DE LA DILATATION AIDÉE PAR LA SCARIFICATION
Dorner, au rapport de Sæmmering, avait conseillé d'inciser les rétrécissemens au moyen d’une lancette cachée dans une sonde. Dorsey rapporte que Physik a imaginé deux urétrotomes; l’un droit, l'autre courbe, qui sont composés chacun d’une canule et d’ün mandrin portant à son extrémité une petite lame tranchante. On doit aussi à M. Ashmead un bistouri caché, dont la gaine est boutonnée, et dont la lame ne coupe que dans l'étendue de six à huit lignes. Mais c’est surtout notre confrère , M. Amussat, qui a multiplié Les instrumens de ce genre. Il n’en avait pas inventé moins de trois en 1832, et peut-être qu'aujourd’hui sa fécondité en compte un plus grand nombre encore.
Le premier de ces scarificateurs est une canule dont l'extrémité interne conique présente huit petites crêtes tranchantes et rayonnantes. On l'introduit dans les rétrécissemens qui peuvent recevoir le mandrin de l'instrument , et par-dessus ce mandrin préliminairement engagé dans le rétrécissement, Pour protéger l'urètre contre le tranchant des lames rayonnantes de l'instrument , on remplit de suif leur intervalle, et on l'introduit en faisant tourner la canule sur son mandrin. REX
Son second séarificateur est son coupe-bride. Il est fait comme sa sonde exploratrice décrite plus haut. Avec cet instrument il saisit la saillie du rétrécissement entre la léntille terminale du mandrin et l'extrémité de la canule qui est tranchante circulairement.
Le troisième se compose aussi d’une canule et d'un mandrin. L'extrémité antérieure ou interne de la canule présente sur un de ses côtés une fente de cinq à six lines, et sur l'autre une entaille d'un quart de ligne de profon-
DES RÉTRECISSEMENS DE L'URETRE, 53x deur ; le mandrin présente à son extrémité interne, et sur un de ses côtés, une demi-lentille destinée à se loger dans l’entaille ou la troncature de la canule ; sur l’autre côté règne une petite lame tranchante. On introduit l'instrument fermé , la lame du mandrin cachée. Quand on a trouvé le rétrécissement, à l’aide de la lentille du mandrin, on imprime un demi-mouvement de rotation au mandrin, pour tourner la lame sur le rétrécissement accroché par la lentille, et on le divise en pressant sur l’obstacle (p. 141 à 151).
M. Amussat, après avoir scarifié un rétrécissement , le dilate au moyen de sondes ou de bougies, et même le cautérise dans certains cas. Il dit en avoir retiré des fruits , et, suivant lui, les avantages particuliers de la scarification c'est de dilater plus promptement le canal qu'aucune autre méthode , de ne jamais produire de rétention d'urine comme la cautérisation , et enfin de ne point produire de fausses routes (Lecons orales de M. Amussat, par Petit, p. 152). | |
M. Düieffenbach a proposé de n’inciser les rétrécissemens qu'après en avoir pris l'empreinte. Et, pour pratiquer cette incision , il introduit dans l’urètre , et jusqu’à l’obstacle, une canule de gomme élastique graduée, et puis il glisse dans celle-ci un cylindre d'argent qu'il pousse Jusque dans le rétrécissement. Ce cylindre présente plusieurs ouvertures à sa circonférence , comme les meurtrières qu’on voit aux tours des anciens châteaux forts. Par ces ouvertures s'échappent à volonté des lames qui divisent lé rétrécissement, lorsqu'on ramène l’instrument au dehors pour
le retirer. Cet instrument est préférable aux scarificateurs décrits plus haut.
b3% PANSEMENS De la ponction de La vessie.
La ponction de la vessie consiste à plonger dans la vessie un trois-quarts, à retirer le poincon de sa canule, en laissant celle-ci dans la vessie , afin que l'urine puisse librement s’écouler au dehors. Ces prémières manœuvres constituent une opération véritable; mais les suivantes appartiennent aux pansemens : fil né décrirai-je que celles qui sont consécutives à la ponction.
