HISTORIQUE DES SONDES ET DES BOUGIES URÉTRALES
Du temps de Celse on faisait des sondes d'airain pour donner issue aux urines dans les cas de rétention de ce fluide ; niais on ne s'en servait ni pour explorer la vessie ni pour tailler, comme nous faisons du cathéter , qui est une sorte de sonde (5). On leur donnait des longueurs dififérentes, selon les sujets. Il paraît que
(1) Part. I, li?. II, ch. xl, p. 534- — (2) Ch. 11, p. 10. —
(3) Liv. I, part, i, ch. xi, § 7 et i4; t. i", p. 127 et i3o. —
(4) T. ui, p. 3i5 et3iG. Paris, i8j5.— (5) Liv. vn, ch. xxvi.
leur forme s'e'loignait peu de celle des nôtres ; car Lassus , qui a vu dans le muséum de Poriici , près de Naples , une sonde en S trouvée dans les ruines de Pompeia, assure qu'elle a la même forme, la même longueur et le même diamètre que celle de J.-L. Petit. Elle en diâere en ce qu'elle n'a qu'un œil ouvert sur le côte' concave près de l'extrëmilé interne. L'usage des sondes est assurément antérieur à Celse , car il ne dit pas que ce soit un moyen nouveau. Il de'crit légèrement et peu clairement le caiheïe'risme ; c'est encore un caractère des anciens ; ils ne savaient pas appre'cier le mérite des de'tails exacts. Néanmoins il est facile de reconnaître que le procédé de Fencyclopédist^ latin est le second procédé de la méthode que j'ai distinguée par l'épithète à^ancienne (voy. p. 1 1 3 et 1 1 5). Paul d'Egjjne a conseillé de glisser jusqu'au fond de la sonde un petit morceau d'éponge , ou un flocon de laine attaché à un fil , pour attirer furine par une sorte de succion lorsque la sonde est dans la vessie. C'était au moyen de la sonde que les Arabes donnaient issue aux urines retenues dans cet organe. Haly-Abbas, Avicenne, Albucasis, le plus célèbre chirurgien d'entre eux, ont aussi décrit le cathélérisme , et l'ont décrit comme Celse , à peu près. Rien ne porte à croire qu'ils se soient servi de la sonde droite, comme le veut Deschamps , et il m'est impossible de reconnaître que le dernier ait décrit le cathétérisme par le tour du maître, procédé dont je vais bientôt parler. Guy de Chauliac, qui les copie servilement ici, ne paraît avoir en vue qu'un seul cas de l'emploi des sondes , celui où la rétention d'urine est produite par une pierre qui se présente au col de la vessie. Ainsi (c qu'on mette, dit-il, le patient dans un bain rémollitif; puis avec un cathéter ( c'est-à-dire intromissoire , ou une sorte d'éprouvetiej , ou algalie, ou syringue, intro-
duit par la verge, soit repoussée du col delà vessie... ou avec les doigts, introduits par le fondement, soit fait de même. » L'al<ralie de GuY de Ciiauliac offrait deux yeux late'raux près de la pointe , car il dit qu'elle est pertuise'e à la pointe et aux côte's (i). Il plaçait aussi une canule de bois ou de plomb dans l'urclre pour s'opposer à la cicatrisation du pre'puce ouvert («).
L'origine de l'emploi des bougies est très incertaine. Un médecin espagnol, André Lacuna, prétendit, en i55i , qu'elles furent inventées par un empirique de Portugal ; mais, en i554 , Amatus Lusitanus chercha à prouver que cet empirique lui en devait la connaissance , et que lui-même la tenait d'ALDERETA de Saiamanque. Sur ces entrefaites intervint, en t553, Ferri de Naples , qui affirme s'en être servi avant i548, et que d'ailleurs elles étaient connues d' Alexandre de Tralles. Mes recherches ne me permettent pas de rien décider à cet égard. Quoi qu'il en soit, d'abord faites avec du coton et du fil enduit de cire , comme nos bougies à brûler, d'où vient leur nom, elles furent ensuite chargées de médicamens. De là les bougies médicamenteuses , imaginées pour agir sur les propriétés vitales de l'urètre. On ne s'en sert plus.
On a lieu d'être étonné que Paré , après avoir décrit et figuré des sondes avec leur stylet (5), s'en vienne avec une armée de médicamens bizarres pour combattre les rétentions d'urine , la dysurie , la strangurie et l'ischurie (4) , et se borne à recommander les sondes pour explorer la vessie , y reconnaître un calcul , faire l'opération de la taille , et ne parle qu'en passant de
(i) Traité H, doct. ii, ch. vu, de l'arlifice de pisscr'par instr. , p. 585. — (2) p. 589.^ — (3) Liv. xvn, ch. xxxv, p. G18, 619. — (4) I^^- j cl). Lvni, p. 643; ch. Lxiv, p. C46.
l'usage que l'on en l'ait pour évacuer les urines (1).
La thérapeutique de Fabrice d'Acquapendente pour les re'tentions d'urine , est beaucoup plus rationnelle , plus instructive et plus pre'cise. L'introduction d'une simple hougie dans l'urètre lui paraît indiquée dans le cas où une pierre s'oppose au passage des urines. Il veut « que si l'urine s'arrête par une carnosité de'veloppe'e dans l'urètre, à la suite de la gonorrhée, on la consume.)) Il ajoute «que parfois, de peur que les malades ne meurent de la suppression d'urine , il a coutume de froisser la carnosité avec la sonde creuse, ou avec une éprouvette massive d'argent ou de corne ; )) que dans le cas où la suppression a été produite par un grumeau de sang , on s'est bien trouvé de l'usage de la bougie;, mais que le plus souvent il faut se servir d'une algalie ou sonde, que l'on nommait encore alors sjringue , du grec Q\}^v^^^jistula , canule, tuyau, expressions toutes à peu près synonymes. Ce grand chirurgien imagina d'en faire en corne pour qu'elles fussent plus souples que les sondes en cuivre des anciens et que les algalies d'argent , etc.
