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APPAREIL DE FRACTUUES A DIX-HUIT CHEFS

Usages. Tombe dans une disgrâce un peu me'rite'e, cet appareil ne peut d'ailleurs s'employer que pour les fractures du bras, de l'avant-bras et de la jambe, coniplique'es ou non complique'es de plaies. Il diffère du précédent , principalement parceque les bandelettes séparées y sont remplacées par un bandage à dix-huit chefs.

Cependant comme il peut servir pour les fractures

(1) Ouv. cité , p. 57 et 58. — (5) là. p. ^8. V. aussi lès iiiC'ines figur. dans l'Encyclop., pi. 0(>.

des membres iniërieiirs ; comme dans ces fracliires il faui toujours placer des coussins enire les atieiles et le membre pour combler les vides; comme il est avantageux d'employer en même temps que le bandage à dixhuit chefs , un porie-atlelle et des liens pour envelopper les attelles et tout l'appareil , il faut le mettre en usage avec tous les accessoires des bandelettes se'pare'es dans l'appareil de ce nom.

Le bandage à dix-huit chefs est formé de trois pièces de linge d'une largeur c'gale à la longueur de l'os fracture' auquel on le destine , d'une longueur suffisante pour faire un tour et demi autour du membre casse. Placées l'une sur l'autre de façon qu'elles se recouvrent exactement, elles sont cousues ensuite en travers d'un bord à l'autre dans le milieu de leur longueur, fendues chacune à ses extrémités et perpendiculairement à la couture (en trois chefs égaux). Ces chefs sont séparés comme dans la fronde à six chefs (P. IV, F. xii, 7}, par un plein intermédiaire dun quart au moins de la longueur des pièces , en sorte que le bandage a bien neuf chefs à chaque extrémité, et dix-huit chefs en tout, comme l'indique son nom.

application. Dans les fractures des membres supérieurs , la réduction en étant faite, la charpie, des compresses, sont d'abord appliquées sur le membre , si des plaies, ou un engorgement quelconque le réclament. Ensuite le bandage à dix-huit chefs est appliqué par son plein derrière ou dessous le membre ; les chefs du milieu, puis les inférieurs et enfin les supérieurs sont successivement portés Fun sur l'autre, et entre-croisés avec ceux du côté opposé autour de la fracture. On a dû les rnouiller d'une liqueur résolutive pour que leur application fût plus exacte. Enfin on achève l'application de l'appareil par celle des attelles, que Ton n:îainiient avec

des liens, connue on le iliiL en se servant du bandage que nous venons de de'crire sous le nom àUippareil à banddeiles séparées.

Dans les fraclurcs des membres inle'rieurs le bandage à dix-huit chefs , placé d'abord sur le porte-attelle, est glisse' sous le membre. La fracture réduite, on mouille le bandage d'une liqueur re'solutive, puis on fait l'application de la charpie et de compresses , s'il y en a à employer, ensuite celle du bandage lui-même; enfin celle des attelles et des liens , et prc'cise'nient comme dans l'application de l'appareil à bandelettes se'parées.

Ce bandage est abandonne' parcequ'il est infiniment moins aise' à rechanger sous un membre fracture que les bandelettes séparées , ainsi qu'on le verra plus bas.

IVSOUS-GENRE.

APPAREIL EXTENSÏF DE FRACTt'RES A ATTELLES PERFOREES

(P. XYIII).

A cet appareil se rapportent celui de Vermandois, celui de Desault et celui que je vais décrire. Ce dernier n'est qu'une modification des deux premiers. Cet appareil, ayant pour caractère essentiel d'avoir des attelles perforées, et d'offrir la facilité de faire, en deux sens opposés, l'extension du membre fracturé, au moyen de liens passés dans les mortaises des attelles, j'ai cru pouvoir le nommer d'après ce caractère, pour le distinguer d'avec les autres appareils exlensifs.

Usages. On ne l'emploie que dans les fractures de la cuisse; et si on le met (piclquefois en usage pour celles de la jambe, c'est lorsque les os en sont cassés assez obliquement pour que l'action musculaire produise leur chevauchement et par suite le raccourcissement du membre.

