‹ Traité des bandages, des pansemens et de leurs appareils (volume 2)Chapitre 72 sur 111 · HISTORIQUE DE PANSEMENS DES INFLAMMATIONS · texte numérisé non relu

HISTORIQUE DE PANSEMENS DES INFLAMMATIONS

L'inflammation est trop commune et offre un ensemble de caractères beaucoup trop remarquables pour n’avoir pas été étudiée dès la plus haute antiquité. Frappés surtout de l’ardeur brülante qui caractérise cette maladie et qui lui a valu son nom, les médecins de cette époque durent chercher à combattre ce phénomène par son contraire : tel était d'ailleurs, comme on le sait, le principe d'Hippocrate. Nous ne devons donc pas être surpris de rencontrer dans ses œuvres l’aphorisme suivant : «Il faut user du froid. contre toutes les inflammations dont la phlogose, d’un rouge frais, est entretenue par un sang nouveau (le froid noircirait les inflammations anciennes ); contre les érysipèles non ulcérés ; s'ils étaient ulcérés, le froid y serait nuisible (Æphor., sect. V, aph. 23, traduct. de Gardeil, t. IL, p. 156). » Du reste, Hippocrate mettait largement en usage les saignées dans les phlesmasies intérieures. :

Bien que les sangsues eussent déjà été employées un peu avant lui, par Thémison, pour combättre les inflammations locales , Celse indique spécialement les scarifications pour tirer du sang de la partie affectée ; il croyait que les ventouses sèches appelaient seulement les esprits , dont on admettait alors l'existence dans le système

artériel. Il insiste sur l'usage dans lequel on est de faire les scarifications sur le lieu malade et non ailleurs, à moins qu'on ne veuille obtenir une dérivation. Il les conseillé ; comme bien préférables : à la phlébotomie ; chez les süjets peu forts , et auxquels il faut cependant faire perdre du sang ( Celse, Lib. IL, cap. XI, t.1, p. 91). Dans l'érysipèle, après avoir indiqué les émissions Sänguinés ; il renivoie aux FAP dont il donne : DEEE formules

Lens

Het émolliens ou pr dt À La saignée are surtout quand l'in ammation est de cause SAR EE Ub. NT, cap. XVIN, n°6,t.If, p.61).

AE » comme nous vs déjà vu dans l'historique des astringens, employait aussi les répereussifs dans les in!ammations extèrnes ; il dit d’une manière générale qu on peut appiiquer avéc toute confiance les réfrigérans ; tels que les acides, contre les ardeurs des hypochondres. 5 l'érysipèle ou Ho autre affection chaude (De simpl. med. facult., lib. IV, cap. 3, p. 50). Il s ‘éloigne toutefois de ces préceptes pour les férotides et il i insiste sur ce point, Dans ce cas, il emploie les attractifs, et si l'inflammation n’est pas assez active, il applique Li ventouses «Pour attirer aû déhors l'humeur peccante. On voit qu'ici comme toujours, Galien est guidé par des vues purement spéculatives (De comp. pharm. sec. loc., lib. Hi, c. 2, p.294). Notons qu’il ne parlé nullement de à saignée.

Aétius donne, d’après Galien, l’usäge des scarifications et des sängsues. Ce qu’il dit de l'application dès premières ne vaut pas cé que l'on rencontre dans Celse sur le même sujet,

DES INFLAMMAYIONS. | 35x quoiqu'il en pose mieux les indications. Quant aux sang- . Sues , il en parle à peine ; il indique seulement là manière

de les préparer à lapplication, celle de les faire tomber en leur mettant un peu de sel ou de cendres sur la tête, et enfin d’arréter le sang avec des topiques astringens ( Tetrab. 1, serm. LL, cap. 21 et 25, p. 136-139). Traitant d'une manière générale de l'inflammation, il la regarde avec Galien comme un afflux de sang , avec chaleur contre nature. Il signale l'utilité des astringens au début de la maladie, des émolliens quand elle est assez grande et avec douleur , et enfin des résolutifs pour éviter Pinduration ( Tetrab. IV , serm. IL, cap. 31, P« 778). Son histoire de l'érysipèle est encore empruntée à Galien ; c’est donc pour lui un flux bilieux plus où moins inflammatoire, suivant que le sang s'y trouve mêlé en plus où moins grande quantité. Les iidications consistent d’abord à pratiquer Ja saignée dans quelques circonstances urgentes, puis à repousser les humeurs qui ont afflué ( répelsdait) et à calmer la sensation de chaleur (réfrigérans). Il faut cesser ce moyen quand on voit la couleur disparaïtre: Si l'on insiste trop long-temps sur les réfrigérans ; la partie malade prend une teinte livide ou noire, et passe à l’état d’induration. Il faut alors passer aux déstrussifs ou résoluufs légèrement excitans. Je: ne reproduirai pas ici fes formules que donne Aétius, et qu’il emprunte à divers auteurs, Andromaque, Ca, etc. (T'etrab. IV, serm. IE, cap. 59, p.804). Dans les phlegmasies viscérales, il con: seille encore l'usage du froid et rapporte à ce sujet une observation assez curieuse de succès obtenu par ce moyen dans un cas fort grave (Tetrab. LE, serm.1, cap. 89, p.230) En parlant des hernies enflammées , il conseille les:scarifications pour dégorger la partie FN (Z'etr. AV, serm. I, C. 34, p. 708).

