HISTORIQUE DES RÉSOLUTIFS
Les humeurs s'étant portées vers uñe parties s’y sont fixées et épaissies : ilen résulte une tumeur; or, tout médicament capable d’atténuer les fluides js et de faciliter leur sortie par les pores de la peau , au moyen d'uné transpiration sensible ou insensible ; sera un médicament résolutif. Telle fut la théorie que les écoles humorales de l'antiquité donnèrent , à partir de Galien, de l’action des
remèdes résolutifs. Toutefois, bien avant l’auteur que nous venons de citer, on mettait. en usage des applications légèrement stimulantes pour faire fondre les tumeurs indurées, et notamment les engorgemens scrofuleux. Celse ( Lib. NV, cap. XVI, $ 11, 12, 13, etc., t. I, p- 267 ) donne, d'après plusieurs auteurs, diverses formules de cataplasmes ou emplâtres résolutifs ; en voici un exemple tiré de Panthémus. Ce médicament était composé de chaux, de graine de moutarde broyée, de fenu grec, d’alun et de suif de bœuf. Dans les autres compositions qu'il indique , on voit surtout dominer la résine, le sel ammoniac, le galbanum, etc. Les Arabes et leurs sectateurs du moyenâge confondaient souvent les résolutifs avec les émolliens proprement dits, et cela d’après des vues théoriques. Car, disait-on , les résolutifs dessèchent par trop; dans certains cas, 1l faut leur subsituer les relächans qui facilitent l’atténuation et la sortie des humeurs. Cette confusion et ces vaines spéculations se rencontrent encore dans les Mémoires qui se disputérent le prix de 17943, devant l'académie de chirurgie. Ce n’est guère que dans ces derniers temps que la question a été posée nettement, mais on en a donné la solution en y mélant bien des erreurs ou des assertions hasardées. Nous pourrions nous borner à ces considérations générales; cependant ilest deux médicamens de la plus haute importance , dont nous avons parlé dans cet article , et dont l'historique présente quelques particularités assez remarquables : je veux parler du mercure et de l’iode.
Le mercure à été regardé par les anciens comme une substance vénéneuse corrosive. : Dioscorides: pensait qu’avalé il perforait les intestins (De medic. mot., lib, VW, cap. 110). Galien le range à côté de l'arsenic et des autres substances métalliques , quæ per erosionem interimunt, et quæ &a corporis nimirum calore huc perducuntur ( De
nn...
simpl. med. faculiat., lib. IV, cap. 19, p. 60: Quinta classis ). Plus loin , il avoue ne l'avoir jamais employé , et ne pas savoir s'il tue quand on le prend intérieurement , ou bien quel peut étre son emploi à l'extérieur (Zd., lib. IX. De metal. medic., p. 145 ). Tous les écrivains de l’antiquité répétèrent la même erreur, et il faut arriver aux Arabes pour rencontrer le premier exemple de l’usage du mercure. Avicenne consacre à ce métal un article fort remarquable dans lequel il établit les avantages que l’on en retire en le combinant avec de l'huile de roses, pour combattre les poux et lesaffections scabieuses. Il connaissait parfaitement les conséquences de son emploi. Sa vapeur, ditl, produit la paralysie et le tremblement des membres; la fétidité de l’haleine en est aussi la suite. Enfin , il savait que le sublimé était un poison éminemment corrosif ( Avicenne, 46. IL, tract. Îl, cap. 47, p. 267). Bernard de Gordon, un des plus célèbres arabistes et scholastiques de la fin du 13° siècle et du commencement du 14°, donne la formule d’un . onguent mercuriel pour détruire les poux ; c'est un mélange de mercure éteint, de litharge, de vinaigre et d'huile ( Lilium med. part. IL, cap. IX. Lyon, 1550, p- 101 ). Il avait déjà indiqué plus haut une autre composition mercurielle plus compliquée pour guérir la gale ({d., part. L, cap. XXIV, p. 114; cap. XXV, p. 117). Guy de Chauliac vante, dans le même but, longuent suivant: huile, trois onces; cire, demi-once ; argent vif, une once (Zraité VI, doctr.T, ch. 3, traduct. de Joubert , p. 450). Ailleurs, parlant d’un onguent contre la gale, formé d’euphorbe et de litharge, de chaque, une demilivre; d'herbe aux poux, demi-quart; d'argent vif, un quart; de graisse de porc vieille, une livre; il note que le mercure à nui aux membres principaux, aux dents et aux
