‹ Traité des constructions rurales et de leur disposition (volume 2)Chapitre 10 sur 38 · POUR LES GRAINS · texte numérisé non relu

POUR LES GRAINS

Les silos sont des locaux où la conservation des grains a lieu par la soustraction des influences de l'air extérieur et des modifications de température; ce sont presque toujours des cavités souterraines ou des fosses dans le sol. Le grain doit être parfaitement sec, et le silo où l'on se propose de l'enfermer exempt de toute humidité et incapable d'en contracter par la suite : si ces deux conditions sont bien remplies, on peut compter sur la conservation du grain ; mais il faut avouer de suite qu'il est très-difficile d'obtenir la réunion de ces deux qualités indispensables. Beaucoup d'essais ont été faits, sous le climat de Paris, à diverses époques, et les résultats en ont été peu favorables. Cependant tous les historiens consacrent la possibilité de conserver les blés dans des espaces clos. Les anciens avaient

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des silos pour cet usage ; non-seulement ils en ont établi dans les pays méridionaux comme l'Italie et l'Afrique, mais encore les récits des voyageurs nous apprennent qu'ils en avaient construit sur les rives de la mer Baltique; enfin, chez nous, il existe un remarquable spécimen de silo à Amboise, où il est creusé et construit dans le coteau qui domine les bords de la Loire (1 ) ; d'autres subsistent auprès de Valence (Drôme), et il est probable que plusieurs excavations trouvées dans l'intérieur de nos vieux châteaux avaient pour destination de conserver des grains.

A notre époque, si l'on envisage les difficultés pratiques que présente la conservation des grains dans les silos, on pourra peut-être douter de ses avantages au point de vue économique. Les frais de construction des sifos, les chances d'altération du grain, l'accumulation des intérêts que produirait la valeur du grain pendant plusieurs années, sont de justes motifs de craindre que la rémunération du résultat ne soit pas proportionnée aux dépenses : la spéculation sera heureuse suivant telles années et désastreuse suivant telles autres ; aussi la plus grande prudence doit-elle présider à toute décision relative à l'établissement de pareilles constructions.

Les divers systèmes de silos qui ont été construits affectent généralement la forme d'une grosse bouteille; ils sont ordinairement enfouis dans le sol; leurs parois sont formées en pierre de taille dure, en béton hydraulique, en brique ou même en terre glaise calcinée à l'aide de paille qu'on y introduit et à laquelle on met ensuite le feu; on a même proposé un revêtement intérieur en métal. Lorsque l'on emploie la maçonnerie, on l'isole du sol environnant à l'aide d'une couche de sable, de brique pilée ou en morceaux, de bitume ou d'asphalte, afin d'intercepter le plus possible la communication de l'humidité : on pourrait peut-être même laisser un vide tout autour. Quand les silos sont parfaitement secs, on y introduit les grains, après les avoir desséchés, principalement en les passant dans une étuve. Les expériences modernes ont démontré que les blés, pour se

(1) On en trouvera la description faite par M. Herpin dans le Bulletin de la Société d'encouragement pour l'industrie nationale, tome XVIII, 1819.

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conserver, ne devaient pas contenir plus de 15 à 16 pour 100 d'eau. Afin d'absorber l'humidité qui se manifeste en forme de buée lorsque l'on remplit le silo, on a proposé d'y renfermer, en même temps que le grain, une certaine quantité de chaux vive. On ferme ensuite le silo très-hermétiquement, et on l'abrite contre la pluie à l'aide d'un toit ou d'un monticule de terre qui rejette les eaux loin de l'ouverture.

Un moyen de suppléer à ces constructions très-dispendieuses, et qui serait mieux à la portée de la plupart de nos exploitations rurales, consisterait à employer des jarres ou amphores en terre cuite que l'on placerait dans des locaux abrités contre les influences atmosphériques , après les avoir bouchées le plus hermétiquement possible.

On nous a encore cité un genre de silo construit dans une de nos localités méridionales. Il est établi en maçonnerie, hors de terre, isolé au milieu d'une chambre, et on peut tourner autour. On l'emplit par le haut et on le vide par le bas; la bouche inférieure est élevée au-dessus du sol, de telle sorte qu'en l'ouvrant tout le grain puisse sortir du silo et tomber dans un récipient portatif, qui sert à reverser le grain à la partie supérieure lorsqu'on veut nettoyer l'appareil. La disposition est analogue à celle d'une cuve couverte en maçonnerie pour la vendange. Ce silo sert à la conservation annuelle du grain , qu'on peut visiter ou renouveler de temps en temps.

Du reste, la construction des silos à grains est plutôt du domaine du commerce ou de l'industrie que de celui de l'agriculture ; mais comme beaucoup d'essais ont été tentés par des cultivateurs, et qu'ils trouveront peut-être des imitateurs, nous ne pouvions omettre les indications que nous venons de donner : nous renverrons, pour le surplus, aux travaux des auteurs qui ont spécialement écrit sur les moyens de conserver les grains (1).

(1) Duhamel du Monceau, Bucquet, Tillet, de Lasteyrie, Tessier, Parmentier, Ternaux, Intierry, d'Artigues, Demarçay, Dejean, Darblay, Huzard fils, Phi'lippar, Herpin, Doyère, H. Mangon, Robin, etc.

LOCAUX POUR LÉGUMES

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