Je dois dire cependant que la ponction se pratique dans trois lieux très différens : par-dessus les pubis , par le rectum et par le périnée, et qu'il faut toujours, à moins de contre-indication particulière, évidente et positive, préférer la ponction hypogastrique ou sus-pubienneaux deux autres,
La ponction faitesur la ligne médiane avec un trois-quarts droit et mieux courbé en arc, à un travers dedoigtau-dessus de lasymphyse du pubis, le trois-quarts retiré de sa canule, j'évacue l'urine , et ensuite quarante-huit heures après ou immédiatement, je glisse dans ce tube un mandrin qui a le double de longueur, qui a la même direction, et qui le rem plit exactement. Je le glisse jusqu’à ce qu'une marque linéaire , faite sur la convexité de l'instrument, m'annonce qu'il est parvenu dans la vessie. Alors je retire la canule d'argent le long du mandrin, que je pousse et que je laisse dans la poche urinaire: Cette canule retirée, j'en glisse, en sens inverse sur le mandrin, une de gomme élastique dont le bord, à l'extrémité interne, est aussi mince que possible, afin qu’elle parvienne plus aisément dans la vessie. : Lorsqu'elle y est arrivée, je retire le mandrin qui lui a servi de conducteur, tandis que je continue à l’enfoncer dans la cavité vésicale, ou que je l'y tiens enfoncée pour qu'elle n’en ressorte pas, ce qui serait un accident grave.
En effet , si la cânule venait à s’échapper de l'ouverture faite au réservoir de l’urine , il serait propablement impossible de l'y faire rentrer; l'urine, bientôt accumulée de nouveau dans la vessie , regorgerait par l'ouverture de la ponction däns le tissu cellulaire, y causerail une gangrène, une péritonite mortelles, où du moins fort graves.
La possibilité d’un pareil accident doit engager tout chirurgien peu habitué à de semblables opérations à ne changer la canule métallique pour une canule de gomme élastique, que vingt-quatre ou quarante-huit heures après l'opération. Cette précaution est importante, surtout s'il n'a d'autre canule que celle qu'il aura faite avec une sonde de gomme élastique, en en coupant l'extrémité, parce que le bord de cetie extrémité sera toujours trop épais, trop mou, et passera difficilement jusque dans la vessie.
Au bout de vingt-quatre, etsurtout de quarante-huit heures, le tissu cellulaire traversé par la canule du troisquarts est enflammé et imperméable à l'urine. Si la canule était retirée. l’urine s’écoulerait donc au dehors sans s’infiltrer par le tissu cellulaire. |
La ponction sus-pubienne n’est Ré une opération dangereuse. Elle l’est certainement moins que le cathétérisme forcé , au moyen de la sonde conique, dans les rétrécissemens extrêmes de l’urètre, et par conséquent doit lui étre préférée. Je lai déjà pratiquée quatre fois, et j'ai pu en apprécier les effets. Dans le premier cas, je la fis sur un boucher de Vaugirard, pour une rétention complète, d'environ six jours de durée. Je fus appelé trop tard. Le malade était en proie à une fièvre urineuse très intense; il avait le bas-ventre très sensible, et le délire. Ne pouvant pénétrer dans la vessie par lPurètre, Je pratiquai la ponction sus-pubienne, et J'évacuai une urine très rouge, très ammontacale et très fétide.Le patient fut soulagé; l'opération
n'aggrava point les symptômes , ils diminuèrent même ; le bas- ventre perdit de sa sensibilité, le délire et la fièvre s’apaisèrent ; mais le malade ne mourut pas moins, au bout de deux jours, des suites de sa rétention. |
Dans les trois autres cas, je pratiquai la ponction pour des rétentions d'urine moins avancées, mais où il était néanmoins urgent de soulager les malades. Ils ont guéri tous les trois, sans que l'opération ait donné lieu au moindre accident. Je ne rapporterai que celle du dernier, parce qu'elle est très intéressante sous plus d’un rapport, et particulièrement sous celui des pansemens. | Contusion grave du périnée, rétention complète d'urine,
cathetérisme impossible , ponction de la vessie, abcès,
fistule urétro-périnéale, cathétérisme par la fistule,
guérison, 5 D- %e
Geoffroï, d’une constitution faible ou peu robuste, âgé de 35 ans, employé de l'octroi, visitant, le 5 juin 1835 , des malles sur le haut d’une diligence, tombe à cheval sur l’une des roues, et de là sur le pavé : douleur atroce au périnée, au moment de l'accident, puis gonflement énorme de cétte région et du scrolum ; trente sangsues et un cataplasme sont prescrits par les médecins appelés d’abord ; le G, rétention d'urine, éssai de cathétérisme sans succès.
