‹ Traité des bandages et appareils de pansementChapitre 53 sur 160 · CROISÉ DE LA POITRINE ET DU BRAS · texte numérisé non relu

CROISÉ DE LA POITRINE ET DU BRAS

Ce croisé est formé , 1° de circulaires horizontaux qui entourent le bras et la poitrine; 2° d'un véritable 8 de chiffre qui embrasse, dans un anneau vertical, le bras depuis le coude jusque sur l'épaule, et, dans un anneau oblique, la poitrine et l'aisselle du côté opposé; 3° de croisés qui reposent sur l'épaule du côté malade.

Usages. On peut , je pense , proposer ce bandage pour contenir une fracture de la clavicule et de l'acromion , et une luxation de son exirémilé scapulaire.

Dans le premier cas , il doit alors remplir la triple indication : 1° délirer Tepaule en dehors, y compris la portion externe de la clavicule; 2° de porter le bras en haut; 5" d'en pousser rextrëmiic supérieure en arrière, et de maintenir les parties en cet e'iat, parceque telles sont en effet les indications à remplir. J'établis cette triple indication par des motifs qu'on n'a pas encore tous apprëcie's jusqu'à ce jour, et sans avoir e'gard, au contraire , à quelques uns de ceux qui ont été indiqués parles auteurs, parcequ'ils sont loin d'être fondc's en tait.

Porter l'épaule en deliors est une des indications les plus absolues lorsqu'il y a fracture de la clavicule. Le fragment externe étant attiré en dedans et en bas par l'action du grand pectoral, du sous-clavier, et en bas par le poids du bras, tandis que le fragment supérieur est attiré en haut par le sierno-mastoïdicn , il est évident d'abord que , si on ne porte point le fragment externe de la clavicule en dehors, le cal sera très difforme, la clavicule raccourcie , et que probablement , par la suite, les mouvemens du bras seront très gênés.

En second lieu, on aurait beau d'ailleurs porter le moignon de l'épaule en dehors et l'y maintenir, si l'on ne soutenait pas le bras, si même on ne le poussait pas en haut, le fragment externe resterait encore déplacé, et au-dessous du fragment interne relevé par le sternomastoïdien , et le cal se formerait tandis que les deux portions de la clavictUe se trouveraient dans un rapport vicieux.

Voilà les motifs réels qui indiquent de pousser le bras et l'épaule en haut , et non , comme on semble le penser, la direction naturelle de la clavicule, que fou croit être habituellement oblique en haut et en dehors. En effet , Ihomme étant debout et en repos, les bras pendans,

la clavicule est horizonlale ou même un peu incline'e en bas et en dehors, au moins c'est ce que j'ai observe' sur tous les modèles vivans que j'ai examine's avec attention.

C'est avec plus de raison qu'on a dit de porter l'extre'mite' supérieure du bras en arrière pour rendre à la clavicule sa direction naturelle : le précepte et le motif sont très rationnels.

Porter le bras en haut , l'e'paule en arrière et en dehors, comme dans le cas de fracture; de plus, pousser en bas l'exlre'mite' externe de la clavicule dans la luxation de cet os sur le scapulum , et i'3^ maintenir , telles sont les indications qui se présentent.

Pièce de bandage. 1 ° Une bande longue de douze mètres (près de dix aunes), large de quatre travers de doigt , et roule'e à un globe ; 2° un coussin cunéiforme de la largeur du bras , et d'une longueur telle , que , place' sous l'aisselle, il n'atteigne pas tout-à-fait le coude, et d'une e'paisseur de deux , trois ou quatre travers de doigt à sa base, selon la taille des sujets; des compresses carre'es de la largeur de la paume des mains.

Préparation. Faites d'abord un petit sac de toile d'une forme convenable; remplissez-le ensuite avec du crin ou des balles d'avoine de prëfe'rence à toute autre chose, et, si la nécessite' vous y obhge, avec du vieux linge ou de la laine. Ayez soin qu'il Ibrme bien le coin ; piquez-le plutôt d'une face à l'autre, comme nos matelas, pour de'terminer plus sûrement et plus exactement l'e'paisseur différente qu'il doit avoir dans les divers points; enfin, attachez à chacun des deux angles que présente toujours sa base deux rubans de cinq décimètres environ (moins d'une demi-aune) pour le fixer au tronc.

