‹ Traité des Berakhoth du Talmud de Jérusalem et du Talmud de BabyloneChapitre 93 sur 266 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

sious, h huerai rEtemely etc.; cette divergence de termes^ s'explique, et elle a pour but d'indiquer qu'il le louera autant pour les jugements favorables que pour les sévères. Les rabbins citent aussi à Tappui de cette thèse le verset : Je parte en main la coupe du salut y et f invoque le nom de F Etemel; si je rencontre le malheur et r affliction y f invoque le nom de F Étemel (PsRume cxvi, 3-/i et i&), c'est-à-dire: dans l'un et l'autre cas, je l'invoque. C'est aussi, selon R. Judan ben-Pilâh, ce qu'a dit Job (i, ai) : UEtemel me Ta donnée VEtemelme Va repris; que le nom de TEtemel soit béni. Lorsqu'il me l'a donne, comme lorsqu'il me l'a repris, c'était une faveur; en outre, lorsqu'il me l'a donné, il n'a consulté personne; mais, lorsqu'il me l'a repris, il a consulté le tribunal d'en haut. R. Éiiézer dit que, partout où il est écrit : Et V Étemel, cela indique que Dieu a été assisté du tribunal céleste; et on peut chaque fois le prouver. Ainsi, il est dit : Mais

r Etemel a prononcé du mal contre toi {l" livre des Rois, xxii, 9 3). Agis donc envers lui soit par crainte , soit par respect^ car si tu éprouvais de la haine contré lui, souviens-toi que tu dois l'aimer, et un ami ne doit pas haïr; ou bien, agis par respect, car si tu venais à te révolter, tu te souviendras que tu dois le craindre, et celui qui éprouve la crainte ne se révolte pas. Il y a sept Pharisiens: 1^ celui qui accepte la loi comme uu fardeau; 9** celui qui agit par intérêt; 3** celui qui se frappe la tête contre le mur pour éviter la vue d'une femme; &** celui qui agit par ostentation; 5® celui qui vous prie de lui indiquer une bonne action a accomplir, ou 6** celui qui agit par crainte, et 7® par amour. En voici l'explication plus détaillée : le premier ressemble à quelqu'un qui chargerait les commandements divins sur ses épaules, pour les transporter; le deuxième, à celui qui dirait : prêtez-moi de l'argent pour que j'accomplisse ce précepte ; le troisième se dit : je vais accomplir un devoir religieux, puis me permettre une transgression légale, et les contrebalancer l'un par l'autre ; le quatrième semble dire : je me rends compte de tout ce que j'ai et c'est par bonne volonté que j'obéis à la religion; le cinquième, qui a conscience de ses devoirs, tâche d'effacer ses péchés par sa bonne conduite; le sixième agit par crainte, conune Job; le septième par amour, conmie Abraham, et ce dernier degré est le meilleur de tous. C'était celui de notre patriarche Abraham qui, parla foi, a changé son mauvais penchant en un bon, ainsi qu'il est dit : Tu as trouvé son cœurjidèle devant toi (Néhémie, ix, 8) , c'est-à-dire les deax penchants. Aussi, dit R. Acha, le patriarche a fait avec le mauvais instinct une sorte de pacte, pour ne plus pécher, car il est dit (peu après) : Il conclut avec lui une alliance (et l'on suppose, contrairement au sens habituel, que le pronom lui se rapporte , non à Dieu , mais au mauvais penchant). Comme

' Le terme D^n^K représente Téquité ' Babli, tr. Sota, fol. 9Q^

sévère, et ^^ iq miséricorde.

David n a pas pu soutenir la lutte avec lui, il Ta tuë, ainsi qu'il le dit (Psaume Gix, sa) : Mon coeur est mort dans mon sein.