Le 7 juin, le malade est apporté à l'hôpital St.-Louis, dans mon service. 1l a la face pâle et profondément 'altérée; il ÿ a suppression depuis trois jours des selles et des urines, ascension de la vessie jusqu'à un pouce de l’ombilie, et besoin très vif d’uriner. J'essaye sans succès, à mon tour, le cathétérisme avec des bougies emplastiques , des sondes de gomme élastique armées d’un mandrin et une sonde d'argent ; mais je n’ose employer la sonde conique,
parce qu’il existe une fausse route, que l’urètre est contus, ramolli , et que je préfère la ponction sus-pubienne. Je la pratique donc aussitôt, Ecoulement de deux livres d'urine ammoniacale, rouge et fétide ; soulagement considérable et instantané ; cessation prompte des hoquets, des nausées et des vents qui tourmentaient le malade auparavant. La canule est fixée à un bandage de corps. (Décoction de graine de lin, diète absolue, bains, cataplasme au périnée.).
8 juin : Testicules et scrotum toujours fort douloureux. (40 sangsues au périnée, et, d’ailleurs, même traitement que la veille.) 9 juin : Pas de sommeil pendant la nuit, face très altérée, pas d'évacuation alvine, pouls faible et petit, plaie hypogastrique douloureuse et enflammée, bas-ventre très douloureux à la pression, avec coloration jaune de la peau jusqu'à lombilic, par une ecchymose qui teint la peau en violet, aux aines, et en noir au scrotum, au périnée et aux ‘ fesses. La douleur et cette ecchymose annoncent la vaste étendue de bas en haut de la contusion du périnée, et limminence d’une péritonite et d’une inflammation très grave des viscères, du bassin et du bas-ventre. (Je remplace la canule métallique par une canule de gomme élastique; 25 sangsues à l’hypogastre, lavement purgatif, bain, fomentations émollientes sur le bas-ventre, cataplasme au périnée, diète absolue.) 10 juin : Quatre ou cinq selles liquides ; nuit meilleure. (Diète, etc.) 11 juin: Pouls toujours petit et fréquent : 140 pulsations, sueurs, rêves sinistres, abattement, que le malade attribue à la diète, néanmoins continuée. 12 juin : Amélioration des symptômes ; écoulement de l'urine autour de la canule. {Potage léger.) 13 et 14 juin: Un abcès s'ouvre au périnée par une ouverlure étroite, que J'agrandis en incisant le foyer dans toute sa longueur. A la vue, l’urètre me paraît perforé par - une ulcération considérable. Aussi , une petite bougie em-
536 | LLCL PANSEMENS plastique, doucement introduite par l'extrémité antérieure de l'urètre, ressort par une ouverture d’un pouce et demi de longueur, située plus profondément que l'incision de la peau et dans le fond de l’abcès. 1 5 juin : La canule de gomme élastique de l'hypogaëtre est remplacée par une autre, au moyen d'un mandrin conducteur préalablement introduit dans la canule à retirer, pour diriger ensuite la canule de remplacement ; des dépôts calculeux rendent l'extraction de la première douloureuse. (Potage.) 20 juin: J'essaie de passer une sonde de gomme élastique dans la vessie, par l'extrémitéantérieure du penis ; n’y pouvant parvenir, parce que la sonde s'engage toujours dans la fistuie, quoique mon doigt cherche à la faire parcourir sans déviation la courbure sous-pubienne de l’urètre, je retire la sonde, et je cherche à l'introduire dans la vessie par la fistule même. Elle y pénétre aisément. Alors j'introduis une autre sonde par lextrémité antérieure de l’urètre, je la pousse à travers la fistule, et J'enchaine, pour ainsi dire, solidement, à son extrémité interne l'extrémité externe de la première au moyen d’un fil double formant une sorte d’anneau intermédiaire ; ensuite, je ramène celle-ci de bas en baut dans l’urètre, où je la laisse à demeure. 21 juin : Accès fébrile, gonflement érysipélateux autour du nez, (Diète absolue.) 25 juin : Plus de traces d’érysipèle. Les trois-quarts de l'urine passent par la sonde, le reste par les fistules sus et sous-pubiennes, qui ne sont plus diatées par une canule , ni par une sonde. (Potages ; change nent de la sonde, que je parviens à introduire à la manière ordinaire. )
