IL
On parle d'abord, d’après Heïster, d’un doigt entièrement coupé et séparé, qui s’est bien réuni (V. Znstit. chir. ch. 33, sect. 1, part. 2, p. 484,t. [, trad. franc. in-4°). Mais:Heister se borne à dire qu’il sait le fait, il ne l'a pas vu. Dans un autre cas qui appartient à Flurant , le bout d’un doigt avait été coupé ; la plaie traversait obliquement les articulations des deux dernières phalanges. Un quart d'heure après la section, on réunit la partie coupée et on en obtint la guérison ( Dict. des sc. méd., nez, p.82 )..
Un nommé Salembier se coupe le bout du doigt entre l'ongle et la jointure ; un quart-d’heure après, on réunit la partie séparée : guérison. | |
Le docteur l'Espagnol, auteur de l’observation, vit seulement le doigt tout réuni avec sa cicatrice circulaire (Journ. de Corvisart, Boyer et Leroux, etc.). |
Wigorn a vu la réunion de la masse musculaire de l'éminence thénar , qu’une ‘jeune fille s'était involontairement enlevée ( Dict. des sc. méd. art., nez, p. 82).
On assure qu'un d igt, détaché pendant près d'une heure et demie, a pu se réunir très bien (Dict., art. nez, p. 82). Le vrai quelquefois n’est pas vraisemblable. Mais voici qui est beaucoup plus merveilleux encore. Un homme s'enlève la phalangette du doigt médius en fendant du bois ; il le ramasse, mais plus occupé de son travail que de son doigt, il met celui-ci dans sa poche et continue de travailler pendant deux heures, après quoi il se fait rattacher le doigt qui se réunit parfaitement ( Jour: de Férussac, 1830, p. 229 ).
Un jeune étourdi de 14 anss’ emporte obliquement le bout du doigt indicateur avec la moitié de l'ongle; mieux avisé que le précédent, il réapplique aussitôt la partie enlevée, M.Sommé, d'Anvers, la fixe à sa place par des bandelettes agglutinatives, et le doigt guérit( Z'raité sur l'inflam., par Sommé, Paris, 1830, p. 12 ).
Un nommé Mérignèt se pince le bout du doigt entre‘une pièce de bois et l'instrument.de-fer quisert'à là fixer sur un établi; le bout du doigt, complétement détaché avec un bout de phalange, tombe à terre..On le réapplique: Le len- demain, MM. Beauchêne et Piedagnel voient” la blessure pour la première. fois, trouvent le bout du doigt adhérent: On voyait une solution de continuité circulaire à la base du bout du doigt, à lunion-des deux tiers inférieurs avec le tiers supérieur de la phalange onguéale” Au huitième jour, chute d’une petite portion de peau gangrénéé ; au dix-septième jour, cicatrisation parfaite. M. Piedagnel prit des renseignemens qui confirmèrent la séparation complète du bout du doigt ( Bullet. de la soc. am n° 36, p.131).
On a même vu se réunir un doigt coupé obliqüemert depuis la phalangine jusqu'à la phalangette , ét dont l’articulation était ouverte. G. Pédie s’abattit l’index d’un'éoup de hache. La plaie s’étendait obliquement de l'extrémité supérieure de la deuxiène phalange au-dessous de la base de la troisième en ouvrant l'articulation. Le bout du doigt, séparé depuis au moins huit ou dix minutes, était froid et pâle. Il fut lavé à froid et soigneusement réuni. Vingtquatre Jours après, le chirurgien revit le malade ; la réunion était complète, le bout du doigt était chaud et sensible. La peau et l’ongle sout tombés pendant la guérison (Edimbourg journal, 1814, p. 421, ou Dict. sé sc. méd. ti. 18, p. 349 ).
Un laboureur avaiteu la première phalange du médius coupée complétement. Los était divisé par le milieu et l’articulation voisine intacte. Il réappliqua, une heure et demie après l'accident, la partie séparée, et la contint. Au bout d'une semaine les parties étaient réunies. A la fin de la quinzaine, l'ongle tomba. Au bout de cinq semaines, la réu-
b8o PANSEMENS
nion était solide; mais le doigt , aussi fort que les autres, ne pouvait s'étendre avec eux.
Voilà bien assez d'exemples de doigts ranimés; voyons maintenant combien de nez ont pu être ressuscités ! Le nez de,Garengeot me revient tout de suite à la mémoire , et, quoi qu’en aient dit Perey et quelques autres, je le confesse, l'envie de rire me prend encore en y pensant. C'était en septembre 1724 : un soldat se bat avec un camarade qui lai arrache le bout du nez d’un coup de dent, le crache dans un ruisseau et le foule aux pieds, comme s’il pouvait en, vouloir à ce bout de nez. Mais le soldat blessé, loin de tomber sur l’insolent, ramasse son morceau de nez et le jette, sans rien dire, dans l’officine du chirurgien Galin, pour courir après son adversaire, Cependant, le dit Galin, qui avait de l'intelligence , devinant le retour du propriétaire , lave le morceau de chair informe qu’on a! jeté duns sa boutique. Le soldat de retour, Galin le lui plante, eneffet, au milieu du visage, le fixe: avec des agglutinatifs et une fronde. Garengeot le panse à son tour au quatrième jour, et le trouve parfaitement réuni. Le fait peut être vrai, mais plusieurs circonstances en rendent la narration ridicule ét en compromettent le caractère (Garengeot, Opér:. de chir., t.,3, p.95 ).
On lit dans le journal de Blégny, pour 1680, qu’un nez coupé par un coup de sabre fut replacé , maintenu et guérit très bien. Ceux qui préfèrent le nombre à la qualité des-citations , nous raconteront qu’un soldat ayant abattu le nez d'un Espagnol, Fioraventi pissa dessus pour le débarrasser du sable dont il était sali et le réappliqua avec succès. Si vous n’y croyez pas, ils vous diront comme Fioraventi : Allez plutôt voir à Naples le segnor Andros,, qui porte ce nez pisseux parfaitement guéri.
Au rapport de Moïnichen, Molinelli son maître ‘ensei-
DES PLAIFS. 581
gnait que son père avait réuni avec succès un nez légalement coupé chez un criminel, |
M. Leysery dit avoir rendu le même service à un Jeune homme condamné à la même peine (Journal des savans, Juillet 1668).
Un chirurgien-major, dit-on, réunit un nez avec succès, à la suite de la bataille de Rocroy; mais il n'osa s’en vanter, de peur de passer pour un menteur, comme il est arrivé à Garengeot (Percy, art. rez, Dict. des sc. méd. p. 85 }.
