HISTORIQUE DES NARCOTIQUES
Hippocrate, qui mentionne plusieurs fois le pavot, la jusquiame et la ciguë, ne parait pas avoir fait un grand usage de ces plantes à l'extérieur. Plus tard, les topiques narcotiques furent surtout employés pour calmer les douleurs intolérables de la goutte et du rhumatisme. Celse nous a transmis, d’après Sosagoras, un cataplasme contre les douleurs articulaires, dans lequel entrent parties égales de | plomb brülé , de larmes de pavot , d'écorce de jusquiame, de styrax , de peucedanum, de suif, de résine et de cire (Medicina, lib. NV, cap. XNIIT, S 29; t. I, p. 272, éd.
Haller}. Le même auteur fait souvent entrer le suc de pa-
NARCOTIQUÉS. 315 vot dans les collyres qu’il conseille contre les maladies des yeux (Jbid., Ub. VI, cap. VI,passim., t. IE, p. 9-27 ). Galien a emprunté à Asclépiade plusieurs formules de cataplasmes narcotiques contre la goutte. Voici la première : Suc de pavot, quatre gros ; safran, un gros; broyez dans du lait de chèvre; ajoutez de la mie de pain, de l'huile rosat, et faites un cataplasme. Il conseille d'interposer des feuilles de poirée ou de laitue. L’opium , le safran et quelquefois la ciguë forment la base des autres compositions données par Asclépiade. Sous le nom de pastilles de Jupiter, on préparait un médicament solide dans lequel il entrait de l'opium, des sucs de pavot, de jusquiame, d’aconit , ete. Ce produit était dissous dans du lait, et servait à exditire la partie malade au moyen d'une plume ; un linge trempé dans la liqueur était ensuite laissé à demeure (De compos. pharmac. sec. locos, lib. X, cap. 3, p. 420, quinta classis }:: Ce même auteur conseille les narcotiques à l'extérieur dans quelques autres cas (V. De arte curativ4 ad glauc., lib. Il, cap. 12). Avicenne les conseille à l’extérieur sous forme de collyre, ou d'emplâtre dans le flux de ventre (Zi. IT, fen. 16, tract. I, cap. 4, t. I, p. 817). Il regarde les narcotiques comme très utiles dans le pansement des ulcères des reins ( Zd., fen. 18, tract. 2,1. 1, p. 872 ). En parlant des maladies des jointures, Avicenne copie les formules de Galien, que nous avons déjà citées (Zd. ibid., p. 978). Tous les auteurs qui, depuis Galien , ont parlé des narcotiques, les considèrent comme froids et contre nature. Guy de Chauliac suit à la lettre les doctrines du médecin de Pergame; cependant il se hasarde à conseiller les narcotiques stupéfians (opium, jusquiame , etc.) toutes les fois que la douleur est intolérable, et que ce symptôme devient alarmant. Il donne quelques formules de ces médicamens pour l'usage externe
(Traité VIT, doctr. I, chap. V, p. 667, trad, de Joubert ). Van- Dalacat. tout en reconnaissant les propriétés puissamment a ri de l’opium, réfute victorieusement les idées théoriques de Galien, sur les prétendues qualités froides de ce médicament’; il attribue ses vertus spécifiques à un sel acre soporifère (PF: an-Helmontit opera; Duumviratus, p.211).
On voit que dès FRAUUI la plus reculée, les substances dont nous parlons ont été employées à peu près dans les mêmes cas et pour remplir les mêmes conditions que nous avons déjà signalées. Les réformes successivement introduites dans la matière médicale, la découverte des principes actifs des plantes narcotiques, modifièrent et la composition des formules et le mode d’administration de ces médicamens, que l’on doit compter parmiles plus utiles et les plus employés que possède la thérapeutique.