gencives. Aussi, d’après Henricus, il conseille des garga-
RÉSOLUTIFS. 289 rismes aromatiques de menthe, d'anis, etc. » Astruc, dans son savant traité sur les maladies vénériennes, a parfaitement démontré que lon ne pouvait attribuer à personne en particulier l'idée première de combattre la syphilis par les mercuriaux. En effet, comme nous venons de le dire, les préparations méisrtelles étaient employées dans le moyen-àge contre la gale et les affections cutanées ; rien n’était donc plus naturel que de se persuader que l’on pouvait s’en servir pour traiter cette maladie nouvelle, dont les premiers et les plus ordinaires symptômes étaient alors des pustules et des ulcères malins (Astruc, 77. des mal. vénér., traduct. française, t. I, p. 402). Dans les premiers temps, les médecins n’employèrent le mercure en onguent qu'avec beaucoup de précautions et à très petite dose. Aussi, dans l'onguent proposé par T'orella (1498-1500), à peine ya-t-il un quarantième de mercure. Ce n'est que peu à peu qu’on s'éleva à la dose convénable ({d. ibid., p. 405). Mais en même temps les charlatans ; avec toute l'audace de l'ignorance , donnaient aux malades des doses énormes de mereure qui occasionnaient les accidens les plus graves, sans guérir la maladie. Il faut lire dans les écrivains du temps les déclamations que leur inspirent de pareils abus. Toutefois et malgré les essais tentés avec le gayac, la squine , la salsepareille, importés en Europe dans la première moitié du seizième siècle, les frictions mercurielles restèrent comme le meilleur moyen de guérir les véroles rebelles. Le médicament dont nous parlons s'employait, dès cette époque, de trois manières différentes : en frictions, en emplatres,.en fumigauons, et toujours dans le but d’exciter la salivation. Cependant un grand nombre de médecins avaient dès lors reconnu les inconvéniens de ce mode d’ administration ; ils
faisaient faire les frictions tous les trois ou quatre jours; 1T. 19
et plusieurs les suspendaient et donnaient des purgatifs dès que la salivation paraissait. Malgré les attaques sans cesse renouvelées de certains auteurs , les topiques mercuriels jouirent toujours d’une grande vogue pour la guérison des maladies syphilitiques. Récemment, pendant la période d’engouement qui donnait la prééminence à la doctrine de Broussais, quelques médecins rejetèrent de nouveau la théorie du virus.et proscrivirent: le mercure comme la cause d’accidens consécutifs aussi graves que la vérole elle-même { Desruelles, Mém. sur le traitement sans mercure , 1827 ; Richond , etc., ete. ).. Cette opposition que nous rencontrons à toutes les époques, a eu pour résultat de rendre plus prudens les nombreux ne: du mercure. st | per
‘Ce n’est pas d'hier, comme on pourrait le croire, que date l’usage des topiques mercuriels dans la petite wéroles On voit que du temps de Baillou (1579), :les onctions avec l’onguent napolitain et l’emplatre de. Vigo cum mercurio étaient administrés avée avantage contre les varioles graves ( Epid. et Ephem., lib. 11: Constit. æstiva, anni 1579, t IL, p. 192 }, et on pourra voir dans un savant-travail de M. Dezeimeris, publié sur ce sujet ( Æxpérience ,:20 décembre 1838 ) les noms des principaux pan ae mentionné le traitement dont nous. parlons. 7
Dès 1820, un médecin américain, A. T. Dean, publia un travail sur Yutilité des onctions mercurielles contre l'érysipèle ( The americ. medic. recorder. Philadelphie, t IL , 1820). Quelques autres praticiens, Little «entr'autres ( Zd. ibid., x82x:), adoptèrent cette méthode , ce qui donna lieu à Brodie d'examiner si les succès n'étaient pas -dus plutôt à la graisse qu’au métal (Froriep notisen, 1. IE, 1822). Plusieurs années après, MM. Serrès d'Uzèset Ricord reproduisirent les idées des médecins américains, ce
qui souleva en France les mêmes objections que Brodie avait déjà adressées aux fauteurs des mercuriaux.