Percy, chirurgien pa , autant qu'il était courtisan humble, raconte avec confiance qu’un docteur d'Heidelberg affirma sous le sceau du serment qu’on lui avait heureusement remis un nez coupé, etabattu dans un duel. Cela peut être, mais la preuve n’est pas suffisante.
Les oreilies ne sont pas plus malheureuses que les nez; elles comptent aussi de glorieuses résurrections.
Le docteur Magnin réunit heureusement au moyen d'agglutinatifs la portion de l'oreille supérieure au conduit auditif externe, qui était entièrement séparée. La réunion était solide dès le quinzième jour. M. Laurent a vu un cas analogue ( Bibl. méd., juillet 1820 ).
On raconte encore dés réunions bien plus merveilleuses. Si l'on en croyait Job à Méckren, on aurait chez un seigneur russe fermé une plaie du crâne percé , et on l’aurait fermé avec une pièce d’os prise sur le crâne d’un chien. Mais le clergé, scandalisé par cette union d’un os de chien à des os de chrétien, aurait obligé le malheureux seigneur, sous peine d’excommunication, dese faire enlever la partie profane ( Percy, Dict. des sc. méd., ente animale ).
On prétend aussi avoir obtenu la réunion d'un disque
osseux , placé dans un trou fait au crâne par le trépan (Bibl. méd., 1.56, p. 381, ou Dict. des sc. méd., loc. cit.). Cependant Percy ayoue que lui et M. Richerand n’ont pu réussir chez les animaux.
Il ne faut pas confondre avec les faits de cicatrisation dont je viens de parler les expériences d’ente animale par Hunter, qui plantait et faisait croitre des ergots sur la crête d’un coq, sur la patte d’une poulette et d’un coq, le testicule d’un coq dans Le ventre d’une poule ; les expériences dé J. Baronio sur des transplantations (Dict. des sc. méd., ente animale ); ce sont des phénomènes différens.
2° Pansement par réunion médiate ou incomplète.
Il consiste à rapprocher et à mettre en contact les lèvres d'une plaie dans une partie de leur étendue, et à les tenir à demi séparées et écartées dans la partie la plus déclive, de manière que le pus y trouve toujours un écoulement libre et facile.
Pour pratiquer ce pansement, il n’est pas nécessaire de prendre autant de précautions que lorsqu'on réunit une plaie immédiatement. |
On rapproche à l’aide de la suture et surtout de la suture enchevillée, et mieux encore, le plus souvent, au moyen des bandelettes agglutinatives, la moitié ou les deux tiers supérieurs de la plaie ; on laisse ouvert le tiers inférieur qui doit en étre le point le plus déclive ; on y engage une mèche de charpie graissée de cérat, que l’on introduit doucement dans le fond de la plaie afin d'y ménager une voie à l'écoulement du pus et de prévenir la formation d’un abcès et de clapiers plus ou moins profonds. La mèche platée, on couvre la plaie d'un linge troué et cératé, ou d’une bandelette également cératée et découpée, que l’on couche sur les bords. Par-des-
nié PLAIES. 583
sus ces pièces d'appareil vient la charpie sèche ou légèrement énduite de cérat, que l'on applique.en plumasseaux ou en charpie mollette. Enfin, un bandange contentif maintient tout l'appareil. |
Ce mode de pansement n’a point les inconvéniens de la réunion immédiâte ; et il en offre à peu près les avantages. Le pus ne s’accumule plus dans la plaie; la mèche qu'on y mit le jour de l'opération , qu'on en retire ensuite au quatrièmé ou cinquième jour, sufñt pour entretenir la cavité de la plaie et permettre au pus de s’écouler par le trajet qu’elle occupe sans former ces abcès et ces clapiers sous-cicatriciéls, que l’on observe trop souvent sous la cicatrice des plaies réunies par contact immédiat.
Indications et usages. On doit préférer la réunion immédiate et incomplète à la réunion complète, lorsque la réunion entière est physiquement impossible par suite de la disposition de la plaie, de la brièveté de ses bords, lorsque la surface de la solution de continuité est très hétérogène par la diversité des tissus et des organes qui s’y trouvent lésés, lorsque la plaie est très étendue.
3° Pansemens par restauration.
Ils consistent à recouvrir la plaie avec une portion de peau fraiche, empruntée aux parties voisines auxquelles on la laisse encore adhérente par un pédicule nourricier. L'action par laquelle on la détache des parties étant une opération chirurgicale proprement dite, jene m’y arréterai pas.
Quant à la réunion de la partie rapportée, elle se fait d’après les règles indiquées plus haut pour la réunion immédiate par la suture d’abord, si l’on doit ya voir recours ou par les bandelettes agglutinatives ; ensuite on couvre la partie
d'un appareil contentif et préservatif, ou mieux encore, quand on peut craindre le développement d’un érysipèle, de compresses imbibées soit d’eau tiède en hiver, d’eau à la température ambiante en été, soit d’eau de guimauve, soit d'eau blanche.
Usages. On peut avec avantage recourir à ce mode de pansement, quand il s’agit de cicatriser une plaie avec perte de substance, qui ne peut se guérir sans laisser une très grave difformité ; par exemple, une plaie avec ablation partielle ou totale de l’une des paupières, des joues, des lèvres, ete. On concoit qu’une plaie semblable ne laisserait pas seulement une difformité d’une laideur horrible et dégoütante, ce serait encore une source d’inconvéniens ou de maux. La perte de la paupière, en laissant l'œil à nu, l'expose à des ophthalmies, qui peuvent en compromettre à la longue la puissance et les fonctions. La perte de la joue et des lèvres peuvent non-seulement géner, altérer la parole et la mastication, elle entraine souvent un écoulement de salive dont la perte cause des troubles graves . dans la digestion stomacale.
L'ablation du nez par un coup de sabre, ne réclame pas aussi impérieusement l’usage d’une réunion par restauration. Sans doute, il n’y a pas moins de difformité que dans la perte partielle ou totale d’une lèvre, d’une joue, d’une paupière ; mais il ne résulte pas de cette perte des lésions de fonctions aussi graves que dans les plaies dont je viens de parler, et encore est-il facile d'y remédier en très grande partie, au moyen d’un nez artificiel.
Certains chirurgiens ne nous approuveront point, lesuns parce qu’ils résolvent toutes les questions de thérapeutique en tranchant ; d'autres parce qu’ils trouvent un nez admirable, du moment qu'ils peuvents’'en proclamer les auteurs; quelques-uns, on le dit, mais je n’ose y croire, parce qu’un
simple pansement est moins payé qu’un nez de chair, quelque monstrueux que ce nez puisse être.
