CINQUIÈME SECTION
PANSEMENS CONSIDÉRÉS SUIVANT LEURS USAGES
Si les pansemens avaient tous le même but, ils devraient offrir peu de différence; mais il n'en est point ainsi : on les emploie souvent dans des intentions diverses, et souvent dans plusieurs intentions à la fois. Il faut donc les modifier de manière à ce qu'ils remplissent les diverses intentions auxquelles ils sont destinés.
Des pansemens contentifs. Ce sont des pansemens des- tinés à contenir des pièces d'appareil ou des médicamens sur une partie. Une foule de bandages simples ou composés, employés seuls, ou avec quelques compresses enduites d’un médicament, avec un plumasseau qui en est recouvert, quelquefois un emplâtre , comie lorsqu'il s’agit de contenir un caustique (#7. p. 129), composent les pièces nécessaires au pansement; mais souvent ces pièces remplissent en même temps d’autres usages, ainsi qu'on va le voir par ce que je vais dire des pansemens suivans.
Des pansemens préservatifs. Je désigne sous ce titre ceux qui sont destinés à protéger une partie malade contre l'action du froid ou de la chaleur, contre l’action de l'air, de la poussière ou des corpuscules légers qui voltigent dans l'atmosphère, enfin contre l’action physique, mécanique, chimique ou autre de tous les corps qui pourraient être nuisibles.
Les indications qui réclament des moyens préservatifs sont nombreuses. Des douleurs rhu matismales exigent que
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lon couvre les parties souffrantes avec des pièces chaudes, des peaux d'animaux bien fourrées , ou du moins des pièces de laine. Les maladies des yeux réclament généralement l'obscurité, et il est souvent encore nécessaire de couvrir les yeux pour les préserver du contact de l'air. Les ulcères et les plaies doivént être couverts aussi ; et, quand il n'y a pas d'autre indication à remplir, un plumasseau de charpie où un morceau de linge fin, criblé ou non de trous étroits , des compresses et une bande pour lés contenir, suffisent généralement pour protéger la partie malade eontre les actions dont j’ai parlé (77. plus bas, pansement'dés'abcès, des ulcères, des plaies).
Des pansemens irritans. Ils sont destinés à irriter, à enflammer des parties dont on cherche l'adhésion (PF, p.124), à rendre plus aiguës des inflammations chroniques, à rendre adhésives des inflammations suppurantes ou ulcérantes dans les cas d’abcès froids, d’abcès fistuleux ; à rendre curatives des phlegmasies qui ne tendent guère ou ne tendent point du tout à la guérison, comme dans une foule-de ma: ladies de peau; d’ulcères, dans la pourriture d'hôpital.
On parvient au but par l'application de caustiques ; de vésicatoires, de rubéfians, de stimulans ; par l'injection de caustiques, de résolutifs, d’astringens, de stimulans, et, dans certains cas, par des moyens compressifs, par des frictions sur les organes à irriter (77, pansemens des inflammations , des abcès, des fistules , des ulcères , des plaies). :
Des pansemens calmans. J'appèlle de ce nom tout pansement propre à calmer les douleurs rhumatismales ou autres, à apaiser l'irritation , à éteindre l’'inflammation simple ou compliquée d’abcès, d’ulcère, de fistule, de cancer, de plaie, de contusion , sans irriter par les moyens mis en tüsage , comme font les révulsifs. On remplit en général l'indication au moyen des émolliens, des narcotiques et des réfrigérans:
CONSIDÉRÉS SUIVANT LEURS USAGES. 330 décrits plus haut à l'article des astringens(p.240)(77. aussi, plus bas , les pansemens des inflammations, des abcès , des ulcères, des plaies).
