‹ Traité des bandages, des pansemens et de leurs appareils (volume 2)Chapitre 84 sur 111 · DE LA DILATATION ET DE LA CAUTÉRISATION RÉUNIES · texte numérisé non relu

DE LA DILATATION ET DE LA CAUTÉRISATION RÉUNIES

Cette opération peut très bien se rattacher aux opérations de pansement , parce qu’on la répète plusieurs fois pour la guérison de la même maladie , absolument comme la cautérisation qu'on pratique dans les- pansemens des plaies et des ulcères. |

Indications. Cette opération n’est spécialement indiquée que lorsque l’urètre est traversé par une bride. rétréci par un relief très saillant dans sa cavité, et très résistant, par suite de sa nature fibreuse ou fibro-cartilagineuse. Enfin , elle est surtout indiquée lorsque la dilatation a échoué, ou que dilatée en partie la stricture ne se dilate plus; mais il faut en même temps que le rétrécissement puisse recevoir le porte-caustique dont je parlerai tout à l'heure, et être cautérisé de dedans en dehors.Cependant on à quelquefois dilaté, agrandi, ou rouvert le canal entièrement fermé en le cautérisant d'avant en arrière. Il est vrai que c’est une opération moins rationnelle , si le canal n’est que rétréciet non oblitéré. Néanmoins, non-seulement Hunter, E, Home, mais encore les cautérisateurs modernes et

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moi-même avons cautérisé d'avant en arrière avec succès dans quelques cas. Enfin, il conviendrait pour recourir à la cautérisation, qu’on sache à quelle profondeur le rétrécissement est placé dans l’urètre, quelle est sa situation relativement à l'axe de ce canal, et quelle est son étendue en longueur. | J'ai exposé au commencement de cet article les moyens à l’aide desquels on peut obtenir des renseignemens sur ces caractères; j'ai fait observer que ces renseignemens sont loin d’être aussi sûrs et aussi précis que l'ont avancé les inventeurs des différens modes d’exploration de l'urètre connus aujourd’hui. Néanmoins il ne faut pas croire que ces incertitudes empêchent absolument le chirurgien d’arriver à la guérison des rétrécissemens de l’urètre, par la cautérisation. Ce serait une erreur; l'expérience prouve qu'avec de demi-lumières, ou même de fausses notions sur les caractères de rétrécissemens, on en guérit qui ont résisté aux autres méthodes. L'expérience a même prouvé que l’on peut combattre ces affections avec succès, en se bornant, comme on le faisait en Angleterre avant les inventions de Ducamp, à cautériser l’urètre à l'endroit même où une bougie armée de caustique se trouve arrêtée par un rétrécissement. Tant il est vrai qu'un diagnostic précis n’est pas toujours indispensable et nécessaire dans la guérison des maladies, et que les procédés les mieux raisonnés ne sont pas infaillibles ! Cela tient à ce que la cautérisation telle qu'on la pratique n’agit pas seulement en détruisant, mais encore en modifiant la vitalité de l'urètre. Aussi son action est diflicile à calculer ; il en résulte à mesyeux que dans les cas où il y a incertitude sur les caractères des rétrécissemens , la cautérisation ne peut être qu'une méthode exceptionnelle destinée à suppléer la dilatation impuissante. Supposant d’ailleurs acquises toutes les notions

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désirables sur le siége , la longueur, la forme , la nature et le nombre des rétrécissemens, voyons comment on opérera ensuite,

Instrumens de cautérisation. Quoiqu’on les désigne sous des noms variés, ce sont tous des porte-caustiques ou des canules à cautériser, qu’on a quelquefois improprement désignés sous le nom de sonde à cautériser.

Le porte-caustique de Ducamp est une canule con=. ductrice de gomme élastique graduée, terminée à son extrémité interne par une douille de platine. Elle renferme une bougie de gomme élastique armée à son extrémité d’un cylindre de platine creusé latéralement d’unerainure. Il en résulte une petite cuvette que l'on charge de nitrate d'argent, en poudre grossière, pour le faire fondre en l’exposant doucement à la flamme d’une bougie (Ducamp, p. 189). On s'en sertenintroduisant dans l’urètre l'instrument graissé et fermé ; on le pousse jusque contre le rétrécissement. On reconnait qu'il ÿ est parvenu par la profondeur à laquelle a pénétré l'instrument et par la résistance que l’on rencontre. On pousse alors en avant la bougie toute seule, et avec elle le cylindre de platine chargé de caustique. Si le rétrécissement est central, on fait tourner doucement l'instrament sur son axe, de manière à cautériser toute la surface du détroit et la stricture de dedans en dehors, principe dont on doit s’écarter le moins possible.

