DES FISTULES. 379 HISTORIQUE DU PANSEMENT DES FISTULES
Le traité des fistules que renferment ies œuvres hippocratiques n’est consacré qu’à la fistule du fondement et au prolapsus du rectum. L'auteur conseille de les traiter, soit au moyen du séton et d'applications caustiques, soit au moyen d’un crin de cheval autour d’un fil de lin, que l’on fait passer par le trajet de la fistule , que l’on ramène par le rectum, et qui, serré chaque jour, finit par couper l’intervalle compris entre l'intestin et le canal fistuleux. Lors. que la section a eu lieu, on saupoudre la plaie de fleurs d’airain et on la remplit avec une éponge enduite de miel que l'on maintient au moven d’une seconde éponge placée extérieurement et d’un bandage. On renouvelle à chaque pansement l'usage de la fleur d’airain , afin de faire fondre les callosités, etc. (De fistulis, t. LV, p. 115 et suiv édit. Haller). Hippocrate parle des fistules en général dans les coaques ( Coacæ prenot., édit. Duret, liv. IL, p. 430); ce qu'ilen dit se borne à fort peu de chose. Il regarde comme
graves celles qui sont situées dans des parties cartilagineuses , qui sont profondes, tortueuses , donnant issue à une matière sanieuse, dont l'ouverture se recouvre de carnosités. Les plus favorables sont celles des parties charnues. Celse consacre un assez long article aux fistules en général, qu'il regarde comme succédant souvent aux abcès silen expose très complétement les différences, note leur abowchement avec des os malades ou des cavités, etc. Quant au traitement de la fistule simple , il faut introduire des espèces de trochisques faits avec l'emplâtre ordinaire qui sert au pansement des plaies et auquel on ajoute du sel, de l'alun, de lécaille d’airain ou toute autre préparation
métallique. On laisse ce trochisque jusqu’à ce qu'il sorte du sang pur. Cela fait, on appliquera sur la fistule le même emplâtre étendu sur un linge, et on Île recouvrira d’une éponge imbibée de vinaigre. On peut ne lever cet appareil que lé cinquième jour. Lorsque la fistule est devenue calleuse (vetustate callosa), i faut recourir à ües substances plus activés et même escarrotiques que Fon: emploie de la même manière. S'il y a plusieurs trajets aboutissant à une seule ouverture, il faut pulvériser les médicamens escarrotiques , en remplir un chalümeau à écrire, placer celui-ci dans lorifice, et au moyen d'une insufflation, chasser le medicament dans toute l'étendue de la fistule, On pourra aussi fäire dissoudre ces matières dans du vin-ou du vinaigre ; suivaut que la suppuration est abondante ou qu'il y a des callosités, et injecter le liquide. Il arrive le plus souvent que Ja membrane (tunica) qui est entre louverture et les parties saines ; détruite par ces préparations, 8e détache et laisse à la place un ulcère de bonñe nature: Alors -on applique des cicatrisans , surtout l'éponge enduite de miel cuit (Lib. V, cap. XXVIIÉ; n. 12, p. 347, t. 1). Celse revient sur le même sujet dans la ‘partie chirurgicale (Lib. VIH, cap. IV, p.225, & Il), etrecommande l'incision quand le trajet esttortueux et profond. Cette opération est très facile quand la fistule est sous-cutanée , il faut pourtant y avoir recour$ même quand elle est perpendiculaire; on doit en mére tenrps emporter les callosités ; ôn panse ensuite avec les cicatrisans: Celse décrit successivement des fistules à la poitrine, dü traitement desquels il bannit les corps gras pour conseiller la charpie sèche ou impregnée, de miel, puis les fistules du ventre qu’il né croit pas incurables comme Sostrate le disait, et qu’il faut traiter par la suture ; et enfin, la fistule à l'anus, qu’il combat par la ligature ou l’incision.
