CHAPITRE IV
1. La prière du malin se dit jusqu'à midi; jusqu'à la quatrième heure (dix heures), d'après R. Yehouda; celle de l'après-midi, jusqu'au soir; d'après R. Yehouda, jusqu'à la moitié des vêpres seulement. La prière du soir n'a pas d'heure fixe (elle se dit pendant toute la nuit); quant aux prières additionnelles (des sabbats et jours de fête), on peut les réciter toute la journée.
Mais, fut-il objecté, nVt-on pas dit quil est convenable de réciter cette prière au moment de la projection des rayons solaires, afin de rapprocher la formule de délivrance (qui suit le schéma*) de la prière ^amiday de sorte qu'on arrive a la dire en plein jour ? Cet enseignement, fut-il répondu, ne s'applique qu aux gens pieux, lesquels, dit K. Yochanan, achèvent le schéma* au moment de la projection des rayons solaires. La limite extrême , selon tout le monde, est midi. N'est-elle pas plus étendue? R. Mare, fils de R. Houna, fils de R. Jérémie bar- Aba, ne dit-il pas au nom de R. Yochanan que, si par erreur on a omis de dire la prière du soir, on récite Y'amida deux fois au lendemain matin, ou si Ton a oublié celle du matin, on prie deux fois l'après-midi? Eo effet, on peut prier toute la journée; seulement jusqu'à midi, la prière a l'avantage d'être faite en temps opportun ; plus tard elle n'a plus autant de valeur. Si l'on a oublié de réciter celle de l'après-midi, que faut-il faire? Doit-on en dire deux le soir? On conçoit que, en cas d'oubli de celle du soir, on en dise deux le matin; car cela fait partie du même jour, comme il est dit (Genèse , i , 5 ) : Il fut soir et matin y vnjour (c'est-à-dire c'est le même jour, commençant la veille au soir); tandis que l'après-midi la prière représente un sacrifice, et un sacrifice ne saurait être remis au lendemain; ou bien est-ce considéré comme une invocation à Dieu, qui peut se faire en tout temps ? On peut conclure la réponse d'après ceci : R. Houna bar-Juda dit, au nom de R. Isaac ou de R. Yochanan : Si l'on a oublié de réciter la prière de l'après-midi, on la récite deux fois le soir, sans qu'on
lui applique la règle des sacrifices qui ne permet pas d'accomplir le lendemain Toffice de ce jour^ On objecte alors ceci : 11 est dit (Ecclésiaste, i, i5) : Ce qui est recourbé ne saurait être redressé, et ce qui manque ne peut être compté; la prt*mière partie de ce verset s applique à celui qui a omis le schéma' du soir et du matin, ou la prière du soir, ou celle du matin, et la seconde partie à celui qui ne se met pas au nombre de ses compagnons pour Faccomplissement d'une œuvre religieuse. (N'en résulte-t-il pas que c'est irréparable?) Là, répondit R. Isaac au nom de R. Yochanan, il est question de celui qui omet la prière volontairement. En effet, ditR. Asché,on se sert de l'expression «r omettre,^ et F. 36 ^ non (T oublier. -0 Les rabbins ont enseigné ceci : Si l'on a oublié de dire la prière de l'après-midi le vendredi, on en dit deux le vendredi soir; si l'on a oublié celle de l'après-midi du samedi, on en dit deux le samedi soir, selon la formule des jours de semaine; on ajoute la formule de séparation (entre le samedi et la semaine) dans la première récitation , mais non dans la seconde (qui remplace celle du samedi) ; si l'on a fait l'inverse, la seconde seule conserve sa valeur. Est-ce à dire que si l'on n'a pas récité la formule de séparation la première fois, c'est comme si l'on n'avait pas prié et qu'il faille recommencer? Or on dit, au contraire, que si l'on a oublié de mentionner la force des pluies dans la section des morts (a*), ou l'invocation pour les pluies dans la section des saisons (g""), il faut recommencer, tandis que cela n'est pas exigible pour l'oubli de la formule de séparation dans la quatrième section, parce qu'on peut le dire sur la bénédiction de la coupe de vin. Cette objection subsiste.