Je doute néanmoins qu'ils voulussent se soumettre euxmêmes à une opération de rhinoplastie, s'ils en connaissaient ou en appréciaient bien les inconvénients et les dangers ; s'ils la comparaient à la prothèse nasale, à la réparation du uez, au moyen d’un nez artificiel d'argent, de fer-blanc, ou de carton bien peint, qui est aussi exempte de douleur que de péril.
La restauration du nez, au reste , ne peut plus se faire raisonnablement que par la méthode indienne, c’est-à-dire en empruntant des parties molles au voisinage, au front ou à chacune des joues. Mais c’est là une manœuvre très douloureuse pour le malade , une manœuvre qui produit une grande plaie au front ou une plaie profonde dans les joues. La prothèse nasale épargne aux malades et ces souffrances et l'argent qu’elles lui coûtent, et elle n’est pas moins économe de ses douleurs que de sa bourse. La réunion du lambeau réparateur par le moyen de points de suture, de bandelettes agglutinatives, etc., est fatigante et plus ou moins douloureuse pour la patient. L'application d’un nez artificiel au moyen de ressorts qui s'écartent dans le nez, ou au moyen des besicles auxquelles il est attaché, n’est ni douloureuse, ni réellement pénible. La consolidation d’un nez restauré est plus ou moins longue, et exige des pansemens plus ou moins répétés ; la prothèse est exempte de cet inconvénient.
Un nez de restauration toujours mal nourri n’a qu'une existence chétive; implanté sur la face comme un parasite, il semble participer à peine à la vie commune. Il est exposé à se gangrener par un froid intense et à mourir, seul, au milieu des parties vivantes.
Un nez à l’indienne, fait avec la peau du front, a dû pres-
que toujours être taillé jusque dans le cuir chevelu; et, comme cette portion occupe la base du nez artificiel, il en résulte que le propriétaire d’un pareil organe porte une portion de sa chevelure au bout de son nez. Joignez à cela qu'à la racine il est enlaidi par la peau du front renversée ou tordue sur elle-même ; qu'ilest épaté à sa base ; que son teint se mariant mal à celui des joues, ilressemble à une pièce d’étoffe neuve tranchant par sa couleur sur une étoffe usée à laquelle elle serait unie ; qu’agité quelquefois par la respiration, comme une voile par le vent , il flotte sur le visoge de la manière la plus choquante, et ne rappelle le nez que parce qu'il en occupe la place. Un nez artificiel modelé sur un beau type ae l’emporte-t-il pas de beaucoup sur ce nez aussi laid que ridicule ? Mais ce n’est pas tout encore; ce pauvre nez, instrument de mystüification pour son maitre qui ne le voit pas ; objet de dégoût pour ceux qui ne le voient que trop, ce nez ne se sent pas là où il est, mais au front où il n'est pas. Il en résulte que lorsqu'une démangeaison s’y fait sentir, le porteur de ce prétendu nez . se gratte au front sans pouvoir l’apaiser , et que si vous lui tirez les cheveux qui poussent à la base, il court se défendre sur sa tête, où vous ne l’attaquez point. Je ne finirais pas si Je voulais conter toutes les étrangetés et toutes les misères de ces nez usurpateurs de la place des nez:légitimes.
Mais il y a quelque chose de trop grave dans leur histoire pour le passer sous silence : c’est que leur fabrication n’est pas plus exempte de danger que de douleur, c’est qu’elle a trop souvent causé la mort. Jen ai vu faire un à la Pitié ; le malade est mort quelques jours après. M. Dieffenbach, le tagliacot de l'Allemagne, qui les fabrique avec beaucoup d’habileté, en a faitquelques-uns à Paris ces années passées ; il a perdu deux ou trois malades. l’armi eux se trouvait un malade de M. Biett, auquel il ne manquait que l'aile droite du
DS PLAIRS. 587
nez ; le célèbre chirurgien de Berlin larestaura avec beaucoup d'adresse, et le malade en mourut misérablement. En supposant le plus beau succès, c'était le payer trop cher que de souffrir les douleurs que le malade parut éprouver pendant l'opération; mais mourir pour regagner uneaile du nez perdue, c’estun malheur quine permet pas de conseiller ja= mais une pareille opération. Je regarde par la même raison comme contre-indiquée toute restauration entière du nez; car si la difformité qui la réclame est plus grande que la perte de l'aile du nez, si celle de l’odorat en est la suite, il suffit que la vie puisse en être compromise pour qu on doive s’abtenir. Quel est le père qui voudrait faire courir à son enfant de semblables chances pour lui rendre un nez affreux, beaucoup plus laid qu’un nezartificiel? Agissez donc sur vos malades comme sur vos enfans et sur vous. même.
Dans ces derniers temps on s’est avisé de réunir immédiatement , au moyen d’un lambeau de peau pédiculé pris au voisinage, les plaies produites par l’ablation d'un cancer du sein, par exemple. J'avoue que je n'ai pas assez de foi pour croire que ce mode de réunion puisse prévenir la récidive du cancer, Je ne comprends pas comment il pourrait empêcher la dégénération des tissus sous-jacens, qui auraient de la tendance à dégénérer encore. Ce serait là un fait tout nouveau et bien remarquable, etil faudrait beaucoup de faits particuliers pour bien l’établir. Il faudrait surtout que les faits particuliers eussent été recueillis par des observateurs aussi sévères qu’éclairés , par des observateurs d’une probité scientifique égale à leurs lumières, par des observateurs réfléchis qui ne publient pas les faits par botte, comme on donne la nourriture aux animaux peu délicats, mais par des hommes qui choisissent et préfèrent la qualité à la quantité.
Pansement sans réunion immédiate, ni médiate.
Ce mode consiste à panser à plat, c'est-à-dire à couvrir une plaie d’un linge criblé et cératé, ou de plumasseaux couverts où non de cérat; mais alors on doit au moins protéger les bords de la plaie contre l'adhérence de la charpie au moyen d’une bandelette de ligne découpée et couverte de cérat (Voy. plus haut, t.2, p. 46). Si l’on s’est servi de linge troué, il faut toujours le recouvrir de charpie pour absorber le pus , pour protéger à la fois la plaie contre le froid et les chocs extérieurs. Enfin, il faut ensuite contenir tout l'appareil au moyen d’un bandage convenable.
Usages. On doit employer ce mode de pansement dans les plaies que l'on ne peut pas même réunir en partie, parce que la plaie est avec perte de substance, que les bords en sont trop éloignés, que la peau est trop courte, pour être rapprochée de celle du bord opposé (J'oyez en outre la section des pansemens en général, à la fin de ce volume).
