CHAPITRE III
danger des étrangers ou des brigands. Ce que Ton vient dire des ossemenls s'applique à la Loi. Quoil Est-ce le commencement de la proposition qui s'y applique? Mais il va sans dire qu'elle ne jouit pas d'une estime moindre que les morts; c'est donc la fin qui s'applique à la Loi.
Rabba dit au nom de R. Juda : Si en voyant passer un mort on ne raccompagne pas, on lui manque de respect (en vertu du verset précité) : // se moque du pauvre; il blasphème le Créateur. Et, au cas où on le fait, quelle est la récompense? On lui applique, dit R. Âssé, ce verset : Celui qui donne aux pauvres prête ^ à Dieu (Proverbes, xix, 17), et on F honore en favorisant le nécessitetix {ibid, XIV, 3i). R. Hiya et R. Yonathan se promenaient ensemble dans un cimetière. Celui-ci perdit un fil de ses tsitsith. Ramasse-le, lui dit R. Hiya, pour que les morts ne disent pas : Demain ces gens seront iivcc nous et aujourd'hui ils nous méprisent. — Mais, lui répliqua-t-il, comment le savent-ils-? N'est-il pas dit (Ecclésiaste , ix , 5 ) : Les morts ne savent rien ? Si tu avais lu , répondit-il, ce verset plusieurs fois avec attention, tu l'eusses mieux compris. S'il est dit (au commencement) : Les vivants savent qu'il» mourront, ce sont les justes qu'on nomme encore vivants après leur mort; c'est qu'il £st dit (II Samuel, xxiii, 30) : Benjahou,Jils de Joîada^fils iun homme vivant, riche en œuvres de Kahtseel, a frappé les deux Ariel de Moab, il est descendu et a frappé le lion dans la fosse, un jour de neige, ir Fils de vivant, ^ dit-il. Est-ce que tout le reste du monde est fis de mort? On veut seulement dire qu'il était fils d'un homme qui, quoique mort, était considéré comme vivant; rril était riche en œuvres de Kabtseel,?^ c'est F. 18' qu'il avait réuni avec peine des hommes adonnés à l'étude de la Ln; rril a frappé les deux Ariel de Moab , t) c'est que personne ne l'a égalé ni au temps du premier temple, ni sous le second; tril est descendu et a frappé le lion dans la fosse au jour de la neige, ?) c'est que, selon les uns, il n'a pas craint de briser les façons pour prendre le bain de purification dans l'eau gelée; selon d'autres, il a enseigné et appliqué le livre Siphra (sur le Lévitique) en plein hiver; tries morts ne savent rien,?) ce sont les impies qui, de leur vivant, s'appellent morts, comme il est dit (Ézéchiel, xxi, 3o) : Ton cadavre impie,prince d'Israël; on peut aussi le déduire de ces mots (Deutéronome, xvii, 6) : Sur Favis de deux ou trois témoins le mort mourra. IN'est-il pas encore vivant ? C'est que, en qualité de coupable, on le considère déjà comme mort.
Lorsque les fils de R. Hiya se rendirent aux champs (pour l'agriculture), ce qu'ils avaient appris leur parut lourd à garder, et ils s'en souvenaient avec peine. L'un demanda k l'autre : Notre père a-t-il connaissance de cette peine? Comment, répliqua l'autre, le saurait-il? N'est-il pas dit (Job, xiv, 21) : Ses
' Le mot hébreu est équivoque et si- ' Tr. Sota, fol. 34*'; tr. Moëd Katon,
gniHe aussi accompagner (les morts). fol. i6''.
fils seront honorés sam quil le sache? Alors, dit le preiuier, il doit le savoir, comme il y est dit [ibid,) : Tout son corps n^est plus qu'une plaie, et son âme s'en afflige. R. Isaac ajouta ^ : Un ver fait autant souffrir le mort qu'une aiguille dans un coq)s vivant. Soit, dit-il, on a connaissance de sa propre douleur, mais non de celle d'autrui. Toutefois, le récit suivant semble prouver le contraire ^. Comme il arriva à un homme pieux de donner un dinar à un pauvre la veille du nouvel an, pendant la famine, sa fenune le gronda; il alla donc passer la nuit au cimetière et il entendit que deux esprits causaient ensemble. L'un disait à l'autre : Viens, parcourons le monde et allons apprendre , en nous plaçant derrière le trône cëlesle, quelle punition va être infligée aux hommes. Je ne pui^ quitter, répond le second , parce que je suis enterré dans un lit de joncs; va donc, et tu me raconteras ce que tu auras entendu. A son retour, le premier esprit lui dit : J'ai appris que celui qui ensemencera après la première pluie sera frappé degréie. Celui qui avait écouté ce dialogue eut soin de n'ensemencer qu'après la seconde forte pluie; aussi sa récolte seule fut épargnée. L'année suivante, il alla de nouveau passer cette première nuit de l'an au cimetière, et il entendit deux esprits causer ensenible. L'un disait à l'autre : Viens, parcourons le monde et allons savoir, en nous plaçant derrière le trône céleste, quelle punition va être infligée aux hommes; etconmie le second esprit ne pouvait quitter, le premier alla seul, et il lui raconta à son retour que ceux qui ensemenceraient après la seconde pluie verraient leur récolte consumée par le feu. Celui qui avait écouté ce dialogue eut soin d'ensemencer en temps opportun , et son champ seul fut épargné. Comment se fait-il , lui demanda sa femme, que l'année passée et cette année nos produits ont été seuls présenés de la destruction? Il lui raconte alors tout ce qu'il avait entendu. Peu de temps après, dit-on, une discussion survint entre la femme de cet homme pieux et la mère du second esprit. Viens, dit la femme à la mère, je te montrerai que ta fille est enterrée dans un lit de joncs (ce qui est un reproche). L'année suivante , ledit homme alla encore passer la nuit au cimetière pour entendre le dialogue des esprits. Viens, disait le premier à l'autre, allons entendre quelle punition va frapper les hommes. Laisse-moi, répondit l'autre, les paroles que nous avons échangées ont été entendues parmi les vivants. Tout cela ne prouvc-l-il pas que les morts savent ce qui se passe ici- bas? Il se peut qu'un autre homme soit tombé malade dans l'intervalle, et qu'après sa mort il l'ait dit aux esprits. Voici donc un autre fait : Zeiri avait donné son argent à garder à son hdtellière; lorsqu'il revint de chez Rab, elle était morte. Il la suivit au champ de repos et lui demanda : Où est mon argent? Sous le pas de la porte, répondit-elle; va lo prendre à tel et tel endroit, et dis à ma mère de m'en-
' Tr. Scimhhath , fol. i.T ri u}'?.\ — - Rpciiril des maximes de U. Nathan, ch. m.