Du temps de Fabrice on s'y prenait déjà de deux manières différentes pour introduire une sondé courbe dans la vessie. Il y en a , dit-il , qui abaissent la verge au moment où la sonde commence à entrer , en poussant dans la vessie la partie courbe de îa sonde inclinée en bas. Les autres poussent au contraire la sonde en haussant d'abord la verge. Dans le premier cas l'on introduisait l'instrument la convexité en haut , pour en ramener la concavité sous le pubis, en faisant exécuter à son pavillon un demi-mouvement de rotation sur l'extrémité interne parvenue dans le fond de l'urètre. C'é-
(1) Ch. XXX7, p. 618.
lait ce que Ton a nomme' depuis le tour' du maître (1). Delavauguion a de'crii aussi les deux procëde's de cathe'iërisme indiques par Fabricr , mais avec plus de de'lails. Il ne de'signe encore sous aucun nom parliculier le calhe'iërisnie par le tour du maître (2). Heistbr emploie dans les re'trëcissemens le'gers de l'urètre une Lougie ou une sonde de plomb , que le malade relire quand il veut uriner, et qu'il laisse plusieurs jours en place jusqu'à ce que l'urètre ail recouvre son premier ëiaî. Lorsque le rétrécissement est ancien , il tait porter la sonde de plomb ou la bougie pendant quelques semaines (.3). Sa description du cathe'te'risme n'ofïie rien de nouveau , mais elle est instructive (4). J.-L- Petit a reproduit dans les sondes les courbures en S, dont Franco , Ualechamps et d'autres avaient déjà donné le modèle (5).
L'inflexibilité' des sondes métalliques étant la source de graves inconvéniens , Vaniielmont proposa de les faire en cuir; un auteur inconnu imagina d'en fabriquer avec un fil d'argent aplati, roulé en spirale; plus lard on recouvrit les contours de ce fil avec de la baudruche enduite d'une couche de cire ; plus lard encore, avec une bandelette de parchemin roulée en spirale autour de l'instrument, et fixée avec de la colle- forte, puis avec de la soie non torse que l'on arrêtait autour de la sonde par le moyen de la cire ; enfin on la plongeait encore dans un emplâtre de Nuremberg fondu , pour l'égaliser ensuite en la roulant entre les mains.
On doit à liERNARD , orfèvre de Paris, une invention bien plus heureuse : c'est celle des sondes et des bou-
(1) Part, u, ch. Lvni, p. OgS. — (2) Ch. xiu, manière de sonder, p. 111. — (3) Part, n, sect. v, ch, xxxvii, g m, iv. — (4) Id. %n, VI , t. II, p. 255 et suiv. — (5) Truite des mal. chir., etc., pi. 5i, f. 4? 5.
HISTORIQUE DES URINAUX. 67!
gies de gomme e'iastique, qu'il pre'senta en 1779a l'acade'mie royale de chirurgie. Pickel, professeur à Wurlz- Jjourg , rc'clama en vain une priorité' que les contemporains ont adjugée à l'artiste français (1). De nos jours DuCAMP chercha à remplacer les sondes par les caustiques ou par les bougies à ventre et par ses dilatateurs à air. Il faisait ces derniers avec l'appendice du C8eci..m , ou un intestin de chat, qu'il introduisait dans lerétre'cissement de l'urètre pour les y enfler et les dilater (2).
LiEUTAUD a e'mis , dans le dernier siècle , une ide'e bien extraordinaire , et qui devait être fécondée dans le nôtre. Il n'y a pas de cas , dit ce me'decin , si l'on en excepte celui où la pierre est engage'e dans l'urètre, « qui puisse empêcher une sonde droite , conduite par une main un peu exerce'e, d'entrer dans la vessie (3). ))
De nos jours, en 18 JO, un me'decin rappela que l'on peut parvenir à la vessie au moyen d'une sonde droite (4). M, Gruithuisen , en Allemagne, le prouva par l'expérience à ses compatriotes incre'dules (5), et MM. Amus- SAT, CiviALE et Leroy d'Étiolle, répandirent l'usage de cet instrument. Mais les deux premiers se disputèrent vainement une découverte qui ne leur appartient ni à l'un ni à l'autre.
HISTORIQUE DES URINAUX.
Ces instrumens ne soat pas nouveaux. Le célèbre Paré en imagina un pour ceux qui jettent leur urine involontairement. C'est une sorte de vase de ièr-blanc ovalaire , comprimé latéralement , et destiné à recevoir les bourses et la verge (6). Il se doit mettre en la brayette
(1) Journal de méd., an 1785. — (2) Traité des rét. d'ur. Paris, 1822. — (3) Précis de méd. prat. Paris, 1769, t. i, p. 648. — (4) MoNTAiGu, Propos, sur les malad. de l'urètre. Paris, thèse 18 10.— (5) Gazette de Sallzbourg, an i8i3. — (6) Liy. xxiii, ch. XIX, p. 898.
du malade, dit Paré, ei y cire ailache' avec une aiguillette par un anneau cp'il pre'senie. Fabrice de Hilden a de'crit et fait représenter un petit appareil qu'il a mis en usa."e contre l'incontinence d'urine. C'est une vessie fixée à un tulje de bois , destine' à recevoir la verge, et qu'il soutenait par un lien attache' au gilet (1). Dans le même cas , c'est-à-dire dans l'incontinence d'urine, les chirurgiens employèrent d'autres moyens analogues : quelques uns attachèrent à la verge un petit sac de cuir enduit de poix , d'autres de petits pots de cuivre ou de fer-blanc , que l'on pouvait tenir commode'ment cache's dans la culotte et entre les cuisses. Heister en a figure un de ce genre (2). D'autres, NucK (5), Heister lui-même (4) , Foubert (5), préfe'rèrent des compresseurs de l'urètre. NucK (6) et WiNSLOw (7) ont encore imagine' une espèce de brayer pour comprimer l'urètre à la racine de la verge. L'urinai propose' par Juville est peu commode.
Pour les femmes , Heister conseille un pessaire ou un anneau d'une largeur suffisante pour comprimer l'urèlre (8).
historique des bandes.