Précaution préliminaire. Mouillez les compresses £t les bandes avec une liqueur résolutive. Cette précau-

236 CLASSE I. BANDAGES PROPREMENT DITS, tion est ici absolument indispensable à cause de la grande étendue des circonvolutions du banda^jc et de la grande mobililc' de la poitrine et du bras qu'il doit envelopper.

yéppUcatlon. Placez le coussin sous l'aisselle du côté malade, en en dirigeant la base en haut; fixez -le dans sa place , au moyen des deux bandes qu'il offre à sa base, en portant sur l'épaule opposée et par-derrière le dos la bande qui se trouve postérieure par rapport à la situation du coussin ; ramenez cette bande d'arrière en avant, après avoir garni l'épaule de compresses suffisamment épaisses pour la pre'server de la pression de cette bande; puis nouez celle-ci avec l'antérieure , relevée et dirigée obliquement au-devant de la poitrine à la rencontre de la première.

Le coussin étant fixé, on porte le coude du côté malade contre la poitrine et un peu en devant, au-dessous du mamelon, par exemple; on pousse tout le bras en haut, et l'extrémité supérieure de l'humérus un peu en arrière. Par ces trois manœuvres, si la clavicule est cassée , on remplit les trois indications établies plus haut. Par la première, on fait du bras un levier du premier genre, qui prend son point d'appui sur le coussin , levier dont la résistance à vaincre est placée à son extrémité supérieure , et dont la puissance motrice s'applique au coude. Ce levier, par le mouvement de bascule qu'on lui t'ait exécuter , porte l'épaule en dehors : première indication.

En amenant le coude en avant et poussant le bras en haut, les deux autres sont remplies; mais il faut encore pousser en bas l'exlrémité scapulaire de la clavicule, dans le cas où son extrémité externe est luxée, et réduire l'acromion si c'est celte apophyse qui est fracturée.

La fracture ou la luxation se trouvant réduite par la position qu'on a donnée au membre el que le bandage

GENRE IV. BANDAGES CROISÉS. aSy

doit lui conserver, un aide est chargé de le contenir momentane'ment ; on applique ensuite sur l'extrémité externe de la clavicule , dans le cas de luxation , plusieurs compresses carre'es , d'un ou deux doigts d'e'paisseur , et que l'on a dû prëliminairement imbiber d'une liqueur résolutive; enfin on fait le bandage.

On en porte le chef initiai immédiatement au-dessus du coude du côté malade, et on l'embrasse, ainsi que le tronc, dans trois ou quatre circulaires horizontaux, destinés à faire jouer l'humérus comme un levier du premier genre , et à porter l'épaule en dehors.

Si c'est pour la clavicule droite qu'on a recours au croisé du tronc et d'un bras, et si l'on tourne de droite à gauche et d'avant en arrière , on ramènera d'arrière en avant la bande par-dessous le coude fléchi à angle droit; on la conduira obhquement , par -devant la poitrine, sur l'épaule opposée derrière la poitrine, sous le coude d'où l'on est parti; et, après deux circulaires obhques , faits de la même manière, pour commencer à soutenir le bras et à le suspendre , comme par une écharpe, à l'épaule opposée, on dirigera verticalement la bande par-devant le bras jusque sur l'épaule mialade; on passera sur l'extrémité de la clavicule et sur les compresses qui la recouvrent , si elle est luxée sur le scapulum ; on descendra par-derrière le dos sous l'aisselle du côté sain , ou l'on passera d'arrière en avant ; on viendra monter obliquement, par-devant la poitrine, sur l'épaule malade, où l'on formera un X avec le premier jet de la bande que l'on j aura fait. On descendra ensuite derrière le bras du même côté, sous le coudç; on remontera devant le bras sur l'épaule malade; on passera derrière le dos sous l'aisselle du côté sain, devant la poitrine sur l'épaule malade , derrière le bras sous le coude du même côté, et l'on continuera ainsi

à faire des huit qui embrasseront dans une anse l'aisselle

du côté sain, dans l'anse opposée, le bras opposé, et

dont les croisés se feront sur l'exlrémiié externe de la

clavicule.

On terminera le bandage par des circulaires obliques ou des circulaires horizontaux, selon qu'on le jugera convenable pour la solidité. Ils devront être faits comme ceux que Ion aura appliqués en commençant le bandage, et on arrêtera la bande par-devant la poitrine.

Précaution consécutive. Il faut nécessairement soutenir l'avant-bras avec une écharpe , ou au moyen d'une fronde que nous décrirons plus tard.