On a appris ceci ^ : R. Yossé bar-R. Hanina dit que les diverses prières ont été instituées par les patriarches; selon R. Josué ben-Lévi, elles l'ont été parallèlement aux sacrifices fixes. Il y a des preuves à l'appui de chacune de ces deux opinions. Voici sur quoi se fonde la première : Abraham établit la prière du matin, comme il est dit (Genèse, xix, 97) : Abraham se ïeva k matin {et se dirigea) vers Tendroit oit il s'était tenu la veille devant Dieu; or le mot se tenir {'amad) signifie prier, comme il est dit : Pinehas se tiat et pria (Psaume cvi, 3o). La prière de l'après-midi nous vient d'Isaac; Isaac, est-il dit, sortit pour méditer dans les champs (Genèse , xxiv, 63 ); or ce terme lassouah signifie prier, comme il est dit (Psaume eu, 1) : Prière du pauvre lorsqu'il s'enveloppe et qu'il verse sa prière devant Dieu. Quant à la prière du soir, elle nous vient de Jacob, dont il est dit : H arriva {wayifga') dans un endroit et y passa la nuit (Genèse, xxviii, 11); ce terme way^ga' signifie prier, comme il est dit encore : Ne m'invoque plus en faveur de ce peuple; n élève plus pour eux ni chant ni invocation, et ne me supplie pas ( Jérémie , vu , 16).
' Tr. Haghiyâ^ fol. q^, — On voit donc en récite deux le soir. — * Tr. Taanith, que, malgré la défense d'accomplir un sa- fol. 3^. crifire le lendemain du jour prescrit, on
Voici maintenant sur quoi se fonde le second : Pourquoi dit- on que Ton peut réciter la prière du matin jusqu'à midi ? Parce que c'est la limite de temps pour le sacrifice quotidien du matin ; selon R. Juda , c'est seulement jusqu'à la quatrième heure du jour (dix heures), car à ce moment aussi on cesse (selon lui) le sacrifice du matin. Et pourquoi la prière de l'après-midi ou vêpres peut-elle se dire jusqu'au soir? Parce que le sacrifice qui y correspond s'offrait jusqu'au soir. R. Juda donne pour limite la moitié des vêpres, car c'était là , selon lui, la limite du sacrifice correspondant. Et pourquoi dit-on que la prière du soir n'a pas d'heure fixe ? C'est qu'on offrait, à brûler toute la nuit, les membres et les graisses non consumés avant le soir. Et pourquoi assigne-t-on toute la journée aux prières additionnelles ? Car le sacrifice qui leur correspond avait lieu toute la journée; selon R. Juda, c'est seulement jusqu'à la septième heure, car c'est là (selon lui) la limite pour ces sacrifices. Qu'appelle-t-on les grandes vêpres? L'espace de temps entre la sixième heure et demie et la nuit. Et qu'appelle-t^n les petites vêpres? L'espace de temps à partir de la neuvième heure et demie (trois heures et demie). Lorsque R. Juda, donc, assigne pour limite la moitié des vêpres, parie-t-il des premières (les grandes) ou des secondes (les petites)? On peut répondre à cette question par renseignement suivant : R. Juda dit qu'il est question de la moitié des seconde^ vêpres, ce qui a lieu à la onzième heure moins un qi\art (ou, si le jour a lieu de six heures à six heures, c'est à cinq heures moins un quart). — Ne peut-on pas dire que cela forme une objection contre R. Yossé bar-R. Hanina (qui dit que les prières ont été instituées par les patriarches)? R. Yossé bar-R. Hanina réplique : Cela n'empêche pas d'admettre qu'elles ont été instituées par les patriarches, et, de plus, les rabbins en ont trouvé le fondement dans l'ordre des sacrifices, car si l'on n'admettait pas cette raison supplémentaire, la prière additionnelle n'aurait pas lieu d'être, selon lui.
<rR. Juda dit : Jusqu'à ia quatrième heure. -n
Faut-il comprendre cette limite, demanda-t-on , inclusivement^ ou exclusivement? (C'eslr-à-dire la quatrième heure fait-elle partie des heures réglementaires, ou non?) La suite peut éclaircir ce doute; selon R. Juda, est-il dit, c'est seulement jusqu'à la moitié des vêpres ; or, si cette limite est prise exclusivement, il y a, en réalité, une différence entre R. Juda et les rabbins (qui disent jusqu'au soir); mais si la limite est inclusive, en quoi différerait-il des F. 37*. rabbins? Il faut donc admettre que c'est dit exclusivement. Comment alors expliquer la fin? La prière additionnelle, est-il dit, peut se réciter toute la journée;
* Tr. Eroubtn, fol. S-î*'; tr. Pesahim, foJ. 117''; tr. Roxch-Hojschana , fol. 3o\
selon R. Juda, jusqu'à la seplième heure; de plus, si Ton a deux prières à réciter, l'une additionnelle et Tautre pour les vêpres, on dit celle-ci avant Tadditionnelle, et on lui donne le premier rang, parce qu'elle est quotidienne, et que l'autre ne Test pas; selon R. Juda, on récite d'abord la prière additionnelle, parce que la durée de sa récitation est plus limitée que la seconde. Or si cette limite est prise inclusivement, on conçoit le rapprochement de ces deux prières (vers la septième heure, les vêpres commençant à la sixième et demie) ; mais si cette limite est exclusive, conunent cette rencontre seraitr^Ue possible? Lorsqu'arrive le commencement des vêpres, le moment des prières additionnelles n'a-t-il pas cessé? Il faut donc dire que c'est pris inclusivement. Reste alors