‹ Traité des Berakhoth du Talmud de Jérusalem et du Talmud de BabyloneChapitre 164 sur 266 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

1 . On ne se met à prier que sous l'impression du respect divin. Les anciens savants pieux attendaient un instant (en entrant à ia synagogue) avant de prier, afin de se recueillir et de penser à notre Père qui est aux cieux. Si le roi même les saluait, ils ne répondaient pas; ils ne se seraient pas interrompus, eussent-ils eu un serpent attaché au talon.

Comment expiiquc-t-on les premières paroles que vient d'exprimer la Mischnâ? C'est que, dit R. Éliëzer, le prophète a dit (I Samuel, i, lo): EUe (Hanna) avait F âme affligée^. Mais peut-être la situation de Hanna étaitrelle exceptionnelle. Et n'avait-elle pas lieu d'être très-affligée? On le déduit donc, dit R. Yossé bar-R. Hanina , de ce verset : Et moi, par ta grande miséricorde, je viens dans ta maison, je me prosterne sur ton saint parvis, avec crainte (Ps. v, 8). Mais ne peut- on dire aussi pour David qu'il avait fftme fort inquiète en priant? On le déduit donc, dit R. Josué ben-Lévi, de ce verset : Prosternez-vous devant Dieu dans son sanctuaire majestueux (Psaume xxix, 9 ) , où le dernier mot peut être traduit par crainte. Mais peutrêtre s'agit-il là réellement de ia beauté, et pour cette raison R. Juda se parfumait-il avant de prier ? Il faut donc le déduire, dit R. Nahman bar-Isaac, de ce verset : Servez T Etemel avec crainte et soyez joyeux en trendflant (Psaume ii, ii). Que signifient ces derniers mots? R. Ada répond, au nom de Raba, que tout en se livrant à la joie on doit trembler. Aussi Abayé, en se trouvant devant Rabba et en voyant sa gaieté extrême, lui rappela ce verset. Je ne l'ai pas oublié, répondit-il, puisque j'ai les phylactères en tête. R. Jérémie fit dans de telles circonstances la même observation à R. Zeira, selon le verset (Proverbes, xiv, ùi) : De tout chagrin naît un excédant (de récompense divine, non par la joie), et R. Zeira répliqua en

* Il faut donc, pour pp niellre à prier, être sërieux et grave.

F. 3i'. montrant les phylactères. Comme Mar, fils de Rabiiia, mariait son fils, il vit que les rabbins s'amusaient beaucoup; il se fit apporter un verre de grande valeur ayant coûte 4oo zouz, le brisa en leur présence et mit fin à leur joie. R. Aschë, pour la même cause, se conduisit de même. Pourquoi, demandèrent les rabbins à R. Hamnona Zouti, lors de la célébration du mariage de Mar, fils de Rabina, ne chantes-tu pas un cantique? Je vous rappelle au contraire, dit-il, que nous devons mourir (paroles tristes) ^. Que devons-nous te répondre? lui demanda-t-on. Dites : Où sont la loi et le commandement (accomplis par nous) pour qu'ils nous protègent de l'enfer.

R. Yochanan dit, au nom de R. Simon ben-Yohaï : Il est interdit à l'homme d'avoir ici-bas le rire toujours à la bouche, puisqu'il est dit (Psaume cxxvi, 9) : Alors (à l'avenir) notre bouche s'emplira de joie et notre langue de cantiques. Quand cela ? Lorsqu'on dira parmi les peuples : Dieu a accompli en leur faveur de grandes actions {ibid.). On raconte de Resch Lakisch, qu'à partir du jour où il entendit cet enseignement de R. Yochanan, il ne s'en écarta plus.

Les rabbins enseignent qu'on ne doit pas se mettre à prier en sortant d'un jugement ou au milieu d'une discussion légale , mais après avoir fixé la règle. Qu'entend-on par là? Voici un exemple, répond Abayé : R. Zeira dit^ que les filles d'Israël agissent avec scrupule (au sujet des menstrues), et dès qu'elles voient la moindre goutte de sang, petite comme un grain de moutarde, elles prennent sept jours de purification'. Raba citait l'exemple de R. Oschia, qui dit* : Il est permis d'agir avec subterfuge à l'égard du blé et de le placer au grenier avec la paille, pour qu'on puisse en donner à manger aux animaux avant d'avoir prélevé la dime^. Ou bien encore on peut citer R. Houna qui disait, au nom de R. Zeira, qu'il est interdit, sous peine de passer pour prévaricateur, de tirer du sang des animaux consacrés ni d'en profiter. Les rabbins priaient, selon les termes de la Mischnâ (la tête penchée); R. Asché, selon cet enseignement (après l'étude).

Les rabbins ont enseigné qu'on ne doit se mettre à prier ni par chagrin , ni par paresse, ni au milieu des plaisanteries, ni dans le bavardage, ni par légèreté, ou au milieu des futilités, mais en se livrant sincèrement^ à Taccomplissemenl de ce précepte; de même on ne doit quitter son prochain dans aucune

* Ce distique cbaldéen est un curieux IV, 3i ; S. Luc, XVII, 6. — * Tr. Pesaspécimen — et peut-être Je plus ancien him, fol. 9'; tr. Menahothy fol. 67**; Ir. qui existe — des petites poésies rhytlimëes Aboda Zara, fol. /ii\ et rimées que Ton chantait dans les offices * Il est bon de savoir que la dîme léreligieux au moyen âge. gale n est due que pour le froment battu.

' Tr. Nidda, f. 66'; tr. Meghilla , f. aS\ ' Tr. Schabbath, fol. So^tr. Pesahim,

Voir S. Matthieu , XIII , 3 1 ; S. Marc . fol. 1 1 7".

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