Fffèts et propriétés. Ce bandage remplit très bien toutes les indications réclamées par les cas que nous avons signalés plus haut. Il nous a suffi , en le rechangeant tous les trois, quatre ou cinq jours, dans un cas de luxation de l'exlrémiié scapulaire de la clavicule que nous avons eu à traiter tout récemment.

M. p***j jeune pharmacien, montant un escalier, est entraîné en arrière par une chute. Il s'accroche à la rampe; mais néanmoins il heurte violemment la muraille avec l'épaule droiie , et y éprouve une vive douleur ; portant aussitôt après la main à la région de la clavicule , il y reconnaît une saillie insolite. Des élèves en médecine l'examinent; ils soupçonnent une fracture de la clavicule ; ils me font l'honneur de m'appeler pour donner des soins au malade. J'arrive ; et, en appliquant la main sur l'épaule de M. P***^ je reconnais, à travers la chemise, une luxation de l'extrémité externe de la clavicule. J'applique le bandage que je viens de décrire ; et pendant vingt-cinq cà trente jours que je le fis poiter au malade, il a suifi , comme je l'ai dit plus haut, de le rechanger tous les trois, quatre ou cinq jours, et j'oblins une guérison parfaite, sans aucune difformité,

GENRE IV. BANDAGES CROISÉS. 23g

au point que je de'fierais qui que ce soit aujourd'hui de distinguer la moindre différence entre les deux e'paules.

Celte observation prouve non seulement que ce bandage est fort solide, non seulement qu'il remplit parfaitement les indications pour lesquelles nous le conseillons, mais encore que l'on peut guérir sans difformité la luxation de l'extre'mite' scapulairedela clavicule. J'a- ■vouerai enfin que je le préfère au bandage compliqué de Dessault, pour la fracture du même os.

Soins consécutifs. Le croisé du bras et du tronc doit être porté pendant un mois ou six semaines, si on le juge nécessaire , surtout si l'on y a recours afin de contenir une fracture de l'apophyse acromion ou de la clavicule. Il faut aussi le surveiller attentivement pour le réappliquer aussitôt qu'il est nécessaire, c'est-à-dire aussitôt qu'il se relâche. Ce précepte est absolu^ car la fracture de la clavicuîe dans son corps, la luxation de son extrémité scapulaire, la fracture de l'acromion, sont si difficiles à guérir sans difformité , que les praticiens les plus distingués ont été jusqu'à en nier la possibilité.

Remarque. On pourrait aussi faire ce bandage avec une bande à deux globes , et il en résulterait une seconde variété fort solide.

ESPÈCE XIV

CROISÉ DE l'aihe (splca de l'aine).

Bandage en 8 de chiffre qui embrasse le bassin dans un anneau, la naissance de la cuisse dans l'autre , et dont les croisés portent sur l'aine.

Usages. On s'en sert pour contenir un cataplasme sur l'aine , sur un bubon , ou tout autre engorgement des glandes inguinales ; pour y contenir de la charpie, des compresses, pour y exercer une compression, etc.

J'en ai recommandé l'emploi à une fille de quaraniehuii ans , pour exercer une compression sur une varice volumineuse de l'exlre'mite' supérieure de la grande saphène, tumeur à laquelle semblait même participer la veine crurale à l'endroit où la première s'unit à elle.

Pièces du bandage. Une bande longue de huit mètres ( moins de sept aunes), large de quatre travers de doigt, et des compresses graduées, carrées ou triangulaires, s'il s'agit d'exercer une compression.

Application. Portez le chef initial autour du bassin, et faites horizontalement deux circulaires au-dessous des crêtes iliaques, en tournant, par exemple, de droite à gauche et d'avant en arrière. Arrive' au-devant des aines, supposons que ce soit celle du côte' droit, vous descendrez obliquement en dehors de la hanche, sous le pli de la fesse ; vous remonterez obliquement au-devant de l'aine , et y croiserez la circonvolution pre'cédente ; vous entourerez le bassin d'un nouveau circulaire horizontal, en tournant toujours dans le mémoj sens pour revenir à l'aine laire une autre circonvolution croisée , et continuer le bandage jusqu'à l'épuisement presque entier de la bande , que vous arrêterez autour du bassin par un ou plusieurs circulaires.