1e® juillet : Léger mouvement fébrilequi revient tous les soirs depuis les premiers temps de la maladie ; face pâle, pouls toujours fréquent, impressionabilité extrême. 3 juillet : 72 pulsations à la minute; les forces reviennent, les fistules se resserrent. 9 juillet: La face commence à s’animer,
LA
la fistule sus-pubienne est fermée, celle du périnée conserve encore dix lignes de long, le malade prend le quart d’alimens depuis plusieurs jours. 21 juillet : Fistule du périnée réduite à l'étendue d’un pois où d’une large lentille depuis plusieurs jours. 29 juillet : J'en rafraichis les bords en les excisant, et j y pratique un point de suture qui se détache au troisième jour, etagrandit la fistule.
10 août : La fistule, de nouveau rétrécie , s’arrêtant dans ses progrès, je retire la sonde de peur qu’elle ne s’oppose actuellement à la guérison. 14 août : La fistule est fermée, et le malade reste encore dix jours dans les salles, pour réparer ses forces affaiblies, et pour consolider et assurer sa guérison. Un an après ,elle ne s’était pas démentie, et n'avait été suivie d'aucun accident.
Cette observation est remarquable sous bien des rapports : par l’excessive douleur que le malade éprouva au périnée, au moment de sa chute; par la contusion grave, l'inflammation du bas-ventre, limmenseétenduede l’ecchymose et la rétention d'urine complète qui en furent la suite ; par l'obligation où je me trouvai de pratiquer la ponction sus-pubienne de la vessie , ne pouvant employer ni le cathétérisme forcé , ni le cathétérisme prelongé : Le cathétérisme forcé, à cause quil existait déjà une fausse route, et que les parois contuses de l’urètre se seraient laissé perforer, et déchirer avec trop de facilité par la sonde ; Le cathétérisme prolongé, parce qu'il ne me parut pas possible d'espérer que la bougie finit par traverser un canal en partie oblitéré par la contusion, le gonflement inflammatoire de ses parois, et peut-être par sa déchirure irrégulière ; parce que la bougie eut été une cause nouvelle d'irritation, et eut pu déterminer lulcération , la gangrène et la perforation de l’urètre, que je redoutais, et quiarrivaeffective-
* ment; parce qu'enfin le cathétérisme prolongé ne pouvait
538 ré PANSEMENS.
répondre à l'obligation pressante de vider la vessie énormément distendue. | Gette observation est remarquable encore par l’amélio= ration qui suivit immédiatement la ponction ; par l’activité du traitement antiphlogistique, et ses succès (95 sangsues . en quatre jours, bains, lavement purgatif, diète absolue , etc. ); par la fistule urétro-périnéale d'un pouce et demi de longueur, qui fut encore la suite de la contusion $ par les procédés particuliers à l’aide desquels fut remplacée la canule métallique du trois-quarts, et l’on parvint à introduire par la fistule une sonde dans la vessie ; enfin par la facilité avec laquelle j'obtins la guérison de la fistule urétrale, et je la fermai définitivement en supprimant une sonde qui, après avoir servi d’abord à la guérison ,; empéchait alors , par sa présence, la fistule de se fermer entièrement.
De L'uréthrotomie.