L'usage des bandes en chirurgie doit être aussi ancien que la fabrication des tissus de lin , de chanvre ou de coton ; car l'ide'e de tailler des liens aux dépens de ces tissus , pour assujettir des compresses sur une plaie , a dû se pre'senler de bonne heure. Le sauvage le plus barbare sait non seulement se vélir de la peau
(1) Centur. 6, obs. 55. — (2) Part. 11, sect. v, ch. cxxxvi, t. u, pi. 26, fig. 7. — (5) Exp. chir. , ou IIeisteb, pi. 26. 1'. 8. — (4) PI. 2G, Og. 9. — (5) Mém. de l'ac. de chir. , t. i, pi. i, f,g. 4. (6) Opcr. chir. , f. 2. — (7) Dans Morand, Traité du haut appar — (8) Pari, u, sect. v, ch. eux, et pi. 4, 1". 2.
des animaux qu'il tue à la chasse , il sait encore y tailler des lanières , et diviser leurs tendons en fil pour en faire des coutures ou 5es liens.
L'usage habituel que les Egyptiens faisaient des bandes pour envelopper leurs cadavres , ne permet pas de douter qu'ils ne s'en servissent de même dans le pansement des blessures. Celles qu'ils employaient dans leurs embaumements étaient d'une largeur analogue à celle des nôtres , et dans quelques momies ou mumies, comme le veulent certains auteurs (1) , elles sont d'une longueur démesurée. Parmi ces bandes (2'j, et les toiles des momies , sans matière résineuse , toutes celles que Rouelle a eu occasion d'examiner e'taient de coton. Les morceaux de linge des oiseaux e'taient aussi de coton, suivant le même auteur 5) . Si l'on s'en rapporte à Percy, les Grecs employèrent dans un temps des bandes rouges pour panser leurs soldats , par la même raison qu'ils leur firent porter des vêtemens de cette couleur, pour leur dissimuler ou rendre moins visible l'e'coulementdu sang par leurs blessures (4). A cet e'gard, on ne peut tirer que peu de chose des historiens de l'antiquité. Ils ne s'occupent guère que des évènemens politiques des nations ; et malgré qu'ils ne nous tiennent pas quitte de la plus légère escarmouche , ils ne nous disent pas un mot de la chirurgie militaire qui s'y rattache de si près. Il est probable que s'il y eût eu de longs discours à faire à ce sujet, Hérodote^ Xénophox, Thucydide surtout , ne nous eussent rien laisse à désirer.
Les préceptes d'HippocRATE , sur les bandes , sont toujours jeunes et chaque auteur les a reproduits depuis
(1) PoMET , Bibliot. choisie, par Planque, art. sépulture, p. 411, t. X — {'2.)Id. , p. 412.— (3) Id., p. 454.— (4) Pekct, Dict des se. méd. , art. déligation.
lui : que les linges pour les bandages soient propres légers , doux et demi-use's ; mais qu'ils puissent être sufiisament tendus sans se ae'chirer ; qu'ils n'aient ni ourlets ni coulures ; enfin qu'ils soient mouilles d'un liquide convenable pour mieux s'appliquer (i). La largeur des bandes sera de trois , quatre , cinq ou six travers de doigt ; leur longeur suffisante pour bien contenir les parties ; elles seront souples et non rudes (2). Selon Galien^ les bandes diffèrent les unes des autres, par la matière, par la forme, par la longueur, la largeur , la structure. Sous le rapport de la matière , les unes sont faites de linge , les autres de laine , d'autres de peau ( r^epfxaTivoi) , et on prèfe'rera l'une aux autres, suivant les maladies. On se servira de celles de linge pour exercer une conslriciion , de celle de laine sur les parties enflammées, qu'une constriction fatiguerait, et suivant Hippocrate, dit Galien, de celle de peau, dans la fracture du nez et de la mâchoire. Quant à leur forme , les unes sont roule'es , les autres fendues à plusieurs chefs , et sont dits cancers (ce sont nos frondes) ; les autres enfin sont formées de plusieurs pièces unies par des coutures (5); elles ne doivent point être sales ni non colorées en rouge , ou avec d'autres matières : les premières, parcequ'elles sont de'goûtantes et peuvent être nuisibles (4) , et les secondes , parcequ'elles peuvent nuire aussi , ou e'pouvantcr par l'analogie de leur couleur avec le sang. Lorsqu'on les taille dans du linge, il faut diviser celui-ci suivant sa trame. Le passage que je viens de citer me paraît en opposition avec ce que j'ai rapporte, d'après Percy, dans la page pre'cèdente sur l'usage des bandes colorées chez les anciens Grecs.
(i) Lîv. du laborat. de chir. , § x, xr. — (2) /«r/., 14. — (3) Defasc. , c. 11. — (4) Id. , c. m.
Paré a traduit Hippocrate et Galien (i). Thé venin écrivit sur ce sujet avec plus de méthode. Les bandes diSerent par leur matière , en ce que les unes sont de cuir, de linge , de laine, de coton et auires ëtotfes ; par leur largeur , suivant les parties où il faut les appliquer; par leur structure, en ce que les unes sont faites exprès comme les rubans, les autres de toile coupée (2). Démarque (5), Verduc (4), Leclerc (5), n'ont fait aussi que reproduire les deux auteurs grecs; un anonyme (6) a parle de la bande avec plus de détails : ne'anmoins , il n a pas enseigné avec assez de précision la manière de la rouler. Sue n'en a pas parlé du tout (7). Le professeur Thillvye en dit peu de choses , et tous les auteurs en général ont été trop prodigues de recommandations et de préceptes sur les quahtés des bandes , ainsi que je l'ai fait entendre dans la partie dogmatique. Les vétérinaires n ont pas fait celte faute; il est vrai qu'elle eût été plus saillante. En effet , Bourgelat lait peu d'attention aux coutures des bandes ; il les emploie beaucoup plus larges que nous ne faisons, comme on pouvait le prévoir (8). Si les Ecossais ont les premiers employé les bandes de flanelle , comme le disent B. Bell (9) et S.Cooper ( 1 o), ils n'ont pas les premiers employé les bandes de laine. J'en dirai autant des bandes de calicot : long-temps avant qu'on se servit de cette étoffe , on faisait usage de tissus de coton très fins , qui fournissaient des bandes semblables.