GEIN'RE VU. APPAREILS DE FRACTURES. /p7

Indications. Les fraclures du fëniur et des os de la jambe e'iant souvent accompagnées de raccourcissement, les chirurgiens, depuis les Grecs, ont pense qu'il y aindicalion de soumettre le membre tout droit e'iendu à une traction plus ou moins e'nergique pour re'duire la fracture lorsqu'il y a de'placement des fragmens , et de le soumettre dans cet état de rectitude à une extension dite continue ou permanente pour contenir la fracture lorsqu'elle est réduite.

Comme les fractures du fémur sont aussi ordinairement accompagnées de la rotation du membre et de la pointe du pied en dehors , on a encore songé à s'y opposer, et c'est pour répondre à ces deux indications principales qu'a clé imaginé et modifié l'appareil que je vais décrire.

Disposition. Cet appareil se compose du bandage à bandelettes séparées, de coussins et d'attelles fenêtrées , munies seulement de lacs estensifs avec leur porteattelle, enfin de liens. C'est donc par les attelles et leurs lacs exiensifs que l'appareil dont nous allons parler se caractérise, comme nous l'avons dit. Au nombre de trois , ces attelles sont toutes trois différentes. L'attelle externe s'étend depuis le flanc jusqu'au-delà et en dehors du pied (P. XV III, ib, 47)5 l'interne s'applique en dedans de la jambe, depuis le pli de la cuisse jusqu'au-delà du pied, comme la précédente (même P. , 45) ; la troisième doit être couchée au-devant de la cuisse et de la jambe, depuis l'aine jusque près du coude-pied (même P., 28, 58).

La première doit présenter une échancrure à ses deux extrémités, et de plus , à deux travers de doigt, deux mortaises assez larges pour y passer une bande (P. 18, 47, et 20, 44).

La seconde doit être arrondie ou carrée à une extré-

458 CLASSE II. BANDAGES Ml':;CANlQUES.

mile, echancre'e à l'opjDOsëe , el offrir encore près de rccliancrure une moriaise analoi^ne à celle de la précède nie (même P. , /|5).

La troisième a ses deux exlre'milés arrondies ou carre'es (même P., 9.^, 58).

Les lacs exlensits sont au nombre de deux ; l'un doit s'appliquer à l'aine (même P., 21) , et l'autre au pied (même P., 41 > 4^1 4^) 47)- I^^ doivent être faits tous deux avec une bande terme et solide de quatre doigts de large , longue de deux mètres (près de deux aunes) , et pliée en deux sur sa longueur.

^application. On ne doit employer l'appareil de De- SAULT , dont nous venons de parler , que lorsque Tirrilaiion musculaire , les contractions spasmodiques consécutives à une fracture sont totalement dissipées.

L'appareil pre'pare' , on le déploie en partie sous le membre malade , si le sujet est couché; puis on réduit la fracture. On confie ensuite le pied à un aide qui le lient immobile, tandis qu'un autre fixe le bassin et achève de dérouler l'appareil , pour en commencer l'application, comme celle de l'appareil à bandelettes séparées. On applique donc successivement les compresses et les bandeielles; on garnit le pied par-derrière le lalon et sur son dos avec des compresses défensives , puis on applique sur le tendon d'Achille le milieu d'une des bandes pliée suivant sa longueur; on amène les deux chefs sur le dos du pied pour les y croiser en X, les porter en sens inverse sous la plante du pied , les y enlre-croiser , retourner sur le dos du pied , les y croiser encore (même P., 4 1 ) > i"<?o^b"^'-' ^'^ tendon d'Achille pour les y croiser encore , et continuer ainsi trois ou quatre fois en faisant un huit de chiffre , dont les circonvolutioiis a;iissent sur une ijirande étendue. On abandonne ensuite les deux chets resians à l'aide chariié de