Ducamp veut que si le bourrelet à détruire est en haut, on dirige le caustique en haut, et d’un autre côté s’il existe d'un autre côté ; c’est en effet ce qu'il faudrait faire si l’on avait des notions certaines sur la forme du rétrécissement ou sur le côté où il est situé. Au bout d’une minute on retire la bougie, et le caustique caché dans sa canule, on retire l'instrument de l’urètre sans cautériser les partes du canal antérieures au rétrécissement. Pour obte-

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nir une cicatrice aussi large que le can:1, Ducamp, après avoir cau'érisé l’urètre, le dilatait momentanément avec un dilatateur à air et ses bougies à ventre (P. XX, F. 1x). Ces instruments sont abandonnés, surtout le premier. Pour ne pas distendre en même temps et inutilement l’orifice de l'urètre , on peut remplacer les bougies à ventre par des bougies coniques que l’on introduit dans le rétrécissement,

par le gros bout un peu arrondi en cône. C'est un moyen

que j'ai employé avec succès.

Quelqu’ingénieux que soit le porte-caustique de Ducamp, M. Lallemand lui a adressé de nombreux reproches (ouv. cité, p. 190); iléstun peu compliqué ; sa bougie est faible, sa cuvette s’altère et se brise bientôt ; quand l'ouverture de la stricture est étroite ou latérale, la cuvette à caustique pénètre difficilement, et pendant qu’on cherche au hasard à la faire entrer, les fluides de l’urètre pénètrent dans la canule

et dissolvent le nitrate d'argent au devant du rétrécissement.

Ducampne croyait pas pouvoir faire de fausse route avec son porte-caustique. L'observation n° 30 de M.Lallemand prouve le contraire. Le porte-caustique de Ducamp ne pouvait détruire les rétrécissemens multiples que l’un après l’autre. Enfin M. Lallemand lui reproche encore de ne pouvoir plus cautériser d’une manière efficace ni une stricture du calibre des sondes, n° 10 (p: 199), ni un rétrécissement sous-pubien; aussi a-t-il proposé de le remplacer par la sonde à cautériser qui est droite ou courbe.

Elle se compose, 1° d’un tube de platine, ouvert à ses deux extrémités , destiné à protéger le nitrate d'argent ; 2° d’un mandrin de même métal, de sept lignes plus long que la sonde, portant le caustique à son extrémité interne, et bouchant l'ouverture inférieure par un renflement terminal ; 3° d'un écrou vissé à l'extrémité externe du mandrin et pouvant être plus ou moins prè: du pavillon de la

sonde, ce qui raccourcit d'autant le mandrin et la rainure qu'occupe le caustique ; 4° d’un curseur avec sa vis de pression pour marquer la profondeur à laquelle pénètre l'instrument (Lallemand, p. 212). Pour s’en servirl’auteur lute avec de la cire la rainure qui peut rester entre l'extrémité olivaire du mandrin et l'ouverture dela canule, et fixe le curseur sur sa sonde, à six lignes plus haut que lamesure de la profondeur à laquelle existe le rétrécissement exploré et reconnu.Ïlenduit instrument decérat, et l’introduitcomme un stylet ordinaire, en explorant les rétrécissemens où il pénètre, jusqu’à ce que le curseur soit en contact avec le gland. Pensant alors que le nitrate d'argent est de six lignes dans Île rétrécissement , il fait remonter la canule jusqu’à l'écrou sans remonter le mandrin. Le caustique, à sec jusqu'à ce moment, se dissout alors dans les humidités de l'urètre , tandis que l'opérateur fait tourner la sonde et le mandrin pour cautériser toute la surface du rétrécissement.

Si après la chute des escarres le rétrécissement peut recevoir une sonde n° », il l’y place, et dès qu’il peut en faire passer une du n° 3 ou 4, il le fait aussitôt. Si au delà du premier rétrécissement, elle s'arrête et revient déformée à son extrémité, il en conclut qu'il-y a un second rétrécissement, et comme il en a marqué la profondeur sur la bouaie, ilen prend une plus petite qu'ilenduitde cire, et cherche à l'engager dans le second rétrécissement. Sil réussit, elle rapporte après quelques mihutes une dépression ; pre-

nant alors sa sonde à cautériser, il fixe son curseur à la

hauteur convenable , introduit l'instrument et cautérise le second cnmme le premier rétrécissement, et dans une longueur proportionnée à celledel’impressionfaite sur la bougie emplastique. Après il cautérise le premier à son tour, s’il le juge convenable.