Nous avons examiné avec détails la méthode de M. Velpeau contre les péritonites puerpérales ; ajoutons que ce moyen thérapeutique avait déjà été préconisé par Vandenzande, Ghaussiér et Laënnec, mais employé avec beaucoup moins d'énergie. |
L'iode ayant été découvert seulement en 1812, les travaux de thérapeutique sur cette substance sont fort récens ; mais déjà, dans l'antiquité, on avait réconnu l'utilité d’üne matière. qui en renferme une :asséz forte proportion ; ‘éponge. Ainsi, nous voyons Galien regarder l'éponge brûlée comme un puissant résolutif : il cite un cas dans lequel elle fut d’un grand avantage pour arréter-une hémorrhagie habituelle ( De simpl. medic. facult., lib, XX. Quinta classis, p.170). Au rapport de Guy de Chauliac , maitre Dyn sen servait avec succès contre le-goitre: Il la faisait brûler, pulvériser et la mélait à quelques autres substances ; mais, ajoute G. de Chauliac, «tels médicamens ont beaucoup de promesse, mais peu d’effet (Tr: IL, doct. IL, chap. 3, p. 171, trad, de Joubert ). » Toutefois l'éponge resta daus la matière médicale comme un puissant résolutif pour combattre le goitre, En 1820, M. Coïndet fit d'importantes recherches à, ce sujet et en conclut que l’iode renfermé dans l'éponge était le principe actif de cette substance. De cette, époque . date l’origine des travaux auxquels l'iode a donné lieu par ses: propriétés médicales, et parmi lesquels il suffit de citer les mémoires de M. Lugol et le traité de M. Baudelocquesur la scrofule,
DES MÉDICAMENS ÉMOLLIENS.
: Médicamens dés plus précieux que possède la médecine. Le mot émollient, qui vient de emollire, ramollir, relàcher, n’indique pas les propriétés des substances que l’on désigne sous ce nom , mais l'opinion que s’en sont faite les auteurs de matière médicale. Suivant plusieurs d’entr’eux, ces médicamens agissent plutôt d’une manière mécanique que chimique: Ils agissent, il est vrai, par l'intermédiaire de Thumidité et de la chaleur ; mais ils n'en agissent pas moins sur les propriétés vitales, lorsqu'ils calmént la douleur et les phénomènes inflammatoires des parties sur lesquelles on les applique.
Usages. Les inflammations dans lesquelles les parties sont douloureuses et tendues exigent, surtout, l’emploi de ces médicamens. On s’en sert aussi ayec succès contre certaines inflammations chroniques. Aïnsi, on les mettra en usage pour ramollir certaines indurations chroniques autour dés ulcères, des fistules, eté. Toutefois, il y a ici plusieurs considérations dont le praticien doit tenir compte. D'abord, les émolliens ne conviennent pas dans les inflammations avec tendance à la gangrène, toutes les fois que celle-ci n’est pas le résultat d’un excès de violence dans la phlogose, mais d’une mauvaise disposition du sujet, que la rougeur est livide, la’ douleur peu vive, que tout imdique le besoin d’un surcroît d'action dans la partie malade. Les! topiques émolliens sont donc spécialement indiqués dans les phlegmasies franches , soit internes, soït externes. Ce n’est pas seulement aux parties enflammées, sur lesquelles on peut les appliquer, quese borne leur emploi, on les met encore en usage sur des parties éloignées de celles qui sont enflammées. Ainsi, la plupart des médecins les appliquent avec avantage sur le côté douloureux
ÉMOLLIENS. 393
dans les pleurésies ; sur les parois abdominales dans les cas
de gastr@-entérite, de péritonite, en un mot, quandilya
in ammation d'un des viscères renfermés dans la cavité du ventre. On les emploie bien plus souvent encore et avec plus de succès contre les inflammations superficielles , par exemple les phlegmons des membres, les rhumatismes articulaires ou musculaires , l'érysipèle, les affections cutanées aiguës, et même les dermatoses chroniques. Dans certains cas de douleurs sans phlegmasie, on se trouve bien de l'usage des émolliens ; mais alors on les associe le plus souvent aux narcotiques.