GENRE Yll. APPAREILS DE FRACTURES. 4^9

mainlemr le pied pendant rapplicaiioii de Tappareil , puis on enroule les allelles exierne et interne d;ins les bords latéraux du porte-attelle jusque près du menjbre (même P., 23, 3o, 42); on place les coussins latéraux entre les attelles (même P., 26, 55) , de manière qu'ils dépassent un peu le pied , et que 1 interne par en haut puisse se replier en dedans , enlre îe pli de la cuisse et rextrëmitë de i attelle, pour préserver la peau de la pression de Faiteile et du lac contre-extensif au moment où l'on fera l'extension du membre. On e'tend un coussin sur toute la longueur du membre par-devant (même P. , 22 ^ 09) avec son attelle par-dessus (même P. , 24, 58j, et Ton noue les liens de l'appareil sur le bord de l'attelle externe ou de celle qui est étendue sur le membre (même P. , 27, 29, 52, 54, 57}. Le membre se trouvant alors maintenu dans sa circonférence, l'aide qui ëlait chargé de contenir le pied engage les chefs du lacs extensif, l'un dans une mortaise, l'autre dans l'autre (même P. , 44) ■> '^^ amène chacun de leur côté dans i'échancrure de l'attelle correspondante, et les noue ensemble sur le bord de I'échancrure de cette attelle par un nœud simple (même P. , 4?) 1 tenant toujours les deux chefs de la bande pour serrer le nœud lorsqu'il sera temps.

Cependant l'aide qui était chargé d'assujettir le bassin, ou le chirurgien lui-même, passe le lacs contreextensif dans le pli de la cuisse , il en applique le plein sur l'extrémité du coussin interne , pliée en dedans , il en glisse un bout par-dessous la fesse et l'attire en dehors de la hanche , il y amène aussi l'autre bout en passant par-devant sur l'extrémité supérieure du coussin antérieur (même P. , 22) pour éviter de blesser la peau ; puis il engage de dedans en dehors une des extrémités ciu lacs dans la mortaise de i'aitelle (même P., 20) , et la iicue

46o CLASSE H. BANDAGES MÉCANIQUES,

d'abord par ;m nœud simple (même P., 19) avec l'opposée sur récliancrure même de l'altcllc. Alors les deux lacs doivent êire serres en même temps et doucement, juscpi'à ce cpie le patient éprouve un léyer sentiment de tiraillement dans le membre malade, et ensuite leurs chefs sont bouclés ensemble chacun de son côté.

Le lacs extensil est placé sur le pied et non sur la cuisse dans les fractures du témur , afin de ne pas comprimer, irriter et exciter à se contracter les muscles qui passent sur la fracture, et dont l'aloni^ement est nécessaire pour redonner au membre la longueur qu'il a perdue par le i^lissement des fragmens l'un sur l'autre.

On doit déployer les circonvolutions du lacs extensif sur la plus grande surface possible pour faire partager la pression de l'extension par un plus grand nombre de points , et la diminuer d'autant pour chacun.

C'est encore pour diminuer l'action de la compression des lacs sur la peau qu'il faut garnir le pied de compresses et de coton; c'est par la même raison que je recommande de faire passer le lacs conire-extensif au pli de la cuisse et de l'aine sur les extrémités des coussins externe et antérieur. Si , malgré cette précaution , la pression du lacs causait une vive douleur au malade, il faudrait garnir encore la peau, soit avec du colon, soit avec des compresses on. d'autres choses analogues.

Lorsque je conseille de se servir en dedans et en dehors du membre de deux attelles percées d'une mortaise, échancrées à leur extrémité inférieure, et de passer l'un des chefs du lacs extensif dans fune des mortaises, l'autre dans celle de l'attelle opposée, puis de les amener par les échancrures de chaque attelle, de les nouer ensemble sur celle de f atlcile externe , c'est afin d'exercer une extension directe suivant l'axe du membre , et de perdre ainsi le moins possible de force.

Enfin Textension lente et graduelle est un important précepte , parcecpvane action trop brusque pourrait eûrayer le malade que la crainte raidirait ensuite su- Lilemcnt , et qu une telle action pourrait déterminer le spasme convulsif des muscles.

Effets et propriétés. L'appareil à extension permanente, tel que nous venons de le de'crire, est très fatigant pour le malade, et quelquefois il l'est au point que le malade ne peut le supporter. Chez certains sujets , soit par suite de l'irritabilité qui leur est naturelle , soit par suite de l'irriialion où se trouvent les muscles depuis le moment de la fracture , soit par suite de la rectitude du membre, ces organes se contractent spasmodiquement et tiennent les os déplaces, a L'extension du membre, dit Pgtt, détermine la plus grande partie des muscles à se contracter (i). C'est la même chose dans la fracture des deux os de la jambe : la position droite du membre fait contracter les m!;Scles ; une flexion modérée du genou les relâche, et diminue leur tendance à se contracter (2). » Enfin, selon le même auteur, dans celte situation des membres cassés, les os sont plus exposés à être déplacés par suite même de la tension des muscles i^o).