Le second rétrécissement suffisammentdilaté,ilrecherche de la même manière qu’il l’a fait déjà s’il y a un 3° rétrécissement pour le combattre comme les précédens, les traiter tous en même temps, si rien ne s’y oppose, et accélérer la guérison, Mais si l'un des rétrécissemens est placé sous le pubis, à l'aide d’une sonde courbe il cautérise avec les mêmes précautions la moitié supérieure du rétrécissement, au moyen d'un mandrin portant le nitrate d'argent sur sa concavité; puis le lendemain ou après la chute des escarres il cautérise la moitié inférieure du même rétrécissement à l’aide d’un mandrin portent le nitrate d'argent sur sa convexité. Si le mal était à droite ou à gauche, dit M. Lallemand , on concçoit que la coche du mandrin devrait être dans ce sens. Dans tous les cas il est toujours facile d'atteindre chaque fois la circonférence du rétrécissement en imprimant à la sonde un léger mouvement de droite à gauche.

M. Ségalas ajoute à la sonde à cautériser de M. Lallemand la canule conductrice de gomme élastique de Ducamp, de manière que son instrument participe des deux instruments de ses prédécesseurs et s'emploie de la même manière à peu près. Le porte-caustique de M. Pasquier diffère au contraire fort peu de celui de Ducamp. Il se compose d’une canule conductrice en gomme élastique , d'une tige PAR caustique elle-même composée à son extrémité supérieure : 1° d’un pavillon avec sa tige carrée en platine; 2° d'une bougie de gomme élastique dans son corps ; 3° d’une vis en platine à l'extrémité inférieure ; 4° d’une cuvette cylindrique de même métal, creusée pour recevoir le caustique. |

M. Pasquier a des porte-caustiques de volume très varié; ses plus petits conducteurs ont une ligne et demie, et 14 “plus gros trois lignes ; les cuvettes ont depuis le volume

ba> PANSEMENS d’une grosse épingle jusqu’à une ligne et demie de diamètre. Leur longueur varie aussi d’une ligne et demie à dixhuit lignes. L'instrument est gradué. Il porte du côté des chiffres, à l'extrémité supérieure du conducteur, une vis de pression pour fixer la tige porte-caustique. M. Pasquier explore l’urètre avec des bougies en cire d’une finesse proportionnée au rétrécissement, et il juge de la longueur, de la profondeur et du nombre des rétrécissemens par les empreintes qu'ils laissent ; mais comme il marque le niveau du gland et la profondeur des rétrécissemens. en tirant légèrementsur la verge (p. 5r, thèse de M. Racine en 1830), il en résulte qu'il ne peut pas apprécier exactement la profondeur et la longueur des rétrécissemens: i, Pour se servir de l'instrument on fixe la tige dans le conducteur, la rainure de la cuvette tournée vers une des faces de la tige carrée ; on l'introduit dans l'urètre, le caustique tourné en bas, du côté où les rétrécissemens de l'urètre commencent à se former etsont le plus épais, suivant M. Pasquier, tandis que les chiffres de la graduation sont tournés en haut.Aussitôt que ce chirurgien éprouve de la résistance, si l'obstacle correspond à peu près à la profondeur soupconnée du rétrécissement, il s'arrête. Il n’attache que.peu d’importance aux mesures, parce qu'il reconnait qu’elles sont presque toujours trompeuses (p. 5). [a traction exercée sur le pénis pendant qu'on marque la profondeur des bougies produit en partie ce résultat. Aussi, suivant M. Racine et probablement suivant M. Pasquier, sous l'inspiration duquel il parait avoir écrit, il ne faut se servir des mesures prises que pour confirmer la justesse de ses sensations (p- 55). Arrêté par le rétrécissement, le chirurgien fiche la vis de pression et pousse la cuvette du porte-caustique dans le détroit, la laisse un instant immobile, puis la faii tourner Sur son axe pour cautériser à la circonférence intérieure

de la stricture. Ou jé m’abuse beaucoup, ou M. Pasquier cautérise généralement au hasard et atteint des parties saines de l’urètre aussi bien que des parties malades. Voilà une première remarque. |

