PLANS INCLINES A COUSSINS
Des oreillers suffisaient à POTT pour faire celui qu'il mettait en usage. Il formait un petit massif de coussins, qui s'inclinait d'un côté vers la tète du lit, par un planque je \\omïn(i\:d\ supérieur ; du côté opposé, par un plan que je nommerai inférieur. Chacun de ces
(i) Notes manuscrites de M. Delpech, citées p. 470-
plans portait un bandage de Scultet, dont toutes les bandes étaient cousues sur une autre bande qui les traversait par le milieu de leur longueur. Enfin il y joignait deux larges attelles matelasse'es et des liens pour les assujeiiir. ÎM. DuPUYTREN, qui concourt à naturaliser en France la mëlhode anglaise, ajoute à ces oreillers des lacs contentifs laits avec des draps plies en long. Je parlerai tout à Theure de leur emploi.
Application. Le double plan incline' pre'pare', Pott plaçait le membre fracturé dessus, de façon que la cuisse correspondait au plan supérieur, et la jambe au plan inférieur , et qu'elles y reposaient par leur côté externe \ ensuite , au moyen d'aides inlelligens , il pratiquait une extension sur le genou et la jambe fléchie , puis appliquait des compresses résolutives , s'il en était besoin , et enfin les bandes séparées et les attelles.
M. DupUYTREN arrange les coussins de manière que le jarret, portant au sommet des deux plans inclinés, le bassin ne repose qu'incomplètement sur le lit pour que le poids du corps étende en quelque sorte le membre fracturé. Alors la cuisse et la jambe reposent sur les coussins par leur face postérieure, et leur situalion même les empêche de se renverser en dehors.
Quant à ses lacs, voici comment le chirurgien fran-» cals les applique : attachés tous deux au lit, vis-à-vis le genon, soit un peu au-dessus soit au-dessous, le supérieur est porté obliquement, puis en travers, pardessus la jambe , et enfin du côté opposé, où il est fixé par son autre bout, vis-à-vis le premier, de manière à décrire en quelque sorte un demi-cercle , dont la convexité regarde les pieds du malade. Le second lacs est dirigé obliquement en sens opposé ; il croise le boiit du premier, passe par-dessus en décrivant une grande courbe, qui embrasse la cuisse, et est amené ati côté
oppose, OÙ on l'attache comme le précèdent, qu'il croise pour la sccontlc fois.
Effets et propriétés. 1,'appareil à plans inclinés offre au malade une situation peu fatigante, facile à supporter, et les muscles fléchisseurs de la jambe sont relâchés sans que les extenseurs soient tendus. Pott , en renversant un peu le malade sur son côté, de manière que le pied porte sur son coussin par son côté externe, ne saurait avoir à redouter la rotation de la pointe du pied en dehors.
jM. Dupuytren , disposant les coussins de façon que le bassin porte imparfaitement sur le lit du côté de la cuisse fracturée , le corps lire toujours sur le membre ; mais le jarret et la jambe étant retenus , l'un à l'angle de rencontre des deux plans inclinés, l'autre à la jambe, siu' le pian inférieur, il en résulte qu'ils ne peuvent obéir à cet effort extensif de la part du poids du bassin qu'ils résistent, et font une contre-extension réelle. Nous verrons que M. Delpecii a recherché les mêmes résultats, et qu'il les obtient à volonté, faibles ou énergiques , par l'appareil qu'il a fait construire. Enfin le jarret se trouvant à cheval au sommet des coussins, la rotaiion de la pointe du pied en dehors devient impossible , à moins que la volonté du malade ou une violence quelconque ne la produise.
ESPÈCE II
PLAN INCLINÉ A PDPITRE
(imaginé par M. le prore.>:seur Delpech).
Je vais en extraire textuellement la description des notes de l'auieur, en me bornant seulement à la présenter dans l'ordre que je suis habituellement.