L'appareil extensifest d'ailleurs toujours nuisible lorsque la peau est mal défendue de la pression des lacs exlensifs et contre-extensifs. Il peut alors en résulter des excoriations, des ulcérations profondes sur le dos du pied, l'exfoliation des tendons, en un mot, des accidens iort graves , et le sujet peut rester estropié. On en a malheureusement trop d'e'emples.

Dans tous les cas le membre est tendu entre deux puissances opposées, et les fragmens ne peuvent se dé-

(1) Ouv. cité, p. 6q. '— (2) Ici , p. 61. — (5) Ici, p. Sg.

462 CLASSE II. BAiNDAGES .^IF.CANIQUES.

placer , ni suivant leui* circonlereiice , ni suivant leur longueur, ou nu moins ce de'placemcnl est difficile, peu eïendu , et n'arrive ijuère qu'à mesure ([ue les lacs extensifs se reiâchcni , et que les muscles irrites par l'extension se conlraclent davanlage.

V^ SOUS-GENRE

APPAREILS EXTENSIFS DK FRACTIRES A ATTELLE MECANIQUE.

Avant que Vermandois et Desault n'inventassent l'appareil prëce'dent , J.-L. Petit , qui posse'dait des connaissances étendues en mécanique, et Pieropan, avaient imai^^ine' un appareil qui agissait à peu près de la même manière et remplissait les mêmes usages que l'appareil extensii" à attelles perlore'es. Depuis, le professeur BoYER en a fait construire un plus simple et plus commode. Il suffira de les décrire en commun, et je renverrai, pour plus de de'tails, aux auteurs eux-mêmes.

Usages et indications. Ces appareils , destines à remplir les mêmes indications que le pre'cédeni , peuvent s'employer dans les mêmes circonstances; mais ils devraient lui être prêfc're's, si le malade en délire s'agitait d'une manière énergique et dangereuse , ou s'il devait être iransporlë plus ou moins loin par le moyen d'une voilure cahotante.

Dispositions. Ces appareils se composent des mêmes pièces que le précèdent. Ils n'en diffèrent réellement que par la disposition des attelles, quelquefois par l'addition d'une ceinture , et enfin par les lacs exlensifs.

L'attelle externe a la môme longueur à peu près que celle de l'appareil ordinaire, et elle porte à son extrémité' inférieure, tantôt un treuil dispose' perpendiculairement sur l'allelle, et passant en travers derrière la plante du pied ; tantôt une vis de pression , conmie dans l'appareil de M. Boyer.

Le treuil est dispose' de facoiî qu'il puisse agir sur le lacs exlensif attaché auteur du pied et du bas de la jambe.

La vis, dans l'appareil de M. Boyer , met en mouvement une pièce de mêlai qui se porté en travers sous la plante du pied, et tient à une semeile garnie de courroies de peau pour faire l'extension.

Dans tous les appareils le lac conlre-extensifest tantôt t'ait en linge , tantôt en peau, et il doit être matelasse' mollement dans tous. Il est destiné à passer dans le pli de la cuisse , pour se porter de là par-derrière et pardevant le bassin, soit à une ceinture, comme dans les appareils de Petit , de Pieropan , de Brunel , soit à l'extrémité coudée et dirigée en dedans de l'attelle externe, disposition qui existe dans l'appareil de M. BoYER.

Application. Le membre fracturé étant couvert du bandage de Scultet , on applique la ceinture lorsque l'appareil en a une, les coussins et les attelles. L'attelle externe doit s'engager par son extrémité supérieure dans le gousset de la ceinture, lorsqu'il y en a une pour la recQvoir. On garnit le pli de la cuisse d'un coussin capable de préserver la peau de l'action du laes contre-estensif : il ne faut pas craindre de prendre trop de précautions à cet égard. On passe ensuite le lacs dans le pli de la cuisse , et on le fixe à la ceinture par une boucle dans les appareils de Petit , de Pieropan et de Brunel. Dans celui de M. Boyer, le milieu du lacs est porté dans le pli de la cuisse sur la tubérosité de l'ischion; ses deux extrémités sont conduites obliquement par-devant et derrière le bassin , en haut et en dehors vers le crochet de Textrémité supérieure de l'attelle externe que l'on engage dans un gousset que présente ce lacs contre-extensif, et enfin on engage une extrémité du lacs dans la boucle de l'autre, et on le serre.