Quand tout le nitrate est dissous, dit M. Racine, ce qui exige de 15 secondes à une minute, M. Pasquier retire d’abord la tige porte-caustique qui attire, suivant Jui, dans le conducteur, comme le ferait un piston , le nitrate d'argent dissous ; pour l'empêcher de retomber dans l’urètre, il ferme l'ouverture extérieure du conducteur, et d’ailleurs le retire de haut en bas. Si la cuvette au contraire ne peut pas pénétrer facilement dans le détroit, il remet l’opération.

Au bout de trois où quatre jours le chirurgien reprend une nouvelle empreinte avec la bougie en cire , et il cautérise comme la première fois. Mais comme la bougie produit de la douleur, le chirurgien qui a de l'habitude et de l'expérience cautérise deux et trois fois sans prendre de nouvelles empreintes (p. 59) : il est clair qu'en cautérisant, comme je viens de le raconter d’après M. Racine, M. Pas quier cautérise dans le cas dont il vient d'être question tout-à-fait en aveugle. Cette deuxième remarque est indispensable pour juger la cautérisation. Lorsque le rétrécissement.est détruit, dit encore M. Racine, c’est-à-dire lorsque des bougies d’un diamètre presque égal au méat urinaire ne rapportent pas d'empreinte, on introduit tous les jours une bougie courbe en gomme élastique qu’on laisse une demi-heure, et l’on continue jusqu’à ce que les bougies soient assez volumineuses pour remplir le méat urinaire , ce qui dure ordinairement dix jours; alors le traitement est terminé. Il suffit d'introduire le premier mois deux bougies dans l’urètre, et une seule pendant les six mois suivants (7'hèse de M. Racine, p. 58).

* Quand lesrétrécissemens se succèdentde manière à for-

mer un chapelet, on les cautérise d’un coup ; quand ils sont séparés, on les cautérise tous le même jour, en commençant par celui qui est le plus voisin de la vessie. M. Racine ne donnant pas plus de détails, je ne puis être plus clair. Lorsque les rétrécissemens sont tous détruits , ajoutet-il : dilatation générale ( p. 59).

Il est rare, dit-il encore, qu’il faille employer le caustique plus de trois fois, et quand les chirurgiens cautérisent jusqu’à quarante bois c'est qu'ils mettent le remède à côté du mal (p. 59).

Mais il y a bien loin de trois fois à quarante! Et si l’on ne met le remède à côté du mal que lorsqu'on cautérise jusqu’à quarante fois, comment donc font ceux qui cautérisent dix, quinze, vingt, vingt-cinq, trente fois ? Mettent-ils, oui, ou non, à côté ? Je l'avoue, de semblables assertions me paraissent bien vagues, et je ne puis leur accorder ma confiance. Si d’ailleurs la cautérisation est une opération si dificile que le commun des chirurgiens ne puisse la pratiquer, c’est un grand inconvénient et un vice de cette méthode. Que conelure de tout ceci? Que si la cautérisation pratiquée au hasard, les malades guérissent, il ya bien de l'obscurité sur cette matière, et que la cautérisation n’a besoin ni de tant de règles vaniteuses, ni de tant d'instrumens aveugles et imparlaits , jar &r les prétentions des inventeurs.

M. Amussat a aussi son porte-caustique particulier ; il en a même deux, un droit etun courbe. Le droit se compose d’une canule d'argent et d’un mandrin. L’extrémité interne en est renflée d’un côté ; l’autre extrémité porte une boite à cuir qui complique l'instrument et qui offre des points de rapport ou de repaire. Le mandrin présente à son extrémité interne une lentille qui lui est soudée perpendiculairement par sa circonférence , en sorte qu'elle

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déborde le mandrin d’un côté. Cette partie saillante de la lentille quand l'instrument est fermé répond au côté rempli de la canule et en couvre exactement l'extrémité et l'ouverture. La même extrémité interne du mandrin porte une rainure ou cuvette à caustique en decà de la lentille ; son extrémité opposée porte une vis qui répond au côté ouvert de la cuvette à caustique. Pour s’en servir, on l'introduit au-delà du rétrécissement, et alors, faisant tourner le mandrin, la partie saillante de la lentille, cessant de correspondre au renflement latéral du bout de Ja canule, la déborde et fait une saillie à angle droit; si l'on retire doucement l'instrument, ilaccroche le rétrécissementavecla lentille et s'arrête ; alors on tire à soi la canule, et le caustique, mis à découvert, agit sur la stricture.Comme la vis ou le mandrin indique le côté ouvert de la cuvette, on peut le diriger à volonté ( Lecons de M. Amussat par Petit, 1832, p. 153).

