‹ Traité des bandages, des pansemens et de leurs appareils (volume 2)Chapitre 91 sur 111 · PANSEMENS DES PLAIES · texte numérisé non relu

PANSEMENS DES PLAIES

Ils comprennent à peu près tous les soins extérieurs qu'elles exigent.

Ils doivent varier d’ailleurs, suivant l’état des plaies et les indications qu’elles réclament. Tantôt il faut les réunir immédiatement , tantôt il faut se borner à n’en réunir qu'une partie , tantôt on ne peut qu'en rapprocher les bords sans les mettre en contact ; dans certains cas, alors, on peut y pratiquer une réunion immédiate, en restau-

564 PANSEMENS rant une partie entièrement séparée et enlevée. De la, des pansemens : 1° par réunion immédiate et complète; 2° par réunion incomplète ; 3° par restauration ; 4° sans réunion immédiate, et une foule de modifications diverses, suivant les circonstances particulières qui distinguent chaque plaie en particulier.

Moyens unissans des plaies en général. Ce sont: 1° la situation ; 2° les agglutinatifs ; 3° les bandages ; 4° la suture ; 5° la compression ; 6° la cautérisation. +

1° La situation consiste à placer les parties dans une position qui rapproche mécaniquement les lèvres des plaies , soit par le relâchement qu’elle apporte aux chairs des plaies , soit par la tension qu'elle leur imprime, comme lorsqu'on tire en sens opposé les deux extrémités d’une boutonnière. La situation ne peut remplir l’une ou l’autre de ces intentions que dans les régions du corps. ou des membres dont les mouvemens tendent ou relâchent les parties molles. Ainsi, elle ne peut rien sous ce rapport aux

plaies du cräne, et à beaucoup d’autres. Dans certaines, régions c'est un moyen très puissant. La flexion de la tête

sur la poitrine, de la poitrine et du ventre l'un sur l’autre, de l’avant-bras sur le bras, de la main sur l'avant-bras , de la cuisse sur le ventre, de la jambe sur la cuisse et du pied en arrière sur la jambe, par exemple, sont de grands moyens de réünion immédiate des plaies transversales, qui existent à toutes ces parties, du côté de la flexion. Aussi, sans ces puissans moyens, On ne pourrait obtenir la cicatrisation immédiate d'aucune de ces plaies. Fléchir les parties du côté de la lésion, et jamais du côté opposé, dans les plaies transversales, les étendre, au moins quandon ne peut les fléchir du côté de ces plaies ; voilà une règle générale des plus importantes.

Lorsqu'un muscle est divisé en travers, il faut le placer

LS

d | DES PLAIES. 565 dans une situation qui rapproche le plus possible les extrémités de ses fibres. Cette situation rapprochera aussi les bords de sa division, et cette règle n’exclura jamais la précédente.

La tension des lèvres d’une plaie longitudinale ou parallèle à la longueur des membres , la tension des muscles et suriout des fibres charnues, les rapproche, comme la traction des deux extrémités d’une boutonnière en sens opposé en rapproche les lèvres. Par conséquent : Fléchir les par. ties lésées du côté opposé aux plaies longitudinales , les étendre quand on ne peut les fléchir, est une règle aussi sûre que la précédente pour les plaies transversales.

2° Mais il ne suffit pas de placerles parties dans une situation déterminée, il faut les y maintenir.Or, on y parvient par les emplâtres agglutinatifs, par les bandages et par la suture.

Les emplätres agglutinatifs sont des morceaux de taffetas gommé, de linge ou de peau, couverts d’une substance emplastique. On les emploie , tantôt sous la forme de pièces plus ou moins larges, uniques ou jumelles, tantôt sous celle de bandelettes : dans le premier cas, ce sont des emplätres proprement dits ; dans le second, des bandelettes agglutinatives. La substance emplastique est formée de l’emplâtre d'André Delacroix, de diachylum composé, etc., dont la résine et la cire font la base.

On les met en usage sous la forme de bandelettes pour réunir les lèvres d’une plaie peu profonde ou seulement les rapprocher, pour favoriser la cicatrisation d’un ulcère à la manière des Anglais.

Le taffetas gommé peut servir à fermer une petite plaie, comme une piqure, une coupure et même l'ouverture pratiquée avec la lame d’une lancette pour la saignée.