Disposition de la machine. L'appareil se compose de deux cadres (P. XII, 7,9, 10) ponant des sangles
GENRE VII. APPAREILS DE FRACTURES. l^J l
tendues (8, il\, 19), unis entre eux par des charnières (2, 4) ) et pouvant former des angles varies par leur inclinaison re'ciproque : c'est ce que nous nommons le pupitre. La pièce que nous appelons le versant supe'rieur (j, 9) doit re'pondre à la cuisse; celle que nous appelons le versant inférieur (10) doit re'pondre à la jambe. L'une et l'autre sont brisées , et leurs pièces assemble'es par des coulisses en queue d'aronde (9 , 10) pour être ajuste'es à la longueur du membre intérieur, et servir à des individus de grandeurs différentes. Au versant infe'rieur sont deux coulisses , l'une en haut , l'autre en Las ; elles sont ajustées en queue d'aronde ; elles glissent horizontalement; elles sont munies dans leur revers de deux courroies propres à les fixer dans leur glissement (6, iG). Elles portent à la surface oppose'e des courroies matelasse'es , propres à fixer la partie correspondante de la jambe , et des boutons pour fixer des coussins volants (3, 1 1 ). Le versant supérieur est attache' par des charnières ( 20 ) à un encadrement dont la partie inférieure présente des crans de cre'maillère des deux côte's ( i5, 17). L'extre'miié du versant infe'rieur est arme'e de griffes en tôle, qui s'engagent dans les crémaillères (22 ). A la faveur de cette articulation, le pupitre peut décrire toutes sortes d'angles. L'encadrement, auquel le pupiire est allaché, l'est lui-même par d'autres charnières à un encadrement extérieur taillé de même en crémaillère par son bout inférieur (24). Des pieds mobiles (18, 20, 26) ou des supports , attachés à l'encadrement intérieur (23), en s'appuyant aux divers crans de la dernière crémaillère (24) , peuvent faire décrire un angle à l'articulation par la charnière des ('eux encadremens. Cette dernière articulation permet de fléchir la cuisse séparément, tandis que celle des deitx ver-
47^ CLASSF II. BANDAGES Ml'.C \NIQUI^3.
s.'ins du pupille pcrmcl d'.i^ir de même sur la jnmhe.
Ala coulisse supérieure du Versant inle'rieur du pupitre s'adapie à volonté un coussin demi-cylindricpie (5j ou un coussin plane.
Le versaul sup(;i ieur se f^arnit d'un coussin plane ( i ).
Propriétés de l'appareil. \a\s deux plans du pupitre stir lesquels reposent d'une part la cuisse, d'auire part la jamSe, sont propres à fixer ces deux parties dii nuîmhre dans un d«\i,'redeïernMne de flexion. A la laveur de la dou- Lle cre'maillère , on peut augmenter la flexion de la cuisse, sans auijmcnler, et en dimiiiii.int même, s'il le faut, celle de la jambe. \L\\ portant lout l'appareil en dehors ou en dedans, on peut varier le flei^ni de l'aluluclion. Le poids de la jamhe est un contre-poids de celui de la cuisse, hien souvent sullisanl pour empêcher la rotalion en dehors. Dans le cas où de nouveaux moyens seraient nécessaires dans cette vue, on peut les tirer de deux coulis.scs matelassdes, dont l'une repond au jarret (6), l'autre au bas de la jandiefif)), sur lescpielles se fixent, par des courroies à houcles f 5, 12), les points correspondatis du mernhre, et au moyen desquelles on peut entraîner à volonid le f^enou et le pied vers des côtc'S opposes, d'où résulte nécessairement ime rotation en dedans ou en dehors du Ira^'ment inf(^rieur de la Iractiue (1).
Enfin si le besoin de l'extension perujanente se fait Rcnlir , die peut être |)rati(pi(;e par deux movens : le premier et le [)lus simple est un coussin fletni-eylindri(pic (Jy) repondant à la partie iiiil-ricMu-e du jarret, moyennant lequel la jairdjc lait un levier du |)reriiier
(^ij Si', croin qui; ÎM. Di;li>i;(;m .H'.ibtisc , vX qu'rn a^ji-iSiiiil sur le pivd ou le {^trioii , la jainltc étant llrcliiu , on ne pourra inipiiiner un uiuiivcnicnl de rotation au iVagnicnl iuléricur du fénnu".
