CHAPITRE VI
toute nourriture (hormis Teau et le sel); donc Thuile est une nourriture. (Pourquoi alors ne comporte-t-elie pas aussi une nouvelle bënédiction?) C'est que le vin fortifie et non Thuile. Est-il vrai que le vin a cette qualité? Au contraire, Raba n'en buvait-ii pas à chaque veille de Pâques^ pour s'affaiblir et manger ensuite beaucoup d'azymes? C'est qu'un peu soutient, mais une grande quantité excite l'estomac. Mais soutient-^i dans un cas quelconque? N'est-ii pas dît : Le vin réjouit Je cœur de Vhomme et h pain le soutient? H parait donc que le pain a cette vertu? Non, le vin a les deux qualités: il soutient et il égayé, tandis que le pain n'a pas la seconde. S'il en est ainsi, faulr-il, après l'avoir bu , réciter les trois sections de l'action de grâce complète? Non, car il ne constitue pas un repas. Mais, demaifda R. Nahman bar-Isaac à Raba, si l'on s'en contente, que ditH)n? — Attends, lui répondit-il, l'arrivée du prophète Élie, pour qu'il le dise; pour le moment, personne ne s'en contenterait.
On a dit plus haut que, selon R. Juda, au nom de R. Samuel, ou R. Isaac au nom de R. Yochanan, on dit pour la jouissance de l'huile d'olive la formule : rr Créateur des fruits de l'arbre. ^ Dans quel cas? 11 ne peut être question du cas où on la boit, puisque c'est nuisible, ainsi qu'on apprend : Si l'on ^ boit de l'huile d'une oblation faite aux sacerdotes (teroumâ), on paye le capital (comme dommage), mais non le cinquième (il n'y a pas eu de jouissance); mais si l'on s'en frotte le corps, il faut payer un cinquième en sus (dans quel cas est-ce donc?). Il s'agit du cas où l'on y trempe du pain. Mais alors l'huile n'est qu'accessoire, et l'on a enseigné, en règle générale, qu'en cas d'une part essentielle et d'une autre accessoire, on ne bénit que l'essentiel, ce qui dispense aussitôt de bénir pour l'accessoire? C'est qu'on l'a pris dans un certain mets {(mygarum)y où l'huile est essentielle; car, dit Rabbah bar-Samuel, on appelle anigaron l'eau où l'on a fait bouillir des raves, et ansigaron l'eau de tontes espèces d'herbes potagères^. Mais alors Yanigaron n'est-il pas essentiel et l'huile accessoire, de sorte qu'on ne la bénirait pas selon la précédente r. 3G'. règle? C'est que l'on s'en sert comme remède contre le mal de gorge; or on a enseigné : Si l'on souffre de la gorge le samedi (jour auquel on ne prend pas de médecine'), on ne doit pas commencer par se la gargariser avec de l'huile, mais mettre beaucoup d'huile dans ïanigaron et l'avaler (alors on bénit l'huile). Cela ne va-t^il pas sans dire? Non, on aurait pu croire, comme il s'agit de
est aussi considérée comme une noun-i- œnogaron lorsqu'on la préparait avec du
tore. vin, et onygaron lorsqu'on y joignait du
' \oir ira\\é Pesahim, fol. io^^. vinaigre.
* 11 s'agit là évidemment de deux es- ^ Les sages l'ont interdit, lorsqu'il n*y
pèces de sauces ou ragoûts faits avec des à pas de danger mortel , dans la crainte
entrailles de poisson, bien connus des que l'on ne viole le sabbat en broyant des
Grecs et des Romains ; on appelait la sauce ingrédients nécessaires au remède.
mëdicameut, qu'il ne faut pas du tout le bénir; on nous apprend donc qu'il le faut, parce qu'il y a eu jouissance.
Pour de la farine de froment préparée comme mets on dit, selon R. Juda: «r Créateur des fruits de la terre, ?) et selon B. Naljiman : crTout a été créé par sa parole. n II est inutile, dit Raba à R. Nahraan, que tu contredises Tavis de R. Juda , car il est confirmé par R. Yochanau et Samuel. R. Juda dit, au nom de Samuel, ainsi que R. Isaac, au nom de R. Yochanan : Pour la jouissance de riiuile d'olive on dit : «r Créateur des ihiits de l'arbre. >> 11 paraît donc que, malgré sa transformation, on la considère comme fruit (et Ton dit: trdes fruits de l'arbre^); il en est de même ici pour la farine (malgré le changement du blé en farine, on dit : frdes fruits de la terres). Est-ce comparable? L'huile ne peut avoir de changement supérieur, tandis que la farine peut être améliorée en pain. Et encore, s'il y a un changement supérieur, dira-ir-on la formule <(Tout a été créé, 79 et non <r Créateur des fruits de la terre?» Au contraire, R. Zeira ne dit-il pas, au nom de R. Matna et de Samuel, que pour des citrouilles crues et pour de la farine d'orge, on dit la formule : «rTout a été créé par sa parole? t» il parait donc que, pour la farine de froment (qui est supérieure à l'orge), on dit : «Créateur des fruits de la terre?i» Non, pour le froment on dit la même formule. Mais alors, pourquoi ne pas parier de froment, et y comprendre l'oi^e par a fortiori f C'est qu'en s'exprimant ainsi on aurait pu croire que, pour Torge, il ne faut aucune bénédiction; on nous apprend donc que même en ce cas il faut la dire. Mais pourquoi supposer que l'orge est inférieure au sel et à l'eau de saumure pour lesquels on a prescrit ^ la formule trQui crée tout par sa parole 1»? C'est que l'on aurait pu croire qu'il faut la bénédiction pour le sel et la saumure, parce que l'homme les prépare à son usage, tandis qu'il n'en faudrait pas pour la farine d'oi^ge, qui a, comme remède, le but de nuire aux vers des intestins^ ; il a donc fallu enseigner l'obligation de la bénédiction, en raison delà jouissance.
Pour les parties tendres ou bouigeons de palmier on dit, selon R. Juda : ((Créateur des fruits de la terre, « et selon Samuel : « Tout est dû à sa parole. '^ R. Juda adopte cette formule, parce que, dit-il, c'est un fruit. Samuel est d'un autre avis, parce que, dit-il , ce produit finit par durcir. Toutefois Samuel dit à R. Juda: Tu es un esprit perspicace et je partage ton avis, il est vrai, pour le radis qui finit aussi par durcir; pour lui on dit: tr Créateur des fruits de la terre.» Mais cela ne prouve rien, car on plante le radis dans l'intention de le manger étant mâr (c'est donc un fruit), tandis qu'on ne plante pas le palmier pour en manger les pousses; or, comme elles n'ont pas cette destination, on ne
' Pins loin, (o\. io^QiiraiiéNedarm, * Voir tr. Schabbatk, fol. io9\ et tr..
fol. 55^ HulUn, fol. 67^