Un petit morceau de cet agglutinatif, incisé sur les bords, pour qu’il s'applique plus exactement , et un bandage m'a fréquemment servi pour réunir les lèvres de la plaie après

une saignée ; et il sufhrait, seul, presque toujours , lorsque l'écoulement du sang s'arrête de lui-même. Ilest à préférer à la compresse mise habituellement en usage lorsque l'on veut guérir promptement la blessure faite à la peau et à la veine. En effet, la compression que le bandage détermine cause souvent la suppuration, une phlébite circonscrite, et retarde une guérison qui ne demande qu’à s’opérer.

On fait le taffetas gommé en étendant, avec un pinceau, sur du taffetas blanc ou noir, une couche d'ichtyocolle ou colle de poisson, dissoute à chaud dans la teinture de benjoin. On en applique successivement jusqu'à six couches, en les laissant toutes sécher l’une après l'autre ; ensuite on les recouvre de deux couches d’une forte teinture de ben join unie à la térébenthine pure; on se sert encore, à la place de cette dernière, de la teinture du baume du Pérou. :

Quant au sparadrap proprement dit, les pharmaciens le préparent avec un instrument particulier qu'ils nomment sparadrapier. C'est une tablette de bois , longue de 3o centimètrés environ (à peu près 18 pouces), et moitié moins large, qui porte deux montans sur sa surface, près de ses extrémités, à 30 centimètres environ (près d’un

pied) l’un de l’autre. Ces deux montans offrent une fente ou une coulisse qui les traverse de haut en bas et de dedans en dehors, ou, si l’on veut, dans le sens de la longueur de la tablette, Ils ont chacun une vis de pression qui , de leur surface, pénètre perpendiculairement dans la coulisse, d’avant en arrière ou d’arrière en avant, en marchant dans le sens de la largeur de la tablette.

Ces deux montans recoivent encore les deux extrémités ä'une règle qui s'étend de l’un à l'autre, et repose de champ et par l’un de ses bords sur la tablette du sparadrapier. On peut la lever dans Ja coulisse des montans, et la fixer à

volonté, avec les vis de pression, à un ou deux millimètres de la surface de la tablette, selon l'épaisseur de la toile qui doit passer entre cette surface et le bord inférieur de la règle.

Pour faire du sparadrap au moyen de cet instrument , après avoir choisi une pièce de toile mince, neuve, d'un tissu un peu clair, on engage une des extrémités de la toile, d’arrière en avant, entre la règle et la tablette ; on répand ensuite, immédiatement derrière la règle, le mélange emplastique en fusiofñ, et on attire la pièce de linge d'arrière en avant, c’est-à-dire vers soi ; la matière emplastique , se trouvant alors arrétée par la règle du sparadrapier , s'étend alors régulièrement, et le sparadrap se dégage tout-à-fait de l'instrument, où il s’est pour ainsi dire laminé.

Peut-être, au lieu d’un linge neuf, vaudrait-il mieux employer un linge un peu usé, mais encore solide et résistant, au duvet duquel la matière emplastique pourrait adhérer avec plus de ténacité qu'à de la toile neuve ; le fait est qu’à la levée des emplâtres agglutinatifs préparés ävec de la toile neuve et lisse, la matière se détache souvent du linge, reste collée aux parties sur lesquelles elle était appliquée , et qu'il n’est pas toujours très aisé de l'enlever.

Dans la nécessité où l’on pourrait se trouver de préparer du sparadrap sans sparadrapier, voici comment 1. faudrait sy prendre: après avoir préparé la toile et fait fondre la substance emplastique au bain-marie plutôt qu'à feu nu, on la répandrait sur la toile , tirée en deux sens opposés, et également tendue dans toute sa largeur, par deux personnes qui la tiendraient par les deux extrémités, soit avec les deux mains, soit avec deux bâtons hérissés de clous, comme des râteaux, et dont les clous traverseraient la pièce de toile ; ensuite on l’étendrait uniformément avec une lame de bois que l'on promènerait

par son bord sur toute la surface du linge, en appuyant fortement là où la matière serait trop épaisse, pour la pousser là où elle serait trop mince. Comme le mélange se refroidit et se solidifie très vite, il faudrait opérer avec un peu de rapidité. Ajoutons que la couche emplastique doit toujours étre précisément assez épaisse pour cacher le tissu du linge, et qu'on n’en distingue plus la trame, Cette couche étant trop mince, l'emplâtre ne prend point et n’adhère point; trop épaisse, elle se casse après s'être desséchée, se détache du linge, et c’est d’ailleurs de la matière perdue.

Üne pièce d’emplâtre ainsi préparée, on y taille des bandelettes ou des emplâtres avec des ciseaux.