(i) Liv. XIV, ch. I , p. 5o8. — (2) OEur. , traité des opér. ,
ch. II. — (3) Ouv. cité, p. 267. — (4) Ouf. cité, p. 5.
(5) App., avis, p. 11. — (6) Man. du band. , avant-propos, p. i3. — (7) Ch. Il, p. 7. — (8j Ouv. cité, pièces d'appar. — (9) Des band. , ch. xlix, p. 279.— (10) Dict. , art. bandases.
Nous l'avons déjà dit , le commencement de l'applicalion me'lhodiquc des bandages au corps de l'homme se perd dans la nuit des temps. Mais la régularité avec laquelle les nécroscomes ou les pollincteurs de l'Egypte, pour me servir d'expressions consacre'es par les Grecs et les Latins , emmaillotaient les cadavres qu'ils avaient embaume's , ne permet pas de douter que la de'ligation n'ait été aulrefois pratique'e avec beaucoup d'art chez les Egyptiens. Long-temps après , l'auteur du livre du Laboratoire du chirurgien re'digea l'ouvrage le plus savant que l'antiquité' nous ait transmis sur ce sujet , avec celui de Galien. Suivons la marche de ses idées , quoiqu'elle soit souvent peu méthodique , souvent prolixe par un excès de répétition, souvent obscure par un excès de concision, triple caractère des ouvrages scientifiques de l'antiquité ; et dont je ne citerai que quelques exemples. Il faut de la légèreté dans l'application des bandages; de la prévoyance pour que tout soit préparc d'avance ; de l'adresse pour que le bandage rC ait pas mauvaise grâce. Deux lignes après, l'auteur ajoute : quand le bandage est l'ait , il faut qu'il tienne, qu'il ne gène point , qu'il ait une sorte d'élégance. Voilà une première répétition. S'il s'agit de parties unies et égales , le bandage sera simple et uni ; s'il s'agit de parties inégales et dissemblables , le bandage sera inégal et composé. Il y en a de plusieurs espèces ; le simple , le circulaire , le doloire \ le rcTwersé , Vœil , le rhombe , le miparti (1). Le nœud ou la couture ne doivent pas se faire en dessous , mais en dessus. Il faut se garder de nouer sur la plaie , les coulures seront molles ,
(1) Du laboral. du chir., § 5».
HISTORIQUE DES BANDAGES Ey GÉNÉRAL. 677 souples. On doit faire attention que tout bandage tend à fuir vers les endroits moins gros (1). Le bandage doit appuyer sur des parties fixes. Pour le bandage d'une e'paule , on trouve un appui sur l'ëpaule oppose'e ; pour l'aine , sur l'aine de l'autre côte'. Quand le bandage peut glisser vers le haut , prenez un appui en bas et récipro- (juement; quand la surface des parties est unie, il faut appliquer la bande sans biaiser. Il a déjà dit quelque chose d'analogue (2). Il re'pète dans les deux paragraphes 10, 11, que les linges doivent être propres, doux, le'gers , souples , demi-use's. 11 veut qu'on ne serre ni trop ni trop peu le bandage; mais il reconnaît qu'il y a' moins de risque à ce qu'il soit trop laclie (5).
Galien distingue une manière simple et une manière varie'e de faire les bandages ; et ceux de la dernière tirent leur nom, soit du lieu où on les applique, tels sont l'œil , ocpOalao; , le nez , pi; , l'inguinal , pouêcovia/.oç , elc; soit de leur ressemblance avec les animaux, comme l'ëcrevisse ou cancer , zap/.ivo;, l'e'pervier , tspaE , le bélier, xpioc, le lièvre, Ixyw:, la tortue, y£>.c6v/i; soit de leur application , telle est la circonvallalion que les intei'prètes ont nommée rempart , ou 'vallum en latin , et qui est jointe ou disjointe, /apa^ 'f-i £^£'jy;x£v/i y.ai à-iivj^l]jÂ-tr,. Pour faire un bandage , tantôt on applique la bande par l'extrémité' ; tantôt par le milieu de sa largeur (4).
Ces-distinctions sur les bandages ont été reproduites à l'envi par les Arabes.
Paré a consacré un chapitre aux accidens qui adviennent pour trop lier et serrer les parties du corps (5),
(1) Du Laborat. du chir., §, ;°. — (2) S 9- — («5) S XIX. — (4) Defasc, lib. cit., c. ly , t. 11, p. 472. — (5) Ouy. citéj liv. XIV , ch. x.
«J'ai souvenance, dit-il, avoir ouvert lecorpsmortd'une dame de notre cour , qui pour vouloir inoulrer avoir le corps beau et grêle, se faisait serrer de sorte que je trouvai les fausses côtes chevauchant les unes par-dessus les autres : qui faisait que son estomac étant pressé ne pouvait s'étendre pour contenir la viande , et après avoir mangé et hu était contrainte de le rejeier. » A cette première observation il en ajoute une autre dans l'immuable style de la procédure. « Par trop serrer les parties dédiées à la respiration , on est cause d'une suffocation et mort subite : ce que de récente mémoire l'on a vu advenir l'an i58i en ïé^Vise St.-Nicolas-des-ChampSj où une jeune épousée de Jean de l\ Forest , maître barbier , chirurgien à Paris , fille du défunt Jacques OcHEDE, marchand passementier , et de Claude Bouf- FAUT , laquelle pour être trop serrée et pressée en ses habits nuptiaux, sortant de l'autel.... tomba roide morte faute de respiration. » Un notaire n'aurait pas certifié le fait de la mort de mademoiselle Laforest avec plus de circonstances ; mais si l'on ne peut en douter , on peut douter de l'explication.