R. Akiba était sur le point de subir le dernier supplice devant Timpie Turnus Rufus, lorsque rinstant de lire le schéma^ arriva. Il commença à faire cette récitation et en devint tout joyeux, tr Vieillard, vieillard, s'écria le proconsul, es-tu un sorcier (pour que les tortures ne te fassent pas souffrir), ou me narçues-tu au milieu des douleurs en montrant de la joie? Calme-loi, répondit Akiba, je ne suis ni sorcier ni railleur; mais toute ma vie, j'ai lu ce verset du Pentateuque, et j'éprouvais toujours le chagrin de me dire : Quand réaliserai-je les trois manières d'adorer Dieu, indiquées dans cette profession de foi? Tu aimeras T Etemel ton Dieu^ y est-il dit, de totU ton cceur, de toute ton âme y et de toutes tes facultés. J'ai prouvé que je l'aime de tout mon cœur et par tous les moyens , mais je n'avais pas encore subi l'épreuve de l'amour par toute mon âme comme je la subis en ce moment, et c'est l'instant de faire cette lecture ; je suis heureux que cette circonstance de démontrer ma foi se présente maintenant, et j'ai manifesté ma joie, t» En achevant ces mots, il rendit ame.

Nehemi Emsouni a servi R. Akiba vingt-deux ans^ et appris chez lui l'interprétation des moindres particules de la Bible (-|{< riK p*) Qj). Il lui expliqua, par exemple, le verset : Tu craindras FÉtemel ton Dieu (Deutéronome , vi, i3), où la particule Dit indique qu'il faut non moins respecter la Loi.

8. En vue de la porte orientale qui fait face au sanctuaire le plus reculé du Temple, il faut se tenir décemment, parce qu'elle est tournée vers le Saint des Saints. L'on ne montera sur la montagne du Temple , ni avec une canne , ni avec ses souliers , ni avec sa bourse ou ceinture, ni avec la poussière sur les pieds; on n'y passera pas^ comme par un passage (pour abréger la route), et à plus forte raison est-il interdit d'y cracher.

On a enseigné que, lorsqu'on remplit de petits besoins, on se tourne vers le nord, et, pour les grands, vers le sud. R. Yossé bar-R. Rouu dit que cette règle ne s'applique qu'à un certain espace de Jérusalem (par respect pour le sanctuaire); à partir du sophim (point d'observation du Temple), R. Akiba dit qu'elle s'applique partout et spécialement aux endroits qui ne^sont pas entourés de murailles. On a appris de même qu'il ne faut pas, pour les grands

* Rabli^ tr. Pesa'him, fol. 39 ^ — * H y a dans le texte le terme latin compenainna , passage abrégé.

besoins, présenter la face à Torient et se tourner contre l'occident, mais se tenir de côte. Selon R. Juda, cet avis doit être exécuté seulement en vue du Temple; selon R. Yossé, cest seulement à partir du eophm^; selon R. Âkiba, il s^applique partout et spécialement aux endroits qui n'ont pas de mur. R. Akiba dit : J'ai suivi R. Josué pour voir comment il s'y prenait dans ce cas, et j'ai remarqué qu'il était assis ayant un côté tourné vers l'occident (c'est-à-dire entre le nord et le sud); il ne s'est découvert qu'en étant assis, et il ne s'est assis qu'après avoir creusé un trou^; enfin il s'est essuyé, non avec la main droite, mais avec la gauche. Simoù ben-Azaï a également constaté qu'en suivant R. Akiba il a fait les mêmes remarques.

On a enseigné dans une boraîtha qu'il ne faut monter sur la montagne du Temple, ni avec des souliers, ni avec la poussière sur les pieds, ni avec de l'argent enveloppé dans une étoffe, ni avec sa ceinture^. Pourquoi? en vertu de ce verset : Garde tes pieds quand tu vas dans la maison du Seigneur (Ecclésiaste, iv, 17). R. Yossé bar-R. Juda dit que c'est en vertu de ce verset (Esther, lY, 9 ) : car Ton ne peut se présenter à la porte du roi dans un vêtement desac; or, s'il en est ainsi pour un mortel , à plus forte raison doit-on bien se comporter devant le Seigneur. On ne doit pas non plus en faire un lieu de passage ni à plus forte raison y cracher; car, si c'est un manque de respect d'y passer sans but religieux, il est évident qu'on ne doit y faire aucun signe de mépris.