L'uréthrotomie est une opération proprement dite. Elle consiste à ouvrir l'urètre derrière un rétrécissement qui retient les urines dans la vessie, et qui est assez éloigné de la prostate pour qu’on puisse pratiquer une ouvérture au canal entre le point où existe le rétrécissement et celui qu'occupe la prostate. Alors cette opération serait préférable à la ponction de la vessie, et conviendrait d'autant mieux qu'on pourrait dilater le rétrécissement d'avant en arrière et d'arrière en âvant tout à la fois, en s’aidant presque des yeux. Mais, pour s’y déterminer, il faut absolument que le canal soit distendu par l'urine, derrière le rétrécissement, et rendu par là très distinct ; autrement on courrait les risques de ne pas parvenir dans l’urètre, comme cela est arrivé à M. Mayor et à M. Roux (Mayor, édit. Baillière, p. 556), dans un cas analogue à celui de
DES RÉTRÉCISSEMENS DE L’URÉTRE. 539
Geoffroi, où la ponction de la vessie m'a si bien réussi.
Comparaison et appréciation des méthodes et des procédés de traitement employ és dans les rétentions d'urine.
Nous nous proposons, dans cet article, de les étudier comparativement sous le rapport de leurs moyens, de l'emploi de ces moyens et des résultats qui en sont la suite; nous déterminerons ensuite les cas particuliers de leur emploi et de la préférence qu’on doit leur accorder.
La dilatation permet d'évacuer immédiatement les urines dans une foule de cas de rétention urinaire, et particulièrement dans ceux oùelle estcausée par un rétrécissement. La cautérisation , les injections et la scarification ne peuvent être utiles que dans les cas de rétrécissement, et encore l'emploi des deux premières n'évacue pas immédiatement les urines. On pratique la dilatation et les injections sans connaître le nombre , la profondeur et la forme des rétrécissemens de l’urètre, et par conséquent sans avoir besoin d'explorer le canal pour prendre connaissance de son état. La cautérisation et les scarifications ne peuvent guère se passer de ces lumières sans agir en aveugle, et sans tomber dans le discrédit.
La dilatation se pratique habituellement, et dans presque tous les cas, avec des instrumens plus simples et par des manœuvres moins compliquées que les autres méthodes de traitement. Elle atteint plus sûrement les rétrécisseniens ; au contraire , on est bien moins certain de cautériser et de scarifier précisément les rétrécissemens de l’urètre. Cela tient à l'inexactitude, à l'impuissance des explorations urétra-. les , les mieux faites. La dilatation agissant sur toute la longueur de l'urètre, agit nécessairement sur les rétrécissemens ; la cautérisation et les scarifications agissent trop sou-
b£o x: PANSEMENS
vent à côté, sur des parties saines qu'elles ulcérent. La dilataüon suffit, seule, à la guérison simultanée de plusieurs rétrécissemens, et sert d’auxiliaire aux autres méthodes. C’est le contraire pour la cautérisalion , la scarification, etc. Par les moyens dilatans, on peut produire des fausses routes; on le peut aussi par la cautérisation. Traités par la dilatation, les rétrécissemens sont sujets à récidive , mais il nerécidivent pas nécessairement et promptement, comme l'insinue Ducamp, pour faire valoir la cautérisation (p- 94). La guérison n’est pas plus immuable par la cautérisation et les scarifications. Qui ne sait, aujourd’hui, que la cautérisation ne préserve pas du tout des récidives, et qu'elle y prépare même, dans certains cas, par la formation de tissu cicatriciel dans l’urètre. La dilatation exige parfois très peu, et parfois beaucoup de temps pour guérir, et c’est par exagération que Ducamp prétendait que le traitement par les bougies est toujours fort long (p. 93). Le traitement par la cautérisation est aussi parfois très long, et il n’est pas, peut-être, suffisamment démontré que la cautérisation ni la scarification l’emportent, sous ce rapport, sur la dilatation. Beaucoup de rétrécissemens peuvent être guéris par la dilatation seule, ou par la dilatation aidée de la cautérisation, de la scarification et des injections forcées ; plusieurs rétrécissemens, incurables par une de ces méthodes, sont curables par une ou plusieurs des autres ; mais celle qui en guérit le plus, sans laquelle même la cautérisation , les scarifications et les injections seules seraientimpuissantes, c’est la dilatation. | C'est donc cette méthode qui a le plus de puissance contre les rétentions d’urine, et en particulier contre celles qui sont déterminées par un ou plusieurs rétrécissémens de l’urètre. Comme, d’ailleurs, elle n’exige pas de recherches diagnostiques; comme elle est généralement fort simple
