‹ Traité des bandages, des pansemens et de leurs appareils (volume 2)Chapitre 71 sur 111 · DES PANSEMENS DES PRINCIPAUX ORDRES DE MALADIES · texte numérisé non relu

DES PANSEMENS DES PRINCIPAUX ORDRES DE MALADIES

LA

Ces pansemens consistent dans l'emploi des moyens locaux destinés à combattre les inflammations internes ou externes, aiguës ou chroniques, etc. ; ils consistent dans l'emploi des moyens suivans : 1° les applications de sangsues ; 2° les ventouses scarifiées ; 30 les topiques émolliens ; 4 les astringens seuls ou unis aux réfrigérans ; 50 les narcotiques ; 6° les stimulans où moyens perturbateurs; 7° la compression ; 8° enfin quelques moyens regardés comme résolutifs , tels que les mercuriaux.

1° Les sangsues sont d’une grande utilité pour combattre les phlegmasies internes ou externes ; leur application exige un certain nombre de précautions dont le praticien doit être bien instruit, Et d’abord on les placera le plus près possible de l'organe enflammé ; si la partie sur laquelle doivent mordre les sangsues est revétue de poils, il faut raser soigneusement ceux-ci. Autant que possible, les sangsues ne doivent pas étre appliquées, chez les femmes , sur certains parties ordinairement découvertes, telles que le col et la partie supérieure de la poitrine , ni dans les points où la peau est très fine et très sensible, aux mamelles et aux paupières, par exemple ; enfin quand on les applique au voisinage d’une ouverture naturelle 1 l'anus ou le vagin , il faut bien prendre garde qu'elles ne

342 | PANSEMENTS s'y introduisent. On à dit qu'il ne fallait jamais placer les sangsues sur la partie enflammée elle-même, quand celle-ci était supérficielles on a: ‘beaucoup exagéré les inconvéniens de cette pratique. Sans doute, si l’inflammation est très violente et menace de dégénérer cou grèné; sil ya des phlyctènes,” que . “les'douleurs s Soient. très vives, il vaut mieux faire agir les sangsues à la circonférence. FAMSESS on peut très | bien agir directement sur le mal lui-même. En général, je suis peu partisan des applications de sangsues sur cerlains organes profonds, tels que les amygdales et le col.de l'utérus : d’abord l’opération est ; assez dificile et fort génante pour les malades, et de plus on obtient. d'aussi bons résultats des émissions sanguines pratiquées à l'extérieur , et le plus près possible du siége de la maladie, Cependant, quand la maladie dure depuis long-temps € el a résisté aux moyens que gen | application. directe doit être tentée. … :. n Application. La surface sur laquelle les sangsues: dot: vent agir étant’ préalablement rasée si elle est couverte de poils, quelques personnes conseillent de l’enduire de lait. ou de sang pour exciter l'ayidité des sangsues; je crois que de simples lotions d’eau tiède, pour nettoyer la peau, sont le seul préliminaire réellement nécessaire. L'application a lieu généralement au moyen d’un verre dans lequelon met les annélides dont nous parlons, et que l’on renyerse surdla partie où als doivent s'attacher; il est plus simple de-se servir d'une patte compresse, au centre de laquelle on les place, etque l’on maintient ensuite avec la main en appuyant sur les bords du linge, afin que. les Sangsues ne s'écartent pas et n'aillent pas mordre plus loin qu il ne faut. Ce procédé a de plus l'avaniage.de.s ‘adapter à à la forme de toutes les régions, et permet de: recouyrir le malade de manière -qu'il ne se refroidisse pas. Les sangsues une fois fixées se

gonflent avec plus ou moins de lenteur, et restent quelquefois si long-temps attachées, qu'on est obligé de leur faire lâcher prise en leur mettant sur le corps quelques grains de sel ou de tabac. L'écoulement sanguin est favorisé au moyen d'un bain tiède général ou local, de fumigations ou de lotions nllentes et enfin Mt uenht de cataplasmes de farine de graine de lin que l’on renouvelle à mesure qu’ils sont imbibés de sang. Les lotions et les bains ont cet avantage qu'ils ne permettent pas la coagulation du sang à la sortie de la morsure, et dès lors s’opposent à l'oblitération trop prompte de celle-e1. Enfin on obtient un écoulement de sang très abondant en appliquant, si la disposition des parties le permet, des ventouses sur les petites plaies.