Thévenin a disserté méthodiquement sur les bandages en général. Les bandages sont simples ou composés. Les simples sont accomplis par une seule bande, sans être découpés, ni sans y avoir ajouté d'autres chefs, et aussi à cause de la simplicité de ses contours. Les bandages composés se font de plusieurs bandes jointes ensemble, ou du moins coupées en plusieurs chefs. 11 les différencie à la manière de Galien (1).
Parlant à l'égard de leurs usages, d'une première distinction, qui vient d'HippocRATE, ceux qui sont remèdes par eux-mêmes, dit-il, servent à réunir, à divi-
(1) Œuv. des opérât. , ch. 11,
HISTORIQUE DES BANDAGES EN GÉNÉRAL. 679 ser, à expulser, à atiirer; et ceux qui servent aux remèdes sont destines à les contenir. De là les bandages agglutinatits , distractits , rëpercussifs ou expu'sifs , attractifs ou nourriciers , rëtentii's ou contenans.
L'attractif mérite une explication , parcequ il est indique par la plupart de nos vieux auteurs , et même par les plus distingués. J'emprunterai cette explication à Paré, a Les bandes et ligatures servent... à refaire les parties e'maciëes. Exemple : si la jambe dextre est en atrophie, il faut lier la senestre, commençant au pied et finissant en faine; si c'est le bras dextre, on liera le senestre, commençant à la main et finissant sous l'aisselle. )) La raison , c'est qu'on renvoie ainsi le sang dans la veine cave, et de là dans la partie ëmaciëe (1). Démarque (2), L. Verduc (5), Dionis (4), Heister, ne nous présentent absolument rien de nouveau. Le chapitre 49 ^^ ^- Bell est trop court pour qu'on puisse y apprendre à connaître les bandages qu'il décrit (5). Sue et Thillaye (6) n'ont rien réformé.
Bourgelat a appliqué aux bandages des chevaux une partie de nos vieilles distinctions sur les bandages de Ihomme , et éclairé la chirurgie vétérinaire par la chirurgie humaine. Son bandage simple est un spfral, qu'il décrit d'une manière générale (-).
Tous les articles généraux des auteurs sur les bandages sont une répétition plus ou moins bien faite des considérations générales d'HiPPOCRATE et de Galien sur cette matière , et beaucoup ont eu le tort de décrire à cet article plusieurs bandages en particulier.
(1) Liv. XIV, ch. VI. — (2) P. 169. —(3) T. i, p. 585.— (4) P. 02. — (5) Ouv. cité, t. VI, ch. XLix, p. 279. — (6) Id., Des band. en génér. — (7) Essai sur les appar. et sur les band. propres aux quadrup., Paris , 181 5.
S. CooPER lui-même est tombé dans ce défaut, que rien
ne peut justifier (i).
En se hornant à copier les anciens , les chirurgiens en ont conserve' le langage barbare et même ridicule : ainsi les noms d épervier ou drapeau , de nez lortu , de fosse ou rempart d'AiMlNTAS , de masque du visage , de kiastre , se retrouvent encore dans les ouvrages classiques des plus modernes. La bizarrerie des de'nominalions serait de peu d'importance, si, en rompant les affinités naturelles des espèces , elle n'empêchait l'esprit de généraliser ses connaissances, et de ramener les bandages proprement dits à un petit nombre de groupes ^ et par conséquent à la plus simple expression , pour parler le langage des mathématiciens. Aussi tous les autîurs, jusqu'à ce jour, se sont bornés à décrire successivement les bandages d'après Tordre de position de nos diverses parties , en commençant par ceux qui se font à la tête, et en finissant par ceux qui s'appliquent aux pieds. Les auteurs ont tous suivi cette marche , bien qu'ils reconnussent les analogies naturelles d'un grand nombre de bandages , et les exprimassent par des appellations communes : ainsi les nojns de circulaires pour les circulaires ; de doloires ou de rampans pour les spiraux; de renversés pour les spiraux avec renversés ; de huit de chiffre pour les huit ; de noués pour les noués ; de capeline pour les récurrens ; d'unissans pour les invaginés ; de T pour les T ; de cancers , ou de bandage divisé , ayiGzoç , pour les frondes , en sont des preuves manifestes. Néanmoins , et malgré que les auteurs , frappés par ces analogies naturelles , aient suivi tous la même classification , nous avons cru devoir préférer celle que nous avons adoptée dans cet ouvrage.
(i) Dict. de chir. prat. , arl. bandages. Paris, iSaS.
HISTORIQUE DES BANDAGES EN GÉNÉRAL. 58 1 Un jeune docteur, qui a toul-à-fait abandonne' la me'decine pour se livrer entièrement à la poe'sie et à la littérature qu'il cultive avec gloire, m'a communiqué une classification nouvelle , compose'e dans le temps de ses e'tudes médicales. Quoique très imparfaite, j'y ai trouvé quelques idées dont j'ai profité. J'aurais déjà nommé mon ancien camarade, s'il ne s'y refusait absolument. - Sa classification n'est qu'un tableau ; le voici tel que je le possède.
1'^* Classe. Bandages primitifs, rangés d'après leur
MODE d'application SUR LA PARTIE.
Genre i*^'". Circulaires : i° du front; 2" du tronc
(bandage de corps) ; 5° des membres ; 4° des doigts. Genre 2. Spiraux : i" du genou (doloiredu genou);
2" des membres , 3° des doigts.
Genre 3. Paraboliques : 1° de l'épaule (scapulaire) ;
2° du périnée (sous-cuisse) (1).
Genre 4. Obliques : 1° de l'œil (œil simple); 2° de la
poitrine.
Genre 5. Croisés : 1° des yeux (œil double); 2° du pli
du bras ; 3" du genou ; 4'' du coude-pied (étrier). Genre 6. Spicoïdes (spicas) : 1° de l'épaule; 2" de la
poitrine ; 3" de l'aine ; 4° du pouce. Genre 7. Déjeiés simples : 1° de la tête (discrimen,
scapha ou figuré); 2° du genou (B. pour la fracture
de la rotule); composés (capelines), 1° de la tête, 2"
de l'épaule, 3" du moignon.
