‹ Traité des Berakhoth du Talmud de Jérusalem et du Talmud de BabyloneChapitre 183 sur 266 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Pour un mets de farine grillëe on dit, selon Rab, la formule : « Tout est dû à sa parole; 9 selon Samuel : «rBëni soit le Créateur des espèces de nourriture.?) Et, ajoute R. Hisda, ils ne diffèrent même pas d'avis; le second parle d'une pâte épaisse, et le premier d'une mince; or, quand elle est épaisse, c'est une véritable nourriture (et il faut réciter la formule en conséquence); mais lorsqu'elle est mince, ce n'est qu'un médicament (et l'on dit alors : rr Tout est dû, etc.v). Mais, objecta R. Joseph, il est dit^ que Rabbi et R. Yossé sont d'accord sur ce point qu'on peut battre le samedi cette pâte de farine grillée et l'on peut boire de la bière égyptienne; or, si l'on avait en vue par là^ de prendre de la' médecine, en permetlrait-on en ce jour? — N'es-tu pas de cet avis, répliqua Abayé, et n'a-t-on pas enseigné^ que le samedi on peut prendre comme m&licament toutes espèces de mets et toutes sortes de boissons ? On a voulu dire autre chose : l'on pense d'ordinaire dans l'un et l'autre cas à en faire un objet de nourriture; selon une autre version, le but est de s'en nourrir, mais par le fait c'est de la médecine qui opère d'elle-même (c'est ce qui explique les deux termes manger et médicament). Du reste, cet avis de Rab et de Samuel est nécessaire (pour que l'on connaisse l'obligation de la bénédiction), car par cette citation (prise dans le traité Sabbath), on aurait cru que là il s'agit de l'intention de se nourrir, et que l'effet de la médecine est une conséquence spontanée (que pour cette raison il faut réciter une bénédiction); mais comme ici (en mangeant cette pâte très-mince) on a l'intention, dès le principe, d'en faire un médicament, on aurait pu croire qu'il ne faut aucune bénédiction; c'est pourquoi on nous apprend le contraire, et qu'il faut bénir ce dont on va tirer une jouissance.

«rPour le pain, on dit : Béni soit le producteur, etc.iî

Les rabbins ont enseigné quelle doit être la formule : «r Cebd qui produit le pain de la terre. d Selon R. Néhémie on dit : «r// produit le pain de la terre^.19

Tous les deux sont d'accord, dit Raba, que l'expression ^il produit ?) signifie:

qui a fait sortir (au passé), comme il est dit : Le Dieu qui kê a fait êortir HEgyptê (Nombres, xxiu, 99); ils sont seulement en contestation sur le sens de l'expression «celui qui fait sortir.?) Selon les rabbins, elle a également ce sens (au passé) , comme il est dit : Celui qui vwu a/ait sortir Feau du rocher de pierre

^ En traitant la question de savoir si ' Ibid. fol. i6^\ ettr. Yoma, fol. A 9*.

le samedi on peut jeter de Tenu sur du * Selon le premier, c'est K^SlDn avec

son et le pétrir (tr. Sehabbath, fol. 1 5G'). Tarticle n, pris substantivement; d'après

* C*e8trÀ-<lire, pour ces deux autorisa- Taulre, c'est K^SID, au présent, qu'il

lions, spéciales k la journée du samedi. faut dire.

(Deutëronome, tui, ifi); selon R. Néhëmie, cette expression s'applique au présent (et même au futur) puisqu'il est ëcrit : Qui wnufera sortir de Voppre^ êwn de V Egypte (Exode, vi, 7). Les rabbins expliquent ce dernier verset de cette façon : L'Eternel, en s'adressant aux Israélites, leur a dit : Lorsque je vous ferai sortir, j'accomplirai pour vous une œuvre (miraculeuse) afin que vous sachiez bien que c'est moi qui vous ai retirés de là, comme il est dit: Vcus reeonnattrez que c'est moi t Étemel votre Dieu qui vous ai fait sortir (au passé, ibid.).

Les rabbins louaient devant R. Zeira le fils de R. Zebid, frère de R« Simon bar-R. Zebid, en disant que c'est un personnage important, bien expérimenlé dans les formules de bénédictions à réciter. Lorsqu'il viendra chez vous, dit-il , amenez-le-moi. Le fils de R. Zebid se rendit une fois chez lui, et lorsqu'on eut apporté du pain, il récita la bénédiction : kII produit, etc.» (sans l'addition de l'article). Quoil s'écria R. Zeira, est-ce là ce grand homme qu'on dit si F.38\ expérimenté dans la récitation des bénédictions? S'il avait dit : tfCehd qui produit , )) il se serait conformé au sens du verset précité et à la règle admise par les rabbins, qu'il eût ainsi approuvée par sa conduite; mais que nous apprend-il en disant la formule : fr/{produit«? II a agi ainsi, fut-il répondu, pour ne pas se mêler à la discussion. Mais la règle est qu'on dit la formule : (r Cebii qui produit le pain de la terre, « conformément à l'avis des rabbins, qui entendent cette expression dans le sens de sorti (au passé).

ïT Pour les légumes verts, on dit, etc."»

Il en est des l^mes verts comme du pain : de même que le pain, quoique transformé à la flamme du four, nécessite toujours la même formule de bénédiction, il en est de même de ces légumes, quoique modifiés parle feu (on dit toujours, lorsqu'on en mange : «Réni soit le Créateur des produite de la terre i»). Il y a lieu, dit Rabinaï au nom d'Aboyé, d'en déduire l'opinion suivante, que pour les mets cuits (légumes verts) on récite la bénédiction : ^Créateur des produits de la terre, 9» puisqu'on apprend que l'on compare le pain aux légumes (et que dans ces deux cas il s'agit de cuisson). R. Hisda enseigna, au nom de notre maître, savoir Rab, la même opinion au sujet des mets cuits; tandis que nos maîtres arrivant de la Palestine, comme, par exemple, Oula, au nom de R. Yochanan, prescrivent au contraire pour cette même circonstance la formule: «(Tout est dû à sa parole. 1) Mais j'en déduis la règle suivante : Si pour un produit à l'état normal on dit : tr Créateur des produits de la terre,?} on récite, eu le mangeant cuit, la formule :(t Tout est dû à sa parole.^ Mais si, en principe, on récite pour cet objet la dernière formule, on dit après l'avoir cuit : (t Créateur des produits de la terrei» (parce qu'alors il a aug-

Page 1