9. Toutes les bénédictions dites lors de l'existence du Temple se terminaient par les mots (béni soit Dieu) dans k monde (éternellement). Lorsque les minim* sont venus dire par erreur qu'il n'existe que ce bas monde , on a décidé qu'on dirait : ^un monde à Vautre (pour affirmer l'immortalité de l'âme). On a établi aussi l'usage de saluer son prochain au nom de Dieu. Il est dit en effet (Rutli, n, 4) : Comme Booz arrivait de Bethléhemy il dit aux moissonneurs : Dieu soit avec vous! Ils lui répondirent : Dieu te bénisse! Il est dit encore (Juges j VI , 12): Que Dieu soit avec toi, héros fort. Puis (Proverbes , xxiii ,22): Ne méprise pas ta mère de ce quelle est vieille. Et il dit ( Ps. cxix ,116):

* Observatoire sur Jérusalem. Voir de ^ Tossephtâ sur notre traité, section 7. Saulcy, Voyage en Terre-Sainte, t. II, * Ces inmim (hérétiques) peuvent être p. 1 5o et suiv. aussi bien les Sadducéens que les Phari-

* Voir Deutéronome, chap. xxni, v, siens, selon Geiger et Schorr, cités par %h. M. Derenboiu'g. Essai, etc. p. i3i.

17A TRAITÉ DES BERAKHOTH.

Lorsqu'il est temps â^agir en faveur de Dieu, déchirez vos lois. R. Nathan explique ainsi ce verset : Parfois, on dérange la Loi, ou son étude (par exemple en saluant le voisin, etc.), mais c'est encore une œuvre agréable à Dieu.

On a enseigne que dans le Temple, au lieu de répondre amen y on disait : Bëni soit à jamais le nom de son règne glorieux. Comment sait-on que Ton ne répondait pas an^en au Temple? Parce qu'il est dit (Nëhémie, ix, i5) : Levez-vous et bénissez F Étemel votre Dieu^ etc. Et d^où ^t-on qu'on répondait cette formule après chaque bénédiction? Parce qu'il est dit : Il est ékvé otfdessus de toute bénédiction et de toute louange (ibid). R. Josué Deromia dit : Il y a trois objets décrétés par les tribunaux humains et qui sont confirmés par le tribunal d'en haut; ce sont : la ruine de Jéricho, l'histoire d'Esther, et le devoir de saluer son voisin par le nom. Pour la ruine de Jéricho, il est dit (Josué, vu, 90 ) : Israël a péchi, etc. Or, Josué n'a rien décrété; cela prouve que le tribunal d'en haut l'a approuvé. Dans l'histoire d'Esther, on lit que les Juifs ont accompli la fête et Font transmise par tradition (Esther, ix, 97). Rab dit que l'acceptation a été exprimée au singulier, c'est-à-dire par le tribunal céleste seul. Gonune preuve du salut au nom de Dieu, on lit ceci : Booz, en arrivant de Bethléhemj dit aux moissonneurs : Que Dieu soit avec vous; et ce qui prouve que le tribunal d'en haut l'a confirmé, c'est qu'il est dit ailleurs (de Gédéon, Juges, VI, 1 9 ) : £/n ange de F Étemel luVappartU et lui dit : Que Dieu soit avec toi^ héros de F armée. R. Aboun dit, au nom de R. Josué ben-Lévi, qu'il en est de même des dîmes, puisqu'il est écrit (Malakhi, n, 10) : Apportez toutes les dimeSy etc.jusqu^à satiété; or, dit R. Yossé bar-Simon bar-Ba, au nom de R. Yochanan, un objet dont on ne peut pas dire qu'il y en ait de trop (^1) est le produit de la bénédiction céleste ^ R. Berachia, R. Helbo et R. Aba barliai disent, au nom de Rab : Vos bénédictions seront tellement nombreuses qu'on se fatiguera d'en rendre grâce.

Il est dit : Ne méprise pas ta mère si elle est vieille (Proverbes, xxui, 99). Cela signifie, selon R. Yossé bar-R. Boun, que, si l'explication des préceptes mosaïques te semble vieillie, il ne faut pas pour cela les mépriser, en vertu de ce verset. R. Zeira l'explique ainsi : Si ta mère est affaiblie, lève-toi pour la soutenir. C'est ainsi qu'Elkana poussait Israël à se rendre au Temple pendant les trois grandes fêtes, comme il est dit : Cet homme monta chaque année de sa vitte, etc. (I Samuel, i, 3).