La longueur des bandelettes et l'étendue des emplâtres sont extrêmement variées ; elles sont subordonnées aux cas qui en réclament l'emploi. Pour la largeur de ces bandelettes , elle est d’un à deux travers de doigt; leurs bords doivent être coupés droits et réguliers. Les emplâtres jumeaux présentent des cordons sur l’un de leurs bords.

Application des agglutinatifs. Onles applique différemment suivant leur forme.

L'application des bandelettes exige toujours un peu de précaution : il faut d’abord les chauffer à la faveur d’un foyer assez large pour qu'on puisse les y présenter à la fois par toute leur surface ,‘ et faire fondre ou au moins ramoilir lemplâtre à mesure que l'on veut s’en servir. Mais il faut éviter que la substance ne se fonde inégalement, qu'en se fondant elle ne passe à l'envers du linge, et laisse l'endroit à sec sans qu'on s'en apercoive. Enfin il faut prendre garde qu’elle ne se brûle. Ces petits accidens, que la pratique enseigne, arrivent souvent, et la bandelette n’est plus susceptible d’adhérence.

Il'suffit quelquefois d’enrouler ces petites bandes autour de la main ou du poignet, pour que l’emplâtre se ramollisse

assez pour être appliqué et tenir solidement à É peau du malade.

Quoi qu’il en soit, la matière agglutinative du bandelettes étant suffisamment ramollie, si c’est sur le tronc qu’existe la division à réunir, appliquez la moitié de chacune des bandelettes sur l’un deg côtés de la plaie , réunissez, mettez en contact les bords de celle-ci, et, pour parler le langage du traducteur de Fabrice d’Aquapendente(OEuv. chir., Lyon, 1666, in-12, part. 1, ch. 58, p. 859), faitesles s’entre-baiser, en les rapprochant et les pincant, pour ainsi dire, entre le pouce et les doigts de la main gauche; puis essuyez-les , afin que l'humidité ne s'oppose point à l’adhérence de l’emplâtre ; alors surprenez les lèvres de la division dans cet état de rapprochement, comme le dit le professeur Richerand, et déployez et appliquez l’autre moitié de chaque bandelette par-dessus la plaie, et au côté opposé à la première. En général, on ne doit pas craindre de donner trop de longueur à ces bandelettes : plus elles en ont, mieux elles tiennent. Elles s'appliquent toutes de la même manière que la première; on les croise ou on ne les croise point les unes sur les autres, selon qu'on le juge à propos ; la seule règle à suivre à cet égard, c’est de ne pas couvrir les lèvres de la division assez complétement pour s'opposer à l'écoulement du pus. Si la plaie est oblique, et mieux encore longitudinale aux membres, appliquez le . milieu de la longueur de la bandelette du côté du membre opposé à la solution de continuité, ramenez-en chaque EXtrémifélautour du membre et sur la plaie réunie pour les y entre-croiser, maintenir les lèvres en contact, et les reporter du côté opposé.

L'application des emplätres sur les bords réunis d’une plaie se fait par l'apposition de la pièce emplastique sur ses bords, de manière à les maintenir dans l'état de contact

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où ils se trouvent. Mais ces emplâtres se moulant diffcilement avec exactitude sur une région étendue, surtout quand la région est irrégulière dans sa forme, il faut n’user de ces emplätres pour réunir les plaies qu'autant qu'ils n’ont pas besoin de beaucoup d’étendue ; et d’ailleurs, il est souvent nécessaire d'y pratiquer des incisions sur les bords pour favoriser lexactitude de leur accollement à la peau. Ces agglutinatifs ne laissant point d'ouverture pour le passage du pus, on devrait en les mettant en usage y pratiquer des ouvertures linéaires, qui répondraient à la plaie et seraient perpenaiculaires à sa direction. |

Les emplätres jumeaux doivent avoir la même longueur que la plaie. Ils doivent être accolés l’un sur un côté, l'autre sur le côté opposé, mais à deux ou trois lignes des bords, par celui de leurs bords qui porte des cordons. Chaque emplâtre fixé, on les rapproche l'un de l’autre, et en même temps les bords de la plaie, en liant ensemble les cordons des emplâtres.

