CHAPITRE II
n'est valable (donc c^est contraire à R. Juda). Mais peut-être la distinction doiU elle être établie entre le sourd et Tenfant (et Ta vis anonyme de ladite Mischna serait de R. Juda). Cette dernière supposition est inadmissible, puisqu'on dit h la fin de cette même Mischna : rR. Juda autorise la lecture faite par un enfant; n donc le commencement n est pas de lui. Peut-être cependant la Mischna entière doit-elle être attribuée à R. Juda. Il s'agirait de deux sortes d'enfants dans cette Mischna elliptique, qu'il faudrait compléter ainsi: Tous sont aptes à la lecture de la Meghillâ, hormis le sourd, le simple et l'enfant; et encore n'exclue-t-on (en principe) que l'enfant non arrivé à l'adolescence, tandis que l'adolescent peut, dès le principe, faire la lecture; c'est l'avis de R. Juda qui, en ce cas, autorise Tenfant. On l'attribue donc à R. Juda, et ce qu'il dit dans notre Mischna, au sujet du schema\ ne s'applique qu'au fait accompli. Comment alors expliquer ce que dit R. Juda , fils de R. Simon ben-Pazi : Le sourd qui parle sans entendre peut, dès le principe, prélever l'oblation? Ce n'est l'avis ni de R. Juda, ni de R. Yossé; car R. Juda ne déclare valable que le fait accompli, et même ceci est interdit par R. Yossé (en sonune, à qui appliquer Tavis relatif à la MeghiUâf). Il faut l'attribuer à R. Juda et supposer qu'il autorise même le principe; la contradiction qui semble régner entre cet avis et celui qu'il exprime dans la Mischna n'est qu'apparente; c'est qu'une fois il parle en son propre nom et une autre fois au nom de son maître : R. Juda, a-t-on enseigné, dit au nom de R. Éliézer ben-Azariah, qu'il faut, en lisant le 8chema\ l'entendre (en principe) comme il est dit : EcouJte Israël^ etc. R. Meir, au contraire, se fonde sur ce qu'il est dit ensuite : Que je t'ordonne aujourd'hui sur ton ceeur^; c'est que les paroles sont dirigées selon la pensée du cœur (et non selon l'expression). Puisqu'on en est à cet avis (de l'audition exigible), on peut même dire que R. Juda ne diffère pas d'opinion avec son maître, sans qu'il y ait contradiction; car il accorde seulement pour le schéma'' de la valeur au fait accompli, et l'avis que cela suffit en principe est de R. Meir. R. Hisda dit, au nom de R. Schila, que Tavis de R. Juda, exprimé au nom de R. Éléazar ben-Azaria, sert de règle. On peut déduire des termes de cet énoncé, comme conclusion, qu'en principe on ne doit pas dire le schéma' trop bas, mais qu'en cas de fait accompli, il est valable. Toutefois, ajoute R. Joseph, cette discussion n'a eu lieu que pour le schéma'; mais tous les autres préceptes divins, lorsqu'ils sont accomplis incomplètement, n'ont plus aucune valeur, comme il est dit (Deutéronome, xxvii, 9) : Observe bien et écoute Israël (Taudition est exigible). Mais n a-t-on pas enseigné que la récitation de la bénédiction du repas, quoiqu'elle ne doive pas se faire mentalement, suffit au cas accompli? En effiet, R. Joseph a sans doute voulu dire que tous les autres préceptes divins, quoique
' Comp. tr. Meffhiffâ, fol. îîo".
accomplis imparfaitement, sont valables comme tels; et le verset précité s'applique seulement à Tétude de la Loi^
fr Si on le lit sans faire attention aux lettres, etc. n
R. Tabi dit au nom de R. Yoschia, qu'on suit favis de tous deux en ce qu'ils ont de moins sévère. Le même rabbin ^ interprète aussi ce verset des Proverbes (xxx, 1 5 et 16) : On ne peut rassasier jamais ces trais objets, la tombe ^ la femme stérile, etc. Quel rapport y a-t-il entre ces deux? le voici : de même que la matrice reçoit puis rend Tenfant , de même il en est de la tombe. On peut même le prouver par a fortiori: si la matrice , qui reçoit en silence, restitue avec beaucoup de cris, il en sera à plus forte raison de même de la tombe. Ceci peut servir de réplique à ceux qui prétendent que la doctrine de Timmortalité de rame n est pas exprimée dans la Loi divine.
R. Oschia enseigna ceci devant Raba : Comme il est àî\ivous les écrirez (Deutéronome, vi, 9), les deux sections du schéma^ doivent se trouver par écrit en entier dans la mezouza et les tephilin, ainsi que la mention de ces préceptes. D'après l'avis de qui, lui demanda-t-on , ceci est-il dit? D'après R. Juda, selon lequel, dans la cérémonie relative à la femme soupçonnée d'adullère*, on écrit seulement les malédictions prescrites, non les préceptes du cérémonial. H professe là cette opinion, parce qu'il y est dit expressément (Nombres, v, î3) : // écrira ces malédictions ( pas davantage) ; tandis qu'ici il est dit : Vous les écrirez , même les préceptes. Le principal motif de R. Juda réside-t-il bien en ce qu'il est dit il écrira? ou son avis ne se fonde-t-il pas plutôt sur le mot tnalédiction? et, par conséquent, les préceptes en sont-ils exclus? Aussi a-t-il fallu citer la démonstration; sans quoi on aurait supposé, par la corrélation des deux recommandations d'écrire, qu'ici non plus les préceptes ne doivent pas être écrits; c'est pourquoi la Loi les recommande spécialement.
R. Obadia dit devant Raba : L'expression vous les enseignerez'^ (Deut^ronome, xi, 19) indique qu'il faut laisser un intervalle entre les lettres semblables ^ En voici des exemples, dit Raba^: 133^ *7y a sur ton cœur,» — frsur vos cœurs , t) — <r de l'herbe dans ton champ , tî — r vous périrez bientôt , a — « au coin, un fil,?) — «rvous de la terre. ?) R. Hama bar-Hanina dit : Si, en lisant le
* Voir même traité, fol. 63". au Talmud de Jérusalem, môme traité,
* Tr. Synhédrin, fol. 99'. ch. u, 8 3, p. 89.
' Tr. So/a, fol, 17'. * Il s'agit d'éviter la confusion dc^
* Jeu de mots entre DmD*?1, vous en- mots, h cause de la coiisonnance de la seignerez, et DD 11D*7, enseignement par- lettre finale du premier mot avec rinitiale fait. du mot suivant.
' Voir ces exemples et ffautres encore