Effets et soins consécutifs. Le nombre des sangsues doit être proportionné aux forces du sujet et à l'effet que l'on veut obtenir, en les laissant saigner jusqu’à ce que lécoulement cesse de lui-même; cependant il faut serappeler que chez les femmes et chez hrs jeunes enfans les morsures saignent , parfois, très abondamment, et que l'écoulement s'arrête souvent avec beaucoup de difficulté. On a proposé plusieurs moyens pour s'en rendre maitre : d’abord l'application de morceaux d’agaric; des lotions froides; la poudre de: colophane ou de sulfate de fer ; dont on saupoudre les ouvertures que l’on veut fermer ; une compression légère exercée avec les doigts où à l’aide d'un bandage convenablement serré; et enfin la cautérisation, soit avec le nitrate d'argent, soit avec un stylet rouge. Au rapport de Samuel Cooper ('T. IT, p. 387), Autenrieth conseille de pousser de petits bourdonnets de charpie dans les plaies, et se loue beaucoup de ce procédé. D'autres proposent de saisir les bords de l'ouverture entre les mors d'une pince à torsion , et de la fermer au moyen du valet à

patin. M. Vidal de Cassis enfonce de petits cônes dus d’agaric dans les piqures , les recouvre de poudre de colophane ‘et lés maintient avec un morceau plus grand d'agaric que comprime un bandage approprié ( Traité de Pathologie externe, t. I, p. 93). IL est des personnes nerveuses et sensibles chez lesquelles les morsures de sangsues causent une douleur fort vive, qui persiste encore assez long-temps après que l'écoulement sanguin s’est arrêlé ; on calmera ces légers accidens au moyen de cataplasmes dméiliéné légèrement laudanisés ; on se servira encore. de cataplasmes sole pour linte l'inflammation superficielle et circonscrite qui s'empare souvent des plaies, et même, dans certains cas, les transforme en petits abcès PAU ONE Cet accident arrive moins souvent, quand on. a la précaution , plusieurs heures après que les ouvertures ont été oblitérées, de couvrir de compresses imbibées d’eau fraiche ou d’eau tiède la place sur laquelle ont mordu les sangsues. Il est des personnes chez lesquelles, au lieu de douleurs, surviennent de vives démangeaisons; on adoucira celles-ci par des lotions émollientes d’eau de son, dans laquelle on ajoutera quelques gouttes de vinaigre ou d'extrait de Saturne. Notons enfin que chez les sujets syphilitiques les piqures se transforment souvent en ulcères spécifiques, lorsque l'application a eu lieu sur une partie malade, un bubon par exemple, et que des ulcérations peuvent aussi envahifles morsures de sangsues .chez des sujets non syphilitiques ; mais alors elles sont moins graves et cèdent plus facilement.

Les sangsues causent assez souvent de l'œdème, surtout dans les parties où s’observe un tissu ‘cellulaire très lâche, comme les paupières. Parfois, surtout, quand on les emploie en trop petit nombre pour le mal, elles causent uneüirritation et une congestion inflammatoire assez considérables.

Il est certaines personnes qui éprouvent des phénomènes nerveux fort graves quand on leur applique des sangsues ; ces accidens peuvent mêmé, chez certaines femmes fort impressionnables , être portés jusqu'aux convulsions : dans ce cas, on devrait s'abstenir de les employer. Quand lessangsues sont appliquées en nombre suffisant, elles produisent d'excellens effets dans les inflammations locales. Le soulagement que le malade en retire est d’autant plus marqué, et le dégorgement plus considérable, qu’elles ont agi plus près du siége de la maladie.Elles devront donc être préférées aux saignées générales quand la partie que la phlegmasie occupe est bien circonscrite ; mais la saignée devra, au contraire, avoir la priorité, lorsqu'il s’agit d’un organe très important et qu'il faut débarrasser promptement, comme le cerveau dans l’apoplexie, le poumon dans la pneumonie, le foie dans l'hépatite, etc.

20 Les ventouses scarifiées sont destinées à remplacer les sangsues; leur usage était autrefois très répandu, et généralement les anciens n’employaient pas d'autre moyen pour obtenir un dégorgement local. Ce procédé consiste dans l'application de ventouses sur une partie dont on a moucheté superficiellement la peau , au moyen d’un instrument particulier nommé scarificateur , ou simplement de Ja lancette; ou bien sur laquelle on a pratiqué avec le bistouri de légères incisions parallèles entrecroisées. L'emploi de ce moyen exige que la région sur laquelle on le met en usage soit sensiblement plane ou légèrement convexe. Autrement les ventouses ne pourraient s'y adapter convenablement. Les scarifications sont plus effrayantes pour certaines personnes que les sangsues ; aussi ce moyen est-il peu employé dans le monde; et cependant ceux qui ont l'habitude de le manier obtiennent autant de sang qu'ils le désirent, et le mesurent méme avec

une grande précision, J'ai vu à l'hépital Saint-Louis un artiste ventouseur allemand , qui opérait avec une rapidité merveilleuse, et qui CeniPatt à peu près une once de sang de chaque ventouse. Je ne décrirai pas ici cette petite opération ; qui rentre dans la médecine opératoire; je ferai seulement remarquer, en comparapt l'action des ventouses scarifiées à celle des sangsues, qu’ à moins d’une extrême habileté à les appliquer , les premières donnent beaucoup moins de sang que les secondes, que toutes les parties ne sont pas disposées pour leur emploi, qu’elles exigent une superficie beaucoup plus grande pour fournir une même ‘quantité de sang, et enfin que l’écoulement s'arrête aussitôt que la ventouse est retirée. D'un autre côté, les ventouses ne laissent pas à leur suite ces pustules douloureuses que lon rencontre si fréquemment après l'eRpHOAUOn des sangsues.