Les parties sur lesquelles doit porter le lacs exlensif doivent être pa:failement garnies de colon. Ce lacs est ensuite applique autour du pied et même de la jambe, selon sa disposition, et le plus loin possible, afin qu'il ne porte que sur de larges surfaces. Enfin on procède à l'extension , après avoir noue' autour du membre les liens desline's à assujettir les attelles, et on pratique cette manœuvre avec les précautions que nous avons indiquées plus haut.

Effets et propriétés. Ces appareils agissent de la même manière que l'appareil extensif à attelles perlore'es. Ils n'en diffèrent sous ce rapport qu'en ce qu'ils sont plus fixes, plus solides , moins prompts à se relâcher, et au besoin plus énergiques. On leur a fait reproche de cette puissance. Entre des mains inhabiles, elle peut effectivement être dangereuse.

VP SOUS-GENRE.

APPAREILS DE FRACTUEES A DOUBLE PLAN INCLIKÉ.

Ces appareils sont ainsi appelés , parcequ'ils présentent deux plans inclinés en sens inverse pour servir d'appui à la cuisse et à la jambe.

Le premier de ces appareils ayant été imaginé par PoTT , contrairement aux principes d'IliPPOCRATE , comme ce sera prouvé dans la partie historique de cet ouvrage, c'est svu-tout d'après cet auteur que j'en parlerai (i). Cependant j'indicjuerai l'emploi qu'on en fait à riIôlcl-Dieu de Paris. Qu'il me soii permis de profiter de celte occasion pour remercier mon ami Senn des renseignemens qu'il m'a donnés à cet égard, et dont j'ai depuis vérifié l'exactitude; M. le professeur Del-

(i) Nouvelle Méthoile de traiter les fracl. et les lux., trad. par Lassvs. Pari?, 1771.

GENRE Vil. APPAREILS DE FRACTURES. 4^^

PECH , qxii m'a fait l'honneur de m'envoj^er , par lintermëdiaire de M. Bertrand , professeur agre'gë à la facullë de Montpellier, des notes précieuses sur son appareil exiensif à plans inclines , aucpiel il a joint un dessin fait au trait. Je profiterai avec reconnaissance de toutes ces ressources.

Usages et indications. Les appareils à double plan incliné sont universellement employés en Angleterre pour les fractures du fémur, depuis le temps où Pott a mis le sien en usage. On commence à s'en servir en France dans les mêmes cas.

Comme dans les premiers temps d'une fracture les muscles se contractent spasmodiquement ; comme ils tendent sans cesse à faire déplacer les fragmens de l'os , à les faire chevaucher et à raccourcir le membre; comme l'action par laquelle on élend les membres , et leur état de rectitude ou d'extension alonge les muscles ; comme tout effort qui les alonge augmente leurs conlractions spasmodiques , tandis que tout élat qui les relâche les diminue , n'est-il pas visible , dit Pott , qu'en mettant le membre fracturé dans une position telle que tous les muscles de cette partie soient dans le relâchement , c'est-à-dire dans une demi-flexion , on diminuera leur résistance à leur réduction , et que telle sera l'indication à remphr pour l'effectuer (i) ?

Qu'un élat permanent d'extension ou de rectitude des membres soit plus fatigant qu'un état de demi-flexion, c'est possible ; qu'il tende davantage les muscles , comme le remarque Pott , cela n'est vrai que pour les fléchisseurs ; aussi telle est même la principale cause pour laquelle nos membres sont à demi fléchis dans le repos. Mais que l'état de rectitude soit aussi fa-

(i) Ouv. cité. V. surtout les p. 20, 21, s5.

4tJ6 CLASSE II. BANDAGES MÉCANIQUES.

tiganl que des ailleurs ont seniLlc' le croire, d'après les remarques d'HiPPOCRATE ; que la demi-flexion de nos ipem'ores pendant le sonmieil soit due, par exemple, à ce que cet état est beaucoup plus commode pour le repos que l'elat oppose', et que ce soit pour cette raison que nous prenons celle position dans le sommeil : ces propositions ne sont pas rigoureusement l'cxposiiion des faits , comme le démontre leur analyse. En effet , si l'on se couche sur le côte , les membres e'tendus et parallèles au corps, on ne peut s'y conserver en e'quilibre qu'avec un grand travail , le corps se renverse en avant ou en arrière, parcequ'alors la base de sustentation se trouve trop e'iroite. Si au contraire on se fléchit en avant, si l'on porte les bras et les cuisses dans cette direction , l'equihbre devient facile , parceque la base de sustentation est agrandie; et on peut commencer à goiiter les douceurs du repos. Voilà, je crois, une première cause instinctive de l'attitude de l'homme endormi sur son côte'. 11 en est une seconde.