dans ses moyens, et la plus aisée à bien pratiquer dans les cas les plus communs, elle aura toujours la préférence sur les autres méthodes, et sera d'un emploi plus universel. Son usage sera par conséquent la règle , l'emploi des autres sera l'exception. Appliquons maintenant ces principes généraux à des cas particuliers. | 1°Cas de l'emploi exclusif de la dilatationpar les sondes. Lorsqu'une rétention d'urine est causée par la paralysie de la vessie, par des vaisseaux dilatés , des fongus , des corps étrangers, des hydatides, des vers, des caillots de sang, des glaires, des pierres ou d’autres corps étrangers situés dans la vessie et qui en embarrassent et en bouckent l'orifice urétral , il n’y a pas d'autre instrument à employer qu'une sonde métallique, ou en gomme élastique, pour débarrasser le malade de ses urines. L’indication est la mêmeencore, si la rétention est due à la compression de l’urètre ou du col de la vesSie par une tumeur développée dans leur voisinage, et quil nest pas possible d'enlever immédiatement, ou même de jamais enlever ; si elle est due, par exemple, là compression de ces organes, produite par la dégénération carcinomateuse de l'extrémité inférieure de l'intestin rectum ; par l'utérus, dans la grossesse ; par l’enclavement de la tête du fœtus, au moment de. l’accouchement ; par le gonflement de la matrice, par une môle, un corps fibreux, un polype, un épanchement d'eau ou de sang; par le gonflement inflammatoire de la matrice, son squirrhe ou son cancer ; par Sa descente, sa chute ou son renversement ; par { accumulation de sang menstruel dans le vagin Rat etc.
Lorsque la rétention d'urine est le résultat de la compression de l'urètre par un abcès, par ua anneau qui étrangle la verge , il est bien évident qu'il faut détruire la cause, et ne pas s'occuper de cathétérisme,
Quoiqu’on puisse employer les bougies pour évacuer les urines dans les cas de rétention indiqués, en les retirant promptement, après les avoir laissées quelques instans dans l'urêtre et la vessie, les sondes conviennent mieux pour cet usage.
2° Cas de l'emploi de la dilatation par les sondes, Les bougies et les injections forcées. Lorsque la rétention des urines est complète, et produite par un ou plusieurs rétrécissemens considérables, la première tentative à faire, c’est l'introduction d’une bougie emplastique très gréle. Si elle se replie, se réfléchit sur elle-même, et qu'il n’y ait pasurgence d’évacuer les urines, on peut la retirer et pratiquer le cathétérisme prolongé , c'est-à-dire pousser une autre bougie jusque contre le rétrécissement, et l'y fixer, pour la pousser, plus loin, plustard, si elle ne traverse pas spontanément la stricture à dilater. On peut, encore sur la foi de M. Amussat, essayer les injections forcées, On peut, si ces premiers moyens ne réussissent pas, tenter le cathétérisme par les divers procédés de cathétérisme à conducteur engafnant ou engaïiné , et enfin le cathétérisme forcé par les grosses sondes. Et, si l’on ne réussit pas encore à évacuer les urines retenues, il ne reste plus qu’à pratiquer l'uréthrotomie ou la ponction de la vessie, |
Ces opérations sont successivement indiquées dans l’ordre suivant lequel je les ai énumérées. Les dernières sont donc des moyens extraordinaires dont on ne doit faire usage.que dans les cas rares et en quelque sorte exceptionnels, tandis que les premières sont des moyens habituels, ordinaires et usuels. |
Quand, d’ailleurs, l'un de ces moyens a réussi, il faut continuer la dilatation des rétrécissemens comme il a été dit plus haut. En général, on ne doit recourir à la cautérisation, ni à la scarification, si l’on ne peut reconnaitre
la profondeur du rétrécissement , sa forme ou la situation de son détroit par rapport à l'axe de l’urètre, et si l’on ne peutengager le porte-caustique quel qu’il soit ou le scarificateur dans le détroit, pour les faire agir de dedans en dehors. Quoique la cautérisation ne me semble pas aussi dangereuse qu'on parait le croire généralement, ce n’est pas une raison pour que je conseille jamais d'opérer au hasard et en aveugle, quand onna pas épuisé les moyens dilatans. Ce serait le plus grossier empirisme.
