‹ Traité des Berakhoth du Talmud de Jérusalem et du Talmud de BabyloneChapitre 187 sur 266 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

ils déclarent quel est le motif de R. Juda^ : cest qu*il est dit dans un verset (Psaume lxyiii, 3o) : Dieu mt hué jour par jour; or, cela ne veut pas dire qu on le bénit seulement le jour, non la nuit; mais chaque jour les bénédictions doivent être bien choisies en s'adaptant aux espèces de consommation , et il en est de même ici.

R. Zeira ou R. Hinena bar-Papa disent encore : On voit que Dieu n'agit pas comme les hommes: ceux-ci soutiennent le vase vide (l'ignorant ), mais non celui qui est plein (de savoir) ; Dieu, au contraire, soutient seulement ce dernier, comme il est écrit ( Exode , xv, 36): Il dit ai tu écoutes , etc. Si tu lui obéis , il Texauce, mais non au cas contraire; ou bien, selon une autre explication, si tu écoutes l'ancien (si tu répètes ce qui est appris de longue date), tu comprendras mieux le nouveau; mais si tu en détournes la pensée, tu n entendras plus rien.

2. Si, pour les fruits de larbre, on a dit: (r Créateur des fruits de ia terre,)) cela suffit; mais non si, en mangeant des fruits de la terre, on dit : cr Créateur des fruits de l'arbre, n Pour toutes les sortes on peut dire : cr Tout a été créé par sa parole, -n

Quel est celui qui enseigne que le principe de l'arbre est la terre? C'est, dit R. Nahman bar-Isaac, l'avis de R. Juda, comme on a enseigné^: Si la source devant arroser le champ s'est desséchée, ou si l'on cueille des fruits d'un arbre coupé, on en apporte au temple les prémices, mais on ne lit pas les versets relatifs à la cérémonie de leur consécration (Deutéronome, xxvi, 10); mais, selon R. Juda, on lit cette section en faisant l'offrande.

rPour les fruits de la terre, etc. t»

Cela ne va-t-il pas sans dire? Il a fallu seulement le dire, selon R. Nahman ben-Isaac, pour R. Juda qui déclare que le froment est une espèce d'arbre; on a, en effet, enseigné que l'arbre dont a mangé Adam^ était, selon R. Meir, la vigne; car nul objet n'entraîne plus l'homme que le vin, dont il est dit (Grenèse, ix, ai) : // but du vin et s'enivra; selon R. Néhémie, c'était une figue , car l'objet même qui a causé leur faute a servi en partie à la réparation, conrnie il est dit : Ils se tressèrent desfemUes de figuier {Aid. vi, 7); selon R. Juda, c'était le froment, car l'enfant ne sait pas dire papa ou maman avant d'avoir goûté le froment (c'était donc l'arbre de science). Or, comme R. Juda donne au froment la qualité d'arbre, on aurait pu croire qu'il faille le bénir

* Tr. Soucea, fol. 46'. — ^ Tr. Biccourim, cli. 1 , S 6. — ^ Tr. Synhédrin, fol. 70'.

par la formule : :rBëni soit le Créateur des fruits de Tarbre;» on nous apprend F:ho\ dgnc qu'on ne récite cette formule que lorsque, en enlevant le fruit, la souche reste et produira de nouveau Tannée suivante; mais, au cas contraire, on dit, au lieu de celte formule, celle-ci : «t Créateur des produits de Tarbre.»

cf Pour tous les produits, on peut dire : rr Tout est dû, etc. n

On rapporte que R. Houna exclut de cette r^e le pain et le vin; mais R. Yochanan les y comprend également. Cette divergence parait conforme à la discussion suivante : Selon R. Meir, si à la vue d'une miche de pain on s'écrie : «rQue ce pain est beau, béni soit Dieu qui Ta créélv cela suffit comme prescription légale, de même que si Ton s'exprime ainsi au snjet d'une belle figue; selon R. Yossé, il n'est pas permis, sous pejne de non-accomplissement du devoir, de modifier la formule de récitation des bénédictions. Ne semble-t-il pas que R. Houna exprime l'avis de R. Yossé, et R. Yochanan celui de R. Meir? Ce que je dis, répliqua R. Houna, peut même être conforme à R. Meir, car s'il permet ailleurs de dire une autre formule que celle qui est consacrée, c'est qu'au moins on y mentionne le mot pain; mais si ce terme ne s'y trouvait pas mentionné, R. Meir aussi reconnaîtrait que la formule est sans valeur. De son cdté, R. Yochanan dit que son opinion peut même se conformer à celle de R. Yossé, car il ne défend d'ailleurs la récitation d'une formule divergente que parce qu'où parie du cas d'une formule de bénédiction qui n'a jamais été établie par les rabbins; mais il reconnaîtrait qu'au besoin on peut se contenter de la formule : ((Tout est dû à sa parole»)) qui du moins a été fixée par les rabbins.

Le bjsrger Benjamin, en rompant son pain, disait en chaldéen : tr Soit béni le maître de ce pain ,?> et selon Raba> le devoir était ainsi accompli. Mais Rab ne dit-il pas que dans toute bénédiction il faut prononcer le nom divin, sous peine de nullité? On peut supposer qu'il a dit : Béni soit Dieu, le maître de ce pain. Mais ne faut-il pas dire les trois sections de l'action de grâces? En effet Rab« en disant que le devoir est accompli, parie de la courte bénédiction dite auparavant. Mais alors, que nous fait-on entendre par là? Est-ce pour dire qu'on peut le réciter en langue profane? Ne le sait-on pas par cet enseignement^ : On peut dire en une langue ^quelconque les sections de la femme soupçonnée d'adultère (Nombres, v, 3 1 ), de la confession des dîmes (dite lors de l'offrande de la troisième dfme, Deutéronome, xxvi, i3), de la lecture du schéma' y de la prière Çamida) et de l'action de grâces? {rép.) Il a fallu pourtant le redire, parce qu'on aurait pu croire qu'il est permis seulement de faire cette récitation (en

' Tr. Sota, fol. 3q*; Ir.Schebouotk, fol. 39*.

Page 1