Application. Xl est surtout important de bien choisir le mode d'administration des diverses substances qui jouissent des propriétés dont il est ici question, et cela suivant le siége, la nature du mal, etc., ete. C’est ce que nous examinerons à propos de chacune des principales variétés que nous allons établir. |
Les substances émollientes sont toutes tirées du règne organique. Le règne minéral n’en renferme pas (sauf l'eau tiède )}. Elles sont toutes douces au toucher et fades au goût ; la plupart jouissent de propriétés nutritives. On peut les employer sous plusieurs formes : rarement à l’état solide, mais presque toujours à l’état mou (pommades et cataplas tes ), liquide ( fomentations, lotions, collyres, ete. ) et à l'état de vapeur (fumigations ). Mais , de quelque manière qu'on les administre, jamais leur température ne doit être plus basse que 22° à 23c.
Effets et propriétés. Le premier effet que l'on éprouve par l'application d’un topique émollient, est un sentiment de calme et de détente dans la partie malade: Cet effet es! assez promptquand l'inflammation est superficielle ; ilse fait plus long-temps attendre quand la lésion occupe un siége plus profond. Ordinairement la sensation de chaleur âere
qui existait fait place à une chaleur douce, modérée; en mêmé temps la rougeur diminue ét prend une teiffté rosée. Cet effet est d'autant plus marqué, que la substance employée est plus humide, d’une température plus tiède, et que le contact a été plus long-temps prolongé. Lorsque la parte sur laquelle repose la substance émolliente est recouveite d’un épidermetrès épais, que c’est la paume des mains où la plante des pieds par exemple, l'épiderme s’humecte, se gonfle, devient blane et se détache facilément par lambeaux; quelquefois même , ainsi qu’on le voit à la paume des mains, le gonflement de l'épiderme devient une cause. de gêne. Si l'application a lieu sur une plaie avec perte de substance , les tissus sont blanchâtres et comme macérés à la superficie.
Mode d'administration des émolliens.
On ne les emploie réellement pas à l’état solide. Je n’en dirai donc rien.
Des émolliens à l’état mou.
C’est peut-être sous cette forme que les substances dont nous parlons sont le plus employées ; et c'est presque toujours à l'état de cataplasme qu’on en fait usage. Cependant, on emploié aussi quelquefois comme émolliens, à l'état de pommades où d’onguens, certaines graisses, la pommade de concombre, le beurre de cacao, par exemple, dans des affections de la peau. |
1° Des cataplasmes. Nous avons déjà dit ce que c’est qu'un cataplasme et comment on l'emploie (p. 103). I nous reste à indiquer ici les cas dans lesquels on se sert des cataplasmes émotliens ; les particularités qu'ils présentent dans leur application , et les effets qu’on en retire.
ÉMOLLIENS. | 295 Ces topiques sont universellement mis en usage depuis la plus haute antiquité, dans les phlegmasies externes ou internes. Toutefois , il faut établir ici quelques distinctions. Lés cataplasmes ne sont applicables que dans les cas où la partie malade n’est pas tellement sensible que leur poids devienne une cause de gêne ou de douleur; ainsi, dans certaines périlonites, la moindre pression cause des souffrances tellement insupportables, que le malade ne peutendurer le contact de ses couvertures. Dans quelques cas d’érysipèles, les cataplasmes fatiguent aussi les malades par leur masse. Assez souvent les individus se plaignent de la sensation de froid qu'ils leur causent. C’est que ces cataplismes sont mal appliqués , mal couverts et se refroidissent. Il est des malades dont ils augmentent la souffrance par la chaleur qu'ils causent; néanmoins, je crois que M. Josse, d'Amiens a poussé cette vérité jusqu’à l'exagération (Ÿoy. l'ouvrage de Clinique publié par son fils). Bien qu’on lait proposée, je ne crois pas leur application utile dans les phlegmasies cérébrales ; ils entretiennent sur la tête une chaleur que je regarde comme fort nuisible. Leur présence sur le cuir chevelu n’est légitimée à mes yeux que pour les lésions traumatiques ou les affections cutanées. Hunter (S. Cooper, Dict., t I, p. 305 ) et depuis lui tous les chirurgiens les ont regardés comme fort avantageux dans les plaies contuses ou déchirées, et notamment dans celles par armes à feu. Du reste, comme ce sont des remèdes innocens, on peut toujours les essayer ; si le malade s’en trouve mal, on les supprime. R Il ya plusieurs sortes de cataplasmes émolliens , c’est-àdire qu’on peut en faire avec plusieurs substances. Cataplasmes de farine de graine de lin. On délaie, avec une suffisante quantité d'eau bouillante,de la farine de graine de lin; d’autres font bouillir la farine délayée avec de l’eau
froïde. Il vaut mieux employer une décoction émolliente de racines de guimauve, de feuilles de mauves, etc., etc.