3° En parlant des émolliens , nous avons vu quelle était l'action de ces médicamens et comment ils devaient être .employés;. nous n’ÿ reviendrons donc plus, Rappelons . seulement que les émolliens s’emploient sous forme de cataplasmes ou de fomentations ; que les secondes sont préférées aux premiers , lorsque la partie est tellement douloureuse que la moindre pression devient insupportable, comme cela se voit dans certains cas de péritonites graves ; que, parmi les cataplasmes, nous donnons la préférence à ceux de fécule de pomme de terre (Voy. Topiques émolliens, p. 292-300). À ces moyens topiques, on peut ajouter le bains entiers ou partiels, simples ou rendus plus adoucissans au moyen de décoctions émollientes. Les bains : doivent être prolongés pendant iong:temps, si l'on veut en obtenir un effet notable. Ainsi, dans les péritonites , on se trouve très bien de laisser le corps entier plongé dans l'eau pendant quatre, cinq et même huit heures de suite.

DES INFLAMMATIONS. 347 4o Les astringens et à leur tête les réfrigérans sont plutôt destinés à empêcher le développement de linflammation qu’à la combattre lorsqu’elle s’est déclarée. Voyez , au reste, ce que nous avons dit à cet égard dans le long article que nous avons consacré à cet ordre de médicamens. Les auteurs ont beaucoup discuté la question de savoir quels étaient les cas dans lesquels convenaient les astringens, et ceux qui réclamaient plutôt les émolliens ; il est certain qu'une distinction rigoureuse est presque impossible; toutefois on est généralement d'accord pour reconnaître que les astringens peuvent et doivent être appliqués au début des phlegmasies superficielles, légères, sans symptômes généraux appréciables, mais surtout pour s'opposer à la manifestation de celles qui suivent si souvent les contusions, les entorses ( Voy. T'opiques astringens , p. 228). be Les narcotiques sont bannis, par beaucoup d'auteurs, du traitement des phlegmasies externes; on les accuse de favoriser la gangrène: cependant quand la douleur est très violente, je ne fais nulle difficulté d'appliquer des cataplasmes émolliens arrosés de laudanum de Sydenham et d’autres narcotiques , et jamais jusqu’à ce jour je n’ai eu à me repentir de cette pratique. En calmant la douleur on atténue l’inflammation.

- 6° Sous le nom de moyens perturbateurs je désigne l’emploi des vésicatoires, du nitrate d'argent ou de la cautérisation actuelle, à l'aide desquels on se propose de détruire l’inflammation. Les vésicatoires nous paraissent indiqués dans certains cas d’érysipèles ambulans, lorsque l’on craint que la tête ne soit envahie, On peut alors chercher à fixer la maladie sur le tronc ou sur les membres au moyen (le la stimulation violente que déterminent les substances vésicantes ; et si, comme cela n’arrive que trop souyent, on ne limite pas l'érysipèle, on peut du moins

espérer produire une révulsion qui modère sa gravité dans le nouveau siége qu’il occupe (V. F. ésicans ). Le cautère actuel est conseillé avec raison, je crois, dans les cas d'érysipèle gangréneux; on modifie par là notablement la nature maligne de l'inflammation.

7° Plusieurs personnes ont, dans ces derniers temps, vanté la compression, dé jà employée autrefois, pour arrêter les phlegmasies externes et notamment l’érysipèle phlegmoneux des membres. On a annoncé plusieurs cas de succès par ce moyen , qui n’a cependant pas été généralémentadopté. Cette compression s'exerce au moyen d'un bandage spiral convenablement appliqué, à partirde l’extrémitédu membre malade la plus éloignée du tronc.Ce bandage doit être partout également bien serré, autrementil serait plus nuisible qu’utile.Il faut aussi le surveiller avecsoin, d'un côté, parce qu'il se relâche promptement à cause du dégorgement qu'il produit, et de l'autre, à cause des accidens qu’il pourrait occasionner s'il était serré. Dès que le malade accuse de vives douleurs , il faut enlever l'appareil; si l’on résistait aux souffrances qu'il. témoigne, on s’exposerait à voir survenir des escarres et même la gangrène du membre. Il faut encore bien prendre garde à ne pas trop comprimer les parties dans lesquelles la peau repose sur le bord saillant d’un o$, comme cela s'observe sur la crête du tibia; on peut alors étendre sur celte partie du coton cardé, qui amortit l'effort compressif sans le neutraliser. Malgré ces‘inconvéniens , auxquels on peut remédier, comme nous l'avons dit, je crois que ce moyen peut être fort utile, surtout si l’on dispose en méme temps le membre sur un plan fortement incliné, qui place le siége du mal beaucoup plus haut que le reste du COrps. On voit alors le membre diminuer de volume avec une grande rapidité. Une compression légère et méthodique , favorisant l'expulsion des liquides qui engorgeaient la

partie lésée, s’ajoutera donc utilement à la position sur le plan incliné, et amènera une prompte résolution de la phlegmasie.

89 Nous avons assez longuement traité du mode d'action des mercuriaux contre les inflammations aiguës , pour que nous puissions nous dispenser de répéter de semblables détails (77. p. 265 etsuiv.; —p. 273 et 290 de ce volume).

Page 1