures, où même plus souvent, si l’état de la suppuration l'exige, on lave soignéusement l’ulcère et on enlève les parcelles de pommade qui pourraient rester sur les bords de la solution de continuité. Quandil y a de la douleur , ce qui arrive surtout dans les affections consdtotionnelles , on emploie avec beaucoup d’avantage pour le malade les pommades opiacées. M. Gariel, qui a aussi expérimenté avec succès la pommade au calomel pour empécherle développement des pustules varioliques,forme, avec le protochlorure de mercure et laxonge , une pâte assez épaisse pour que la chaleur de la peau des varioleux ne ia fasse pas liquéfier. Dans l'observation de tétanos citée par Boyer , d'après Heurteloup, l’onguent napolitain fut étendu en couche épaisse sur les plumasseaux qui servaient à panser les plaies:

Des frictions mercurielles. Indépendamment des règles générales que nous avons posées en parlant de la méthode latraieptique, nous noterons les différences qui résultent de la différence des effets que l'on veut retirer de ce! moyen. Nous allons donc reprendre les divisions que nous avons

établies , et nous verrons comment il convient d'agir dans ces onu.

1° Des frictions mercurielles comme résolutives. Dans les phlegmasies cutanées ou superficielles, M. Serre , d’Uzès, emploie les frictions avec l'onguent napolitain ; il les pratique « chaque deux, trois, quatre , cinq, six où sept heures , à la dose d’un qua de gros à deux gros, selon Détondyes et la violence du mal, sur la partie rouge : tuméfiée, et même un peu au-delà (Total des Connaiss. méd. pratiques , t. Ï, p. 193). » Suivant M. Miquel, qui les a employées contre le panaris, « les onctions doivent être faites, en débutant, tous les quarts d'heure, avec quetques grains seulement du médicament, que l’on étend sur la partie affectée, en pratiquant de légères frictions avec le doigt indicateur de la main saine. Un ou deux gros du remède sufhisent presque toujours ( même recueil, t. IE, p. 46). » M. Ricord a publié plusieurs observations d’érysipèles guéris en se servant de ce moyen. « Quelles que soient, dit-il, les causes , l'espèce et l'étendue d’un érysipèle ; quels que soient et son siége et le temps de sa durée, je me contente de couvrir toute sa surface d’une couche d’onguent mercuriel double, le plus frais possible, et qu'il faudrait, en quelque sorte, faire confectionner à l'instant

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