Cataplasmes de mie de pain. On met quelques tranches demie de pain rassis ou une quantité convenable de painémié dans du lait, et on le fait bouillir dans un vase jusqu’à ce que le mélange forme une pâte de consistance suffisante.
Cataplasmes de fécule de pommes de terre. On sait que la fécule de pommes de terre a la propriété de se prendre en gelée par son union avec l’eau bouillante. Pour faire des cataplasmes avec cette farine , il suffit de verser peu à peu de l'eau à l'état d'ébullition sur de la fécule et de remuer rapidement; on forme ainsi une masse demi-transparente et d’une consistance convenable. On pourrait aussi faire bouillir la fécule avec de l'eau. On préparvrait un cataplasme de la même manière avec de la farine de riz.
Cataplasmes d'amidon. On les prépare comme les précédens. Îls ont , plus encore que ceux de fécule de pomme de terre , l’inconvénient de se dessécher et de former une croûte dure, pénible pour la peau, là où la matière du cataplasme est en couche mince. C’est ce qui arrive près des bords surtout. Le cataplasme adhère aussi très fortement dans ces endroits, et cette adhérence est encore une cause de gêne.
Cataplasme de pulpe de pommes. Ce cataplasme se prépare en faisant cuire une pomme de reinette bien mure, dont on ôtelépicarpe et les graines; on en forme ensuite une masse molle, en délayant la pulpe avec un peu d’eau de guimauve ou de lait. Ce topique est surtout employé pour les maux d'yeux. On lapplique sur la partie malade dans un petit sachet de gaze.
Les effets de ces diverses substances sont analogues les uns aux autres, du moins pendant les premiers temps de leur application; mais au bout de quelques heures, il se
ÉMOLLIENS. 297
passe, dans leur composition interne divers phénomènes qui changent leur mode d'action et obligent à faire un choix. Les cataplasmes de farine de graine de lin ont le grave inconvénient de rancir avec la plus grande promptitude , à cause de l'huile que contient cette farine, surtout pendant les chaleurs de l'été et quand la partie phlogosée présente cet état d’ardeur si commun dans les inflammations cutanées. Aussi, lorsqu'ils ont séjourné dix à douze heures dans de pareilles circonstances , ils exhalent, à la levée de l'appareil, une odeur repoussante, comparable , dans certains cas, à l’odeur de merée pourrie. Cette altération parait modifier leur propriété émoiliente, et les rendre, au contraire, irritans ; aussi voit-on fréquemment sous leur influence se développer des éruptions vésiculeuses ou pustuleuses. Je lai vu très fré quemment à l'hôpital St-Louis, ét mon élève et ami, M. Dauvergne, a cité un cas de ce genre dans sa thèse sur les dartres (1833, n° 324, p. 26).
Les cataplasmes de mie de pain et de lait sont fort employés en Angleterre ; cependant Hunter (S. Cooper, Loc. cit. ) s'est élevé contre leur emploi, en faisant remarquer qu'ils s'aigrissent en peu de temps. C’est ce que tout le monde a dû voir en tout temps. Les préparations de fécule de pommes de terre et de farine de riz n’ont pas cet inconvénient ; on peut ne les renouveler qu’une fois dans les vingt-quatre heures, et s'ils sont un peu plus chers que ceux de farine de graine de lin, ils compensent et au delà cet inconvénient par les avantages qu’ils procurent el la rareté du renouvellement. Les cataplasmes de farine de graine de lin veulent être changés au moins deux fois dans les vingt-quatre heures, et plus souvent dans les conditions que nous avons indiquées plus haut. Pour moi, j'emploie depuis long-temps la fécule dans ma pratique, et Jusqu'à
présent je n'ai eu qu'à me louer de cette préférence. Si l'on se servait du cataplasme d’amidon, malgré les in-
convéniens que j'ai signalés plus haut, il faudrait lui donner
beaucoup d'épaisseur et la consistance d’une bouillieépaisse. Quant aux cataplasmes résolutifs et narcotiques, il en
sera question dans des articles spéciaux. |
Des émolliens à l'état liquide.