Genre 8. Renversés : de toutes les parties. Genre 9. Noués : 1° simple de la icte (nœud d'emballeur) ; 2" à étages de la tcie (noué).
(i) Les bandes scapulaires ou sous-cuisses, faisant toujours partie d'un autre bandage, ce genre n'est pas tonde.
58a HISTORIQUE DES RA^'D\GES lv\ GÉNÉRAL.
Genre lO. Livaginés ou utiissaîis : \° simples (B. des plaies en long) ; a" doubles (des plaies en travers) ; 3° pleins du pcnis (B. en fourreau).
Genre 1 1 . rersonné : de la figure (masque).
Genre 12. Sphéi'oïdes : 1° plein delà têie (grand couvre-chef) ; 2° divise' de la léle (B. des pauvres).
Genre i5. Rectangulaires simples ou doubles (B. enT).
2' Classe. Bandages composés , rangés d'après leur
MODE d'action.
Genre 1". Conientifs : 1 "du nez (drapeau, épervier) ;
2° de la mâchoire , simples ou doubles (chcveslres) ;
3° de l'exomphale , 4° ^^ l'aine.
Genre 2. Attractif: du cou (B. pour la saignée de la
jugulaire).
Genre 3. Compressifs : 1° de la main (ganielei), 2° du
pied.
Genre 4. Unissant: du cou.
Genre 5. Adductif : de la léie (B. de Winslow). Genre 6. Suspensif : des bourses.
Genre 7. Réductifs (bandages pour les fractures et
luxations) : 1° de la clavicule (B. de Desault) , 2° du
bras , 3' de l'avani-bras , 4" tlu col du lemur , 5' de
la cuisse, G"* de la jambe , 7° de tous les membres à
dix-huit chefs.
Genres. Extensifs continués : i°du col du lè'mur;
2° de la fracture oblique de la cuisse. Genre 9. Divisif: du cou.
.3' Classe. Bandages mécaniques, .rangés également d'après leur mode d'action.
Genre i" Unissans : 1" du bec-de-lièvre (B. de
M. Chaussier) , 2° de la rotule (B. de Ravaton) , 3°
du tendon d'Achille (sandale).
Genre 2. Jdductif: de la tête (B. pour la contorsion). Genre 5. Réductif: delà clavicule (B. de M. BoYER,etc.)
Que si l'auteur de cette classification eût voulu en faire le fondement d'un ouvrage, et y rapporter la plupart des bandages employe's en chirurgie pour en tracer l'histoire , il aurait trouve' la possibilité et senti la nécessite' d'y faire une foule de changemens indispensables ; par exemple, de suivre la même règle de nomenclature pour tous les bandages proprement dits , et de ne pas les designer, les uns d'après leur forme, les autres d'après leurs usages ; de ne pas confondre, contre l'usage reçu depuis des siècles, les bandages compose's, comme la fi:onde à six chefs et les T , avec les bandages simples, qui sont accomplis ; comme disait Thévenin, « sans être de'coupés, ni sans y avoir ajoute' d'autres chefs (1) » 5 de ne pas classer les bandages compose's d'après leurs usages seulement, car la plupart des bandages pouvant servir à contenir des pièces d'appareil , à comprimer , quelques uns à soutenir nos parties et à les pre'server des injures extérieures , il en résulte que l'on n'a d'autre règle que l'arbitraire pour les ranger sous l'un ou l'autre de ces titres ; il aurait encore senti que l'on se trouverait d'ailleurs obligé de réunir dans un mênae genre les bandages les plus disparates, comme des frondes , des bourses , des gaines , des bandages lacés , parcequ'il est possible de les employer, et qu'ils peuvent servir de bandages contentifs; enfin, obligé alors d'approfondir le sujet , il aurait reconnu dans cette classification une foule de vices de détail qu'il en aurait assurément fait disparaître et l'aurait entièrement changée.
(1) Des Opérât. , ch. 11, p. 4- »
Quoique jusqu'ici j'aie de'jà resserre' beaucoup Thistoire des travaux iails sur les bandages el les appareils de pansement, je l'abrégerai davantage encore de peur de dépasser par trop les bornes que je dois me prescrire, et n'offrirai guère que des remarques historiques de'tache'es sur les bandages en particulier.
HISTORIQUE DES BANDAGES PROPREMENT DITS. HISTORIQUE DES BANDAGES CIRCULAIRES ET SPIBAVX.
La simplicité el l'uniformité' d'application des bandages circulaires et spiraux peuvent seules justifier la plupart des auteurs de ne les avoir mentionne's ou de'crits que d'une manière vague et gône'rale , depuis HiPPOCRATE et Galien, qui n'ont fait que les indiquer. J'espère que le double article que j'y ai consacre' fera voir que la pratique exigeait plus de détails.
On en trouve un très grand nombre dans le livre de Galien sur les bandages. Tels sont le rhombe double, ^iTToç po[j.êo; c. i5 ; le semi-rhombe, 7,ijippo[j.êoç, c. i4; le scapha, cxa^iov, c. 19, qui sont d'ailleurs mauvais: tels sont le demi-chevestre, oopêsa r;[xiTO(ji.ov , c. 2,5; le chevestre double, cpopêea ^i|j,£pr';, c. 24, et les chevesires des chapitres 25, 33. Tels sont encore les liens de Glaucias, c. 34, qui sont tous des bandages médiocres; les lièvres à oreilles , Xaywç [jlst'cotwv , c. 07 ,| 58 , bandages qui pre'sentent des boucles prolongées, comme les oreilles d'un lièvre, et que les gladiateurs portaient pour ornement (1). ISos chevestrcs simples ou
( I ) Deligatur autem aut decoris gralid in gladialoriis ducllis, aut, elc. , c. xxxvuj p. 483, t. xi.
