‹ Traité des cancers de l'estomacChapitre 5 sur 11 · TROISIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

TROISIÈME OBSERVATION

Ën 1819, Victoire, veuve Bussy, de la commune. d’Arci-Sainte-Restitut ( Aisne ) , âgée de quarante ans , douée d’une forte constitution , me consulta pour une maladie des fonctions digestives qui durait depuis six ans.

Elle l’attribuait à la même cause que les malades précédens.

Pendant cé long espace de temps , suivant plu-

t<5t les conseils donnés que la force de l’instinct,

elle fut chercher d’abord l’appétit dans les stiraulans, tels que les viandes, les vins 5 bientôt dans les amers et les drastiques *, et plus tard dans les fondans. Ne variant ses remèdes que pour se nuire, quand je la vis pour la première fois , elle était dans un état voisin de la mort. Des vomissemens presque constans accompagnaient la digestion 5 elle avait en aversion toute espèce de corps gras 5 elle éprouvait des douleurs cruelles vers l’épigastre et les articulations vertébrales , douleurs qui lui persuadaient que sa maladie était des rhumatismes -, elle était dans le marasme 5 toujours penchée en avant quand elle se livrait à quelque faible mouvement; et ses mains appliquées sur la partie supérieure de l’abdomen , lui faisaient reconnaître dans cet endroit une vaste tumeur qui, à elle seule, donnait la juste idée des désordres du viscère souffrant.

Dans le seul but de prolonger le terme de la vie , je prescrivis la diète pendant quarante-huit heures, l’application de six sangsues au-dessous de l’appendice xipboïde, l’usage d’un verre d’eau commune coupée avec du lait, des cataplasmes émolliens sur l’abdomen , et le repos dans le lit.

Les douleurs perdent de leur acuité dans ce court espace de temps; je conserve le même traitement, et, de plus, j’ordonne deux cuillerées de crème de riz préparée au lait coupé avec de Feau , et légèrement sucrée.

Le cinquième jom’, les symptômes sont moins graves j je n’opère d’autre changement que celui de doubler la dose alimentaire. Enfin, à mesure que la gi'avité du mal diminue , j’augmente insensiblement la portion alimentaire, sans abandonner les autres moyens curatifs 5 et au terme de six semaines les vomissemens ont disparu -, la digestion est plus facile 5 on ne ressent à l’épigastre qu’une pesanteur moindre que la première fois, mais toujours continuelle^ et la tumeur, peu sensible, est moins volumineuse.

Alors prescrivant le régime à la malade, je lui ordonne, pour alimens, les fécules, les fruits sucrés et mucilagineuxj et, pour boisson, de l’eau commune coupée avec du lait, ou slicrée, ou contenant en dissolution des mucilages.

Elle ne devait se livrer à l’exercice, que préalablement une ceinture ne fut appliquée sur l’abdomen, quelques doigts au-dessous de la tumeur.

Par la pratique de ce régime, la malade a repris à la longue une grande partie de ses forces physiques-, elle a pu, trois ans après, mêler ses travaux a ceux des moissonneurs^ ses bras valent plus que sa subsistance 5 et au moins, quoique sa vie ne soit pas entière, elle est loin d’être un fardeau.

Page 1