Le porte-caustique courbe destiné à cautériser les rétrécissemens sous-pubiens est construit et employé comme le précédent, dont il ne diffère que parsa courbe très étendue.

En voilà bien assez, jé pense, sur toutes ces modifications d'instrumens , et de la cautérisation urétrale : on se lasse même des meilleures choses ! Si la cautérisation brille par quelque côté , ce n’est ni par la simplicité de son arsenal, ni par la simplicité de ses manœuvres. On dirait en vérité que nos honorables confrères, messieurs les chirurgiens spéciaux, rougiraient de n'avoir pas chacun leur petit appareil, et chacun leurs petits procédés, et que les derniers arrivans prennent à tâche de détruire ce qui a été proposé par leurs devanciers, en sorte que le dernier venu est toujours celui qui a raison. V’anitas vanitatum! Sans nier qu'il en résulte un certain perfectionnement de lart, le plus grand perfectionnement qui m'apparaisse, je demande

la permission de le dire, c’est celui de faire mieux valoir aux yeux des malades les soins qu'on leur donne, et par suite...; mais J'abandonne les conséquences à la sagacité du lecteur. 12) 16

JF ÿets de la cautérisation. Que la douleur qui cause la cautérisation soit ou ne soit pas due à l'action du caustique sur la membrane muqueuse saine de l'urètre, et non à son action sur la membrane intérieure du rétrécissement, toujours est-il que si parfois le malade ne sent pas ou sent à peine la cautérisation , il est d’autres cas où il en éprouve de vives douleurs. Il faut se défier un peu de ce que disent les cautériseurs à cet égard. Néanmoins dès le jour même, quand il n'y a qu'un rétrécissement, le malade peut uriner sans douleur, parce que l'urine passe par des surfaces escarrifiées et nécessairement insensibles ; le surlendemain l’escarre se détache, et le malade urine par un jet beaucoup plus gros. Si une escarre en partie détachée ferme momentanément le canal, une bougie introduite dans l’urètre la ramène fréquemment au dehors ; à mesure qu'on répète les cautérisations, de nouvelles escarres se détachent et le canal devient plus libre et plus large. Cette succession d’escarres ne permet pas de dire avec M. Velpeau que le caustique n’agit que sur la vitalité de la membrane muqueuse de l’urètre ( Médecine opératoire, t:2, p. 957).

Rarement ilse manifeste un écoulement après la cautérisation. Ducamp a avancé qu'il ne pouvait survenir ni hémorragie, ni récidive, et qu’on ne pouvait produire de fausse route en cautérisant comme il le faisait. Ce sont là autant d’assertions inexactes dont l'expérience a bien démontré la vanité.

Quelquefois même au contraire la cautérisation cause des rétrécissemens plus considérables et beaucoup moins

DES RÉTRÉCISSEMENS DE L'URÈTRE. 527 dilatables qu'auparavant ; dans certains cas, même, le tissu cicatriciel qui a succédé à la cautérisation jouit des propriétés rétractiles que ce tissu présente à un si haut degré dans les brides des brülures qui ont entamé l'épaisseur du derme ou détruit la peau. J'ai vu des malades qui'ont été traités par Ducamp et par d’autres cautérisateurs non moins habiles, pris de rétrécissemens plus graves que les premiers. Je me rappelle toujours en avoir vu un chez M. Verdier. Il ne pouvait trouver de bougie assez fine pour son rétrécissement, bien qu'on lui en offrit d’une petitesse extrême. Il présentait pour modèle celle qu'il employait et qui était d’une extraordinaire ténuité : ce malade avait été traité par Ducamp lui-même. :

La cautérisation mal exécutée peut non-seulement occasionner de fausses routes et des hémorragies comme les sondes et les bougies ; mais, pratiquée même par des gens habiles, être la source d’accidens graves.

Des injections forcees et de la dilatation par les sondes - et Les bougies.