la difiiculté du commencement : quelle est la différence d'avis entre les rabbins et R. Juda? Voici comment on y répond: Il ne faut pas croire qu'en parlant de section des vêpres il s'agisse des dernières (ou petites); on parle des premières et l'on a voulu dire que l'instant auquel la première section cesse et la seconde commence, c'est après la onzième heure moins un quart. Nous avons aussi appris^, dit R. Nahman, que R. Juda ben-Baba est du même avis pour les cinq sujets suivants : i** qu'il est bon d'avertir la jeune fille (en cas de mariage contracté avant l'âge légal) ; ù"* qu'on peut épouser une femme sur la foi d'un seul témoin (qui atteste le décès du Aari); 3** qu'un coq a été lapidé à Jérusalem pour avoir causé la mort d'une personne (en perçant le crâne d'un enfant); U^ qu'on a versé sur l'autel du vin de quarante jours de date (passé alors à l'état de vraie boisson); 5** qu'on oflVait le sacrifice du matin jusqu'à la quatrième heure du jour (mais pas plus tard). Il est donc bien prouvé que cette limite est prise inclusivement. R. Cahana dit que l'avis de R. Juda (au sujet de l'heure de la prière) sert de règle, parce que c'est indiqué dans l'enseignement précité tiré d'Edouyoth^.
On offre le sacrifice quotidien du matin, dit-on, jusqu'à la quatrième heure. A qui alors attribuer l'interprétation, suivante ? Il est dit (Exode, xvi, ai) : Lorsque le soleil réchauffait, la manne fondait , c'est-à-dire à la quatrième heure ; était-ce bien la quatrième heure ou la sixième? puisqu'il est dit d'autre part (Genèse, xviii, i) : Pendant la chaleur du jour (évidenmient à midi), cela indique la sixième heure. Pourquoi alors commence-t-on par dire la quatrième heure? Ce n'est ni l'avis de R. Juda, ni celui des rabbins; selon R. Juda, on appelle le matin jusqu'à la quatrième heure; selon les rabbins, cette section du jour va même jusqu'à midi. (D'après qui est-ce donc?) On peut admettre que c'est l'avis de R. Juda^ ou celui des rabbins; selon ceux-ci, on peut sup-
* Mischnâ, A* partie, traiié Edouyoth, Voir traité KidouschitHy fol. SA**; tr. Bech. VI , S 1 ; Talmud, tr. Nidda, fol. 8*. khoroth, fol. q6*.
' Littéralement : dans le texte préféré.
poser deux parties de la matinée, en vertu de la répétition de ces mots ce matin, le matin (qui se trouvent dans des versets précités, pouvant faire allusion à des divisions du matin); selon R. Juda, cette répétition du mot matin indique qu'il faut anticiper d'une heure la limite. Mais, d'après tout le monde, l'expression à la chaleur du soleil eUe se fondait se rapporte à la quatrième heure. Qu estce qui le prouve? C'est que, dit R. Acha bar-Jacob, le verset dit : il b chaleur du soleil eUe fondait; or, Theure à laquelle le soleil bnlle et ronJ)re est encore * fraîche, c'est la quatrième heure (dix heures).
tr La prière de nn:D (vêpres) se dit jusqu'au soir, n
R. Hisda demanda à R. Isaac : Conune (pour la prière du matin) R. Cahana a dit que l'avis de R. Juda sert de règle, parce qu'il est confirmé dans la Mischnâ à'Edouyoth , en est-il de même ici ? Il se tut et ne répondit rien. On peut, dit R. Hisda, l'inférer de la conduite de Rab, qui disait la prière du samedi le vendredi avant la nuit; cela prouve que l'avis de R. Juda sert de règle (et que la section des vêpres une fois close, il est déjà temps de réciter la prière du soir). On peut tout aussi bien déduire l'inverse de la conduite de fi. Houna et des autres rabbins qui ne priaient pas avant la nuit; cela prouverait que l'avis de R. Juda ne sert pas de règle. Comme on ne vient de décider aucun avis , on a bien fait de n'importe quelle façon on a agi. Rab s'étant trouvé chez Gueniba, il dit la prière du vendredi soir avant la nuit; R. Jérémie bar-Aba priait denière Rab, et comme Rab eut achevé auparavant, il n'interrompit pas celle de R. Jérémie (en passant devant lui pour s'asseoir). On peut apprendre trois choses par ce fait : i** qu'on peut réciter la prière de vendredi soir quand il fait encore jour; s^ que le disciple prie derrière son maître; S*" qu'on ne doit pas passer devant ceux qui prient (pour ne pas les déranger). Ceci confirme l'avis de R. Josué ben-Lévi, qui exprime la même opinion. Estce vrai? R. Amé et R. Assé ne changeaient-ils pas de place? Oui, à une distance de quatre coudées. R. Jérémie agissait-il bien ainsi? R. Judan'a-t-il pas dit, au nom de Rab, qu'on ne doit jamais prier ni en face de son maitre, ni F. 97'. même derrière lui ? Et R. Ëliézer n'a-t-il pas ajouté que si l'on prie derrière son maître, ou si on le salue familièrement, ou si on lui rend le salut (sans distinction), ou si l'on discute son enseignement^, ou si l'on répète une chose qu'on n'a pas entendue de son maitre, on peut causer le reirait de la Providence du sein d'Israël? Pour R. Jérémie bar-Aba, c'est différent, car il était considéré, quoique élève, comme compagnon. Aussi R. Jérémie disait-il (ce jour-là) à Rab : cr As-tu donc déjà cessé tes travaux 79 (pour que tu commences
* Tr. Souccaj fol. 37''; (r. Synhédrin, fol. 110'.