Effets et propriétés des agglutinatifs. Quelle que soit : la forme sous laquelle on les emploie, ils irritent souvent la peau par leur présence, c’est-à-dire par la présence de la matière qui les compose. Il peut même en résulter un érysipèle considérable, et difhcile à guérir. Ces érysipèles se développent d’autant plus facilement que la-plaie favorise déjà leur apparition. Aussi est-ce sur les bords de la plaie qu'ils se montrent d’abord, pour la plupart. Pour prévenir leur accroissement, quand on commence à en apercevoir les premières traces, je conseille de couvrir les des plaies avec un simple linge ou des compresses gräduées, de manière que les agglutinatifs, bandeleites ou emplâtres, ne portent point sur la peau près. de la plaie. La largeur de ces pièces sous-agglutinatives sera d'autant plus étendue que les pièces agglutinatives le seront elles-mêmes davan-

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tage, et que la peau s'irritera sous l'influence du contact de la matière emplastique.

Les agglutinatifs bien appliqués tiennent plusieurs jours sans se détacher et sans permettre à la peau de s’écarter. Mais ils n’agissent que sur la peau; ils ne rapprochent point les parties divisées à une profondeur plus considérable que l'épaisseur de la peau, à moins qu'ilsn'entourentun membre présentant une plaie longitudinale ou presque longitudinale,

Si la solution de continuité occupe une région déprimée, oblique ou transversale, comme celle de laine, des emplatres jumeaux, agissant sur les bords de la division par l'intermédiaire de compresses graduées, sont spécialement indiqués. Je suis parvenu dans des cas semblables à cicatriser des plaies étendues, dans la région de l'aine par exemple, que les bandelettes ne pouvaient réunir , parce qu’elles se détachaient et restaient soulevées comme un-pont au-dessus de la dépression par-dessus laquelle elles étaient jetées.

Bandages. Si la plaie à réunir est profonde, comme les agglutinatifs n’agissent que sur la peau, il faut recourir aux bandages ou à des appareils unissans. Bien des bandages peuvent remplir cet usage. Ce sont les bandages circulaires, qui suffisent dans certaines plaies longitudinales ou Cbhues peu étendues (V. plus haut, ch. r, p. 68) ; les spiraux à deux globes (Ib., p. 82); les croisés de la màchoire, qui réuniraient au besoin les lèvres d’une division transversale des masséters; plusieurs des autres bandages croisés qui peuvent rapprocher les parties qu'ils embrassent dans leurs anneaux opposés; les bandages invaginés surtout, qu'on appelait autrefois bandages unissans (p.170, ib.), les lacés et bouclés (p. 226), les bandages mécaniques bouclés (p. 449}, etc. Tous ces bandages en effet peuvent servir dans diverses circonstances à maintenir rapprochées et réunies des parties divisées.

Suture, Si la plaie à réunir divise les paupières, la joue, les lèvres ou les parois abdominales dans toute leur épaisseur et dâns une étenduc un peu considérable ; si c’est une plaie du canal digestif, une déchirure de la cloison recto-vaginale , les agglutinatifs et les bandages étant insuffisans où totalement impuissans, recourez à la suture : qu'il n'est pas de mon objet de décrire, parce que c’est plutôt une opération chirurgicale proprement dite qu’une opération de pansement (Voy. Boyer, t. 1, p. 201, 2° alin. Serres de Montpellier, sur la réunion immédiate),

La compression ne se distingue pas ordinairement des bandages, parce que les bandages dont on se sert pour unir les bords d’une plaie les tiennent en même temps appliqués contre les parties sous-jacentes. Dans certaines circonstances cependant, les bandages ne suffisant pas , il devient nécessaire pour faire cicatriser le fond d’une plaie avant son ouverture, et prévenir ainsi la formation d’un abcës, d'ajouter sous les bandages des compresses des pelottes de charpie , qui en augmentent l’action et amènent l’adhérence des parties profondéntent divisées. Cette indication se présente souvent dans les plaies étroites et profondes, dans les grandes plaies à lambeau,

La cautérisation s'emploie dans le pansement des plaies, comme agent de eicatrisation et non comme moyen d’union. Daos les plaies , elle finit par changer l’inflammation sup purante en inflammation cicatrisante , dans les plaies étroites d’un conduit excréteur, du canal parotidien par exemple, si l'on cautérise l'ouverture soit avec le fer rouge , soit avec le nitrate d'argent ; on amène aussi Ja cicatrice, par suite du gonflement qui en met en contact les bords. La puissance de la cautérisation est ici d’autant plus remarquable que la cicatrisation est trés difficile.

Pansement par reunion immédiate et complete.

Il consiste à rapprocher et à maintenir dans un Contact immédiat et parfait les bords et, par suite, des points opposés de la surface des parties dont on cherche à obtenir Ja reunion.