Paul d'Égine parle de l'inflammation d’après les mêmes principes (Lib. IV, eap. XVII, p. 260), et se montre peu partisan des scarifications , surtaut au début de la maladie, surtout si celle-ci est due à un afflux de sang (Id. ibid. ),. Son chapitre de l’érysipèle est entièrement calqué sur celui d'Aétius, et nerenferme que la doctrine de Galien (Id. ibid. cap. XXI, p.266). Quant aux ventouses scarifiées , il décrit avec beaucoup de soin la manière de les appliquer , et rapporte que de son temps certaines personnes, pour aller plus vite, attachaient trois scalpels ensemble , afin de fâire trois incisions d’un même coup. Paul d'Égine rejette avec raison ce ridicule procédé. Les indications qui réclament les scarifications ne sont pas exposées dans cet article d’ailleurs fort curieux (Chirurg., 4h. VI, cap. XL, p. 9). LE … Avicenne, qui suit toujours Galien ou Paul d'Égine päs à pas, vante encore les réfrigérans, mais après la saignée et la purgation. Dans les inflammations externes et contre l’érysipèle, il a même recours aux affusions froides. Toutefois, si l’on craint la gangrène, il fautcesser immédiatement les astringens et avoir recours à leurs contraires (Lib. IV, fen. 3, tract. 1, cap. 3-4-5 ,t. IL, p. 110 et SUIV.)s, REMOTE SAR CNE

Les auteurs du moyen-âge ne changèrent rien à la pratique de leurs devanciers. Ainsi Bernard de Gordon, dans son fameux Opus lilium medicinæ, reproduit la triple indication posée par Aétius, suivant les trois périodes de

J'inflammation ; mais imbu des doctrines bizarres de la ré-

vulsion et de la dérivation dans les saignées , il conseille la phlébotomie ou les scarifications du côté opposé. Guy de Chauliac et les auteurs suivans ne changérent rien aux dogmes. établis et que nous avons longuement exposés ; mais déjà ils discutèrent les cas dans lesquels on pouvait employer les astringens et la saignée , comme on le voit

dans les annotations de J. Gostans et P. Mongio, aux chapitres d’Avicenne que nous venons d'indiquer. Ces inconvéniens de la répercussion sont vaguement signalés par Pigray, qui regarde certains remèdes légèrement rafraichissans (oxicrat, huile rosat, blanc d'œuf) comme utiles au début de toutes les tumeurs chaudes , parce qu'ils rafraicliissent et apaisent la douleur. Mais il faut, suivant lui, s'abstenir des astrmgens plus actifs, tels que le jus de plantain, la noix de galle, l'écorce de grenadier, toutes les fois que le reflux de la matière pourrait produire quelque incommodité ( Des tum. contre nat., livre I, chap. 2, p. 105). Les premiers sont conseillés par cet auteur dans le phlegmon (Id. ibid., chap. 4, p. 113). Mais dans l’érysipèle il emploie les réfrigérans les plus actifs (Zd. ibid., chap. 11, p. 136). Il ne parle de la saignée que d’une manière générale. L’aversion que professait Van Helmont pour la saignée (Opera omn. promissa. auth. calomn. XL, p.6) n'était pas moindre que sa haine pour le galénisme. Dans l’érysipèle, qu'il regarde comme le produit d’un acide et non de la bile , il vante les savonneux et l’eau de lessive (De febrib. | cap: IX , p. 95, n° 18). Ailleurs, pour démontrer que le principe contraria contraris n'est pas vrai, il dit que lon guérit très bien l’érysipèle, maladie avec ardeur brülante, -par le moyen de l'eau-de-vie (Wat. contrar. nescia, p. 108, n° 39). Ailleurs , enfin, retombant dans ses visions métaphysiques, Van Helmont conseille le sang de lièvre (animal timide) pour calmer la fureur de l’archée qui produit l'érysipèle. Sydenham faisait faire des applications résolutives d’abord, puis excessivement excitantes ( eau-de-vie , clous de me > poivre-long, etc.); mais il commencait toujours par T saignée, et avait ensuite recours aux purgatifs (Méd. pratique, sect. VE, chap. 7, traduct. de Jault, t. I. p. 278).

Dès cette époque, les répercussifs étaient regardés comme I. 23

souvent dangereux. Ces inconvéniens furent surtout signalés dans le siècle suivant, notamment par \ Van- Swieten ; a diverses parties de ses commentaires sur Boerhaave, $ 390, 396, etc.; par Quesnay, dans son traité de la sup puration 1H-09: 73, CN. tune foule d autres, Mais c c ’est à l'époque & actuelle qu'il faut arriver pour voir se. répandre l'usage des évacuations sanguines locales, et des moyens perturbateurs, tels que les caustiques, les vésicatoires, € etc. dont nous avons déjà parlé dans (L histoire des mé icamens topiques.

ru fi 1 4 174 È LR,

Pansemens des abcès.