PANSEMENS DES HÉMORRHAGIES,
Ils varient suivant les caractères des hémorragies. Orelles diffèrent suivant qu'elles sont produites par' une blessure, ce qui leur mérite lenomüetraumatiques, ou sontspontanées ; suivant que le sang vient d’une cavité ou d’une surface peu profonde; suivant que les hémorrhagies ont leur source dans les vaisseaux capillaires, dans les veines d’un médiocre volume et des artérioles , ou dans de gros troncs veineux et des artères assez grosses pour causer des hémorrhagies mortelles ; suivant que les plaies par où le sang s'écoule sont avec ou sans perte de substance et larges ou étroites; suivant que le sang se répand dans une cavité intérieure,
DES HÉMORRHAGIES. 509 dans l'intervalle des muscles, ou au dehors. Sans entrer dans tous les détails qu'exigeraient tant de différences, et sans, les diviser précisément d’après ces différences, nous en tiendrons compte dans nos généralisations et nous indiquerons rapidement les modifications qui constituent les différens pansemens des hémorrhagies ; mais auparavant, nous devons indiquer l’ensemble des moyens qu'on leur oppose. Or, ces moyens sont les réfrigérans, les astringens, les caustiques, la cautérisation, les absorbans, la compression , le tamponnement , la ligature, la torsion. Quant à la contusion ou à la mächure des artères, à la pérplication, au seton , à l’électro-poncture , ce sont des moyens qui ne peuvent prendre rang parmi ceux plus certainement utiles que j'ai indiqués d'abord, et que l'on possède. Mais parmi les moyens réellement efficaces, 1l en est qui sont des opérations chirurgicales proprement dites, et qui ne nous intéressent ici que par les pansemens qui les suivent.
Nous avons dit plus haut ce que sont les topiques réfrigérans , astringens, caustiques, ce que sont la cautérisation, les absorbans, et nous avons parlé de leur emploi.
La ligature consiste à passer un fil médiatement ou immédiatement autour d’une artère, à l’étrangler avec ce fil, et la torsion , à saisir le bout ou le corps d’une artère et à le tordre sur lui-même plusieurs fois, de manière à ce que l'artère ne puisse être détordue. Mais ce sont encore des opérations chirurgicales proprement dites, que je n'ai pas à décrire ici.
Le tamponnement consiste à bourrer l'intérieur d'un organe creux où une plaie avec des corps mous, spongieux, absorbans et même astringens, pour tarir une hémorrhagie qui y prend sa source.
Indications. 1° Une personne éprouve une hémorrhagie
bgo PANSEMENS
nasale spontanée, que les réfrigérans, les répercussifs et les révulsifs, comme les manuluves, les pédiluves , n’ont pu arrêter, et elle devient inquiétante par l’affaiblissement du malade ; chez une autre, c’est une hémorrhagie dentaire consécutive à l'arrachement d’une dent; on a excisé sur une troisième des hémorroïdes, et sur une femme un polype utérin ; une hémorrhagie grave survient, elle résiste aux aspersions, aux injections froides et astringentes; chez une quatrième c’est une hémorrhagie de l’intercostale produite par une plaie ; chez une autre encore elle est la suite de la taille sous- pubienne ; on a inutilement essayé de lier l'artère du bulbe coupée, et l'on n'ose tenter la ligature de la honteuse interne , qui pourrait même ne pas arrêter l’hémorrhagie à cause des communications assez volumineuses des artères dorsales de la verge l’une avec l’autre ; dans tous ces cas et d’autres analogues il faut recourir au tamponnement, unique et dernière ressource, mais ressource presque toujours assurée, quand il est applicable et bien fait. Préparation et application. Le tamponnement se pratique avec des tampons de charpie ou avec de l'agaric, de la . charpie et une compresse carrée, ou avec de la charpie et une bourse ou un sac «le toile, ou avec des bouchons de cire; on peut ajouter à ces moyens mécaniques des astringens liquides ou en poudre (Voy. plus haut, astringens, p.228). Si l’un se sert-de tampons seulement, on: en prend un très gros, aussi gros que peut le permettre l'ouverture par où l’on doit l’introduire. On le lie par le milieu de sa lon- gueur avec un cordon de filtrès fort, composé au besoin de six ou huit fils, de 5 décimètres environ ;on le graisse de cérat ou de beurre. On le saupoudre quelquefois avec des poudres astringentes, on le prend avec des pinces à anneaux par le milieu et on le pousse doucement, et au besoin on lui imprime, en même temps, un mouvement de rotation
DES HÉMORRHAGIES. 59x
pour le faire pénétrer dans la cavité où il ‘doit être placé. Cela fait, on écarte les deux chefs du cordon de fil dont
il est lié, et on glisse entre ces chefs d'autres tampons ; qu’on y entasse ; ceux-ci peuvent être liés ou non liés, chacun en particulier; mais s'ils sont liés, leur fil doit être coupé contre le nœud. Enfin on lie par-dessus un ‘gros et dernier tampon, les chefs écartés du premier; à mesure qu’on serre , la masse que les tampons forment par, leur ensemble s’élargit et presse à la circonférence.
Si l'on se sert d’une compresse , on la prend un peu fine, et plus grande qu'il ne faut pour arriver au foad de la cavité où elle doit être placée. Qn l'y introduit graissée et en la poussant par son centre avec le -doigt ou des pinces à anneau , fermées. On remplit ensuite avec de la charpie le cul-de-sac qu’elle forme, et quand elle est bien gonflée on en lie les quatre angles. |
Si l'on emploie un sac de toile, il doit aussi être choisi et placé avec les mêmes précautions que la compresse , bourré de charpie, et ies bords de son orifice doivent être fortement liés après qu’on a foulé la charpie dans l'intérieur.
Si l’on ne veul tamponner qu'avec de l'agaric, il faut le choisir doux, souple et tendre. On peut prendre un grand morceau de cette substance , le traverser près de son centre et dans deux points opposés à l'aide d’un cordon de fl fort, porter ce morceau dansle lieu où l'on veut le placer,bourrer entre les deux chefs du coton cardé, des morceaux irréguliers d'agaric, placer sur tous ces fragmens quelques morceaux plus larges et lier lesdeux chefs du cordon par-dessus.
On peut aussi se borner à bourrer la cavilé d’ou vient le sang avec des morceaux qui ne seront point embrassés par un fil.
Lorsque le sang vient du fond d'une alvéole, on tamponne la cavité avec un bouchon de cire, qui, se moulant exacte-
ment sur tous les enfoncemens, arrête souvent l'écoulement. Mais quelquefois ce moyen étant impuissant, il faut cautériser. J'ai arrêté par un tamponnement d’agaric bien fait , assuré par l'application des mâchoires l’une contre l’autre, et par la pression ainsi exercée sur le tamponnement , des hémorrhagies auxquelles la cire , les caustiques liquides et la cautérisation n'avaient pu mettre un terme.