HISTOllIQUE DES BANDAGES CROISÉS. 585
' doubles en sont la copie ; on s'en servait autrefois pour lier la mâchoire. Tels sont l'œil simple, c. 59 et 4o ; l'œil double, c. 4I5 '|5, qui sont semblables à ceux que nous connaissons aujourd'hui sous le même nom. Tels sont l'œil droit, simple, double, c. 44 > 47? *î^^ diffèrent des pre'cëdens en ce que la bande descend de dessus le vertex sur les yeux, tantôt verticalement, tantôt en formant un X sur le front , et qui ne méritent que l'oubli. Tels sont la circonvallation d'AwmTAS , Ap!,ïivTou y^apa^, et que l'on a mal à propos traduit par fosse d'AMlN- TAs, c. 58 et 59; l'e'pervier de MÉNÉCRATE , Mevex-poc- Toiç îepa^ j c. 60 ; la circonvallation d'ÀMiNTAS , pour le nez tortu, c. 61, très mauvais bandages qu'on s'étonne de voir conservés dans les traités les plus modernes. Tels sont le spica de Glaucias , rXaux.iio'j o-y.yy; , c. 77 , qui est un huit supérieur d'une épaule, entièrement semblable à celui que nous avons décrit sous ce nom, et que Galien employait pour la fracture de la clavicule ou la luxation de l'humérus. Tels sont les spicas des chapitres 78, 85 , qui ont une très grande ressemblance avec le bandage de Desault , pour la clavicule. En effet ils se composent, 1° d'un huit qui embrasse verticalement le bras du côté malade , avec l'aisselle du côté opposé , et présente son croisé sur l'épaule ou la clavicule du côté affecté; 2° de circulaires qui tiennent le bras attaché au tronc; 5° d'une pelote de laine molle qtie l'on place sous l'aisselle, mais qui ne me paraît pas avoir été employée dans la même intention que celle cie Desault , bien que ces bandages aient été destinés à contenir la fracture de la clavicule. Tels sont encore le catafracte ou la cuirasse, y.txxoioca/.T-/;; , c. 85 et 86 , ainsi appelée de sa ressemblance avec la cuirasse des Romains ; la cuirasse d'AMiNTAS, c. S2 ; deux chiasles, 'iioiçoç^ de la poitrine,
c. S8 et 90 ; deux e'toiles, àr7ip , c. 91 93 , que l'on a depuis iraduit par étoiles, et dont notre croisé de la poitrine se rapproche beaucoup ; le bandage droit de 80STRATE, c. 87, compose de circulaires horizontaux de la poitrine et de bandes repliées de bas en haut sur elles-mêmes , qui embrassent ces circulaires dans leur anse, et vont se nouer sur les épaules en formant une bretelle de chaque côté. Soranus et Héliodore ont aussi décrit quelques croisés du tronc, et particulièrement le spica de l'aine (1), et plusieurs croisés des membres que l'on trouve à la suite du Traité de Ga- LIEN dans l'édition de Chartier. Je ne les indiquerai pas ici ; mais je dois dire que l'on n'y rencontre point l'étrier des auteurs postérieurs , mais seulement des croisés du pied , plus ou moins analogues à celui dont nous avons parlé.
Guy de Chauliac a décrit bien peu de bandages croisés. Il serait difficile de dire si c'est le cheveslre qu'il propose pour contenir la fracture et la luxation de la mâchoire intérieure, car sa description est inintelligible (2) ; cependant il est facile d'y reconnaître un bandage croisé qui peut avoir de l'analogie avec le chevestre. Quoiqu'il ne le nomme pas, il a manifestement conseillé le spica de l'épaule pour en contenir la dislocation réduite (5).
Le bandage que Paré décrit pour la fracture de la clavicule rentre probablement dans les bandages qui m'occupent , car il dit de le mettre en croix de Saint- André (4). Dans un article sur la saignée, plein de détails profonds, Delavauguion recommande de faire des y au-devant du ph du bras après la saignée de
(1) Heliodobi, defasc. 5G. — {1) Trait, v, doct. i, ch. h , p. 590. — (5) IiL, doct. II, ch. IV, p. 4o5. — (4) Liv. xv , ch. viii.
cette partie (1), et il de'crit l'ëtrier (2). Heister conseille aussi l'emploi du spica de l'aine pour contenir re'duiie une luxation de la cuisse (3). Le discrimen en X , qui est un très mauvais bandage , l'œil simple , le double , le discrimen du nez , le nez tortu , la fosse d'AmiNTAS, les chevestres, les huit de chiffre, les spicas , les e'ioiles , les quadrigas ou cataphractas , le kiastre , le sandal ou royal, l'étrier de'crit par l'auteur anonyme du Manuel des bandages^ par Sue, Thil- LAYE, etc., etc. , sont des bandages croise's.
HlSIORIQliE DES BANDAGES NOrÉS.
Maigre' que les anciens aient abusé des nœuds dans leurs bandages, ils ne nous paraissent point en avoir fait d'analogues au noue' que nous avons décrit plus haut, p. 255. En effet, ils destinaient les nœuds, soit à assujettir les bandages , soit à les orner. Les bandages qu'ils désignaient sous le nom de lièvre à oreille , en offraient de ce genre , et Galien recommandait , dans celte intention, d'en faire les oreilles courtes, et de les placer au milieu du front (4). Parmi les lacs d'ORl- BASE (5) , qui sont tous des noues servant la plupart à l'extension des membres luxe's ou fractures, et qui par conse'quent sortent de mon sujet, on en trouve cependant qui rentrent dans les bandages par la dure'e de leur emploi et par leur réapplication successive. Tels sont le nautique^ c. 2 , destiné à contenir des attelles, le loup^ destiné à resserrer les membranes du ventre dans la cure d'une hernie, c. 7 ; le plinthe, qu'il conseille pour contenir la fracture du menton , c. 1 3. Ce n'est que beaucoup plus tard que l'on a imaginé le nœud
(1) Ch . XXIV, appar. de la saignée, p. 225. — (2) Id., p. 226. — (3) Part., liv. m, ch. x, p. 266. — (4) Defasc, c. xxxvu. — (5) In Galen. , ederit, Chartiek , t xii.