Plus on e'prouve de froid , plus on se replie, plus CD se resserre sur soi-même , parcequ'on sent instinctivement que plus on s'étend plus on perd de chaleur. Au temps des froids l'homme se blottit sous l'abri de ses couvertures comme le mulot ou le hamster dans son habitation souterraine. Voilà une seconde cause de la flexion des membres pendant le sommeil. La troisième est celle qu'on a remarquée depuis long-temps; c'est qu'une demi-flexion est moins fatigante que l'extension ; et elle l'est moins, comme l'a observe Pott, parceque cette dernière attitude tiraille certains muscles plus que d'autres , et nous avons fait voir que ces muscles sont les fléchisseurs.

Biais l'ctat de rectitude des membres est -il aussi nuisible que le dit le célèbre chirurgien anglais? est-il

vrai qu'il sqit une cause permanente d'irrilalion et de spasme qui s'oppose à la réduction ? c'est ce me semble ime exage'ration. Si je ne puis admettre cette idée, dont i'expe'rience dément chaque jour hautement l'exactitude par les succès nombreux et journaliers de l'extension permanente, ne'anmoins, considérant et convenant avec PoTT que la demi-flexion est moins fatigante que l'attitude opposée; que la réduction est dans cet état beaucoup plus aisée; qu'il est possible que les muscles, relâchés par la flexion, aient moins de tendance à déplacer les fragmens d'un os mis en contact; que d'ailleurs cette nouvelle méthode de traiter les fractures est réellement moins pénible que l'ancienne pour le malade et plus expéditive dans les pansemens; enfin , d'après les renseignem.ens que |mon ami le docteur Senn, de Genève, m'a donnés, considérant qu'à Paris, à l'Hôtel- Dieu, comme en Angleterre .j elle n'est pas moins avantageuse que l'ancienne, et qu'elle l'est peut-être plus encore, nous établissons en principe que la demi-flexion est indiquée dans le traitement des fractures de la cuisse et de la jambe , à moins que l'indocilité ou l'agitation involontaire du malade n'exige qu'on se rende maître de ses mouvem^ens , que par suite de l'obliquité de la fracture la tendance au raccourcissement ne soit très prononcée.

Je n'ai sans doute pas besoin de rappeler, en posant cette indication, qu'il faut toujours, dans les fractures de la cuisse, empêcher que la pointe du pied ne se porte en dehors.

Enfin , selon M. Delpecit, les fractures du fémur comprises entre le petit trochanter et l'arcade aponévrotique du troisième adducteur, présentent des indications toutes particulières. Selon ce professeur , toutes ces solutions de continuité du fémur sont sui-

vies d'une inclinaison en devant et en dehors du bout inférieur du fra^'nient supérieur ; ccue inclinaison est d'autant plus marquée que le périoste est plus complètement détruit auiour de la fracture. Il arrive , si l'on soulève tout le membre intérieur pour chercher à le placer selon l'axe du fragment supérieur, que ce fragment s'incline plus fortement en devant, et quelquefois dans une direction composée en devant et en dehors : aussi est-ce dans cette attitude qu'il faut assujettir le membre pour obtenir le relâchement des muscles communs au bassin et à la cuisse. Le relâchement des muscles communs à la cuisse et à la jambe, à ces deux dernières parties et au bassin , ajoute-t-il , n'est pas moins important à obtenir : il ne peut avoir lieu que par la flexion de la jambe ; il faut donc que la jambe et la cuisse soient fléchies, qu'elles puissent l'être à des degrés inégaiijc^(\\\e la totalité du membre puisse éire portée dans l'abduction , et que ces attitudes, une fois choisies, puissent éire invariablement conservées (i). C'est pour répondre à ces indications spéciales que M. Delpech a imaginé son appareil, que nous décrivons plus bas. Disposition. Il y a sous ce rapport deux espèces de plans inclinés : des plans inclinés à coussins , des plans inclinés à pupitre , tels que celui de M. Delpech.

espèce I".

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