la prière de samedi)? Oui, avail-ii répondu, au lieu de dire : tthe roaitre a cessé. D Mais, par le fait, avait-il bien cessé? R. Âbin ne dit-il pas qu'un jour Rabbi ayant dit la prière du vendredi soir quand il faisait encore jour, il se .rendit ensuite au bain, en sortit, apprit un chapitre d'études avant la nuit tombée (bien que ce soit défendu le samedi)? C'est que, dit RabaS il est seulement allé transpirer, et c'était avant que cet acte fAt interdit. Est-ce bien vrai ? Abayé n'a-t-il pas permis à R. Dimi bar-Livaî de faire passer les paniers au soufre (même après la prière du vendredi soir) ? C'était par erreur (par l'eifet des temps sombres) que la prière avait eu lieu (mais comme il refit jour, on reprit le travail). Mais Terreur n'a-t-elle pas d'effet absolu sans retour? Abidan n'a-t-il pas dit qu'un jour les nuages s'étant amoncelés au ciel, le peuple crut qu'il faisait nuit, et l'on alla à la synagogue réciter la prière du samedi soir? puis comme les nuages se dispersèrent et que le soleil brilla de nouveau, on alla demander à Rabbi ce qu'il fallait faire. Comme la prière est faite, avail-il répondu, elle a sa valeur et elle suffit (donc, bien qu'il ne soit pas permis de travailler, on ne répète pas la prière); comment cela se peut-il ici? C'était pour ne pas imposer un nouveau dérangement au public (qui avait déjà prié).
Selon R. Hiya bar-Abin, Rab récitait la prière du samedi le vendredi soir avant la nuit ; selon R. Yoschia , il disait la prière du samedi soir, lorsque le samedi il faisait encore jour. Lorsque Rab récitait d'avance la prière du vendredi soir, faisait-il ou non la sanctification sur la coupe du vin ? On en trouve la réponse dans cet enseignement de R. Nahman , au nom de Samuel : Si l'on récite la prière du samedi le vendredi soir avant la nuit, on bénit le samedi sur le vin, et cet avis sert de règle. Lorsqu'il lui arrivait, selon R. Yoschia, de réciter la prière du samedi soir avant la nuit, disait- il ensuite la formule de séparation sur la coupe de vin, ou non? Oui, conformément à ce que dit R. Juda, au nom de Samuel. R. Zeira dit, au nom de R. Assé, de R. Éliézer, de R. Hanina et de Rab: Près de cette colonne, R. Ismaël bar-Yossé récita le vendredi soir avant la nuit la prière du samedi. Oula, en arrivant, dit que c'était du cdté du palmier et non près de la colonne, et que ce n'était pas R. Ismaël bar-Yassé, mais R. Eléazar bar-R. Yossé, et enfin que ce n'était pas le vendredi soir, mais le samedi soir.
(r La prière du soir n'a pas d'heure fixe, tî
Que veut-on dire par là? Est-ce qu'on peut prier toute la nuit? Pourquoi alors ne pas le dire explicitement ? Cela veut dire seulement qu'elle n'est pas
t ' Tr. BeUa, fol. Sa'.