4 > ENT E à

Ils diffèrent suivant que les abcès sont chauds ,:frôids, circonscrits, diffus ou par migration, et suivant la période à laquelle on les emploie. 1DICES

$ E Phiséhherts des abcès chauds et circonscrits.

Ils succèdent à l'inflammation aiguë, lorsque celle-ci n° a pu se résoudre. On sait que la suppuration $’ annonce par des frissons irréguliers, puis par la douleur, qui est pulsative pendant que le pus se forme et se change en une sensation gravativé quand le pus est produit ; qu 'elle s'annonce encore par un empâtement dans Ja partie malade qui succède à une tension élastique, dure tant que le pus est disséminé dans les aréoles du tissu cellulaire, et est remplacé par de la fluctuation quand le pus est réuni en foyer. Traiter la maladie pendant que l'abcès se forme , ouvrir celui-ci, puis favoriser l'écoulement du liquide et le recollement des parois , telles sont les indications que présente l'affection dont je parle.

DES ABGES. 355

Pendant li première période; lorsque l’inflammation est toujours très intense, il faut continuer les applications émollientes, cataplasmes ou fomentations, continuer même les antiphlogistiques , et particulièrement les saignées locales, parce qu'elles peuvent diminuer l'étendue de, la suppuration en déterminant la résolution des points les moins. enflammés, parce qu'elles dimi inuent Finflammation locale et soulagent le malade. Mais quand la phlegmasie est peu intense, que la suppuration, étant commencée, ne se continue qu'avec lenteur, ik faut, au contraire, exciter le travail inflammatoire dans la tumeur : ou bien alors le pus.sera résorbé par l'excitation produite,et la résolution pourrasuivre; ou bien la suppuratiogaacco: cplira plus rapidement que. si on l’eüt abandonnée à elle-même. Telle est l'indication que lou rempliten appliquant des vésicatoires, des topiques maturatifs, tels que les onguens diachylon.et.styrax, où longuent de la mère; ou bien enfin des $ cataplasmes d’oseille, et d'oignon de lis, sr Ou atenté quelquefois de faire sortir le pus renfermé dans le foyer, sans ouvrir celui-ci, au moyen de L'application de vésicatoires sur la partie enflammée.ellemême et d’un pansemgnt particulier. Cette méthode, proposée par M. Reynaud, de Toulon, ‘est spécialementaffectée au traitement des bubons. Un larg ge vésicatoire est apphiqué sur la tumeur ; l'épiderme mn et emporté comme, nous l'avons Art on panse la surface dénudée avec de la charpie imbibée d'une solution de deutochlorure de mercure (20. grains par once d’ eau), ou , suivant M. Vidal de Cassis, d’une solution de sulfate de # Suivant M. Reynaud , il ne tarde. pas à se former à la surface du YÉsICatoire une multitude d' ulcérations superficielles très petites par lesquelles, le pus semble sourdre goutte à goutte. Cette méthode a été employée à “hôpital des vénériens dans le service de, M. Ricord. « Sur huit malades, chez lesquels

356 PANSEMENS les bubons avaient déjà suppuré , deux ont guéri sans que leurs bubons se soient ouverts, le pus s'étant peu à peu résorhé , et “Ja peau , à la surface du vésicatoire, ayant offert cétte sorte de transpiration purulente signalée par M. Reynaud. Chez les six autres, après des ouvertures spontanées et un grand décollement de la peau amincie , il a fallu en venir à la potasse caustique ou au bistouri (Journ. des Conn. méd. chir., t.1, p. 140). » D'un autre côté , M. Vidal assure en avoir obtenu d’excellens effets (Tr. de Path. ext.,t. 1, p. 250). C’est donc un moyen à expérimenter, | dès ‘L'ouverture des abcès chauds ne se fait presque Jamais par la potasse caustique, mais par l'instrument tranchant: l'action de la potasse sur des tissus vivement enflammés serait très douloureuse , et il faudrait une pusillanimité bien déraisonnable pour préférer les souffrances prolongées de Ja cautérisation à l’action si prompte du bistouri.

L’abcès une fois incisé avec le bistouri ou la lancette , et le- pus écoulé en totalité ou.en partie, à l’aide de pressions ménagées , il. faut empêcher l'ouverture de se refermer. . Pour cela, on introduira entre les lèvres de la plaie, soit seulement “quelques brins de charpie effilée enduits de cérat, soit, si l’ouverture est grande, une mèche de charpie que l’on pousse ou que l’on enfonce daus l’abcès, si le foyer en est profond, pour éviter que l'ouverture ne se réunisse avant le fond de l'abcès, ce qui ne manquerait pas de reproduire la collection purulente. La présence de la charpie dans une plaie y favorise d’ailleurs le développement des bourgeons charnus qui servent de base à la cicatrisation. Au pansement suivant, si les parties incisées étaient épaisses et que les bords ne fussent pas encoré en suppuration , il faudrait continuer l'emploi de la: mèche pendant quelques jours ; mais on peut à la rigucur

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