Mais avant de pratiquer ce pansement, il y a des précautions préliminaires à prendre. Il faut non-seulement lier bien exactement tous les vaisseaux qui donnent du sang, enlever tous les caillots, mais il faut attendre que les hémorragies dont on ne peut lier les vaisseaux sarrêtent, et que la plaie en soit arrivée à cette période où au Lieu d’un écoulement ‘de sang, elle ne laisse plus suinter qu'une sérosité organisable, propre à servir de base au travail de la cicatrisation. C’est l'affaire d’une à quatre heures au plus, suivant l'étendue de la solution de continuité. Alors il convient de laver de nouveau la plaie pour la débarfasser définitivement des couches de sang caillé dont elle est couverte et pénétrée dans ses anfractuosités ; et, sile sang ne coule plus, ou pas sensiblement, on pratique la réunion immédiate. Si l'on s'aide de la situation , on commence par placer convenablement la partie ; si l’on emploie la suture, on la pratique ensuite ; si, saus irriter, ni fatiguer la plaie, l'on peut y ajouter les agglutinatifs et un bandage compressif ou unissant, c'est le tour des agglutinatifs et du bandage.

Le pansement diffère d’ailleurs un peu, suivant qu'il s'applique à une plaie de la surface du tronc ou d’un membre amputé. | |

Indications où usages. Ce pansement convient aux plaies par instrumens tranchans ou piquans , aux déchirures su-

perficielles ou peu profondes , dont la réunion est physiquement facile, qui ie sont pas contuses ou ne le sont que sur les bords ; aux plaies qui ont été lavées ou débarrassées de la poussière ou de corps étrangers qui s’y trouvaient engagés ; aux plaies à deux lèvres. plaies à lambeau, et surtout à celles dont le lambeau important à conserver est mince, froid et adhérent par un pédicule étroit et mince, parce que l'on ne peut le conserver qu’en le réunissant immédiatement ; aux plaies qui ne sont pas composées de parties très hétérogènes, qui surtout ne sont pas compliquées de la présence d’un os volumineux, et particulièrement d’un os scié, comme les plaies des amputations dans la continuité ; aux plaies fraiches qui ne datent que de quelques heures au plus et ne sont point encore enflammées , Qui ne sont plus le siése d’une hémorrhagie capable d'empêcher la cicatrisation, qui sont nettes et débarrassées de caillots de sang, dont la présence, surtout s'ils étaient considérables , pourrait causer de la suppuration. La réunion immédiate convient aussi aux plaies étroites d’un conduit excréteur, si on peut l'obtenir par la cautérisation. Elle convient en- . core aux plaies qui ne suppurent pas encore et ne sont compliquées d'aucun des accidens (excès de douleurs , de suppuration , de sécheresse » de gangrène, etc. ) qui surviennent pendant la durée des plaies, et les aggravent; aux plaies de la face surtout, aux parties peu volumineuses, d'une structure peu hétérogène, qui sont entièrement. détachées, et même froides et livides, comme les doigts ; le nez, les oreilles , et même aux parties volumineuses d’une structure trés hétérogène, comme la main , le bras, mais qui tiennent encore par un pédicule, et lors même que le membre détaché serait froid et livide; car on a vu plusieurs ois ces parties se réunir par la réunion immédiate, et il est douteux qu’on les eût onservées par tout autre mode de

pansement ; enfin, aux plaies que l'expérience a montré capables de se cicairiser sans suppurer.

La réunion immédiate convient d'autant mieux dans tous ces cas, que le blessé est plus jeune, mieux portant, et les plaies se guérissent, d'ordinaire, chez lui d'autant plus facilement , qu’il habite uxi climat plus beau et une maison plus saine. | D yai

Mais revenons sur quelques-uns de ces cas et des indications qu'ils réclament. J'ai conseillé la réunion .immédiate pour les déchirures ; j'ai voulu dire pour les plaies par déchirure ou par arrachement, qu'on a, au besoin, régularisées dans leurs bords et leurs surfaces en en retranchant les lambeaux qu'il pourrait être dificile de conserver, et qu'on peut enlever sans inconvénient ; mais si les bords d’une plaie ne sont qu'irréguliers, ils peuvent tres bien se réunir sans suppuration. L | |

On peut réunir immédiatement les plaies qui ne sont contuses que sur les bords, parce que la surface de la plaie se réunissant immédiatement et les bords seuls suppurant, on rétrécit d'autant l'étendue de la plaie et on accélère sa guérison: | |