588 HISTORIQUE DES BANDAGES PllOPREMENT DITS, d'emballeur [capistrum , chevrette oblique ou solaire) , dont j'ai parle' dans la partie dogmatique (p. 253); je ne le trouve décrit ni dans GuY DE Ciiauliac, ni dans Paué, ni dans Thévenin, ni dans de Lavauguion , qui recommande, pour arrêter le sang de l'arte'rioiomie de la tempe, le discrimen dont il se sert pour l'arréier dans la phle'botomie du Iront (i), ni dans DiONis , qui glisse une fève ou un liard dans les petites pièces de linge destinées à comprimer le vaisseau, et qui applique une bande en T , en la serrant un peu plus qu'à l'ordinaire (2). Mais on le trouve de'crit dans Heister , qui le regarde comme très utile , s'c'tonne que plusieurs de ses contemporains l'aient oublie' , et qui, dans la ve'ne'ration qu'il lui porte, lui a donné deux frères bandages, 1° un pour le pansement consécutif à l'extirpation d'une parotide squirrheuse, et que depuis on a désigné sous le nom de noué; 2° un'autre bandage du même genre pour exercer une compression sur le périnée dans le cas d'une hémorrhagie consécutive à la taille (5).
Malgré qu'on ait généralement attribué la capeline à HiPPOCRATE , je n'ai pas trouvé dans ses ouvrages de texte assez clair pour pouvoir l'y rapporter. Qu'on n'aille pas croire pour cela que les anciens ne connurent point les bandages récurrens; ces bandages, et surtout les récurrens de la tête, sont multipliés avec profusion dans l'ouvrage de Galien, et il n'y en a peut-être pas un qui mérite d'être conservé. Ce sont tous des bandages compliqués, dont les jets récurrens, mal soutenus, étaient destinés par les anciens à l'ornement du bandage. La couronne de Dioclès ou de Glaucias , ^oVj; , c. xv ;
(i)Ch. xix,p. 229. — (2) De l'artériot., p. SqG. — (3) Part 5, ch. II , § t> ? cl ch. V, § 7.
le thaïs , Gaiç, de Périgène, que quelques uns rapportent à Maulpias, c. XVI ; \q discrimen^ ^ta/,pi<7tç, c. xviii, encore de'crit dans des ouvrages de ce siècle; le lien de Glaucias, destine à couvrir les joues des gladiateurs, c. XXI , et que quelques uns cousaient pour le rendre plus ële'gant ; le diploïs , ^itcXoTç, c. CLVi ; la pointe, ax,iç , c. CLVii, etc. , sont des bandages de ce genre.
On trouve dans GuY DE Chauliag une sorte de capeline Lien différente de celle que nous faisons aujourd'hui, et qui se rapproche, jusqu'à un certain point, du bandage noué, qui a lui-même beaucoup d'analogie avec les rëcurrens. « Qu'on ait une bande longue plus d'une brasse , dit GuY de Chauliag , et soit roulée , excepté deux espans , desquels soit commencé au long du front , tirant vers Toreille , qui est à l'opposite de la plaie ; et l'autre postée vers l'oreille du côté de la plaie... , la me- ' nant jusqu'à l'autre chef de la bande : et là , près de l'oreille, soit contournée en élreignant, et le chef des espans soit mené en bas , le chef roulé soit mené en haut vers la tête , en le ramenant par le côté derrière de la têtCj vers le chef des espans, et derechef comme devant , et... tant de fois que tout soit couvert et bien bandé : cela fait, les Bolognais lient les deux chefs sous le menton , et les Parisiens les cousent au milieu du front ( I ) . » Voilà ce que je trouve de plus analogue à la capeline dans les anciens auteurs , et je ne la rencontre même plus tard , ni dans ParÉ , ni dans Fabrige d'Agquapendente, ni dans Sgultet, ni dans beaucoup d'autres. Cependant V. B. Verdug en parle comme d'un bandage connu de son temps , et que les anciens mettaient fort en usage, à la tête principalement, pour rapprocher les os du crâne dans l'hydrocéphale. Il en décrit deux variétés : dans l'une les récurrens du bandage
(1) Traité m, doct. 11, cli. 1, p. 278.
sont diriges du front à l'occiput, et vice versa ; et dans l'autre d'une oreille à l'oreille opposée. L. Heister n'a même figure' que celle dernière variété' (1). Verdug ajoviie qu'on donne encore le nom de capeline à tous les bandages qui ont du rapport avec la capeline de la tête; tels que la capeline de l'amputation, celle de la clavicule, de la roiule, etc. {'2). Comme je ne connais aucune bonne figure de ce bandage, je me suis attaché à le faire rcpre'senier exactement dans mes planches VI et Vil.
Décrit dans L. Verduc , dans J.-B. Verduc son fils, dans DiONis, dans Leclerc , etc. , comme des bandages généralement employés par les chirurgiens , le j)lein triangulaire et le grand couvre-chef datent déjà de fort loin.
Quant aux écharpes elles sont déjà recommandées par HippocRATE dans les liaclures du bras et de l'avantbras (5) , et l'on n'a jamais cessé d'en faire usage.
Ces bandages ne sont pas fort anciens : on ne s'est long-temps servi que du spiral que nous avons décrit sous le nom de spiral unissant à la p. 196, et qui est mentionné d'une manière si obscure dans Hippocrate, ainsi que nous l'avons fait observer, qu'il serait impossible de le comprendre si on ne l'avait imaginé soi-même, ou si on ne le trouvait un peu plus clairement décrit dans Guy de Ciiauliac (/|) , dans Paré (5) , dans Fabrice d'Acquapendente (6) , etc. , sous le nom de ligature glutinaiive ou incarnative. A ce bandage on a ensuite
(1) Pari. m. pi. 37, f. 9. — (2) Des band. , ch. i, t. i, p. 595. — (3) Traité des fract. , § vin. — (4) Doct. i, ch. i, p. 319. — (5) Liv. IX, ch. V. — (6) Part, i, liv. 11, ch. v.
substitué, SOUS le nom d'unissans, l'invaginé circulaire et l'invaginé spiral que j'ai décrit p. 274 et 276. Il en est déjà question dans J.-B. Verduc (1), dans Heis-