DISPOSITIONS DIVERSES DE FRUITERIES
Fruiterie souterraine. — Les conditions générales pour l'établissement d'une fruiterie que nous avons exposées (page 340) permet-
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tentde juger que les fruits se conserveront bien dans un local souterrain. Une cave, une grotte peuvent donc être utilisées pour cet usage, sous la condition qu'elles soient bien sèches : il faut encore, afin que les fruits n'y contractent pas un goût de moisi, qu'on puisse y renouveler l'air au moyen de soupiraux ou de cheminées qu'on ouvrira ou qu'on bouchera en temps opportun.
Nous citerons, comme ayant conseillé la conservation des fruits dans des locaux souterrains, deux savants distingués, l'abbé Rozier, qui a dit: « Le meilleur fruitier est une cave sèche (1), » etM.Payen, auquel nous empruntons les lignes suivantes (2) :
« La situation qui conviendrait le mieux pour obtenir, dans un fruitier, la plus longue conservation possible, ce serait celle d'un souterrain assez profond pour que la température fût à peu près constante; en -effet, c'est surtout par les changements de température, qui dilatent ou raréfient les liquides renfermés dans les fruits, que la fermentation peut y être excitée et l'organisation extérieure peu à peu détruite. Dans un souterrain profond, ces variations n'ont pas lieu; la température étant toujours assez basse, et l'air n'y pouvant être trop sec, il est difficile que la fermentation s'y développe et s'y soutienne . aussi est-ce une chose assurée que la conservation des fruits dans les souterrains. »
Fruiterie semi-souterraine. — Un local enfoncé dans le sol de la moitié de sa hauteur, ou même plus, réunira presque toujours les avantages d'un souterrain et y joindra ceux d'une ventilation facile ; aussi les soubassements d'une habitation ou d'une construction destinée à la conservation des récoltes ont été fréquemment utilisés pour l'établissement de fruiteries demi-souterraines, et l'expérience en a justifié l'emploi.
C'est aussi la position que nous croyons devoir recommander d'adopter toutes les fois que l'on n'aura point à craindre l'humidité du sol environnant. Il est inutile de répéter que les ouvertures devront
(1) Cours d'agriculture. 1781, 12 vol. in-4".
(2) Dictionnaire technologique (article Fruit), 1826.
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être garnies de châssis doubles et, autant que possible, tournées du côté où soufflent les vents les plus secs.
Fruiterie au rêz-de-chaussée. — Lorsque l'humidité du sol ne permet pas de placer une fruiterie dans une cave, on peut l'établir aurez-de-chaussée. A Thoiiin voulait qu'on choisit cette position ( 1 ), et recommandait de l'orienter au sud-est avec des croisées percées au midi et au levant, et sans ouverture du côté du nord, où serait établi un mur de forte épaisseur.
Nous pensons qu'il serait préférable que la porte d'entrée fût à l'est, une croisée à l'ouest, et qu'il ne se trouvât aucune ouverture au sud et au nord.
Tous les détails de construction que nous avons donnés s'appliquent, à la disposition d'une fruiterie au rez-de-chaussée; nous ne les reproduirons pas.
Fruiterie aux étages supérieurs. — Pour utiliser des emplacements laissés vacants dans des constructions, on a établi des serre-fruits aux étages supérieurs, et quelquefois même sous les combles. A moins de conditions de construction tout à fait exceptionnelles, comme une grande épaisseur des murailles et des planchers voûtés, ces locaux n'assureront que d'une manière fort incomplète la conservation des fruits. Si on veut utiliser des locaux ainsi placés, ce sera le cas d'avoir recours à des lambris en bois dont on garnira toutes les parois, y compris les planchers inférieurs et supérieurs, de remplir l'intervalle entre les murs et ces lambris avec des mousses, des lichens desséchés, des paillis, des corps enfin mauvais conducteurs de la chaleur. Malgré ces précautions, on n'aura qu'un local dans lequel les fruits se conserveront seulement pendant un espace de temps plus ou moins long, suivant les rigueurs des saisons.
Fruiterie à compartiments. — Pour éviter de mettre dans la fruiterie des fruits qui viennent d'être cueillis à côté de fruits qui seraient déjà récoltés depuis quelque temps, et afin de pouvoir, en
(1) Cours de culture, professé au Jardin des Plantes, par A. ïhoùin, publié par 0. Leclerc-Thoùin. 3 vol. in-8 et atlas in-4.
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outre, séparer les fruits les plus ordinaires de ceux que leur beauté fait souhaiter de conserver pendant un assez long espace de temps, il faudrait que la fruiterie fût composée de plusieurs pièces ou compartiments. Il serait à désirer qu'elle comportât deux ou même trois cabinets qui n'auraient entre eux de communication que par une bonne porte fermant hermétiquement. Si la fruiterie comprenait deux compartiments, par exemple, le premier servirait à déposer les fruits au moment de la cueillette, jusqu'à ce qu'ils aient exhalé une partie de leur eau de végétation, qu'ils aient sué : à cet effet, il s'y trouverait plusieurs fenêtres et une cheminée d'aération ; le second compartiment, au contraire, dans lequel on ne pénétrerait que de temps en temps et où l'on ne déposerait les fruits qu'après quelques jours de séjour dans la première pièce, n'aurait d'autres ouvertures que la porte d"entrée et une petite fenêtre pour le renouvellement de l'air, préalablement à tout dépôt de fruits.