GHAPITKE IV. 333
fixe, ou autrement dit : Elle nest pas obligatoire, car K. Juda dit, au nom de Samuel, que la prière du soir est obligatoire selon R. Gamaliel, et facultative selon R. Josué. Abayé confirme le premier avis, et Raba le second. Les rabbins ont enseigné ceci : Il arriva qu un élève ayant demandé à R. Josué ce qu il en était de la prière du soir, celui-ci lui répondit qu'elle est facultative. Ayant posé la même question à R. Gamaliel : Elle est obligatoire, lui dit-il. Mais pourquoi R. Josué m'a-t^il répondu qu'elle est facultative? Attends, lui répondit-il, que les savants interprètes de la Loi soient entrés dans la salle d'études ^ A leur arrivée, le disciple renouvela sa question. Elle est obligatoire, répondit Gamaliel, qui, se tournant vers les assistants, demanda : Y a-t-il quelqu'un d'un avis contraire? Non, répondit Josué. Mais c'est en ton nom, dit Gamaliel, qnon l'a déclarée facultative. Lève-toi donc, lui répondit Gamaliel, et que l'on témoigne contre toi. R. Josué se leva alors et dit : Si j'étais vivant et lui mort, le vivant pourrait démentir le mort ; mais comment le vivant peut-il se réfuter luimême (en désavouant ce qu'il a dit)? — R. Gamaliel, assis sur son siège, continuait à donner l'enseignement , tandis que R. Josué se tenait debout. L'assemblée (froissée par cet acte d'autorité) se mita murmurer et dit à R. Houtzpit le tourgman (chargé de développer aux élèves la pensée du maître et de la tra* duire) de terminer la leçon, et l'on s'arrêta. Jusqu'à quand, dit-on, continuera-t-il à le tourmenter? La première fois, l'année passée, au sujet du nou-^ vel an^, puis au sujet des premiers-nés, dans l'affaire de Sadok^, et enfin maintenant encore; nous allons le destituer de la présidence. Faut-il nommer fi. Josué à sa place ? Cela ne se peut guère, puisqu'il est cause de la destitution (et ce serait trop blessant pour R. Gamaliel). Devons-nous instituer conmie tel R. Akiba? Peut-être R. Gamaliel se vengeraitril de lui, car R. Akiba n'a pas pour lui le mérite d'ancêtres distingués (comme le premier). Nonmions donc R. Éliézer ben-Azaria; il est aussi savant que riche, et c'est un descendant d'Ëzra à la dixième génération : c'est un savant, et il saura répondre aux questions qu'on lui adressera; c'est un riche personnage, et s'il est nécessaire de faire une démarche auprès de l'empereur, il la fera; enfin, il a le mérite d'une haute origine, étant de la dixième génération d'Ezra, et il n'y a pas à craindre qu'on lui fasse d'affront sous ce rapport. On se rendit donc chez lui et on lui demanda : Vous conviendrait-il, maftre, d'être le président de l'assemblée ? — Je veux y réfléchir avec ma famille , répondit-il. Il alla consulter sa femme , qui lui dit : On te destituera sans doute à ton tour. — Que veuxtu? lui dit-il, quand on se sert un jour d'une coupe précieuse en verre, on F. aS* risque de la briser le lendemain. — Mais, répliqua -t- elle, tu n'as pas de
' Voir tr. Yéma, fol. 87**; tr. Bekho- tie; tr. Rosch-Haschanay ch. 11, SS 8 et 9. rolh, fol. 36'. — ' Voir MischnA, q' par- * Talraucl , tr. Bekhoroth, fol. 36\
cheveux blancs qui imposent le respect. Un miracle s'opéra alors en sa faveur, et quoiqu'il fût seulement âge de dix-huit ans, il eut une barbe blanche. Cest pourquoi R. Éliézer ben-Azaria dit dans la Mischnâ : crJe paraissais avoir soixante-dix ans, ^ sans qu'il les eût, en réalité. En ce jour, dit-on, on supprima la présence du gardien (qui prélevait un droit d'entrée à la porte) , ce qui permit à tous les disciples d'entrer; car R. Gamaliel avait fait dire qu'il n'admettrait pas les élèves sur lesquels il ne serait pas suflSsamment renseigné ^ Aussi bien des sièges durent être ajoutés alors. Selon R. Yochanan, le chiflEre en a été diversement indiqué par Aba Joseph ben-Doustaï et les rabbins; selon le premier on ajouta quatre cents sièges ; selon les autres , sept cents. A cette vue R. Gamaliel pAlit, en se disant (av«c regret) : Aurais-je eu le malheur de restreindre la propagation des études en Israël ? Il vit alors en songe que parmi les cailloux blancs il y avait beaucoup de taches (c'est-^-dire bien des gens imparfaits au milieu de ce grand nombre de disciples), et cette vision cependant ne calma pas ses esprits.