DES FISTULES. 275 Galien. appelle sinus la cavité de l’abcés aussitôt que celui-ciest évacué (de tum. præt. naë. cap. 4); mais lorsque l'affection dure depuis long-temps: et que le recollement n'a pu encore s'en effectuer (de arte curat. ad GL., lib. IE, ©. 8;p. 105), ilconseille, quand on ne peut faire de contreouverture, de placer les parties de manière que le pus s’écoule aisément. Ainsi ila guéri une fistule dont l’orifice était au-dessus du milieu de la cuisse etle fond au près du genou, en plaçant le membre sur un coussin, de manière que le genou füt pius élevé que laine. Il parle aussi des succès qu'il a obtenus, dans les cas de fistules simples, de l'usage des agglutinatifs après des lotions où in jections avec de l'eau de, lessive (id. ibid.) Aétius consacre tout un chapitre sur les fistules à discuter les propriétés siccatives de l'encens , de la farine d'orge ou de fèves, de l’aristoloche, ét pour combattre les. fistules; cet article est fort mauvais et sans utilité pratique {T'etrabill, IP. serm. IL, c. 35, p« 780). Il n’en est pas de méme du chapitre sur la fistule à Panus qu'il emprunte à Léonide; le traitement par l’excision y est très bien décrit ({d. ibid. cap. XI, p- 761). Dans la partie médicale de sés œuvres, Paul d'Egine établit que lorsqu'une fistule n’est pas entretenue par une carie, On peut la guérir sans opération chirurgicale : il con- -seille alors, pour détruire les callosités, plusieurs des pré. parations irritantes et escarrotiques dont nous avons déjà parlé dans nos historiques des médicamens et qu'il emprunte à divers auteurs, tels que Héliodore et Alexandre (Lib. IV, cap. XLIX , p. 289); puis dans la partie chirurgicale, il revient aux fistules avec carie "Foutefois, il donne ia manière d'explorer les trajets en général , et indique, comme un tres bon moyen de déterminer si la fistule est multiple, d’injecter de l'eau dans une des ouvertures extérieures. Le passage du liquide par d’autres ouvertures ré-
vèle les conditions anatomiques de la fistule. Paul d'Égine conseille l'incision et l’arrachément des callosités avec les ongles , ou leur extirpation avec le scalpel ; les indurations que lon n'aura pu emporter seront consumées avec le fer rouge ou des caustiques. Quant à l'os malade, il faut le ruginer, et même réséquer la partie malade, füt-ce une extrémité articulaire d'un os long. Quant à la fistule à l'anus, ce qu'il en dit est extrait des auteurs dont nous avons parlé (Lib. VI, cap. LXXVIT, LXXVIIT , f. 15 verso). | Avicenne distingue bien les fistules récentes de celles qui sont anciennes ; des injections stimulantes d'eau de lessive, d’eau de mer, etc., l'application d’un emplâtre doué des mêmes propriétés suffisent pour la guérison des premières. Mais les fistules invélérées exigent les moyens actifs employés autrefois , et surtout le cautère actuel (Lib. IV, fen. IV. Tract. IT, cap. I et IL ,t. 4, p. 158- 166). Bernard de Gordon insiste surtout sur la nécessité de maintenir une mèche dans le trajet, afin que l’ou- - verture ne se cicatrise pas ‘avant Île fond; cette mèche, enduite de préparations incarnatives , sera diminuée peu à peu jusqu’à entière guérison. Les fistules sordides de mauvaise nature seront traitées par des médicamens fort actifs, dont Bernard donne la liste, et parmi lesquels il cite la chaux vive, le vitriol, l'orpiment, le réalgar, les cantharides , le mercure éteint, etc., etc. (Partie I, cap. XIX, rulr. VIL, p. 75). | Quand la fistule a résisté aux injections stimulantes, Guy de. Ghauliac lincise dans toute son étendue sur une sonde de bois , et cautérise le lendemain , puis il emploie les cicatrisans (Chirurgie, traité IV, dotr. [; chap: V, p. 335). Tagault, pour remplir la première des indications posées par les anciens , de maintenir la fistule ouverte ,
vante surtout l'éponge entortillée de ficelle; il fait résoudre les callosités au moyen de substances actives | Chirurgie, liv. III, ch. XVUT, p. 591).
Paré ne donne rien de bien neuf sur les fistules ; il regarde les callosités comme s’opposant à la cicatrisation , et veut-qu' on les détruise au moyen d'injections caustiques ÿ à moins que le voisinage d'organes importans ne s’y oppose (Liv. XIIT , chap. 22, p. 5o4). Fabrice d’Aquapendente a guéri au moyen du séton passé dans la plaie une fistule rebelle du thorax (Deuxième part. opérat. de chir. ch. 47, p- 653). Nous ne pourrions que répéter ce que nous venons de dire si nous exposions les procédés des auteurs qui suivirent. Pigray , Verduc, Dionis, etce., reproduisent les mêmes doctrines. Il faut arriver jusqu'à Pott pour voir apprécier à sa juste valeur le rôle que jouent les callosités dans les fistules : il les regarde comme une suite de l’inflammation et blâme l'usage des irritans, et à plus forte raison , de l’excision (OEuvre chir. t. IL, tr. de la fistule à l'anus). Dans ces derniers temps plusieurs chirurgiens se sont attribué l’idée d’empioyer les émolliens pour détruire les callosités. Cette pratique était suivie depuis fort longtemps à la Charité, et Boyer a exposé tout au long cette méthode dans son grand ouvrage.