Lorsque les cataplasmes ne peuvent étre employés dans
les diverses circonstances que nous avons énoncées plus haut, les fomentations conviennent généralement. Ainsi , dans les péritonites, on se sert de ces dernières, alors que la douleur est très vive et facilement exaspérée par la pression. Les linges qui servent aux fomentations doivent étre mouillés souvent avec une décoction de graine de lin bien épaisse, de préférence à toute autre, et entretenus bien chaudement. On peut , dans cette intention , les recouvrir d’une pièce de taffetas gonmé , ou même en entourer le corps. sd, On emploie encore en fomentations émollientes l’eau de guimauve composée de : Racine de guimauve dépouillée de son écorce, 3 j ; eau commune , ÿÿ j. L'eau de son, de mauves, la solution d'amidon et de gélatine exigent une préparation analogue et s’emploient dans le même but.
Les mêmes décoctions peuvent encore servir en collyres, en gargarismes, en lavemens et en injections dans les phlegmasies des organes auxquels ces modes d'administration sont appropriés. | Q
Des émolliens à l'état gazeux.
Nous avons dit, en parlant de l'usage des médicamens à l'état de vapeur, quelles étaient les différentes manières de
ÉMOLLILNS. | 299
prendre des fumigations ; nous n’y reviendrons pas ici : seulement nous indiquerons les cas dans lesquels les vapeurs-relächantes peuvent convenir. C'est surtout dans le corysa et dans les angines pharyngées et laryngées, dans certaines bronchites, certaines toux nerveuses , qu’elles sont utiles. Je tiens de l’un des élèves qui ont suivi le cours de M. Andral, que ce professeur cite l'observation d’un homme atteint de phthisie laryngée , qui s’est guéri en respirant constamment , pendant plusieurs mois, un air imprégné de vapeur de lait bouillant. Les fumigations générales ou partielles conviendraient aussi dans des cas de rhumatisme aigu; il en sera question quand nous parlerons des pansemens dans cette maladie. :
HISTORIQUE DES ÉMOLLIENS.
Je donnerai aux émolliens la même origine théorique qu'aux aStringens ; je pense que c’est à l'école Méthodique qu'il faut la rapporter. Tout ce qui pouvait combattre le resserrement (strictum.) était nécessairement émollient ou relächant ; aussi appelaient-ils de ce nom les remèdes que l'école Physiologique de Broussais a désignés sous le nom d’antiphlogistiques. Toutefois, leur innocuité et leur utilité sont si évidentes , qu'ils ont été mis à profit par toutes les sectes médicales. Celse les conseille dans les phlegmasies, même pour résoudre les duretés qui persistent quelquefois à la circonférence des abcès ( Lib. V,cap.28,1r,t. 1, p. 547 ). Le remède qu'il propose consiste dans des feuilles de mauves écrasées ou des cataplasmes de farine de graine de lin. Galien les emploie dans les inflammations et pour faire disparaitre les callosités ; mais fidèle à sa doctrine des quatre qualités élémentaires, il attribue leurs vertus à l'humidité qui pénètre les parties trop sèches (De simplic.
medic. facult., lib, V,c.5,7et 8. Quinta classis, p.65, 67 ). Alexandre de Trailes, pour calmer les douleurs inflammatoires de la goutte , vante les cataplasmes de farine de graine de lin et d'orge , appliqués chauds et bien humides, et renouvelés souvent ; il insiste beaucoup sur la nécessité de ne pas les appliquer brülans, comme le faisaient quelques médecins de son époque (Zib. XI, cap.I, t. 1, p. 97, éd. de Haller ). Depuis ces temps reculés, les conditions qui réclament l'emploi des émolliens ont été également appréciées. Dans les mémoires qui ont concouru pour le prix institué en 1743 par l'académie de chirurgie, les auteurs ont admis des variétés qui nesont pas de véritables émolliens ; ainsi, ils y font à tort rentrer les maturaüfs qui cn diffèrent notablement, ce que, du reste, Galien avait déjà établi, d’après des idées purement spéculatives (loc. cit.). Aujourd’hui on ne reconnait, avec raison, pour médicamens émolliens que ceux dont nous avons parlé.
L'étymologie du mot narcotique ( vaoxn. engourdissement j donne l'idée des propriétés stupéfiantes des médicamens compris Sous ce nom.