Æpplication, Le tamponnement varie un peu, suivant les lieux où on le pratique.
T'amponnement des fosses nasales. Pour tamponner les fosses nasales, il faut avoir une sonde de Bellocq. Si l’on se trouve surpris et qu'on n'ait pas le temps des’en procurer, il faut prendre une baleine mince et assez étroite pour ne pas blesser les narines antérieures, où même une tige d’osier très flexible. On peut pratiquer à ces deux derniers objets un ou deux petits crans tout près de leur extrémité et sur les côtés, pour y attacher, plus tard, les fils des tampons.
Le tampon principal doit être assez gros pour boucher, à lui seul, hermétiquement , l’une des ouvertures posté rieures des narines; il doit, outre les deux bouts d’une ligature supérieure, porter une ligature inférieure , bien fixée au tampon et nouée à l'opposé de la supérieure ; enfin il doit être bien graissé de cérat ou de beurre.
La sonde de Bellocq, ainsi appelée du nom de son inventeur, est un instrument composé d’une canule et d’un stylet.
La canule a près de 3 décimètres de long ( moins d’un pied) sur 5 à 6 millimètres: d'épaisseur ou de diamètre {environ 3 lignes). L'une de-ses extrémités , celle qui n'entre pas dans les organes, et que je nomme externe, est évasée, et porte deux anneaux latéraux ; l’autre, qui entre au contraire dans les organes, et que j'appelle interne,
est ouverte et courbée en arc de manière à décrire au plus Un quart de cercle.
__ DES HÉMORRHAGIES. 593 Le stylet est une verge d’argent qui est contenue dans la canule, et ne la remplit point exactement. Il a près du double de Ja longueur de la canule ; il porte un anneau à l'extrémité externe, et un bouton ou renflement à l’interne; arrondi dans le tiers de sa longueur depuis son anneau, il est aplati d’un côté à l’autre dans le reste de son étendue. Cet instrument est élastique, et tend médiocrement à s’infléchir et à s’enrouler sur lui-même dans le sens de son aplatissement, et toujours du côté concave de la canule. Ce ressort, abandonné à son élasticité, ne doit pas faire sur lui-même plus d’un tour et demi dans toute la longueur de sa portion aplatie. Si on le pousse dans la canule en appuyant sur l'anneau qui le termine en dehors, l'extrémité boutonnée sort, tend à s’enrouler sur elle-même, et décrit une grande courbe qui prolonge celle de la canule ; si l'ont tire l'anneau à soi, l'extrémité interne du ressort rentre, et son bouton, parvenu au bout de la canule, en ferme louverture. EL Vous emploierez la sonde de Bellocq à placer à l’ouverture postérieure de la narine d'où vient le sang un tampon assez volumineux pour l'oblitérer entièrement. Voici comment vous pourrez y parvenir: vous porterez, après l'avoir graissée , l'extrémité interne de l'instrument dans l'ouverture antérieure de la narine où l’hémorrhagie prend sa source ; vous pousserez doucement la sonde en arrière en dirigeant en bas sa concavité. Lorsqu'elle sera parvenue dans le pharynx, le sujet ouvrira la bouche, vous élèverez le pavillon de l'instrument, et abaisserez l'extrémité opposée. Aussitôt que vous apercevrez cette dernière sous Île voile du palais, vous pousserezle styletavec te pouce de la main gauche engagé dans son anneau, tandis que lindex et le médius, passés dans les anneaux latéraux de la canule , la tiendront immobile. Alors, l'extrémité boutonnée du siy- J!, 36
let se recourbera d’arrière eu avant sous le voile et la voûte du palais; vous attacherez solidement les deux bouts de la ligature supérieure du tampon autour du stylet, au-dessus du bouton ; vous ramènerez le stylet dans la canule, et, retirant doucement celle-ci des fosses nasales, vous entrainerez la ligature et Le tampon lui-méme dans la bouche et la gorge; vous l'aiderez, avec l'indicateur et le doigt du milieu de la main droite, à franchir le voile du palais , qu'il tendra à renverser en arrière et.en haut en l'entrainant. Continuant à tirer doucement sur la ligature, qui sortira en ce moment par le nez, vous fixerez solidement le tampon dans l'ouverture postérieure de la fosse nasale où il doit être placé ; vous l'y entasserez avec le doigt porté derrière le voile; ensuite vous détacherez la ligature d’après la -sonde, vous en écarterez les deux bouts , vous placerez dans leur intervalle ; et sur la narine par où elles sortent, une boulette de charpie ferme, sur laquelle vous les nouerez solidement ensemble. Les choses en étant là, il vous restera la ligature inférieure, qui péndra au dehors en passant par la bouche, et qui est destinée à retirer le tampon, si celui-ci estmal appliqué à la première tentative, soit qu'il n’ait pu l'être convenablement , à cause d’un excès de volume, soit par la raison contraire. Ce bout de la ligature doit être réuni hors de la bouche à celui qui sort par le nez, pour être fixé vers l’ oreille, + au moyen d'un petit morceau de sparadrap.
Si, faute d'une sonde de Bellocq', vous êtes obligé de vous servir d'une tige de baleine ou d’osier, vous la porterez par son extrémité échancrée à travers la fosse nasale affectée, jusque dans le pharynx, comme la sonde de Bellocq; vous irez en accrocher l'extrémité interne avec l'indicateur de la main droite porté dans la gorge par la bouche que le patient ouvrira largement; vous l’attirerez en avant,
DES HÉMORRHAGIES. 595
vous y attacherez les extrémités de la ligature du tampon, vous l’entrainerez ensuite contre et daïis l'ouverture postérieure des fosses nasales ; vous retiendrez dans la bouche le fil destiné à retirer le tampon par en bas; et vous terminerez l'opération comme vous le feriez avec la sonde de Bellocq. | jé À
Les tampons ainsi placés s’humectent promptement de sang, et plus tard de mucus. S’ils sont trop minces, le sang coule à travers. Dans le cas contraireil se coagule, plus tard il s'altère, dégage une mauvaise odeur dans la bouche et sous le nez. Mais comme les narines sont bouchées en avant par le tampon antérieur , comme en arrière , l'odeur n’est pas ordinairement sensible pour le malade. Il n’est incommodé que par la pression des tampons. L'image dégoütante de celui qui est placé sous le nez, et d'où suinte souvent au bout de quelques heures du sang et des mucosités altérées, donne souvent envie d'enlever le tamponnement. Mais il faut prendre garde de trop se hâter. Il faut non-seulement donner au sang le temps de se coaguler solidement dans les narines, de fermer les ouvertures, d’où vient l’hémorrhagie, mais il faut tâcher qu’elle ne se renouvelle pas. En conséquence, il faut faire conserver le tamponnement d’autant plus long-temps que l’hémorrhagie a été plus grave et plus dificile à arrêter, nettoyer un peu le tampon extérieur et la face, -et attendre un, deux jours, même davantage encore, avant d'enlever le tamponnement.