GENRE VII. APPAREILS DE FRACTURES. 473 genre, comme le }3ras à l'égard de la clavicule dans les appareils destines au traiiemeut des fractures de ce dernier os , par l'extension permanente ; le second est dans la faculté d'alonger le versant supérieur brise, et dont les parties jouent entre elles sur des coulisses en queue d'aronde (9).
La fracture e'iant réunie, on peiu, par la remission progressive des crémaillères, étendre peu à peu le membre , et restituer ains<i de bonne heure les mouvemens du genou, pourvu qu'on ait le soin de supprimer d'abord le coussin demi-cylindrique , s'il a ete employé'.
On voit que cet appareil, qui peut dispenser de toute compression circulaire, si ce n'est au pied et au bas de la jambe, où une bande de llanelle peut être mise pour prévenir l'œdème, donne !a liberté de conformer en tout la situation du fragment inie'rieur d'une fracture du fëmur à l'attitude du fragment supérieur sur lequel il est impossible d'agir; de pouvoir varier à chaque instant l'attitude que l'on aura choisie pour le membre et par conse'quent ponr le fragment inférieur, et d'assujettir invariablement le tout dans la posture dont on a cru devoir faire choix ; de ne point fatiguer les articulations par des violences inutiles; de relâcher tous les muscles, et de réduire ainsi à ce qui est strictement indispensable la force ne'cessaire pour l'extension permanente ; de dispenser de tout lien et des violences qui en sont inséparables , dans le cas où celte extension est jugée nécessaire; de laisser la liberté d'entourer au besoin la fracture de lopi(jues variés, même d'attelles brisées, de les contenir par des courroies, de les varier, renouveler, sans rien changer à l'ensemble , à la fixité et à la Ibrce de l'appareil; eniin de permettre au malade de garder l'attitude sur le dos, la seule praticable dans le traitement d'une maladie de longue haleine, et qui nécessite
le repos , comme peut l'clrc une fracinre de la cuisse.
Soins consécutifs à Vemploi des divers appareils de fractures.
Comme il est assez difiicile de lever l'appareil à bandage spiral sans communiquer des mouvemens à la fraclure , on ne doit le lever que lorsqu'il est trop lâche ou trop serre. Comme au contraire avec tous les autres appareils on peut découvrir le membre fracture' sans lui communiquer le moindre mouvement , on peut le faire tous les huit ou dix. .jours , plus souvent même s'il y a lieu , pour examiner si la fracture ne s'est pas derange'e depuis qu'elle a e'té réduite , ou pour resserrer l'appareil s'il se relâche , soit parcequ'il y avait au membre fracture' un gonflemenl qui se dissipe , soit par d'autres causes.
Toutes les fois qu'un chii'urgien veut lever un appareil, il lui faut des aides intelligens pour maintenir le membre immobile : l'un est charge d'assujettir la parlie supe'rieure, l'autre la partie infe'rieure du membre fracture ; un troisième est nécessaire pour aider le chirurgien à apphqucr fappareil.
En enlevant un bandage spiral, il faut apporter le plus grand soin à ne |;as heurter le membre.
Dans tin appareil à bandelettes séparées , ou à dixhuit chefs , après avoir dénoué les liens de fil, enlevé doucement les attelles et les coussins , on ne détache les bandelettes et les chefs du bandage à dix-huit chefs que l'un après l'autre par leurs extrémités , sans les tirer de dessous le membre. A mesure quon le fait on en déploie les extrémités en dedans et en dehors du membre. Dans l'appareil à bandes séparées on ne change rien à Tordre qu elles ont les unes par rapport aux autres , en sorte qu'après celle opéraliou elles se irouvent éien-
dues sur le drap porle-atlelle , comme elles se irouvaieni imme'dialement avant qii on en tit 1 application.