On peut faire déplus en plus basses les circonvolutions croisées qui embrassent la cuisse. Dans ce cas, le bandage constitue le spica descendant des auteurs ; et le bord supérieur des circonvolutions inguinales reste découvert, comme dans la P. XIX, 70, ^i,'y2, 73, et74» 7^) 76, 77. Si, au contraire, après avoir entouré le bassin, on jette la première circonvolution qui doit embrasser la cuisse jusqu'où l'on veut que le bandage s'étende sur ce membre par en bas, et qu'ensuite on fasse, sticcessivement et graduellement, de bas en haut, lou-

GENRE IV. BANDAGES CROISÉS. a/j.!

tes les autres circonvokitions inguinales, on a alors le spica ascendant des auteurs. Dans ce dernier, le bord inférieur des circonvolutions qui entourent la cuisse reste à de'couvert. Ce croise est un ve'ritable huit dont un anneau embrasse le bassin , dont l'anneau du côté oppose' entoure la base de la cuisse, tandis que les croise's reposent sur l'aine.

Ffjfets et propriétés. Ce bandage maintient assez solidement la pièce d'appareil que l'on applique sur l'aine , sans cependant gêner le malade.

M. A"^**, étudiant en me'decine , à qui je fis l'extirpation de plusieurs glandes inguinales engorgées et fistuleuses, et qui restait habituellement au lit, le préférait de beaucoup au bandage triangulaire de l'aine, que nous décrirons plus tard. Après avoir employé l'un et l'autre, il m'annonça que le spica lui était infiniment plus commode, parcequ'il contenait plus solidement et sans le gêner les pièces d'appareil : aussi il s'en servit exclusi-» vement jusqu'au moment de sa guérison.

Cependant il ne faudrait pas l'employer pour contenir une hernie, car la mobilité de la hanche sur laquelle il passe , les mouvemens respiratoires qui agitent le bas-ventre , le relâchent promptement.

ESPÈCE XV

CROISÉ DES AINES (spiça dcs aines).

Ce bandage se compose d'ïin anneau qui entoure le bassin, de deux anneaux qui embrassent les cuisses à leur naissance , enî'ui de croisés qui se font sur les aines.

Usages. On peut y avoir recours pour contenir un cataplasme sur l'aine, sur un bubon, on tout autre engorgement des glandes inguinales ; pour y contenir

242 CLASSE I. BANDAGES PROPREMENT DITS, de la charpie, des compresses; pour y exercer une compression , elc. ; en un moi , il peut servir aux mêmes usai^es que le pre'ce'dent.

Pièces du^ bandage. Une bande longue de douze mètres (près de dix aunes) , large de quatre travers de doigt, el des compresses graduées, si l'on a recours à ce Landage pour exercer une compression un peu cnergique.

j4ppUcaiioji. Portez le chef initial de la bande autour du bassin, et faites deux circulaires horizontaux au-dessous des crêtes iliaques, pour commencer le bandage, en tournant, par exemple, de droite à gauche et d'avant en arrière (P. XIX, 58); parvenu vers l'aine gauche , descendez obliquement en dehors de la cuisse correspondante (même P., 69); passez par-derrière, sous le pli de la lèsse; remcniez obliquement en dedans de la cuisse, au-devant de l'aine, en croisant le premier jet; passez ensuite de gauche à droite pardèrrière les reins (même P., Go); faites un circulaire horizontal siu' les deux premiers; revenez à l'aine droite; descendez en dedans de la cui.ssc sous le yjli de la fesse (même P., ']~\)\ remontez d'arrière en avant et de dehors en dedans jusqu'au pli de l'aine , et croisez le premier jet de ce côte. Ces deux premiers croise's étant faits, reportez le globe horizontalement sur la hanche droite en passant par-devant l'abdomen et le bassin, poiu* faire un circulaire horizontal autour du bassin (même P., 59), revenir ])ratiqucr un second croise' sur l'aine gauche, et continuer le bandage jusqu'à l'e'puisement de la bande (même P. , 'jo, 62, 75, 61, 71, 64, ;(>, 65, 72, QQ^ 77, 65), que vous arrêterez par un ou plusieurs circulaires autour du bassin (même P. , 68,67).

On peut, comme pour le pre'ce'dent, faire, endescen-

dant ou en montant , les circonvolutions qui doivent embrasser la cuisse, et par conse'quent avoir les spicas descendant ou ascendant des anciens auteurs.

Ces modifications n'ont aucune importance.

Bffèts et propriétés. Ce bandage est un bon conteniif. Il glisse, tombe et se relâche plus vite chez les personnes dont les fesses sont très maigres.

ESPÈCE XVI- Hi'iT DTJ cotJDE (bandage de la saignée).

Véritable huit qui embrasse l'articulation par en haut et par en bas dans ses deux anneaux, et dont les croise's correspondent au pli de Favant-bras.