Pour enlever celui-ci on dénouera le fil noué sur le tampon extérieur, on retirera celui-ci, on coupera dans le nez la ligature supérieure du tampon, on l’ébranlera et on le poussera d'avant en arrière au moyen d’une pince à pansement, d’une sonde de femme introduite dans la narine correspondante , et on le retirera au moyen de la ligature conservée dans la bouche.
596 PANSEMENS | Remarque. On à aussi proposé de tamponner les fosses nasales avec des vessies, des intestins introduits dans les fosses nasales pour y être insufflés. Ces moyens recherchés ne valent pas le tamponnement que nous venons de décrire. Tamponnement de l'extrémité inférieure du rectum. Pour le pratiquer, des pinces à anneaux ou les doigts même suffisent.
Portez le premier tampon, qui doit êtré très volumineux etbien graissé, dans ouverture de l'anus, et de là poussezle dans l'intestin , soit avec des pinces, soit avec les doigts de la main droite, jusques et immédiatement au-dessus de la source de l'hémorrhagie, en tenant les deux extrémités de la Jigature du tampon avec la main gauche. Placez ensuile entre les bouts de la ligature de ce premier tampon d’autres tampons plus petits, dont les fils qui les lient soient coupés près du nœud. Remplissez-en l'intestin jusqu’à l'anus, en les plaçant de maaière qu'il yen ait qui occupent le centre sans toucher à la circonférence du rectum , afin de pouvoir les retirer sans déranger ceux qui seront à la circonférence, si l’irritation qu’ils produiront par leur pression excentrique devient insupportable etalarmante. Placez enfin par-dessus le tout un second tampon volumineux ; puis, tandis que vous ou un aide le soutiendrez avec le doigt de la main gauche, attirez à vous les bouts dela ligature du premier tampon, et nouez-les solidement sur le dernier. T'amponnement du périnée après la.taille. W diffère de celui du rectum en ce que l’on commence par placer dans l'angle inférieur de la plaie une canule d'argent ou de gomme élastique, que l’on fait plonger de deux centimètres environ (un peu plus d’un pouce) dans l'ouverture pratiquée à la vessie. Cette canule, jusqu’au point où elle pénètre dans le réservoir de l'urine, doit être entourée d’une bandelette de linge arrêtée solidement avec ‘un fil. Ce
DÉS HÉMORRHAGIES. 597 tamponrement d'ailleurs ne s'étend pas jusque dans la plaie de la vessie.
Le tamponnement du vagin se pratique comme celui du rectum.
Au rectum, au périnée et dans le vagin, les tampons doivent être soutenus par un T double du bassin (Voy. double T'du bassin) bien serré.
Dans le tamponnement au moyen d’une compresse bursiforme, on doit prendre un sac de toile molle, plus large que la cavité, et la bourrer de charpie ou de coton, pour qu’en la gonflant de dedans en dehors elle dilate la plaie et comprime exactement à la circonférence.
Effets et propriétés. Un tamponnement est toujours pénible pour le malade.
Au rectum , au vagin et au périnée, il exerce une pression excentrique très fatigante, qui cause aux malades «les envies d'aller à la selle insupportables. Ces envies les excitent à des efforts auxquels ils doivent éviter de se livrer. Il faut les prévenir de ces envies, et leur faire comprendre le danger de faire des efforts pour les satisfaire.
Au périnée, il peut encore déterminer, par l'irritation qu'il cause, une inflammation grave, en sorte qu on n’y doit recourir qu'à la dernière extrémité.
Les divers tamponnemens répondent d’ailieurs généralement à l'intention du chirurgien, s'ils sont bien exécutés.
Au nez, lorsque le sang ne peut plus s’écouier, il remplit les fosses nasales, s’y coagule, et obstrue lui-même la source de l’hémorrhagie.
Au rectum, dans le vagin et au périnée, elle s'arrête par un mécanisme analogue. En effet, le sang s'y coagule au delà ou à la circonférence des tampons, se moule sur les bouchées vasculaires qui le vomissent, et concourt pour
598 PANSEMENS beaucoup à empécher qu'il n’en sorte davantage, et à favoriser l’oblitération des vaisseaux. A
Soins consécutifs. Les tamponnemens doivent être surveillés par le chirurgien lui-même, ou par un aide fort intelligent, afin de s'assurer qu’ils remplissent l'intention pour laquelle on les emploie, et que l'hémorrhagie ne conünue ni à l'extérieur, ni à l’intérieur. Ceux du rectum doivent l'être encore, parce qu'il arrive aux malades ou de vouloir les enlever pour céder au besoin d'aller à la selle, besoin qui les tourmente , ou de s’épuiser irrésistiblement en vains efforts pour les satisfaire. |
Si le malade pälissait, s’affaiblissait graduellement et paraissait menacé de tomber en syncope, il faudrait retirer l'appareil pour le mieux replacer. L'expérience prouve que dans les hémorrhagies des fosses nasales, un malade, privé de raison, peut avaler sans cesse le sang qui en vient et tombe dans la gorge, lorsque le tamponnement est mal fait ; que chez un autre, où l’on a entassé des tampons dans la partie inférieure du rectum , le sang peut s'accumuler audessus dans l'intestin ; que chez un troisième, où l’on a tamponné le périnée, il peut couler dans la vessie ;:que chez une femme où le vagin est tamponné, la matrice peut se laisser distendre; ct que tous ces malades peuvent mourir Sans que l’hémorrbagie se remontre à l'extérieur.
Si les forces et le pouls se soutiennent ,-et que rien n'annonce la continuation de l’hémorrhagie à l’intérieur , il est à espérer au bout de vingt-quatre heures qu’ellene reparaitra. plus. Cependant on ne peut pas se permettre alors de lever l'appareil. On le retirera d’autant plus tard que les vaisseaux d’où provenait le sang sont plus volumineux. En général, on peut l’enlever au bout de trois ou quatre jours , et au périnée on doit attendre que la suppuration le détache, comme on fait pour toutes les plaies
DES HÉMORRHAGIES. 5gg où l'on applique soit de la charpie, soit d’autres substances. Si cependant l'irritation qu’il détermine dans cetle dernière région s'étendait au bassin, à l'abdomen, et qu’elle
“menaçât le malade d’une inflammation du bas-ventre, il serait prudent de retirer quelques tampons du centre, afin de diminuer la pression excentrique d'où vient tout le mal, et en outre d'avoir recours aux antiphlogistiques.
