‹ Traité des Berakhoth du Talmud de Jérusalem et du Talmud de BabyloneChapitre 167 sur 266 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

même ordre d'idées) ces mots : Et Di-Zahah (Deutëronome, i, i). Voici, selon lui, le sens de ces mots ^ : Moïse s'adressa à rÉternel et lui dit : Maitre de Tunivers, tu as accordé tant d'or et d'argent à Israël qu'il en a abusé et a fait le veau d'or 2. C'est que, dit R. Yanaï, le lion ne se met à rugir de joie (et à causer des dangers) qu'en vue de manger de la chair, et non pour la paille. Cela ressemble, dit R. Oschia, à celui qui ayant remarqué la maigreur de sa vache, quoiqu'elle ait des membres solides, lui donne à manger des vesces, et est ensuite maltraité par elle; c'est cette bonne nourriture qui en est la cause. Cela ressemble encore, dit R. Hiya bar-Aba, à ce jeune homme que le père a parfumé après lui avoir donné à manger et à boire, et qu'il fait asseoir à la porte des femmes de mauvaise vie, avec une bourse au cou : comment ce fils ne pécherait-il pas? Aussi, dit R. Acha, fils de R. Houna, au nom de R. Schescheth, un ventre plein est disposé au mal, comme il est dit (Osée, xiii, 6) : Covnme ils paissaient. Us se sont rassasiés, et par la satiété leur cœur s^ est gonflé; c'est pourquoi ils m'ont oublié. R. Nahman le déduit de ceci : Ton cœur s'est levé et tu asoubUé rÉternel (Deutéronome, viii, tU). Selon les rabbins, on le déduit de ce verset {ibid. xxxi , so) : Il a mangé, il s'est rassasié, U s'est etigraissé et a totmé bride; ou encore de celui-ci {ibid. xxxii, i5) : Yeschouroun s'est engraissé et U s'est révolté.

Comment sait-on, demanda R. Samuel bar-Nahmeni, au nom de R. Jonathan, que l'Eternel a reconnu (plus tard) comme vraie l'assertion de Moïse ^? C'est qu'il est dit : Je leur ai donné beaucoup d'argent, et de Vor ils ont fait le veau (Osée, II, 10). Or, il est écrit (Exode, xxxii, 7) : L'Etemel dit à Moïse : Va, descends; ces derniers mots signifient, selon R. Eliézer, que l'Eternel s'exprima ainsi envers Moïse : Descends de ta grandeur ; je ne (e l'ai accordée qu'en faveur d'Israël , et comme celui-ci a péché , tu ne me sers plus. Aussitôt Moïse faiblit , et il n'eut pas la force de parler. Mais lorsqu'il entendit ces mots : Laisse-moi , je veux les exterminer (Deutéronome, ix, i&). Moïse se dit que cela dépendait encore de lui; il se leva aussitôt et se mit à prier et invoqua la miséricorde divine. Cela ressemble à un roi qui, irrité contre son fils, le frappa d'un coup violent; un ami qui était présent craignit de dire un mot en sa faveur. Si mon ami n'avait pas été là, dit le roi, je t'aurais tué. Eu entendant cela, l'ami reconnut qu'il pouvait intervenir, et il sauva le fils. Maintenant, estil dit, laàse-moi; ma colère est enflammée contre eux, je veux les dévorer et faire de ioiune grande nation, etc. (Exode, xxxn, 10). Si cette expression laisse-moi, dit

' Tr. Yomaj fol. 86^; tr. Synhédrin, y voir une allusion au veau d'or. —

fol. 10 a'. ^ Qu'est-ce qui confirme que Moïse at-

* Il y a là un jeu de mots intradui- tribue la fabrication du veau d or 0 l'excès

sible. Le nom de ladite localité, DHî ^T, de ce métal précieux? peut se traduire cxcèx d'or, et Ton peut

35A TKAITE DES BERAKHOTH.

II. Abahou , ne se trouvait pas écrite eu toutes lettres , elle serait incroyable^ ; il semble que Moïse ait saisi pour ainsi dire la Providence, comme un bomme tient son prochain par le vêtement, et lui ait dit : Je ne te quitterai pas jusqu'à ce que tu leur aies pardonné. — Mais, dit YÈternél^ je ferai de toi une grande nation, etc. — Moïse répondit : Maitre de Tunivers, si le siège d'Israël qui repose sur trois pieds (Abraham, Isaac et Jacob) n'a pu te résister à Theure de ta colère, comment résistera celui qui ne repose que sur un pied? En outre, je rougirai de ma conduite; on dira de moi que, comme chef placé à leur tête, j'ai recherché la grandeur pour moi seul, au lieu d'implorer la miséricorde divine en leur faveur. Moise supplia donc la face de P Etemel , c'est-à-dire, selon R. Éiéazar, que Moïse se tint en prière devant l'Étemel jusqu'à l'obséder, ou, selon Raba, jusqu'à le faire renoncer à son vœu, comme il résulte de la comparaison des termes (^n^) employés dans le verset précité, et dans celui-ci : Il ne renoncera pas à sa parole (Nombres, xix, 3); c'estr-à-dire, selon l'explication donnée ailleurs^, lui ne pourra pas y renoncer, mais d'autres pourront l'en dispenser. Samuel dit : Moïse offrit de mourir pour Israël ^ comme il est dit: Sinon , efface-moi de ton livre (Exode, xxxii, Sa). Cela prouve, dit Raba, au nom de R. Isaac, qu'il insista en leur faveur auprès de la miséricorde divine, ou, selon les rabbins, Moïse dit à l'Eternel : Mai'tre de l'univers, ce serait une action /irofane (^in) pour toi d'agir ainsi, comme il est dit : ^n^7, etc. On enseigna que R. Éliézer le Grand dit ' : Cela prouve que Moïse resta en prière devant Dieu, jusqu'à ce qu'il fut pris d'un tremblement ( '?'*n ) ; ce qui signifie , selon R. Éiéazar, le feu qui consume les os^. Cette expression est ainsi traduite par Abayé.

Souvien^toi i Abraham^ £ Isaac et £ Israël tes serviteurs en faneur desqu^ lu as juré par toi-même {ibid, i3). Ce dernier terme, selon R. Éiéazar, signifie que Moïse dit à l'Eternel : Maitre de l'univers, si tu avais juré pour eux par le ciel et la terre, j'aurais dit que ton serment peut s'annuler aussi bien que le ciel et la terre peuvent être anéantis; mais comme tu as juré par ton grand nom, ton serment est aussi inébranlable que ton saint nom qui vit et subsiste éternellement, à jamais et dans toutes les générations. Puis {Und.)^ tu leur as dil: Je muh^Uerai votre postérité comme les étoiles du ciel et tout ce pays que fat dit, etc. Au lieu de celte dernière expression, ne foudrait-il ttpas que tu as diilv Cest que, dit R. Éiéazar, jusque-là ce sont les paroles du disciple (Moïse); mais à partir de là ce sont les paroles du maitre. Selon R. Samuel bar-Nahmeni» toute la phrase est du disciple, seulement Moïse s'exprima ainsi devant l'Éler-

* Cette expression permettrait aux mé- ' Tr. Hagiga, fol. ii\

créants de faire snj^ser que Moïse a ^ Tr. Guittin, fol. 70*.

voulu parier d'un Dieu saisissabie, maté- * De l'homonymie des termes hébraî-

riel ; or, c est un des premiers dogmes ques on conclut à la synonymie des dé-

dii judaïsme <lo déclarer Dieu incorporel. ductionK.

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