Indication. On y a recours pour comprimer et oblitérer la veine ouverte par la saigne'e , lorsque l'on craint qu'une petite pièce de taffetas d'Angleterre ou de diachilon soit insuffisante. J'emploie souvent ce dernier moyen à cet usage , et ordinairement il suffit , et cela surtout lorsque l'écoulement du sang s'est arrêté de luimême; en sorte que c'est particulièrement dans ces cas que Ton peut y avoir recours sans crainte de voir l'écoulement du sang reparaître. Le huit du coude sert encore à maintenir réduiies les luxations de l'avant-bras.

Pièces du bandage, i " Une bande longue de deux mètres (moins de deux aunes) , large de deux travers de doigt, et roulée à un globe ; 2° une petite compi^esse, ou mieux encore un petit morceau d'emplâtre agglutînatif.

Précautions préliminaires. La quantité de sang convenable étant évacuée, ia ligature circulaire comprcssive du bras enlevée, lebraset la plaie nettoyés, appliquez sur cette dernière la petite compresse pliée en plusieurs doubles , ou l'emplâtre agglulinatif,

^44 CLASSE I. BANDAGES PROPREMENT OiTS.

yjppUcaiion du bandage. Supposons, pour opporicr plus clarie dans sa description, que vous avez à applicpier le bandage au bras gauche du malade. Maintenez lixe'e la petite compresse avec le pouce de la main gauche , tandis que les quatre derniers doigts, appliques sous le coude, Tembrassent entre eux et le pouce ; saisissez la main du sujet, portez-la sous votre bras, mainlenez-l'Y en la serrant contre voire poitrine; alors appliquez en dehors et au-dessus du coude ie chet initial de la bande , dëroule'e dans la longueur de deux décimètres (un peu plus de sept pouces), de manière que cette longueur soit pendante tout entière à la partie externe et au-dessus du bras; fixez en dehors du colide et sous le coude, avec les doigs place's sous cette jointure, la portion de bande dont je viens de parler , qui doit rester pendante ; puis portez le cylindre de la bande obhquement en bas et en dedans , et en le de'roulant sur la compresse ou le petit morceau de sparadrap dont vous avez pu vous servir pour réunir la plaie ; fixez-y aussitôt la bande avec le pouce qui maintient la compresse ou la petite pièce agglutinativc ; conduisez le globe en dedans et au-dessous du coude , faites un circulaire transversal, revenez en dehors et au-dessous du coude, jnontcz obliquement en dedans , en passant sur la compresse et croisant en X le premier jet ; parvenu en declans et au-dessus du coude, faites un circulaire transversal , retoiu'nezen dehors et continuez ainsi le bandage, en entremêlant les circonvolulions en huit de chiffre ( P. V, 2 5, 26, 27 ) de circulaires transversaux (même P., 20, 28) pour lui donner de la solidité'; terminez-le en nouant les deux chefs de la bande en dehors du bras (même P., 25).

Effets et propriétés. Ce bandage gêne et retient les mouvemens du bras; il est solide, et n'est point sujet '

à glisser vers le pli du coude, comme celui que l'on l'ait en huit de cliilTre, sans circulaires transversaux ni audessus ni au-dessous de l'articulation; mais, comme celui-ci, l'action qu'il exerce sur la compresse amène quelquefois la suppuration de la petite plaie. C'est ce léger inconve'nient qui me fait employer liabituelienient de prëtërence un morceau e'iroit de taffetas d'Angleterre ou de diachilon , sans même l'assujettir par aucun bandage.

Soins consécutifs. Il faut recommander au malade d'e'viter de fatiguer son bras , et surtout de le fie'chir et de l'étendre avec force; souvent il n'en faut pas davantage potu' ramener Fe'coulement du sang, qui n'aurait point reparu sans cette impre'vovance. Cette petite pre'caution est ne'cessaire, surtout dans le cas où l'on n'a pas applique' de bandage par-dessus l'agglutinalif qui re'unil la plaie de la saigne'e.

ESPÈCE XVII

HUIT DU POIGNET ET DU POUCE (spica du pouce).

Ce bandage est un huit qui embrasse le poignet dans un anneau, le pouce dans l'autre, et a ses croise's au côte' radial du poignet.

Usages. On peut s'en servir pour assujettir des pièces d'appareil sur le côte' radial du poignet. On le conseille encore pour maintenir réduites les luxations du premier métacarpien. Il me semble peu convenable pour cet usage.