1° Pansement des hémorrhagies capillaires traumatiques. Ces hémorrhagies s'arrêtent ordinairement d’ellesmêmes au bout de peu de temps. Cependant il y a des affections locales, comme les tumeurs fongueuses sanguines; ou générales, comme le scorbut, une prédisposition hémorrhagique, dans lesquelles une ponction, une écorchure, une blessure légère quelconque, une hémorrhagie spontanée qui
a sa source dans le nez, le rectum , l'utérus, peut être suivie d’un écoulement de sang extrémement difficile ou même impossible à arrêter. Si, dans la plupart des cas, on peut sans danger abandonner une hémorrhagie capillaire à elle-même, il n’en est pas de même dans les derniers. Mais on ne le fait même pas dans les autres, parce que, une hémorrhagie fût-elle la suite d’une légère coupure au bout du doigt, on s’impatiente d’être taché de sang ou d’être
obligé, pour l’éviter, de prendre des précautions, et on ne l'abandonne pas à elle-même. | Le Si la plaie est étroite et profonde, si elle siégeaux membres ou dans les parties extérieures de la face, de la poitrine et du bassin, on doiten fermer l'ouverture et en comprimer le trajet connu ou supposé avec une compressé etun bandage ou avec des pièces d’agaric de diverses grandeurs, qu'on dispose en pyramide renversée sur la plaie,sur son trajet, et que l’on maintient au moyen d’un bandage convenable.
Faute d'agaric, on se contenterait de charpie, de papier et
de tout autre corps mou. A la place d’un bandage de toile,
Goo PANSEMENS
on pourrait très bien employer des bandelettes de sparadrap, qui entoureraient la partie blessée d’au moins un tour et demi. On pourrait même, dans quelques cas, se servir d'un bandage mécanique s’il remplissait bien l'indi-* cation. | |
Si la plaie était large , la réunion à l’aide des bandelettes agglutinatives serait d’abord indiquée , la compression ensuite par-dessus, au moyen de charpie, d’éponge où mieux d'agaric et d’un bandage approprié.
Ces moyens sont-ils insuffisans, et on peut le prévoir si l'écoulernent du sang est très abondant pour unehémorrhagie capillaire, alors il faut tamponner l’intérieur et la surface de la plaie au moyen d’agaric ou de charpie. Pour assurer l'action mécanique de ces moyens, on peut les plonger dans de la poudre astringente de résine, de colophane, de sulfate d’alumine et de potassel, etc. ; ou dans des poudres plus astringentes encore où même caustiques , telles que celles de sulfate de cuivre, de fer, de nitrate d'argent. Ensuite on applique par-dessus le tout un appareil compressif.
Ces moyens sont-ils impuissans, on lève l'appareil , on nettoie la plaie de ses’caillots, on l'agrandit un peu au besoin; lorsqu'on est sûr que lesang ne vient point d’un vais- . Seau apparent'assez volumineux pour être lié, on cautérise au fer rouge jusqu'à’escarrifier la plaie, et, au besoin ou dans le doute, on réapplique encore l'appareil précédent.
| Si tous ces moyens sont insuflisans , que la blessure soit dans un membre, on comprime en outre le tronc vasculaire principal, etaufbesoin on enffait même la ligature. Avant de prendre cette’résolution, il faut s'assurer qu'il n'y a pas une compression accidentelle entre le cœur et la plaie, qui, génant le retour du sang veineux, entretiendrait une hémorrhagie capillaire. Si le sang se répand et s'infiltré dans
DES HÉMORRHAGIES. 6or
le tissu cellulaire, agrandissez la plaie, évacuez le sang et pansez comme dans les plaies larges, à moins que la suppuration ne soit dangereuse dans le lieu de la blessure. S'il s’'accumule en grande quantité dans une séreuse, comme la plèvre ou le péritoine, que l'hémorrhagie se suspende , il faut attendre qu’elle soit solidement arrétée, et que l'épanchement cause des accidens , tels que les symptômes avant-coureurs de l’inflammation, pour évacuer le sang.
20 Pansemens des hémorrhagies des veines médiocres. Comme ces hémorrhagies s’arrétentspontanément, sans syncope ou par syncope, il est facile d'y mettre fin. La compression suffit, et elle doit être modérée, pour ne pas irriter la plaie, qui se traite d’ailleurs d'après les principes exposés plus haut en parlant des plaies.
3° Pansemens des hémorrhagies des grosses veines et des veines rapprochées du cœur, c’est-à-dire des veines sousclavières, jugulaires internes, fémorales au pli de laine, iliaques et caves. Abandonnées à elles-mêmes , ces hémorrhagies donnent facilement lieu à la mort, pour peu que la lésion de la veine soit considérable ; mais la mort peut arriver promptement par deux mécanismes diflérens : par l'hémorrhagie et par l'aspiration de Pair, quand les veines sont voisines du cœur. La mort parle dernier n’est pas aussi facile qu'on le prétendait encore lorsque MNT. Adelon, Blandin, Barthélemy, Velpeau, Moreau, Bouillaud et moi avons éé chargés par l'académie de médecine de vérifier les expériences de M. Amussat ( Bullet. de l Acad. roy. de Méd. t, II, 182, 280, etc. ).
La compression directe peut arrêter l’hémorrhagie, mais il peut en résulter une inflammation veineuse , des abcès viscéraux et enfin la mort. C’est ce que j'ai vu chez un jeune homme où la veine saphène interne se trouva coupée à son entrée dans la crurale. La compression que je fisarrêéta l'hé-
morrhagie qui était terrible;mais au bout de douze ou quinze jours le blessé mourut avec des abcès dans les poumons et une inflammation de la veine fémorale.
On peut encore suspendre et même arrêter définitivement une hémorrhagie des grosses veines par une compression momentanée faite au moyen d'une légère pression exercée avec les doigts sur l'ouverture de la veine. Quand la lésion est petite, l'écoulement du sang peut même s’arrêler très vite. Béclard racontait avoir vû s'arrêter ainsi é Sous le doigt, une hémorrhagie de la veine fémorale au pli de laine, pendant que l’on préparait l'appareil compressif.
