‹ Traité des Berakhoth du Talmud de Jérusalem et du Talmud de BabyloneChapitre 166 sur 266 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

qu'elle dit à Dieu : Maître de Tunivers, si tu vois ma peine, cest bien; si tu ne la vois pas, je me cacherai pour mon mari Elkana, et» comme il me soupçonnera d'adultère, il me donnera à boire Teau dMpreuve, et il en résultera, selon la promesse de ta Loi, que je serai absoute et que f enfanterai (Nombres, v, 28). Ce n'est vrai, toutefois, que d'après l'explication selon laquelle la stérile deviendra féconde ; mais comment l'entendre ainsi d'après celui qui prétend que si jusque-là la femme éprouvait des peines en enfantement, elle n'en éprouverait plus; si elle n'avait eu que des filles, elle aurait des garçons; s'ils avaient été noirs, ils seraient désormais blancs, ou longs au lieu d'être courts? Non, car déjà R. Ismaël, selon lequel la stérile devient féconde', a reçu de R. Akiba la réponse que, s'il en était ainsi, toutes les stériles s'enfermeraient pour recevoir l'eau d'épreuve. Que signifient alors ces mots hrsque tu verras? L'Écriture s'exprime selon le langage des hommes (et le verset n'a pas de sens caché).

Trois fois (dans le récit de Hanna) se trouve le mot servante. En voici le sens, selon R. Yossé bai^R. Hanina. Hanna dit à l'Eternel ^ : Maitre de l'univers , tu as créé à la femme trois préceptes dont la violation peut entraîner la mort (allusion au mot niDDK comparé à nn^D) : ce sont les menstrues, la séparation de la part sacerdotale de la pâte et l'action d'allumer la lumière le vendredi soir. Or je n'ai commis aucun péché concernant ces points. Donne à ta servante la semence d hommes. Quel est le sens de cette dernière expression ? Que ce soit, dit Rab, un homme supérieur; selon Samuel, que ce fils oigne deux hommes, comme cela eut lieu en effet pour Saûl et David; selon R. Yochanan, que ce fils ait la valeur de deux autres hommes, savoir : de Moïse et d'Aron, comme il est dit (Psaume xcix, 6) : Moïse et Aron parmi ses prêtres et Samuel parmi ceux qui invoquent son nom. Mais selon les rabbins , que ce soit un enfant absorbé par les autres hommes. R. Dime, de son côté, interprète ainsi ce vœu : Que cet enfant ne soit ni trop long, ni trop court, ni petit, ni muet, ni trop gras, ni trop rouge, ni trop blanc, ni trop sage (qu'il n'excite pas l'envie), ni un sot. Je suis la femme qui s'est trouvée avec toi ici; des mots avec toi (I Samuel, i, 36), on conclut, dit R. Josué ben-Lévi, qu'on ne doit pas se tenir dans les quatre coudées de celui qui prie. Cest pour avoir ce garçon que f ai prié; le prophète Samuel, à ce que raconte R. Ëliézer, enseignait des règles légales devant son maitre (ce qui est interdit d'ordinaire) , car il est dit : On sacrifia le taureau et Ton conduisit k jeune homme près iEli{ihid, v, 9 5); quel rapport y a-t-il entre ces deux idées? C'est qu'Eli avait dit d'appeler un sacerdote pour opérer regorgement; dès que Samuel l'apprend, il dit : A quoi bon rechercher pour cela un sacerdote ? si cette opération est faite par un Israélite quelconque , elle est valable- On l'amena alors devant Eli , qui lui demanda : D'où sais-tu cela ? C'est qu'il n'est

• Tr. Sota . fol. q6'. — * Tr. Schahhath, fol. 89.

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pas dit : Le prêtre égorgera ^ mais seulement qu'il affrira U sacrifice (Lëvitique, 1, 5); donc ceci est obligatoire pour eux, mais non la sacrilicature. C'est très-justement raisonné, répondit Eli, mais tu oublies qu'il est interdit, sous peine de mort, d'enseigner des règles légales devant son maître^. Hanna vint alors Timplorer : Je suis la femme, dit-elle, qui se trouvait ici près de toi, etc. Laisse-moi, répondit-il; Samuel doit être puni, et j'invoquerai la miséricorde divine pour qu'elle t'accorde un fils supérieur. Ohl dit-elle, cest pour cet errant que f ai prié. Et Hanna continuait à parler en son cosur, c'est-à-dire, selon R. Éliézer, au nom de R. Yossé ben-Zimra, son cœur était bouleversé et elle disait : Maître de l'univers, chacun des membres que tu as créés en nous a sa destination, et il n'y a rien de futile : des yeux pour voir, des oreilles pour entendre, un nez pour sentir, une bouche pour parler, des mains pour travailler, des pieds pour marcher, des seins pour allaiter; à quoi bon m'as-tu donné ces derniers sur la poitrine s'ils ne doivent pas nourrir mon enfant?

Le même rabbin disait aussi : Si Ton jeûne le samedi (pour avoir fait un mauvais rêve), le jugement céleste le frappera, si même sa destinée eût été fixée à l'âge de soixante-dix ans; et, de plus, il sera puni pour avoir troublé la jouissance du samedi^. Comment réparer ce mal? Par un nouveau jeûne^ le lendemain, répond R. Nahman bar-Isaac. — R. Éliézer dit encore : Hanna a prononcé des paroles de plaintes contre la Providence, comme il est dit : EJk pria Dieu (ou contre lui); or du mot ^7^ on peut conclure qu'elle a proféré des blasphèmes. R. Éliézer ajouta qu'Élie le prophète agit de même, puisqu'il est dit (IRois, xviii, 37 ) : Tu as retourné leur cœur en arrière^. Comment sait-on, demanda R. Samuel bar-R. Isaac, que l'Étemel en fit en quelque sorte l'aveu (plus tard, à l'un des prophètes postérieurs) ? C'est qu'il est dit (Michée, iv, 6) : Et envers lequel f ai mal agi. F. 39*. R. Hama bar-Hanina dit : Sans les trois versets suivants, on eût vu chanceler les pieds des ennemis d'Israël (euphémisme pour Israël lui-même) : t^^Tai mal agi; a"" Comme V argile est dans la main du potier, ainsi vous êtes dans ma main, 0 race d^ Israël ( Jérémie , xviii , 6 ) ; 3" J'enlèverai de votre corps le cœur de pierre et fy mettrai un cceur de chair (Ézéchiel, xxxvii, 36). R. Papa cite dans ce sens ce verset : Je mettrai en vous mon esprit et je ferai en sorte que vous marchiez dans mes voies {ibid. vers. 37).

R. Éliézer dit encore : Moïse lui-même blasphéma la Providence, puisqu'il est dit : Moïse pria Dieu (Nombres , xi , 2 ) non Sk vers lui , mais "72^ contre lui ; car chez R. Eliézer ben Jacob on confond les lettres Ket 2^.R. Yanaï citait (dans le

* Hr.Zebahim, fol. 3a. jour de repos. — * Tr. TaaniA, fol. la^

* Tr. Eroubin, fol. 63. * C'est-à-dire, tu l'as poussé au mal. ^ La Loi prescrit de se réjouir en ce

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