Usages. Nous n'avons point à nous occuper ici de l'usage des narcotiques pour produire le sommeil, mais seulement &e leur emploi en topique. L’indication générale qui réclame ces substances, c’est la douleur avec ou sans inflammation. Ainsi, on lés Ho avec le plus grand avantage pour als bat et détruire les névralgies opiniàtres qui tourmentent si cruellement les malades ; dans les rhumatismes, les céphalalgies ; dans certaines phlezmasies superficielles ou profondes , accompagnées de douleurs vives ; certaines ophthalmies dans lesquelles l’inflammation
est accompagnée de souffrances quelquefois intolérables , avec photophobie, etc. Les douleurs atroces de la brülure exigent l'emploi de ces agens, mais avec des précautions dont nous parlerons plus bas. Quelle ressource précieuse les narcotiques n'offrent-ils pas au praticien pour adoucir les tourmens des malheureux atteints de cancers incurables? C’est surtout dans ces cas que se trouve justifié le mot de Sydenham , qui eût renoncé, disait-il, à l'exercice de la médecine si on lui eût retiré l’opium.
Les substances narcotiques sont toutes tirées du règne végétal. Les plus employées sont l’'opium et ses composés, la jusquiame , la belladone et la ciguë. Ces médicamens sont administrés de deux manières différentes : 1° par la méthode endermique ; »° en applications sur la peau revétue de son épiderme ; et dans ce second cas, sous forme d'emplâtre , de cataplasmes et de lotons.
Effets ét propriétés. Les narcotiques ont pour propriété de calmer et d’engourdir la douleur; et soit qu'ils agissent sur le cerveau seulement, ou sur le cerveau et les nerfs, ou sur le cerveau, les nerfs et les tissus souffrans eux-mêmes, le fait est que l'application d’un topique doué de propriétés narcotiques bien caractérisées , ne tarde pas à produire l'effet que nous venons de si- gnaler. On prétend que l'emploi trop long-temps continué des narcotiques très actifs, en pareille circonstance , pourrait déterminer la gangrène des tissus malades. Quant à l'absorption du remède , tant que la peau sur laquelle on lapplique est revêtue de son épiderme, on doit peu redouter les effets de la résorption ; mais lorsqu'au contraire elle en est dépouillée, cet accident est à craindre. On doit s'en défier surtout dans les cas de brülure au second degré, lorsque les ampoules sont déchirées et que le derme est à nu. On applique souvent
302 MÉDIGAMENS TOPIQUES.
sur toutes les parties malades du cérat laudanisé , et il en résulte, dans certains cas , des phénomènes de narcotisme qui peuvent devenir mortels. Un cas de ce genre s’est présenté , il y a quelques années, à l'hôpital St-Louis. Il faut donc, quand on emploie les médicamens dont nous parlons, bien faire attention d’une part à l’état de force ou de faiblesse dans lequel se trouve le sujet, car chez les personnes débilitées par quelque cause que ce soit , action des substances absorbables se fait sentir avec beaucoup plus d'énergie que chez les autres; et d un autre côté, interroger soigneusement la MAAF ‘individuelle, car il est des personnes chez lesquelles les narcotiques produis sent très facilement des effets fort bizarres. Ainsi l’on m’a rapporté l'observation d’une dame à laquelle on ne put administrer la plus légère dose d’opium, soit à l’intérieur, soit à l'extérieur, sans que bientôt ilse développât un érysipèle fort douloureux à la région inguinale droite. Toute substance qui renferme de l'opium produit chez elle ce singulier phénomène. Quelques lotions avec la décoction . de têtes de pavot le provoquent avec la plus grande rapidité, et l'intensité de la phlegmasie est en rapport.avec la dose du narcotique employé. Chez d’autres, la stupeur et l'engourdissement ont lieu avec la plus grande facilité.
Il faut donc surveiller avec soin l'usage de ces médicamens, supprimer le topique aussitôt que l’on aperçoit les premiers phénomènes du narcotisme, les éHlonissemens à les vertiges , la somnolence qui caractérisent le début de ce mode d'empoisonnement. On donnera alors des boissons acidules, fraiches ; puis, si l'état du malade le permet, une léger infusion de café. On pourra ainsi réparer le mal que le médicament avait pu occasionner.