Usages. M. Amussat a imaginé, dans ces derniers temps, en 1824, de préconiser les injections forcées dans l’urètre et la vessie, pour combattre les rétentions d’urine complètes et les rétrécissemens, sans craindre d’aggraver le mal en ajoutantune certaine quantité d’eau à la quantité d'urine qui distend la vessie. Ila été conduit à l'invention de ce moyen parce que, suivant lui, l’urètre n’est jamais entièrement oblitéré, et que la rétention complète est presque toujours occasionnée par un bouchon de mucosités. Si donc on y pousse une injection, elle repousse le bouchon, en le ramollissant et le délayant , et l'urètre est rouvert au tours des urines (Lecons du docteur Amussat, par Petit,

p.60 à 70). Mais pourquoi donc, alors, les urines du malade ne délayent-elles pas le bouchon de mucosité ? Et puisque son existence n'est pas constante , comment distinguer le cas où, le bouchon existant, les injections sont indiquées ?

De la pratique des injections. Le malade assis sur le bord de son lit, M. Amussat introduit dans l’urètre une canule de gomme élastique d’un petit diamètre jusqu'au rétrécissement ; il y adapte une seringue en gomme élastique remplie d’eau tiède, purgée d'air, et dont le syphon a une ouverture presque capillaire ; d’une main il serre fortement l’urètre sur la sonde, tandis que de l'autre il injecte le liquide de la seringue dans l'urètre, et <elui-c1 désobstrue le rétrécissement ( p. 71 ). La résistance qu'oppose l'obstacle, dit M. Amussat, est quelquefois si grande que Ja force d’une main ne suffisant pas, le chirurgien est obligé de placer la main qui presse la seringue entre les deux genoux pour la comprimer plus fortement et par saccades.

Effets des injections. Presque aussitôt que le fluide a franchi l'obstacle, dit l’auteur, l'urine coule goutte à goutte (p. 71). Mais ne serait-ce pas plutôt le fluide : Injecté qui, ne pouvant franchir la stricture urétrale, revient sur ses pas malgré la pression des doigts? C'est du moins ce que je crois avoir observé dans quelques cas de rétention complète, où } ai tenté sans succès les injections forcées, où je serrais le pénis autour de la canule j jusqu'à causer au malade une douleur insupportable, mais où je n'avais, ilest vrai, qu'une seringue d'étain. Je crois même qu'il n'en faut jamais d'autre , ét je ne puis deviner pourquoi M. Amussat se sert d’une seringue de caoutchouc.

L’injection faite, on retire la sonde , et, pour peu que l'individu ait de force, l'urine ne tarde pas à couler par un

peut jet ( p. 72 ).

Il peut arriver, surtout chez les visiilards , qu'une première injection ne-réussisse pas; il faut alors en pratiquer une seconde, et même plusieurs autres si cela est nécessaire (p. 72). 1

Quand, après la cessation de la rétention, on fait usage des injections comme moyen dilatant, on doit les pratiquer avec ménagement; elles déterminent chez les sujets nerveux et irritables une: disposition fébrile que l'on fait promptement céder par quelques bains et l'application de sangsues au périnée ( Lecons de M. Amussat, p: 92).

Le lecteur doit remarquer, par cet aveu, que cette méthode n’est pas si bénigne dans son emploi qu'on l'aurait imaginé au premier abord.

Néanmoins, M. Amussat assure qu’elle suffit pour permettre l'évacuation de l’urine, rendre le cathétérisme plus facile et prévenir la ponction de la vessie, opération toujours très grave et quelquefois mortelle (Op. citat., p. 72 à 74): Nous verrons plus bas que ce dernier jugement n’est pas exact.

M.'Amussat fait citer par M. Petit cinq observations de l'emploi des injections forcées dans des cas où , soit lui, soit d'autres chirurgiens n'avaient pu pénétrer dans la vessie avec des sondes ou des bougies, et où la guérison des rétrécissemens n'avait pu étre obtenue par ces moyens. Mais d’autres chirurgiens n’auraient-ils pas été plus heureux ? D'ailleurs, cinq cas de succès, c'est bien peu de chose pour juger la valeur d’une méthode opératoire particulière ; c'est surtout bien peu quand on en fait un fréquent usage. Ces faits, je l'avoue, ne me donnent pas une bien haute idée de la puissance des injections forcées ; et les chirurgiens, en général, ne me paraissent pas er avoir une meilleure opinion.

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