Pièce du bandage. Une bande longue de quatre mètres ( un peu plus de trois aunes ) , et large d'un travers de doigt.

application du bandage. Faites deux circulaires autour du poignet, laissez ou ne laissez pas pendre sur

le dos du poi^met qualre ou cinq travers de doigt du Lout initial de la bande. Après le dernier tour , qui se teminera au côie' radial du poignet, descendez oblicjuenient au-devant du pi^emier mëiacarpien , remontez entre le pouce et l'indicateur sur la lace palmaire du premier métacarpien le côte' radial du poignet, en croisant la première circonvolution , et faites un nouveau circulaire autour du poignet, semblable aux deux premiers, pour revenir embrasser la base du pouce, et continuer ainsi le bandage jusqu'à l'épuisement de la bande, qu'il est ici très commode d'arrêter en nouant autour du poignet les bouts initial et terminal , si l'on a laisse' pendre le premier sur le dos de la main.

Effets et propriétés. Ce bandage offr^î assez de solidité', mais il est gênant ; et comme d'ailleurs il est assez complique', on peut le remplacer aise'ment par une fronde perlbre'e du pouce, lorsqu'il ne s'agit que de maintenir des pièces d'appareil.

Remarque. On peut aussi taire ce petit bandage avec une bande roule'e à deux globes : c'est une seconde varie'ie' de la même espèce.

ESPÈCE XVUI.

HUIT P09TÉB1EDR DU fOlGNET ET DE LA MAIN.

Ce huit est un bandage qui entoure le poignet par un anneau supe'rieur, la main par un anneau infe'rieur, et qui a ses croise's sur le dos du poignet et de la main.

Usages. Outre qu'on peut l'emgloyer comme contentit" des pièces d'appareil , devant ou derrière l'articulation radio-carpienne, on peut aussi s'en servir pour comprimer l'ouverture artificielle ou accidentelle d'une des veines du dos de la main, pour contenir une luxalion du poignet et celle du grand os.

Pièces du bandage. Une bande large de deux ira-

GENRE IV. BANDAGES CROISÉS. 2l\'J

vers de doigt, longue de deux mètres (moins de deux aunes); une compresse gradue'e re'gulière, pour placer derrière le poignet, dans le cas de luxaiion du grand os; une compresse mince, plie'e en deux, ou un petit morceau d'emplâtre agglutinaiif, pour re'unir les lèvres de la division après la saigne'e d'une veine du poignet.

Application. Les compresses place'es, s'il en est besoin, commencez ce bandage, comme le pre'ce'dent , par deux circulaires autour du poignet, enlaissant pendre quatre ou cinq travers de doigt du bout initial de la bande, ou n'en laissant point pendre du tout, et tournant, par exemple , du bord cubital au bord radial, et de la face dorsale à la face palmaire du poignet. Portez ensuite le globe oblicjuement sur le dos de la main, entre le pouce et 1 index , transversalement dans la paume, puis sur le bord cubital de la main ; remontez obliquement sur le dos de celte partie , en croisant en X le premier jet; gagnez le côte' radial, la face palmaire , et ensuite transversalement le côte cubital du poignet , puis redescendez obliquement sur le dos de la main , entre le pouce et l'indicateur, pour continuer le bandage de la même manière jusqu'à l'épuisement de la bande , que vous arrêterez par des circulaires autour de l'articulation radio-carpienne.

Si vous vous servez de ce bandage pour contenir une luxation du poignet, il est convenable de faire un circulaire horizontal autour de cette articulation chaque lois que vous y reviendrez.

Remarque. Si vous y aviez recours pour maintenir des pièces d'appareil dans la paume de la main , il faudrait le faire de manière que ses croise's s'y rencontrassent , au lieu de se rassembler siu' le dos de cette partie. 11 en re'suUerait alors , par opposition au pre'ce'dent, une sorte de huit antérieur du poignet.

HUIT POSTÉRIEl'R DU CEKOV.

C'est un bandaij'e dont les anneaux embrassent, l'un la parlie suporieiue, l'auire la pariie inférieure du genou, et dont le croise' porte sur le jarret.

Usages. On peut s'en servir pour maintenir sur celte parlie des pièces d'appareil ou y exercer une compression.

Pièces du bandage. i° Une bande longue decpiaire mèlres (plus de trois aunes ), large de trois travers de doigt, fendue ou non à son bout terminal; 2° des compresses graduées , s'il s'agit d'exercer une compression.