Il est dit aussi : Lorsque c'est le moment d^agir pour F Etemel ^ déchirez même votre Loi (Psaume cxix, 196). R. Nathan retournait ce verset pour l'expliquer :

' Même série, tr. Taanith,c\i. ui, S 9.

Dëchirez votre Loi, dit-il, lorsqu'il est temps de faire une manifestation pour démontrer l'existence de Dieu (de même qu'Élie sacrifia à rÉtêmel, dans ce but, sur une hauteur, loin de Jérusalem, ce qui d'habitude est interdit). R. Hilkia dit au nom de R. Simon que, en vertu de ce verset, on appelle déchirer la Loi y de f étudier à des intervalles de temps trop séparés l'un de l'autre. Dans ce même verset, d'après ce que l'on a enseigné, R. Simon ben-Iochaï trouvait l'interprétation suivante : Si tu vois le signe manifeste, disait-il, que les hommes ont abandonné l'étude de la Loi, aie le courage de l'aborder, et tu obtiendras autant de récompenses que tous les hommes ensemble, parce * qu'il est dit : Déchirez votre Loi lorsqu'il faut agir pour VÉtemel, Hillel l'ancien disait : Lorsque les Sages, par leurs études, réunissent les explications bibliques. Dieu les répand ensuite; mais lorsqu'elles sont dispersées, il les rassemble. Ilillel disait aussi : Si tu vois que la Rible est aimée par Israël et que tous s'en réjouissent, il peut s'isoler; mais, au cas contraire, il réunit ses adeptes. R. Éléazar dit : De même qu'il faut allaiter l'enfant à chaque heure de la journée, de même tout homme en Israël doit s'occuper à chaque instant de la Loi. R. Yona dit, au nom de R. Yossé ben-Nezera : Toutes les paroles vaines sont mauvaises, mais celles de la Loi sont bonnes; d'ordinaire, le silence seul est bon, mais pour la Loi il ne vaut rien.

R. Simon ben-Lakisch dit : J'ai vu écrite, dans la MeghiUath hassidim (recueil des gens pieux), l'explication de ces mots : Si tu nCahandormea un jour ^ je te délaisserai fendant deux. Cela ressemble à deux individus, dont l'un partirait de Tibériade et l'autre de Séphoris, et qui se rencontrent dans une auberge. Avant qu'ils aient fait en se quittant un mille de chaque côté, il y a déjà entre eux un intervalle de séparation de deux milles ; et si une femme est promise à quelqu'un, elle l'attend aussi longtemps qu'elle a eu idée de l'épouser; et, dès qu'elle apprend qu'il ne pense plus à elle, elle se dispose à en épouser un autre.

On a enseigné au nom de R. Meir : Tout homme pieux en Israël récite cent bénédictions par jour; ainsi, il dit des bénédictions avant^et après la lecture du schéma', avant et après le repas; il récite trois fois les dix-huit bénédictions de Y'amida, et il accomplit d'autres préceptes qu'il bénit (le total s'élève à cent). De même, disait R. Meir, tout homme pieux en Israël est partout entouré de la mise en pratiqué des commandements divins : On porte les phylactères sur le front et sur le bras, le mezouza sur le linteau de la porte, la circoncision sur son corps , les quatre franges à son vêtement. Aussi David a-t-il dit : Je t'ai hué sept fois par jour pour tes jugements équitables (Psaume cxix, i6U); de même il dit : Vange de T Etemel garde ceux qui le craignent et il veille sur eux (Psaume xxxiv, 9). En entrant au bain, le psalmiste remarqua, dans son état de nudilé, qu'il ne portait sur lui aucun symbole religieux, o\ il se dit : Hélas, je

suis dépouille de tout précepte divin. Mais, en apercevant la circoncision, il commença à louer TEternel : Au chef des chantres sur FinsIrumetU de schemifdthy chant de David (Psaume xl). R. Élëazar dit, au nom de R. Hanina : Les gens d'étude contribuent à la paix de Tunivers, ainsi qu'il est dit (Isaïe, liv, i3) : Tous tes enfants seront instruits par T Eternel^ et la paix de tes fils sera abondante.

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