Lorsqu'une ou plusieurs des Landeieties séparées sont salies par le pus d une plaie, par exemple , il les faut changer. Il n est pas pour cela nécessaire de les retirer toutes et de de'ranger le membre; il sufEt d attacher une bandelette propre à chacune de celles qui sont sales, et en tirant celles-ci doucement et tour à tour, de dessous le membre , les autres suivront et viendront les remplacer : alors on les détachera , et on laissera en place les bandelettes nouvelles.
Un appareil à attelles extensives perforées exige qu'après avoir dénoué les liens , en avoir étendu les extrémités de chaque coté du membre sur le lit, on desserre doucement les lacs extensils pour retirer les attelles, les coussins , et se disposer à découvrir le membre des bandelettes séparées qui lenveloppent.
On procède de la même manière pour lever les appareils à attelles extensives mécaniques , et tous ces appareils sont assez longs à renouveler.
Les appareils à plans inclinés prennent moins de temps et n otïrent aucune difficulté ; mais il faut toujours que le membre soit tenu immobile pendant la levée des attelles et des bandelettes.
Dans la fraciiive du bras , on pourra ordinairement au quarantième jour supprimer les attelles et ne conserver que le bandage spiral, que l'on fera porter jusqu'au soixantième jour ot même jusqu'au soixante- dixième dans les fractures du col de fhumérus.
L appareil se conserve moins long-ieraps à VavaTilbras. \ers le quarantième jour la fracture est ordinairement consolidée , et il suffit alors de faire garder seulement un bandage spiral jusqu au cinquantième jour.
Ce n'est qu'au bout de deux mois que sont cousoli-
dées les fractures du corps du fémur; celles du col se solklitient pins tarrlivement encore. C'est alors seulement qu'on peut retirer l'appareil pour ne laisser sur le membre qu'un banflage spiral, que le malade doit conserver encore une vingtaine de jours et souvent plus encore , en continuant d'ailleurs à rester au lit.
j4 la jambe, une fracture des deux os n'exige guère l'emploi de l'appareil que pendant cinquante jours.
Le bandage spiral recommande après la consolidalion d'une fracture dans l'inienlion de prévenir l'engorgement œde'mateux du membre, est-il bien utile? Je crois qu'on s'en est exage'ré l'importance, et que, lorsqu'on retire un appareil de fracture , il serait suffisant de faire continuer Fusage d'une e'cliarpe pour les fractures des membres supérieurs, et de faire garder le lit pour celles des membres inférieurs.
Quand il abandonne ces dernières pre'cautions , le malade ne doit faire de son membre qu'un usage modère. Il ne doit se livrer à aucun effort imprudent, et, après une fracture de la cuisse ou de la jambe , il fera bien de marcher d'abord avec des be'quilles et ensuite avec une canne. Si , dans les premiers essais qu'il fait de son membre convalescent, le cal venait à céder, il faudrait rcappliquer l'appareil pour lui donner le temps de prendre plus de solidité.
Il est des cas où une fracture est beaucoup plus longue à guérir qu'elle ne l'est d'habitude ; lorsqu'on présume que le retard est dû à ce que le membre malade n'a pas été tenu dans une immol)ilité assez sévère , il faut réapplicpier l'appareil, et assurer au mernljre une parfaite immobihté.
Enfin, dans les fractures compliquées de gonflement inflammatoire, il faut surveiller très aiienlivement l'appareil. Si, par suite du gonflement (pii accompagne l'in-
GENRE VIII. BANDAGES MÉCANIQUES BOUCLÉS. 4? 7 flammalion, l'appareil étrangle le membre, lidlez-vous de le desserrer, car il pourrait survenir une gangrène mortelle pour le membre ; puis appliquez des compresses imbibe'es d'eau de guimauve ou un cataplasme, et re'appliquez l'appareil par-dessus sans le serrer.
Lorsqu'il existe une plaie, de'couvrez-la aussi souvent qu'il est nécessaire d'en taire le pansement , et de changer les pièces de l'appareil salies par la suppuration. Je n'ai sans doute pas besoin de rappeler qu'à chaque fois des compresses , place'es sur les bords de la solution de continuité , doivent la pre'server de la compression.