DES MÈCHES ET DES TENTES
Les mèches sont de petits faisceaux composes de linge, re'unis à peu près parallèlement en une sorte de petit cordon, qui est souvent lie par le milieu de sa longueur , et replié sur lui-même (P. I, F. iv, i). On en fait aussi avec du coton ou de la soie e'crue.
Les tentes n'en diffèrent qu'en ce qu'elles sont plus grosses et forme'es d'un plus grand nombre de fils toujours lie's au milieu de leur longueur (P. I, F. v, i). Elles ont souvent une e'tendue assez conside'rable.
Usages. On emploie une mèche, soit pour favoriser l'écoulement de la suppuration d'une plaie plus ou moins profonde, et empêcher que son ouverture ne se cicatrise avant son fond, comme cela peut arriver à la suite d'une amputation du sein , lorsqu'on réunit par première intention ; soit pour maintenir béante l'ouverture faite aux narines oblitérées , ou la plaie consécutive à la résection de la grenouillette ; soit pour dilater un canal rétréci , comme dans les pansemens de l'opération de la fistule lacrymale; soit pour exciter une irritation dans les parties quelle traverse, comme dans l'application d'un sétoii mèche, que je désigne ainsi pour le distinguer d'un autre séton qui se fait avec une bandelette, et dont je parlerai plus bas.
Les tentes servent à dilater un conduit trop étroit , comme le rectum rétréci par un squirrhe ou par un épaississement de ses parois , suite d'une affection syphilitique actuellement guérie; à maintenir dilatée une ouverture quelconque ou une plaie. On eu voit un exemple dans les pansemens consécutifs à l'opération de la fistule à l'anus et à la perforation de cette ouverture ou du vagin oblitérés, soit par une membrane, soit par des parties molles plus ou moins épaisses.
Préparation. Elle réclame ge'ne'ralemeni une charpie spe'ciale, fort longue et compose'e de fils re'unis parallèlement. Elle consiste à former des faisceaux d'un nombre de filamens proportionne's au volume qu'on veut donner à la mèche ou à la tente , à couper ces filamens d'une manière égale aux deux cxlrc'mite's , et le plus souvent à les lier ensemble au milieu de leur longueur avec un fil que l'on conserve (P. I, F. V, i,) , ou que Ton coupe tout près de la ligature.
On fait des mèches sans les nouer lorsqu'elles ne doivent servir qu'à filtrer le pus d'une plaie profonde; ne'anmoins on pourrait encore les lier sans inconvénient. On les fait fort longues et en coton , lorsqu'on doit les passer à travers l'épaisseur d'une partie pour en faire un séionmèche. On les lie d'un fil que l'on coupe contre le nœud, lorsqu'on ne doit pas les introduire assez profondément pour qu'on ne puisse les retirer aisément avec des pinces à pansement. Il faut conserver, au contraire, les bouts de la ligature toutes les fois que l'on peut en avoir besoin pour retirer une mèche profondément enfoncée dans nos parties. Quoique la mèche employée pour la dilatation du canal nasal se trouve à peu près dans ce cas , ce n'est cependant pas en la préparant qu'on la lie, mais bien au moment même de l'appliquer, et pour l'introduire dans le canal nasal , comme nous l'exposerons plus bas.
Application. On introduit par des procédés assez différens les tentes et les mèches dans les ouvertures, les conduits et les plaies qui doivent ks recevoir.
Tantôt, et cela est rare, les doigts suffisent pour les placer; tantôt on se sert de la pince à anneaux que je décrirai un peu plus bas ; d'autres fois c'est du porte-mèche. Dans le pansement du sélon-mcche, ainsi que nous le dirons bientôt , en parlant du selon , et dans celui de
MÈCHES ET TENTES. 3l
l'opération de la fistule lacrymale, on a recours à une meihode toute particulière.
Les mèches que l'on place clans les plaies se mettent aux angles les plus déclives, et doivent plonger dans les lieux où le pus se ramasse en foyer. On les v introduit avec les doigts ou des pinces. On pourrait même, dans quelques cas ou les plaies sont protondes, avoir recours au porte-mèche que je vais décrire dans un instant. Ces mèches ne servent guère à 1 écoulement de la suppuration qu'en s'opposant à la réunion de la plaie; elles sont incapables d absorber la partie épaisse et visqueuse du pus.
Les doigts ou des pinces suffisent pour placer une petite mèche dans l'ouverture consécutive à la résection de la ^penouillette. Celte mèche doit être grossie à chaque pansement. Si son introduction offrait quelques difficultés extraordinaires, on parviendrait à 1 opérer à 1 aide du porte-mèche.
Ces movens, et ceux qu'on a proposés dans les mêmes intentions, remplissant mal leur objet : ]\1. DuPUY- TKEN a imaginé de les remplacer par un instrument dor ou d argent qu'il laisse à demeure, et qui est tait comme les boutons à double tête dont se servaient nos aïeux pour attacher leur haut-de chausses. Maintenant on en emploie de pareils en ivoire, en nacre de perle, en arçjent ou en or. pour attacher les cols de chemises.
Le porte-mèche est habiiuellemeut emplové pour 1 introduction des tentes dans 1 anus ou le vaiiin. Les tentes sont des mèches trop longues pour qu on puisse les placer avec les doigts, et ce serait toujours peu commode , quoique possible à faire avec des pinces à anneaux.
Introduciioji au moveii du porte-meche. Cet instrument est une lige d'un à deux millimètres de diamè-
32 PREMIÈRES PIÈCES D'aPPAREIL.
tre, de quatorze à quinze centimètres (un peu plus de cinq pouces) de long, divisée à une extre'miie' par une fente de cinq millimètres de profondeur (environ trois lignes), et garnie d'un petit disque en forme de tcte de clou à l'extre'mite' opposée (P. I, F. V, 2). La mèche ou la lente que l'on veut introduire avec cet instrument est pliëe en deux parties e'gales (P. I., F. v, 5, 3, 5). L'extrémité' bifurquée de celui-ci est plonge'e dans la plicature, et coiffe'e des filamens de la mèche (P. I, F. v, 4)j de manière à ce que les deux pointes de l'instrument soient parfaitement couvertes et incapables de se faire sentir à travers la mèche ou la tente. Les deux parties replie'es de celle-ci sont e'iendues le long du porte -mèche (P. I, F. v , 5). Si c'est une tente, elle doit venir jusqu'à la léte de l'instrument.
La tente ainsi pre'pare'e, l'indicateur et le doigt du milieu la saisiront entre eux ainsi que le porte-mèche, tandis que le pouce, applique' sur la léte de celui-ci, le maintiendra immobile. Alors la tente sera graisse'e de ce'rat ou d'onguent mercuriel, si c'est pour un re'tre'cissement syphilitique du rectum qu'on y a recours, puis porle'e dans l'anus ou le vagin, selon sa destination. Ensuite l'instrument sera relire', la tente laisse'e en place , son extrémité ressortant de deux à trois centim. (environ un pouce).
Si la mèche que l'on veut introduire est courte et petite, le porte-mèche doit élre plus mince, la bifurcation de son extrémité moins profonde. Dans ce cas, la mèche, repliée le long de l'instrument, est saisie avec la tige de celui-ci entre le pouce et l'indicateur, comme le serait une plume , et portée dans la partie oi\ Ton se propose de la laisser.
Effets. Les tentes introduites dans le rectum pour un rétrécissement squirrheux de cet intestin, ne font guère que s'opposer à ce qu'il se resserre davantage.