Les expériences de M, Amussat ont démontré malgré lui une vérité que je ne cesse de répéter dans mes lecons, mes ouvrages et les discussions scientifiques , savoir : que les experiences sur les animaux donnent rarement lieu à des résultats identiques, mais ordinairement à des résultats variés. Voilà ce qu’un examen sévère et non arbitraire montre de la manière la plus manifeste à quiconque observe sans prévention , qualité de l'esprit toujours trop rare, et qui en remplace une infinité d’autres.
On peut arrêter ces hémorrhagies par la compression et la ligature, quand elles ne viennent pas des veines caves, en un mot d'un point inaccessible. |
La compression peut se pratiquer à l’aide de morceaux d'agaric , à l’aide d’une pelotté de charpie ;.placés sur l’ouverture de la veine blessée et maintenus par un bandage contentlif. - DA Fi
Il n’y a réellement rien à faire quand les veines ont aspiré de l'air au moment de l'aspiration de la poitrine. Tout au plus est-il permis de comprimer la poitrine autant que possible et à plusieurs reprises , comme le faisait Nysten., avec succés, sur les animaux yivans chez lesquels il étudiait l'aspiration veineuse. Il est clair que si l’on avait recours à
DES HÉMORRHAGIES. 603
ce moyen dont les avantages sont si douteux chez l'homme, il faudrait tenir la plaie de la veine fermée pendantl'aspiration de la poitrine, et ouverte pendant que l'on comprimerait le thorax. Il faudrait bien alors découvrir l'ouverture veineuse, pour permettre à l'air ou à l'écume sanglante de s'échapper du vaisseau; maïs il faudrait ne pas manquer de couvrir la plaie de la veine avant de cesser la compression, afin d'éviter la rentrée de l'air dans le vaisseau , à l'instant où la poitrine , cessant d’être comprimée , se dilaterait de nouveau par son élasticité.
La ligature se fait de deux manières : tantôt on étrangle la veine cireulairement au-dessus et au-dessous de la plaie, tantôt on pince les bords de la blessure faite au vaisseau, et on ne lie ainsi qu’une portion de la circonférence de la veine ; alors on fait de véritables opérations chirurgicales, et non des pansemens. Aussi je me borne à les indiquer.
4 Pansemens des hémorrhagies artérielles qui s’arrétent spontanément. La cessation spontanée de l'écoulement du sangs’observe surtout : 1° à lasuite de la solution de continuité d’une artère par déchirure , par arrachement d'une artère, même aussi grosse que l’axillaire, ainsi qu'on l'a vue avec étonnement d’abord ; 2° à la suite de la solution de continuité d’une artère médiocre par contusion ; à la suite d'une incision longitudinale de six à huit millimètres (trois à quatre lignes ), et surtout d’une incision oblique ; 3° on l’observe même à la suite de la section transversale entière d'une artère, ou à la suite d’une section transversale qui comprend le quart d’une artère du volume de la radiale. On a même vu le sang s'arrêter dans la section de la moitié d'une artère , mais cela est très rare. Ces assertions sont fondées sur des observations faites sur l’homme, et surtout sur les expériences de Jones , répétées par Béclard, et d’autres sur les animaux vivans, où le sang s'arrête bien plus
facilement que chez l'homme. Aussi, pour cette première raison, et parce que la suspension de l'hémorrhagie n’est pas constante, même dans les animaux, et les chiens en particulier, il fauttoujours agir comme sil’hémorrhagie devait continuer ou reparaître lorsqu'elle s’est déjà suspendue. Il faut agir comme dans les hémorrhagies artérielles, qui ne s'arrêtent point spontanément et entraînent habituellement la mort des malades, qu’elles viennent d’une petite ou d’une grosse artère, car elles peuvent prendre leur source dans les unes et dans les autres.
Or, les moyens de traitement indiqués dans ces deux ordres d'hémorrhagies sont : 1° en général, la ligature ou la torsion de l'artère blessée ; 2° quelquefois la compression ; 3° plus rarement encore une suture entortillée ou la cautérisation du vaisseau blessé.
De tous ces moyens, la ligature et la torsion sont des opérations chirurgicales proprement dites dont je n’ai point à parler. Mais à la suite de ces opérations il reste une plaie à panser par réunion médiate et incomplète, compliquée de la présence d’une ou plusieurs ligatures (Voy. plus haut),
La compression, au contraire , est une véritable opération de pansement, On peut l'appliquer sur la blessure même , au-dessus et sur tout le membre blessé.
La compression sur la plaie se pratique avec de la charpie seule ou imprégnée d’un liquide réfrigérant, astringent, d’une poudre tonique astringente, comme la colophane, le sulfate de fer, etc.; un corps non spongieux, une pyramide d'agaric, imprégnée ou non de liquides et de poudres astringentes, convient également. On peut aussi placer sur la blessure dans quelques cas, par exemple dans la lésion de l'artère brachiale pendant la saignée de l'avant-bras, une pièce de monnaie enveloppée de papier ou de linge mouillé. Ensuite on maintient la charpie, l'agaric ou la
DES HÉMORRHAGIES. 609 pièce de monnaie, au moyen d’un bandage circulaire, spiral ou croisé , fortement appliqué sur la partie malade.
La compression sur la plaie est trop douloureuse pour être appliquée avec avantage; aussi on n’y a presque jamais recours, et encore est-il nécessaire que l'artère soit peu volumineuse , et qu’elle puisse être comprimée contre un plan résistant, contre un os, par exemple , comme l'artère temporale contre l'os de même nom, la brachiale en dedans de lhumérus, et même, au devant de l'extrémité inférieure de cet os.
On ne comprime guère que momentanément au-dessus du point où se fait une hémorrhagie, parce que la ligature et la torsion sont de beaucoup préférables. Quand on le fait, au reste, c'est au moyen du garrot, du tourniquet ct du compresseur dont il a été question (t.I, p. 348).
Comme la compression exercée sur une blessure au moyen d'un bandage circulaire ou croisé, ne comprime et n'étrangle qu'un point de la longueur d'un membre, et cause l’engorgement des parties placées au-dessous, on a dû penser à comprimer un membre dans toute son étendue, depuis son extrémité jusqu'au-dessus de la blessure. Mais ce procédé, aussi bien que les précédens, doit céder le pas àla torsion, et surtout à la ligature de l'artère blessée, quand la ligature est possible. |
La suture entortillée , employée à la suite de l'opération du bec de lièvre, et sur plusieurs points de la face, arrête sans doute l'hémorrhagic d’artères médiocres , comme les labiales, mais c'est un moyen spécial, et d’ailleurs une opération chirurgicale proprement dite.
Il en est de même de la cautérisation des artères ranines, des dentaires et de quelques autres : c'est encore un moyen spécialque je me borne à indiquer, et non une opération de . pansement.