DES PLAIES ET DES HÉMORRAGIES
douleur. » Je ne pärle pas des deux autres, qui étaient celle des chevaliers teutoniques et celle de quelques fripons ou charlatans qui s’en rapportaient à la magie, à des moyens superstitieux. Ce même Guy de Chauliac a longuement développé les principes de ses prédécesseurs anciens et modernes sur le traitement des plaies; il donne surtout très bien les sutures, dont il admet plusieurs espèces, et auxquelles il ajoute la suture sèche. Il indique encore, avec beaucoup de soin, la manière d'employer les bandes et les coussins pour rapprocher les bords de la plaie et reproduit ce qu'Avicenne avait déjà dit (loc. cit.) à cet égard. Le traitement des accidens et l'emploi des moyens topiques sont aussi très clairement exposés.
Cependant, dès le XIV” siècle, une invention qui avait révolutionné l’art de la guerre, avait aussi créé, pour le chirurgien , un nouveau genre de plaies à traiter ; et c’est en vain que Percy s'est efforcé, par quelques citations prises dans l'antiquité, d’assimiler les plaies par armes à feu à celles des projectiles lancés par les frondes; l’étonnement et les recherches des chirurgiens de l’époque de la renaissance, au sujet des blessures produites par }e projectile que lance la poudre à canon, prouvent bien que cette analogie n'était pas aussi frappante que le veut Percy. J. de Vigo paraît être le premier qui se soit spécialement occupé de ces blessures. Cest lui qui établit la fameuse doctrine de la vénénosité des plaies d'armes à feu. Voici, au reste, son opinion à cet égard : « Doncque nous disons que icelles plaies sont composées en trois espèces : la première est contusion, faicte de la pierre qui est ronde; la seconde est combustion, à cause du feu; la tierce est que ladite plaie est vénéneuse, à cause de la pouldre. » Il ajoute qu’il faut surtout s'attacher à combattre la vénénosité, tout en convenant que celle-ci n’est pas aussi dange-
Or HISTORIQUE DU PANSEMENT
reuse que celle d'un charbon ou d’un anthrax. On peut donc saigner. Il vante beaucoup le cautère actuel, l’onguent œgyptiac où l’huile bouillante, comme moyen local pour s'opposer à la putréfaction, laquelle, dit-il, pourrait procéder de la contusion de la pierre. Ainsi, Vigo ne cautérisait pas pour combattre le prétendu venin de la poudre, mais la gangrène , que, suivant Popinion des anciens et surtout de Galien, devait produire l’attrition des parties ; ses idées n'ont donc pas été fidèlement interprétées par les auteurs venus après lui. Après lacautérisation, il employait les émolliens, l'huile rosat, le jaune d'œuf, le beurre fondu, les décoctions de mauve, de violettes, etc. ; ajoutons qu'il conseille de débrider les plaies trop étroites afin de favoriser l'issue des matières (Jde Vigo, liv. ILE, traict u, chap. 3, trad. fr., in-8, p. 166 verso). On connait le hasard qui apprit à Amb. Paré l'inutilité de ces cautérisations, dès l’année 1237, au siége de Turin (OEuv. de Paré, liv. IL, 1° disc. sur les pl, d'arquebuse, et Apologie des F oyages). Non-seulement ce grand homme réforma la pratique sous ce point de vue, mais il réfuta encore Vigo sur la véné- nosilé et l’état de combustion des plaies par armes à feu, Paré changea complétement le traitement des plaies par armes à feu, et au caustique, aux suppuratifs énergiques, il substitua les adoucissans et les dessiccatifs. Toutefois , et Paré lui-même en convient, dès le même temps plusieurs autres chirurgiens , tant français qu'italiens , employaient les mêmes moyens; -mais on doit à cet illustre chirurgien d'avoir hautement professé et répandu les doctrines que nous venons d'exposer; du reste, il dilatait aussi les plaies, pour donner issue, dit-il, à la sanie et aux corps étrangers (2° disc.; et liv. x1, chap. 3et 5). Quantaux plaies ordinaires, il ne parait avoir rien donné de nouveau; il insiste seulement sur l'utilité de la réunion et l'abus des