Il ne faut pas réunir immédiatement les plaies très étendues, surtout quand elles sont composées de: parties très hétérogènes, comme les plaies des amputations dans la continuité des os, parce que la cicatrisation immédiate en est rarement la suite, et que le pansement par réunion immédiate est peut-être pour quelque chose dans la formation des phlegmons profonds, des fusées, de la périostite, del'ostite ,de la médullite et par suite de la nécrose et des abcës viscéraux, sicommuns à la suite des amputations dans la continuité des membres volumineux , comme l'avant-bras, le bras, la jambe et.la cuisse. À

Je crains que la réunion immédiate n’expose à tous ces

accidens, parce que le pus est très souvent irritant pour les organes au sein desquels il est renfermé , ainsi que je l'ai exposé plus haut en parlant des pansemens détersifs, parce que la réunion immédiate, entrainant souvent la cicatrisation de la peau à la surface d’une plaie qui suppure dans son fond , expose alors les parties profondes à l’action nuisible du pus, qui les distend, les enflamme et y forme un ou plusieurs abcès.

On doit réunir immédiatement les lambeaux et les parties qui, étant à la fois peu volumineuses et peu proéminentes, comme la saillie du menton, de la pommette, du nez, des oreilles, du bout des doigts, etd’une structure peu hétérogène, tiennent encore aux parties vivantes par un pédicule même étroit et mince d’une ligne. D'une part il n’en peut résulter aucun accident , d'autre part l'expérience prouve que la réunion immédiate est possible, quoique peu commune dans ces cas-là, Il faut même réunir encore quand la partie est d’une structure très hétérogène et très complexe, comme une main, l'avant-bras et le bras, si la partie n'est pas entièrement séparée et tient encore par une bande . de peau, surtout si une artère et un nerf volumineux-sont conservés. Enfin, il faut encore réunir immédiatement des parties peu étendues, peu hétérogènes, entièrement déta: chées, si elles ont quelque importance ; car l'expérience a prouvé qu'on peut le faire avec succès pour les doigts, pour le nez, pour les oreilles. 1: a

J'ai plusieurs fois, et d’autres chirurgiens avant moi, ont rapproché et réuni avec succès dés phalanges des doigts de la main qui ne tenaient plus que par un pédicule étroit d’une ou deux lignes de largeur; j'ai entré autres heureusement réuni la phalgnge onguiculée du pouce, chez un taillandier où elle avait été presque détachée par un violent coup de marteau ; en sorte que j'avais affaire à une plaie contuse.

DES PLAIES. ban

M. Lawrence a obtenu, à l’aide de plusieurs points de suture, la consolidation d’une oreille qui ne tenait plus que par une très étroite portion du tégument ( S. Cooper, t. 2, 266, art. plaie ).

On a réuni avec succès bien des nez presque entièrement détachés; Glandorp , Ravaton , Percy (Dict. des sc. méd., ente animale, p. 344), en citent des exemples ; soit que la base du nez, seule détachée, tint encore par la sous-cloison, mails renversée sur Ja lèvre ; soit que le nez coupé de haut en bas fut tout entier renversé comme la base l'était dans les cas dont je viens de parler.

On a aussi obtenu la consolidation de la saillie du menton coupé avec une portion. de l'os qui le constitue , mais tenant encore par un pédicule cutané fort étroit. C'est ce qui est arrivé plusieurs fois à Percy (loc. cit., p.558). On a bien des fois replacé avec avantage des portions d’alvéole cassées, des dents arrachées. Baronio prétend même avoir injecté des vaisseaux dans des dents transplantées. Ce serait bien beau, si c'était vrai( Dict. des sc. méd., ente animale ). On a obtenu la cicatrisation d'une plaie de la main presque entièrement détachée au niveau du poignet ( Obs. du Mercure de France, 1775; et de Donat, Dict. des sc. méd., p. 350-571, loc. cit.).

On possède, même, deux cas de section presque entière du bras, par un coup de sabre, en sorte qu'il ne tenait plus que par un pédicule où était conservée l'artère brachiale et le nerf médian. Ces plaies se réunirent très heureusement (Obs. de Lapeyronie, et Obs. de Percy, loc. cit. 350).

On possède aujourd’hui un assez grand nombre d’histoires de consolidation entre des parties entièrement séparées et la plaie d’où elles avaient été détachées ; mais il n’est pas douteux que des contes se mêlent à ces histoires. IL faut donc ne les accepter qu'avec critique.

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