CHAPITRE IX
monde viendra l'acheter de la viande et du vin. A Baba il dit : Ton vin deviendra aigre, et chacun ira (ailleurs) acheter de la viande, pour Ty tremper. Nous avons vu, dirent-ils, un tonneau pendu à un palmier. Tes affaires, dit-il à Abayë, seront aussi chargées que le palmier. Les tiennes, dit-il à Baba, auront aussi peu de valeur que les dattes. Nous avons vu, dirent-ils, quune grenade poussait au bord de la cruche. Tes affaires, dit-il à Abayé, auront autant de valeur quelle; les tiennes, dit-il à Baba, agaceront les dents conmie la grenade. Nous avons vu, dirent-ils, un tonneau tomber dans le puits. On recherchera tes affaires, dit-il à Abayë, comme on dit qu'on ne retrouve plus le pain tombé au puits ^ A Baba il dit : Tes affaires iront mal, et tu feras aussi bien de les jeter dans le puits. Nous avons vu, direntnils, le petit d'un âne se tenant à notre chevet et se mettant à braire. Tu seras roi (chef d'école), di1>-il à Abayé, et tu auras près de toi un amora (chargé de dire la Loi au peuple, et criant comme un âne). A Baba il dit : Il manque dans tes phylactères les mots (Exode, XIII, i3) : Le premier-né de Vâne (et il faut faire la dépense d'en acheter d'autres). Mais, lui répliqua-t*il, je les ai examinés et j'ai vu que cela ne manque pas. C'est la lettre 1, répondit-il, qui est effacée de ces mots'^. Enfin Raba y alla seul. J'ai vu tomber, dit-il, la porte extérieure de la maison : ta femme mourra, répondit l'interprète. J'ai vu tomber, dit-il, mes dents de devant et les molaires : c'est que tes fils et tes filles mourront. J'ai vu deux colombes s'envoler : tu te sépareras de deux femmes. J'ai vu deux têtes de rave : tu recevras deux coups ^ sans rien dire. Le même jour Raba alla s'asseoir toute la journée à la maison^ d'études; et en voyant deux aveugles, il voulut les séparer, il reçut d'eux deux coups; comme ils levaient la main pour le frapper de nouveau, il suffit, dit-il , de m'avoir frappé deux fois.
Baba finit par aller porter un salaire au devin. J'ai vu le mur s'effondrer, dit-il; — tu achèteras des biens sans limites (qu'un mur ne saurait contenir), lui répondit-il. J'ai vu le palais d' Abayé tomber en ruine, au point que sa poussière me couvrait; — à la mort d' Abayé, tu hériteras de son école. J'ai vu mon palais se rompre, et chacun venait en rétirer une brique; — ton en-
' Cf. traité Schabbath, fol. 66'.
' Dans le mot 1\0T\* le 1 n est pas une mater kctiotâs; et comme il ne se trouve pas dans le texte, l'ëcrivain, qui fy aura mis par erreur, Faura effacé plus tard. Or, il n'est pas permis de raturer un texte sacré, sous peine de le rendre illégal.
' Il y a là un jeu de mots sur l'expression DD^Ip* qui signifie à la fois coup (eoipo). et — selon Raschi — bâton dont
la tète a une forme de rave. On trouve de même, selon le Talraud de Jérusalem, fol. i3' (plus haut, i" partie, p. 5o), un passage où il est dit que R. Zeira consent à recevoir d'un boucher un coup , tout en lui payant le prix d'une mesure de viande qu il désirait acheter. H ne s'agit sans doute, dans ces deux épisodes, que d'insister sur la mansuétude et l'humilité de ces docteurs du Talmud.
/i60 • TRAITE DES BERAKHOTH.
seignement se répandra dans le monde. J'ai vu que ma tête se fendait et que ma cervelle la quittait; — la laine de ton oreiller sortira (ton savoir se propagera). J'ai lu en songe le Hallel raccourci (Ps. cxiii); — des miracles auront lieu pour toi seul (et tu diras le Hallel spécial). Quelque temps après, bar-Hedia accompagnait Raba sur un vaisseau. Pourquoi, dit-il, vais-je m'exposer à côté d'un homme qui sera l'objet d'un miracle (n'est-ce pas dangereux pour moi)? En marchant, son livre tomba; Raba le vit, le ramassa et y lut ces mots : Tous les songes dépendent de la bouche (de leur explication). Impie, lui dit le rabbin , cela dépendait de toi , et tu m'as causé tant de chagrin ! je te pardonne tout, excepté la mort de la fille de R. Hisda (sa femme, qui était morte, selon cette explication); j'exprime le vœu qu'un tel homme soit livré sans pitié à la justice. Que dois-je faire, se dit-il? Je sais que la malédiction d'un sage se réalise même si elle est imméritée \ à plus forte raison lorsque Raba vient de me maudire à juste titre; je vais donc m'exiler, puisqu'il est dit ^: L'exil est une expiation des péchés. 11 se rendit donc chez les Romains et alla s'asseoir à la porte du trésorier en chef du roi. Ce dernier eut un songe. J'ai vu en rêve, dit-il, que je m'entrais une aiguille dans le doigt. — Donne-moi un zouz, dit l'interprète (et je te l'expliquerai). Mais comme il ne reçut rien, il ne lui dit rien. J'ai vu, lui dit un jour le trésorier, qu'un ver me rongeait deux doigts. — Donne-moi un zouz, répondit-il; mais, ne l'ayant pas reçu , il ne dit rien. J'ai vu, dit le trésorier un jour, qu'un ver me rongeait la main entière. — C'est qu'un ver ronge toutes les soies du roi, répondit l'interprète. Lorsqu'on l'apprit chez le roi , on fit venir le trésorier pour l'exécuter (eu punition d'avoir mal gardé ce dépôt qui lui était confié). Pourquoi me tuer? dit-il. Qu'on fasse venir celui qui . F. 56'. Tayant su , n'en a rien dit de suite. On fit donc venir bar-Hedia , qui dit : Pour avoir voulu t'épargner un zouzy les soies royales sont détruites. On recourba deux cèdres, en les liant avec une corde; on attacha une jambe de bar-Hedia à un cèdre et l'autre au second cèdre; on lâcha la corde au point que, lorsque les deux cèdres se redressèrent pour se remettre en place, tout le corps se fendit en deux parties jusqu'à briser la tête.
Ren-Dama, neveu de R. Ismaël, demanda à ce rabbin : Que signifie la vue de mes deux mâchoires brisées? — C'est que, dit-il, deux nobles Romains avaient projeté de te faire du mal , et ils sont morts. Rar-Kapara dit à Rabbi : J'ai vu que mon nez était arraché. — C'est que tu n'auras plus de colère ^. — J'ai vu, dit-il, que mes deux mains étaient coupées. — C'est que tu n'auras plus besoin de travailler. — J'ai vu mes deux jambes coupées. — C'est que tu iras à cheval (ce qui est un honneur). — J'ai vu qu'on me disait : Tu mourras en
' Tr. Maccéth, fol 1 1'. ' On sait qu'en hébreu le mot v)N si-
' Tr. Synhédrin, fol. 87''. gnifie à la fois nez et colère.