Des pansemens détersifs. Ce.sont des pansemens destinés à déterger, nettoyer les abcès , les fistules’, les plaies, du pus qui y séjourne : on y parvient par dés injections aqueuses, simples ou émollientes; par des mèches, des sétons qui entretiennent une voie pour l'écoulement du pus; par l'emploi d'une grande quantité de charpie qui absorbe le pus à mesure qu’il se forme ; enfin j'ajouterais même souvent par la compression , sielle ne constituait un genre de pansement particulier. Le pus , qui s'accumule dans une région et ne s'écoule pas librement au dehors , détermine une inflammation suppurative et ulcérative qui, en s'étendant, se propageant , augmente les désordres et aggrave la maladie. On a beaucoup trop répété que le pus est un fluide utile qui protége les parties qu'il recouvre, qu'il est incapable d’enflammer les artères, le périoste et le tissu osseux : c’est une erreur. Soit qu'il agisse par des propriétés particulières que nous ne connaissons point, soit qu'il agisse mécaniquement comme corps étranger, toujours est-il qu'il détermine très souvent l’irritation, l'inflammation et la suppuration des parties voisines. Ainsi, qui ne sait qu’en ouvrant les abcès avant leur complète
maturité, la suppuration s’y fait ensuite plus lentement, et que l’inflammation diminue immédiatement? Ne voit-on pas tous les jours un membre affecté d'érysipèle phlegmoneux, tout rouge d’inflammation, pâlir en 24 heures à la suite de l’ouverture d’un abcès, et la résolution suivre? On se trompe lorsqu'on s’imagine que le pus fuse et se répand d'un lieu dans un autre en filtrant par le tissu cellulaire. Il ne passe d’un lieu dans un autre qu'après avoir enflammé, avoir fait suppurer et avoir ulcéré progressivement le tissu cellulaire.
I paraït bien que son poids n’est pas étranger à ce phénomène, car le pus se rassemble souvent alors dans les lieux les plus déclives, et y forme des abcès migrateurs quelquefois très éloignés du point de départ de la suppuration (7. plus bas pansemens des abcès , des fistules, des ulcères et des plaies). |
Des pansemens dilatans. Ils se rapprochent des précédens, parce qu’ils servent fort souvent à favoriser l’écoulement du pus d’un abcès, d’une fistule, d'un ulcère ou d'une plaie; parce qu’on emploie pour y parvenir des mèches dilatantes, des tentes de charpie, des racines spongicuses, des éponges, préparées pour élargir l'ouverture par où le pus doit s’écouler au dehors.
Il y a d'autres pansemens dilatans, destinés à élargir des canaux trop étroits, comme l’æsophage , le rectum , l'urèthre , le vagin, et pour lesquels on emploie en outre les bougies , les sondes et même la cautérisation ( Foy. plus bas pansemens des abcès, des fistules, des obstructions etdes rélrécissemens des canaux et des ouvertures naturelles ). Des pansemens divisifs. Pansemens destinés à éloigner, et à faire cicatriser séparément, des parties séparées que le travail de la cicatrisation tend à rapprocher et à réunir d'une manière vicieuse. ;
Ce mode de pansement est indispensable dans les brélures du cou et de la poitrine ou du dos, qui entrainent, en se cicatrisant, et par des brides volumineuses plus ou moins saillantes, la tête contre la poitrine, une épaule et la tête l’une vers l’autre, ou la tête vers le dos. Il est indispensable dans les brülures qui rapprochent les membres du tronc, qui plient et fixent l’une sur l’autre les diverses fractions des membres, l’avant-bras sur le bras y là main sur l’avant-bras, les doigts sur la main ou les orteils sur Je pied, Il est également indispensable dans les parties
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réunies ou rapprochées qu'on sépare au moyen de la section intermédiaire des brides qui gênent la liberté de leurs mouvemens. Les pansemens divisifs sont encore indiqués à la suite des opérations de ténotomie et de myotomie., On parvient au but au moyen de bandages ou d’appareils et de machines appelés divisifs, qui éloignent et maintiennent écartées les parties séparées , que le tissu cicatriciel tend incessamment à rapprocher. Ces bandages sont, par exemple, le huit ou croisé postérieur de la tête et de la poitrine, t. 1, p. 105; les croisés postérieurs.et antérieurs des épaules , p. 110 ; les bandages lacés et bouclés proprement dits ou les Machines lacées et bouclées ; : les bandages ou les machines orthopédiques.
On: fait aussi un pansement divisif au moyen d’un 7 double à deux branches verticales , et dont les chefs, ramenés entre les doigts brûlés, exercent pendant long-temps une forte et pénible compression sur la membrane interdigitale, pour prévenir le rapprochement et l'union des doigts à leur base (V. T double des mains, t. 1, 197). Enfin on a eu recours à des machines réductives pour maintenir séparées des parties séparées volontairement par une opération, comme à la suite d’une opération de ténotomie.
Des pansemens unissans. Pansemens par lesquels on rapproche et l’on maintient mécaniquement rapprochées des parties entre lesquelles on veut établir une adhérence.
On s’en sert pour réunir des parties désunies par une inflammation suppurante et ulcérante, par exemple les parois d’un abcès, d’une fistule, les bords d’un ulcère, ou des parties divisées par une lésion physique, comme ML les plaies et certaines ruptures. La réunion des os fracturés s'obtient par des pansemens analogues aux pansemens unissans.