Application. Placez les compresses graduées, s'il y en a à appliquer; commencez ensuite le bandage par deux ou trois circulaires horizontaux au-dessus du genou; descendez obliquement derrière le jarret; faites un circulaire horizontal au-dessous du genou ; revenez sur le jarret croiser en X la première circonvolution oblique, pour remonter faire un circulaire au-dessus de la mêuie arliculation , continuer le bandage de la même manière, le terminer par des circulaires au-dessus ou au-dessous du genou, et l'arrêter par une e'pingle ou en nouant ensemble les deux lanières de son bout terminal, si vous vous êtes servi d'une bande qui offrît cette disposition.

FJfets et propriétés , Le bandage que nous venons de décrire, tout en contenant des pièces d'appareil sur le jarret, et en y exerçant une compression, n'en exerce aucune sur la surface anle'rieuro du genou, et particulièrement sur la rotule. Ce mode d'action est favorable à son emploi, et doit le faire prcicrcr à un bandage spiral de la même parlie , lorsqu'il n'est pas

GENRE IV. BANDAGES CROISÉS. 2l\g

nécessaire ou même indispensable de praiiquer une compression par - clevanl 1 articulation. Ce bandage presse aussi la rotule de bas en baut, et de bant en bas , ce qui le rend propre à tenir en contact les tragmens de cet os Iraciurë transversalement; mais comme il ne peut être employé' seul à cet usage, nous aurons occasion d^ le rappeler par la suite.

Remarque. On pourrait faire un buit antérieur du genou, dont les croises passeraient au-devant de la rotule; tel est même le buit de cbiffre de'crit dans Thil- LAYE , pag. 5o5.

On pourrait enfin les exécuter tous les deux avec une bande roulée à deux g!obes.

ESPÈCEXX.

HUIT DES DEUX GENOtX.

Ce bandage forme un buit qui embrasse les deux «cuisses immédiatement au-dessus du genou , l'une dans un anneau, l'autre dans l'autre, et dont le croisé corl'espond à l'intervalle de ces deux membres qu'il réunit.

Usages. On emploie ce bandage pour contenir réduite une luxation du fémur, en bornant ses mouvemens.

Pièce du bandage. Une bande large de trois doigts, longue d'un mètre (près d'une aune).

application. Portez le cbef initial h. la partie interne de l'une des deux cuisses , immédiatement au-dessus du genou ; entourez-la de deux circulaires Iransverses peu serrés; passez ensuite obliquement à l'autre, soit d'avant en arrière, soit d'arrière en avant, selon le sens que vous suivez; eniourez-la aussi au-dessus du genou d un circulaire transverse peu serré;' revenez à la première en croisant la bande qui passe déjà de l'un à l'au-

25o CLASSE I. BANDAGES PROPRE^Tr.NT DITS.

tre membre; coniinucz ainsi le bandn^'c jusqu'à l'e'puisement de la bande, que vous arrclercz en nouant ensemble ses deux chefs cnire les cuisses.

Ce bandage esL solide, et remplit parfaitement son objel.

ESPÈCE XXI

nuiT DU COUDE- PIED (éti'ier simplifié).

Ce bandage n'est qu'un huit dont un anneau supe'rieur embrasse la jambe au-dessus des malle'oles , dont l'inférieur entoure la plante et le dos du pied, dont le croige' enfin repose au-devant de l'articulation.

Usages. On y a recours habituellement pour comprimer ou obiiie'rer la veine saphène après la saigue'e du pied , et l'on pourrait s'en servir pour appliquer et maintenir un topique sur l'articulation du coude-pied, sur le dos et même sous la plante du pied.

Pièces du bandage. i° Une bande longue de deux mèlres ( moins de deux aunes ), et large de trois travers de doigt, fendue ou non à son bord terminal; 2" une petite compresse carrée ou un morceau de tissu agglutinaiif, pour recouvrir la plaie de la saigne'e du pied.

Situation du malade. Qu'il soit assis , que son talon soit appuyé' sur le genou du chirurgien.

^application du bandage. Faites deux circulaires à la partie inférieure de la jambe (P. V, 47) ? descendez obliquement sur le coude-pied (même P., 3i) ; faites un circulaire autour du pied , eu passant par-dessous la plante et sur le dos du pied , ou seulement un dcniicirculaire, et remontez obliquement (même P., 5i) au-devant du coude -pied, en formant un X avec la première circonvolution oblique , et continuez ainsi (même P., 5o, C\^) jusqu'à l'entier épuisement de la

Lande, que vous arrêterez par des circulaires au-dessus des chevilles, où vous la fixerez, soit avec une épingle, soit en nouant ensemble, en dehors et en arrière, les deux chefs de son bout terminai, si elle est fendue en deux.