C'est en ce jour, apprit-on, qu'on composa le traité Edouyotkj et chaque fois qu'on dit tren ce jour,^) c'est de cette journée-là qu'il est question; et il ne resta pas une rè^e, ajournée jusque-là, qui ne fût expliquée et fixée. R. Gamaliel même ne manqua pas une heure de présence à la salle d'études. Or, on a enseigné ^ qu'en ce même jour Juda , prosélyte d'Ammon , vint se présenter devant les rabbins dans la salle d'études , en disant : Puis-je être admis dans l'assemblée? — C'est interdit, dit R. Gamaliel. — C'est, au contraire, permis, répliqua R. Josué. — Mais, objecta R. Gamaliel, n'est-il pas dit en propres termes dans la Loi (Deutéronome, xxiii, U) : Il ne viendra pas i Ammonite dam rassemblée de Dieu? — Il n'y a plus, répondit R. Josué, ni Ammonites, ni Moabites en ce pays, depuis que, par les conquêtes de Sennacherib roi d'Assyrie, toutes les nations ont été mêlées ^ comme il est dit (Isaïe, x, i3) : Je resterrerai les UnUtes des peuples y je détruirai leurs frontières etfy placerai des puissants comme habitants. Mais, dit R. Gamaliel, un autre verset (Jérémie, xlix, 6) dit bien : Plus tard je ramènerai la captivité des JSs d^ Amman y dit FÉtemely et depuis ce temps ils ont pu rentrer. Il est également dit, répliqua R. Josué : Je ramènerai la captivité de mon peuple Israël (Amos, ix, i/i), et cependant le retour d'Israël ne s'est pas encore effectué (ce n'est donc pas une objection). Aussitdt qu'on eut entendu ces mots, on autorisa l'admission de ce prosélyte dans l'assemblée. Puisqu'il en est ainsi , se dit R. Gamaliel , je vais aller m'excuser auprès de R. Josué. En arrivant chez lui il remarque que les murs sont noirs. On reconnaît aux murs de ta maison , dit-il , que tu fabriques des aiguilles. —
* Tr. Yéma, fol. ysi**. mains), ch. iv, S h, — ^ Tr. Yôma,
^ MischnA, a' partie, Ir. Yadoim (<!es fol. 5/ii'.
Tu l'apprends seulement, lui dit R. Josué; malheur à la gënëralion que tu administres, car tu ne sais pas avec combien de mal les savants s'entretiennent et se nourrissent. — Tai parle contre toi, répliqua R. Gamaliel; pardonnemoi si je t'ai offensé. Il ne lui répondit pas. — Excuse-moi' en souvenir de mon père, dit le premier en insistant. — J'y consens. — Qui veut aller, demanda-t-on> en faire part aux rabbins? — Je veux bien y aller, répondit un blanchisseur. R. Josué l'envoya donc à la salle d'étude et fit dire aux rabbins : Que celui qui a l'habitude de revêtir le manteau (de présider) le revête; mais celui qui n'en a pas l'habitude peut-il lui faire dire qu'il est prêt à l'habiller ?R. Akiba dit aux rabbins : Fermez les portes, afin que n'arrivent pas les serviteurs de R. Gamaliel, pour tourmenter les rabbins. Il vaut donc mieux, dit R. Josué, que j'aille auprès d'eux. A son arrivée, il troubla l'entrée et dit : Il est naturel que le sacerdote fils de sacerdote fasse l'aspersion des eaux du sacrifice de péché ; mais celui qui n'est rien peut-il lui dire : Tes eaux sont d'un puits et ta cendre est de la poussière ordinaire? (Y a-t-il lieu de contester son avis?) Ecoute, lui dit R. Akiba, tu es réconcilié avec lui, et nous y sommes arrivés dans le seul but de te rendre hommage ; demain matin allons ensemble de bonne heure nous placer à sa porte. Mais ensuite , que ferons-nous? N'a-t-on pas appris qu'on monte dans les saintetés et qu'on ne descend pas? Que l'un prêche pendant un samedi , et un autre mâitre la semaine suivante. Mais ne sera-t-il pas jaloux de ce partage égal de l'autorité? Que R. Gamaliel enseigne pendant trois samedis et R. Eléazar ben-Azaria au quatrième samedi du mois. C'est, en effet, dans ce sens qu'on a dit : La semaine de qui étaitH;e? Celle de R. Eléazar ben-Azaria^ et le disciple dont il est question, c'est R. Simon ben lochaï.
