‹ Traité des Berakhoth du Talmud de Jérusalem et du Talmud de BabyloneChapitre 117 sur 266 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

que je me montre favorable à mes enfanls, et que je les traite mieux que ne le mërite leur conduite !

On a enseigne que R. Ismaël bar-EIischa disait : Je suis entré une fois (comme grand-prétre) au sanctuaire le plus recule {sacro mnctum) pour y faire fumer Tencens, et je vis quAktriel (la couronne divine), rÉternel, le Dieu Sebaoth était assis sur un trône haut et ëlevé; il me disait : Ismaël , mon fils, bënis-moi. Je répondis en disant la formule précitée : Puisse-t-il arriver que ta miséricorde l'emporte sur ta colère, que ta générosité se révèle dans tes actes, et que tu te montres favorable à tes enfants et que tu leur accordes au delà de leur mérite. Il me parut faire un signe de tête, comme pour répondre amen à ma bénédiction. On nous apprend par là que la bénédiction d'un particulier ne doit pas nous être indifférente ^

R. Yochanan dit encore au nom de R. Yossé : D'où sait-on qu'il ne convient pas de calmer quelqu'un au moment où il est irrité? Parce qu'il est dit (Exode, xxxiii, i4) : Ma face passera, puis je te procurerai le repos, c'est-à-dire l'Etemel engagea Moïse à attendre que sa colère fût passée, et à se remettre plus tard. Mais peut-on exprimer le terme de colère à l'égard de Dieu? Oui, conmie il est dit : Chaque jour Dieu s'irrite (Psaume vu, 19). Et combien de temps dure cette colère? Un clin d'œil , c'est-à-dire la 58,888* partie de l'heure^ ; c^est une mesure de temps si petite, que nul autre n'a pu la déterminer que Balaam l'impie, dont il est dit: Il connaît les pensées du Trè^-^aut (Nombres, xxiv, 16). Comment, s'il n'a pu comprendre ce que voulait sa monture (l'ânesse), peut-il saisir l'essence de Dieu ? Aussi a>t-on seulement voulu dire dans ce verset qu'il savait déterminer l'instant auquel Dieu s'irrite. C'est, en effet, ce que dit à Israël le prophète Michée (vi, 5) : Mon peuple, souviens-toi de celui qui a conseillé Balak, roi de Balaam, etc. Qu'indiquent les mots suivants (ibid.) : pour connaître les jugements de Dieu? Cela signifie, répondit R. Éléazar, que Dieu disait à Israël : Voyez que de bienveillance j'ai exercée envers vous en ne m'irritantpasau temps de l'impie Balaam; car si je m'étais irrité, il ne serait pas resté un seul survivant d'Israël. C'est pourquoi Balaam disait à Balak : Comment maudirai-je celui que Dieu n^a pas maudit et comment éveiUer la colère contre celui qui n'irrite pas Dieu (Nombres, xxiii, 8)? Cela prouve que pendant tout ce temps il ne s'était pas irrité. Combien de temps dure l'irritation ? Un instant; ce qui équivaut en durée, selon R. Abin ou R. Abina, au temps qu'il faut pour prononcer ce mot. Comment sait-on que c'est si court? Par ce ver-

* Axiome qui se trouve tr. Meghillâ, croyons que celle qui se trouve énoncée ch. I, fol. i5*. au Talmud de Jérusalem, même traité,

• Cettefixationqu'onlit, selon d'autres. ch. i, S 1 (p. 8 de notre traduction), 8,888 , et qui contient une succession du est plus authentique ; elle équivaut presque chiffre 8 , nous parait douteuse ; nous a un quart de seconde.

set (Psaume xxi, 7) : La coUre dure une seœndey mais la me réside dans sa tw- Umtéy ou par le suivant (Isaïe, xxvi, 90) : Il s' écoule à peine un instant et sa colire se passe. Et à quel moment de la journée a-t-elle lieu? Pendant un instant des trois premières heures, répond Abayé, lorsque la crête du coq blanchit et qu'il se tient sur une patte. Mais ne lui arrive -t* il pas de se tenir ainsi à chaque heure du jour? Oui, mais la crête a alors des taches rouges, ce qui n'a pas lieu au matin, dans cet instant d'irritation. — Un Sadducéen, qui étudiait sous la direction de R. Josué ben-Lévi, se donnait bien du mal pour saisir cet instant. Dans ce but, il prit un jour un coq, le fixa au pied du lit et ne le quitta pas des yeux, dans Tespoir de remarquer ledit instant; mais lorsque le moment précis arriva, il s'endormit. Cela prouve, dit-il, que ce n'est pas une habitude constante chez la Providence, conmie il est dit (Psaume gxlt, 9) : Sa miséricorde s'étend à toutes ses créatures , et il est dit encore : Il n'est pas bon de punir aussi le juste. On a enseigné au nom de R. Meir : Lorsque le soleil brille et que tous les rois d'Orient et d'Occident se revêtent de leur couronne, pour adorer ensuite le soleil, Dieu est irrité.

R. Yochanan dit au nom de R. Yossé : Une punition morale dans le cœur de l'honmie est supérieure à plusieurs coups de lanière sur le dos, ainsi qu'il est dit (Hosée, 11, 9) : EUe a couru après ses amants sans pouvoir les atteindre; elle les a cherchés et ne les a pas trouvés ^ et elle se dit : AUons,je veux retourner auprès de mon premier mart , car alors fêtais plus heureuse qu'à présent. Selon Resch Lakisch, le repentir est préférable à cent coups de bâton, car il est dit (Proverbes, XVII, 10) : La démonstration produit plus êC effet sur V esprit iun être intelr Ugent que cent coups de bâton sur un sot. Il dit aussi : Moïse a sollicité de l'Eternel trois objets qu'il a l'éçus de lui : 1® Il a demandé que la Providence réside au sein d'Israël, ce qui fut accordé, ainsi qu'il est dit (Exode, xxxiii, 16) : N'est-ce pas pendant que tu nous accompagnes , etc. 3® il a demandé qu'elle réside sur Israël seul, comme il est dit : Et nous sommes tombés moi et ton peu^ [ilnd.)'^ 3® il a voulu connaître la raison des actions divines, et cette demande fut accordée également. Il est dit [ibid. i3) : Fais-^moi connaître tes voies. Maitre de l'univers, dit-il, pourquoi y a-t-il parmi les justes des heureux et des malheureux, ainsi que parmi les impies? Moïse, lui fut-il répondu, le juste heureux est celui qui descend d'un juste, le juste malheureux est celui qui est né d'un impie, l'impie heureux estle fils d'un juste, et enfin l'impie malheureux est celui qui a eu pour père un impie. Est-ce bien vrai que Torigine entache? Le verset qui dit : Dieu reporte sur les fils les péchés des pères (Exode, xxxiv, 7), n'est-il pas contre-balancé par le suivant (Deutéronome, xxiv, 16) : Les fils ne mourront pai pour leur père? Comment expliquer cette contradiction? Elle n'est pas fondée , ful-il répondu; le premier verset s'applique à ceux qui suivent les mauvais exemples paternels, et le second h ceux qui ne les suivent pas.

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