On peut encore appliquer ce bandage d'une autre manière : laisser pendre en dehors du coude-pied un bout du commencement de la bande , et à la fin le nouer avec le bout terminal. C'est de cette manière que je l'ai fait dessiner (P. V, 48).

Effets et propriétés. Ce bandage est très solide, car il est absolument impossible à ses deux anneaux de glisser et de se déplacer. Il est aussi solide, plus simple, plus facile à comprendre et à faire que l'éirier; en sorte qu'on ne saurait expliquer pourquoi on a imagine' ce dernier , à moins qu'on ne dise que ça e'te' pour en imposer aux simples, qui trouvent les choses d'autant meilleures qu'elles sont pins complique'es, et par suite d'autant plus savans ceux qui les savent faire.

L'exposition succincte de ce bandage , appelé' étrier, va prouver qu'on doit lui prëfe'rer le huit du coudepied que je viens de de'crire , et dont il n'est d'ailleurs qu'une simple varie'té.

2* VAaiETK.

Pièces de bandage. Les mêmes que pour le préce'dent.

Application. Laissez pendre , dans la longueur de cinq ou six travers de doigt, le chef iniiial de la bande au côté externe ou au cote' interne du pied; puis faites un huit du coude-pied, comme pour pratiquer le bandage de ce nom ; ensuite remontez obliquement de la plante du pied derrière le talon , en passant en travers sur le chef initial pendant, on , au contraire, selon le

252 CL.VSSE I. BVNDVGES PROPREMENT DITS, sens dans lequel vous iailes les cii-convolulions du huit de chiffre ; descendez obliquement de derrière le talon sous la plante du pied, en passant loujoiu's sur le chef initial pendant; puis, embrassant, dans le premier cas, le bas de la jambe au-dessus des malléoles, dans le second, la plante du pied par un circulaire, ramenez le chet terminal de la bande en dehors du pied pour le nouer avecle chef oppose', relevé de bas enhaul, et retenu par la circonvolution oblique jetée delà plante du pied derrière le talon, ou du talon à la plante du pied. Le lecteur a dû observer quel'etrier ne diffère du simple huit du coude-pied que par cette circonvolulicn oblique, qui détermine, au côté externe du pied, des plis tati^ans pour la peau et propres à la blesser, et qui, en compliquant le bandage, le rend , comme je l'ai dit, plus difficile à comprendre et à retenir pour l'ëlève.

ESPÈCE XXI r.

• HtlT SUPÉRIEUR d'uN ORTEll.

Ve'ritable huit de chiffre, qui embrasse la plante du pied dans un anneau posle'rieur, un orteil dans l'aniérieur , et dont le croise correspond à la partie supérieure de la base de l'orteil.

Indication. Une petite plaie à pre'server de l'action des chaussures , un petit appareil à maintenir à la base des orteils ou autour de l'un d'eux , ou bien encore un orteil dont la direction vicieuse gène la marche et doit être redresse'e.

Pièce du bandage. Une bande longue de deux mètres (moins de deux aunes) , large d'un travers de doigt et roulée à un globe.

Application du bandage. Faites deux circulaires autour du pied près la base des orteils *, à la tin du second

circulaire conduisez la bande en dedans ou en dehors de l'orteil malade, selon le sens dans lequel vous faites les circulaires; entourez l'orteil d'un denii-circulaire, revenez sur sa hase , croisez en X le premier jet de la bande , embrassez la plante du pied , revenez sur le pied pour recommencer un nouveau croise' ; continuez le bandage de la même manière ; enfin terminez-le sur le dos du pied , en en fixant l'extre'mitë avec une e'pingle.

Vous auriez pu aussi laisser pendre le chef initial sur l'un des côte's du pied pour le nouer à la fin du bandage avec le chet terminal , sur le dos et en dehors de cette partie.

Effets et propriétés . Ce bandage , employé pour redresser im orteil, l'anire en haut et peut l'y amener maljrrë les orteils voisins qui tendent sans cesse à le recouvrir. Si cependant il ne suffisait pas , il faudrait imai^iner un bandage me'canique pour remplir findication.

Remarque. Si au contraire il s'agissait de ramener par en bas un orteil qui monterait sur l'un des doij^ts voisins, il faudrait ne'cessai rement faire un hait inférieur d'un orteil , un huit qui serait inverse au pre'ce'dent , et aurait ses croises à la plante du pied.

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