Les moyens unissans sont assez nombreux; ce sont : 1° la situation; 2° la compression; 3° les agglutinatifs; 4° les ban-
dages dits ünissans: 50 la suture; 6° la caütérisation. Le pansement varie d'ailleurs suivant qu’il s’agit de réunir les parois d’un foyer, les bords d’un ulcère, d’une fistule, d'une plaié, suivant qu'on cherche à obtenir une réunion immédiate où pronpte et saris suppuration , suivant qu'il s’agit d'obtenir seulement une réunion médiate par lintermédiaire de la suppuration , ou suivant enfin que lon s'efforce d'obtenir une réunion mixte (7. pansemens des abcès, des fistules , des ulcères ét dés plaies). ©
Des pansemens cicatrisans. Panseméns destinés à dé-
terminer ou du moins à hâter la cicatrisation d’un abcès fistuleux, d’une fistule, d’un ulcère, d’uné plaie. Ils sont indiqués dans ces affections, lorsque la cicatrisation ne se fait pas ou marche trop lentement. Les moyens propres à remplir l'indication sont les substances exéitantes ou stimuülantes, les éaustiques et le cautère actuel. Les topiques excitans sont la charpie à à nu, les agglutinatifs et les liquides stimulans. La charpie est RENE à nu, sans cérat ou couverté d'un peu de cérat, dans le foyer d un abcës, le trajet d’une fistule, l'intervalle des bords d’une plaie blafarde. Les empiétres agglutinatifs sont appliqués en bandelettes autour des ulcères èt du membre qui en est affecté, comme les bandelettes séparées de Pappareil de Scultet. Les fluides excitans et même les caustiques très affaiblis sont in jectés dans un abcès, une fistale, une plaie; répandus sur ui ulcère ou appliqués à sa surface par l intermédiaire de plumaséeaux , de bourdonnets de charpie ou de compressés. Le cicatrisation est aussi favorisée par l’action du nitrate d'argent solidé, promené sur la solution de tontinuité. Enfin la boite proposée tout récemment par M. Guyot, pour placer les membres affectés de plaies graves dans une atmosphère maintenue à la température de 35 à 36° centigrades, est encore un moyen de cicatrisation.
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Quand ces moyens réussissent , ils changent l'inflammation suppuränte etulcérante, qui éntrétient les affections ciiées ; en une inflammation cicatrisanté qui entraine , comme l'indique son nom , la cicatrisation et la guérison des abcès; des fistules ; dé ulcères et des plaies contre lesquels on les met én usagé. Le cautère actuel ét li cauté2 risation ont été employés dans les cas de fistules ef d’ulcères ( Foy. plus bas, pansemens des abcès, des fistules , des ulcères et des plaies). |
Des pansemens compressifs. Ce sont ceux qui consistent dans la-compression plus où moins éner8ique et soutenue d’une région, d’un membre.
La compression se pratique dans bien des cas différens : dans des tumeurs Squirrheuses ou cancéreuses, pour les atrophier ; dans l'œdème, pour obliger la sérosité du tissu cellulaire à rentrer dans le torrent de la circulation ; dans les anévrysmes , pour les guérir; dans des inflammations des parties extérieures , pour les résoudre ; dans des abcès ouverts, des fistules , pour en rapprocher et en recoller ou réunir les parois ; dans des ulcères, pour les cicatriser ; dans des varices, pour les resserrer ou les fermer ; du les plaies des vaisseaux , pour oblitérer ces plaies ou les vaisseaux eux-mêmes.
Des pansemens désinfectans. Pansemens destinés à détruire et quelquefois seulement à masquer les odeurs fétides dégagées surtout par la suppuration des abcès, des ulcères, des fistules, des plaies et de toutes les re qui suppurent ou ooden des liquides ou des gaz fétides.
Le premier et le plus simple des moyens d y parvenir, c'est la propreté. Viennent ensuite les lotions odorantes d’eau de Cologne, oules aspersions faites avec des € essences ; mais ces moyens se bornent à masquer la mauvaise dede sans nous soustraire à l’action du dégagement des vapeurs
fétides. On en a cherché d’autres, des moyens par exemple qui, tout en détruisant la mauvaise odeur, détruisissent les miasmes qui la produisent,sans nuire d’ailleurs à l'économie. On pense aujourd’hui les avoir trouvés dans les fumigations gazeuses de chlore, et dans les chlorures de calcium et de sodium : je souhaite qu’il en soit ainsi.
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