crLa prière additionnelle se dit toute la journée. ^
Toutefois, dit R. Yochanan, c'est un péché de la réciter trop tard. Les rabbins ont enseigné que si l'on a deux prières à réciter, Tune des vêpres et l'autre additionnelle, on dit en premier lieu celle des vêpres qui est quotidienne, tandis que l'autre ne l'est pas. Selon R. Juda, on dit d'abord la prière additionnelle, parce que l'heure qui lui est consacrée cesse d'abord. R. Yochanan dit^ que le premier avis sert de règle. Lorsque R. Zeira eut l'esprit affaibli (et qu'il eut oublié son enseignement), il alla s'asseoir à la porte de R. Nathan bar-Toubi, en disant : Lorsque les disciples sortiront je me lèverai devant eux et j'en aurai du mérite. Comme R. Nathan bar-Toubi vint à sortir, il lui demanda : Qui l'a enseigné comme règle à la maison d'étude? Voici, lui répon-
* Tr. Aaghiffâ, fol. 3'. — * Tr. Zebahim, fol. iq' et ç^^\
dit-ii , ce que R. Yochanan a enseigné : L'avis de R. Juda, disant qu'on commence (en cas de double prière) par réciter l'additionnelle, n'est pas admis comme règle. — Est-ce bien R. Yochanan qui a dit cela? — Oui, répondit-il. Il le répéta d'après lui quatre fois. Est-ce la première chose , lui demanda-t-il , que tu apprends de lui (pour qu'elle te cause tant de joie) , ou est-ce nouveau pour toi (que ce soit lui qui l'ait dite)? C'est nouveau pour moi, répondit-il, car j'avais des doutes sur l'avis de R. Josué, qui dit: A celui qui récite la prière additionnelle après la septième heure, on applique, selon R. Juda, ce verset (Sophonie, m, 18) : J^ai anéanti ceux qui étaient brisés (^31^) à cause des fêtes, car Us venaient de toi. Comment sait-on que le terme noughi signiOe une rupture? C'est que R. Juda l'applique aux ennemis d'Israël (ou par euphémisme à Israël), pour avoir reculé l'époque des fêtes à Jérusalem. Selon R. Éiiézer, on applique ledit verset à celui qui, selon R. Juda, réciterait la prière du matin après la quatrième heure. Comment sait-on que le premier terme de ce verset (noughi) indique la douleur? C'est qu'il est dit (Psaume cxix, 98) : Mon Ame pleure de tristesse; ou selon R. Nahman baMsaac, d'après ce verset (Lamentations, i, il) : Ses jeunes filles sont tristes (r)131^), et elle en est chagrinée. F. 98^ R. Awya ayant été malade, il ne put suivre le chapitre interprété par R. Joseph (qui , à l'instar du chef d'académie, enseignait une section le samedi avant la prière additionnelle). Lorsqu'il arriva le lendemain, Abayé s'informa de sa santé, pour bien montrer à R. Joseph la cause de cette absence (qui n'avait rien de blessant) , et il dit à R. Awya : Pourquoi n'es-tu pas venu hier assister au cours? — J^étais trop faible, répondit-il, et je ne pouvais marcher. — Pourquoi, lui dit-il, n'as-tu pas mangé quelque chose pour te remettre et pouvoir venir? — C'est que, répondit-il, tu sais bien que, selon R. Houna, il faut avoir dit la prière additionnelle avant de se mettre à manger. — Mais alors il fallait faire cette récitation d'avance, en particulier, afin de pouvoir manger et de venir. — C'est que, répondit-il , je suis de l'avis de R. Yochanan, qui dit de ne pas anticiper la prière individuelle sur celle du public. — Ce n'est vrai ,. répliqua-t-il , selon R. Aba, que lorsqu'on se trouve en public (afin de prier avec l'assemblée). En somme, on n'admet comme règle fixe ni l'avis de R. Houna, ni celui de R. Josué ben-Lévi. L'avis de R. Houna vient d'être exprimé: quanta R. Josué ben-Lévi, il dit : Dès que l'instant de dire la prière des vêpres est arrivé , il n'est pas permis à l'homme de goûter à quoi que ce soit avant de l'avoir récitée.
2. R. Nechounia ben-Hakaiia faisait, en entrant à Técole et à sa sortie, une courte prière. Quel est le but de celte prière? lui de— manda-t-on. A mon entrée, répondit-il, je prie pour quil n'arrive
CHAPIÏHE IV. :VM
aucun accident par ma faute; et à ma sortie, je rends grâce (à Dieu) du sort qu'il m'a fait.
Les rabbins ont enseigné ce que Ton dit en entrant dans la maison d'études : rr Qu'il te plaise, Éternel mon Dieu, de faire en sorte qu aucun mal n'arrive par ma faute, que je ne me trompe dans aucune règle, que mes compagnons aient du plaisir à m'entendre, que je ne proclame pas pur ce qui est impur, ni rinverse, que mes compagnons ne se trompent pas dans une décision essentielle, et que je me réjouisse de leur voisinage, t) En sortant on dit : (tJe te rends grâce, Éternel mon Dieu, de m'avoir fait prendre part à ceux qui fréquentent cette salle d'études, au lieu de parcourir les boutiques; moi je me lève comme eux , mais c'est pour Tétude de la Loi, non pour des causes futiles; je me donne de la peine conune eux, mais j'en serai récompensé, tandis qu'eux ne le seroat pas; nous courons tous également, mais moi j'ai pour but la vie future, tandis qu'eux n'arriveront qu'à la fosse de la destruction.?)