3° Cas particuliers de l'emploi de cathétérisme forcé par les grosses sondes, de la cautérisation et de la scarification. Ces opérations sont indiquées lorsque les rétrécissemens ne se guérissent pas par l'usage prolongé de la dilatation graduelle, et les deux dernières ne sont indiquées que dans ce cas, parce qu’elles sont trop aveugles dans leur action, rio trop de recherches préliminaires, et laissent toujours trop d'incertitude sur leur succès futur, pour qu'un esprit sévère puisse leur accorder une-grande confiance. Elles n’ont guère de valeur que dans les cas particuliers où la dilatation reste insuffisante pour donner à l’'urètre son diamètre ordinaire et naturel.
Remarques sur la cautérisation en particulier. Je disais, dans la première édition de cet ouvrage, en 1826, p. 109: «Néanmoins, qu'onnes’imagine pas que j'ai la prétention de trancher définitivement la question relativement aux cas où l'on doit préférer la cautérisation. On ne pourra la resoudre qu'à mesure que l’on emploiera davantage la cautérisation. Aujourd’hui, la solution en est encore problématique. Les observations publiées en faveur du caustique ne sont ni assez anciennes, ni convenablement présentées.
Des observations troprécentes de guérison, des malades rétablis que l’on perd bientôt de vue pour toujours, permettent de douter que la cure en soit radicale ; avec
quelque faveur que l’on soit disposé d’ailleurs à accueillir les ingénieuses méthodes de Ducamp, ses procédés et ceux de M. Lallemand, on sent la raison demander d’autres preuves encore, et surtout des preuves données avec plus d'impa:tialité que celles qu’ils ont présentées. Je m’explique : tous les auteurs ont coutume, pour prouver l'avantage des moyens thérapeutiques qu’ils proposent, de citer des observations favorables à leur emploi. Cette méthode est vicieuse; il ne suffit pas d'indiquer les succès d'un moyen de traitement. Mille observateurs ne sont-ils pas venus vanter, tour-à-tour, tel moyen dans tel cas ; et les belles espérances concues à la lecture de leurs’ livres ontelles été autre chose que des chimères pour la pratique ?
«Lorsqu'on veut faire connaitre les résultats d’un traitement, il ne les faut point partiels ; il en faut offrir le tableau compiet, faire connaitre les plus funestes comme les plus heureux , ainsi que toutes les circonstances relatives aux malades et au traitement. Si l’on se propose de remplacer une méthode thérapeutique par une autre, il faut présenter des tableaux comparatifs du résultat de leur emploi. LA MÉDECINE N’EST QU'uN ART DE PROBABILITÉS, COMME TOUS CEUX QUI ONT POUR BUT DE MODIFIER LESÈTRES WIVANS ; OR, IL FAUT DRESSER DES TABLES COMPARATIVES DE PROBABILITÉS, POUR LUI FAIRE FAIRE TOUS LES PROGRÈS DONT ELLE EST SUS- CEPTIBLE (1). Ge-n'est que sur de pareils tableaux, résumés fidèles de nombreuses observations, qu’on peut asseoir de sévères Opinicns. » | |
Le lecteur sait maintenant comment j'entends que des observations doivent être présentées ; il comprend pourquoi je n’ai pas voulu émettre d'opinion définitive sur le traitement des rétrécissemens de l’urètre par la cautérisa-
(4) C’est ce que l’on appelle actuellement statistique médicale.
DES RÉTENTIONS D'URINE, 545 tion. C'est en grande partie parce que les ouvrages publiés récemment sur cesujet n’offrent que des observations en faveur du moyen thérapeutique, sans relevé général et sans tables de probabilités qui en soient déduites. »
Aujourd’hui, l'expérience est déjà faite, les observations sont assez anciennes pour savoir que les rétrécissemens guéris par la cautérisation peuvent se reproduire, et qu’il y avait dans les expériences des cautériseurs des illusions que la triste réalité a déjà depuis longtemps dissipées. C’est ce qu'on sait aujourd’hui en Angleterrre (Voy. 8. Cooper, t. 11, 563) comme en France.