Les rabbins ont enseigné que, lorsque R. Éliézer tomba malade, ses élèves lui rendirent visite ^ Maitre, lui dirent-ils, fais-nous connaître les sentiers de la vie, afin que nous sachions acquérir la vie future. — Ayez égard, leur dit-il, à rbonneur de vos compagnons; détournez vos enfants de pensées futiles, placez-les près des savants, et lorsque vous priez, sachez devant qui vous vous lenez ; c est ainsi que vous acquerrez la vie future.
Lorsque R. Yochanan ben-Zaccaï tomba malade, ses disciples vinrent le visiter. A leur vue il se mit à pleurer. Quoi, lui dirent-ils, toi une lumière en Israël, qui représentes la colonne droite du temple, l'enclume la plus forte, pourquoi pleures-tu ? Il leur répondit : Si l'on me conduisait devant un roi humain , qui vit aujourd'hui et meurt demain , dont la colère ne saurait être étemelle, dont la punition par la prison n'est pas éternelle, et dont même la condamnation à mort n'a rien d'absolu, que je puis calmer par mes paroles ou peut-être payer en argent, je tremblerais et pleurerais; à plus forte raison ai-je lieu de pleurer lorsqu'on va me conduire devant le roi des rois, le saint béni soil-il, qui n'a aucune de ces imperfections. En outre, je ne sais dans lequel des deux chemins on me conduira, au paradis ou à l'enfer; ne dois-je pas verser des larmes? — Maitre, lui dirent-ils, bénis-nous. — Puissiez-vous, leur dit-il, craindre autant Dieu que les hommes. — Quoi, lui dirent-ils, pas davantage? — Plaise à Dieu, dit-il, que vous y arriviez. Souvenez-vous qu'en commettant un péché on a toujours peur d'être vu par un homme. Au moment d'expirer il dit : Débarrassez la chambre des vases qu'elle contient, pour qu'ils ne deviennent pas impurs, et préparez un siège à Ézéchias, roi de Juda , qui arrive.
* Grand recueil des usages [dcrehh crets), ch. m.
338 TRAITÉ DKS BERAKHOTH.
3. Selon R. Gamaliel, on doit réciter tous les jours les dix*huil bénédictions; d'après R. Yehoschouah, il suffit du résumé des dixhuit bénédictions; R. Akiba dit que celui qui sait bien sa prière par cœur doit réciter les dix-huit; sinon, il suffit du résumé.
4. R. Eléazar dit : Si Ton dit la prière comme pour s'acquitter d'une récitation obligatoire, ce ne sont point là des supplications.
5. R. Yehoschoua dit : Celui qui se trouve dans un endroit dangereux récite une courte prière résumée des dix-huit; il dit : Sauve ton peuple Israël , même lorsqu'il transgresse tes lois; que ses besoins soient devant toi; sois loué, Eternel, qui entends les prières et les supplications.
6 (5). Celui qui est sur une mule doit en descendre (pour faire sa prière) ; s'il ne peut le faire, il doit tourner sa face (vers Jérusalem) , et, s'il ne peut pas tourner sa face, il doit diriger son cœur vers le saint des saints.
7 (6). Celui qui est sur un navire ou sur un radeau doit (pour prier) diriger sa pensée vers le saint des sainis.
A quoi correspondent ces dix-huit sections ? Aux 4ix-iiuit mentions de Dieu dans ie psaume xxix, répond R. Hillei, (ils de R. Samuel bar-Nahmeni. Selon R. Joseph, elles correspondent aux dix-huit mentions divines qui se trouvent dans le schéma^ complet; ou selon R. Tanhoum, au nom de R. Josuë ben- Lévi, aux dix-huit branches (côtes) de Tépine dorsale. Celui qui prie, dit ce même docteur, doit s'incliner jusqu'à ployer toutes les branches de Tépine dorsale, ou selon Oula, jusqu'au point que la peau se plisse sur le cœur. R. Haninadit quil suffit de courber la tête. Il faut reconnaître, dit Raba, qu'il se donne de la peine pour se courber (en signe d'humilité). Mais comment dîton dix-huit puisqu'il y en a dix-neuf? C'est que, répond R. Lévi, la bénédiction des Sadducéens (ou des hérétiques) a été établie à Yabné (postérieurement) ^. Â quoi correspond-elle? Aux mots : Le Dieu de la gloire a tormé (ibid. 3) , dit R. Lévi, (ils de R. Samuel bar-Nahmeni, selon R. Hillei, ou selon R. Joseph, au mot inK (un) du schéma^ ou enfin, selon R. Tanhoum, au nom de R. Josué ben-Lévi, à la plus petite vertèbre de l'épine dorsale. Les rabbins
* Le nombre des sections de ï'Amida qu'on a intercalé la section des Hérén'était que de 1 8 , lors de la rédaction de tiques, ou 19*. Voir Y Appendice h la la Misclinâ, et c'est seulement plus tard impartie.