Si la fruiterie avait trois compartiments, le premier, muni d'une fenêtre, servirait à vider les paniers au fur et à mesure de la cueillette ; les deux autres, établis comme nous venons de le dire, seraient utilisés pour la conservation, l'un des fruits communs, l'autre des fruits d'élite.
Fruiterie à deux étages. — Une application de cette sorte de fruiterie consiste dans la "superposition des pièces qui la composent. Ainsi la fruiterie principale, voûtée et élevée de 2m,70, est établie demi-souterrainement, c'est-à-dire qu'elle est enfoncée dans le sol de 2 mètres ; l'espace de 0m,70 restant suffit pour le percement de petites fenêtres servant à l'aération en temps opportun. Au-dessus est une pièce d'égale grandeur où se déposent momentanément les fruits et où restent même ceux qui doivent être consommés peu après leur récolte ; cette pièce comporte nécessairement quelques fenêtres. Le comble surmontant la construction sert comme lieu de dépôt des tablettes inutilisées, des paniers pour la cueillette, des étagères de rechange, etc.
' La première porte d'entrée de la fruiterie s'ouvre sur un petit palier qui coupe l'escalier en deux parties, l'une par laquelle on
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monte à la partie supérieure, l'autre qui donne accès à la pièce souterraine.
C'est une disposition qu'on ne saurait trop recommander toutes les fois qu'on construira un bâtiment spécialement dest'né à une fruiterie (1). •
Fruiterie circulaire. — La plupart du temps, la forme des fruiteries est carrée ou rectangulaire, suivant les facilités d'emplacement dont on dispose ; nous devons indiquer, cependant, une disposition circulaire qui pourra, dans quelques cas, être appliquée. M. Lemaitre de Saint-Aubin a fait établir dans une de ses propriétés et a décrit, sous le nom impropre de fruitier pyramidal (2), une fruiterie renfermée dans une tourelle qui avait servi de colombier. Les murs de cette tourelle ont 1 mètre d'épaisseur ; l'entrée est placée au sud, avec deux ouvertures au-dessus l'une de l'autre, et une seule au nord ; on descend dans l'intérieur par six marches : au milieu est un montant établi sur pivot tournant à volonté. Sur ce montant sont adaptées, à une distance de 0m,30 l'une de l'autre, des traverses en croix, avec gousset évidé, qui, à chaque étage, se contrarient avec les traverses ; dessus reposent des tablettes circulaires avec un petit rebord. De pareilles tablettes sont placées autour, sur des tasseaux scellés dans le mur. Une échelle inclinée est attachée par deux barres de fer sur le pivot central et tourne avec lui, de manière qu'on puisse visiter les fruits sur les tablettes du pourtour.
Le constructeur de cette fruiterie, craignant sans doute que le mouvement ne dérangeât les fruits placés sur les tablettes du milieu, avait rendu fixe le montant qui supporte l'échelle. Celle-ci était alors soutenue par deux bandes de fer coudées et garnies d'un œil à leur extrémité, qui lui permettait de tourner sur le montant central. A chaque étage, des petits crochets en fer sur le montant
CI) M. le marquis A. G. de Reverseaux a établi une fruiterie analogue à celle que nous décrivons dans sa propriété de Manouyaux, près la Loupe (Eure-et-Loir).
(2) Mémoire sur un fruitier pyramidal propre à différents usages en agricullure el sur les moyens de garder les fruits frais loule l'année. In-8 avec planches (extrait des Annales de l'agriculture française, 1838).
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de l'échelle et, vis-à-vis, des anneaux aux tablettes servaient à arrêter l'échelle et à la rendre immobile lorsqu'on désirait visiter les fruits.
On pourra, de cette manière, utiliser une tourelle jusqu'à une hauteur de 3m,50 à 4 mètres : c'est pourquoi nous avons cru devoir consigner le mode de construction de cette fruiterie.
Des étagères circulaires tournant sur un pivot central peuvent être établies dans toute fruiterie, quelle que soit sa disposition ; l'ensemble de leur superposition affectera la forme cylindrique, la plus économique, ou la forme pyramidale, la plus élégante : elles auront l'avantage de pouvoir tourner sous la main du visiteur et de lui présenter ainsi les- fruits qu'il désirera.
Fruiterie portative. — On n'a pas toujours à sa disposition un local qui puisse être consacré spécialement à la conservation des fruits ou qui soit propre à cet usage. Pour y remédier, on a recours à des appareils de formes diverses, qui sont le plus généralement mobiles, et qu'on place dans des caves, dans des celliers, dans des pièces enfin où l'on n'ait à redouter ni l'humidité ni les atteintes de la gelée. Nous allons décrire deux modèles de fruiterie portative, dont l'emploi suffira dans beaucoup d'exploitations rurales.
Le premier, qui a été soumis à l'examen de la Société d'horticulture (1), consiste en une série de boîtes en voliges deOm,O I5 d'épaisseur, dont la forme est celle d'un tronc de pyramide quadrangulaire de 0m,12de hauteur; le panneau qui forme le fond est éloigné de 0m,03 de la base. Lorsqu'on superpose ces caisses, elles s'emboîtent les unes dans les autres, de manière à ce que chacune serve de couvercle à la précédente ; le rebord laissé à la partie inférieure de chacune d'elles vient alors recouvrir la boîte placée au-dessus et la ferme presque hermétiquement. Les fruits déposés dans ces«boites sont donc à l'abri du contact de l'air, ce qui est une des conditions les plus favorables à leur conservation. De la disposition des caisses
(1) Rapport sur un fruitier portatif ', présenté par M. V. Lachesnaye à la. Société impériale d'horticulture, par L. Bouchard, secrétaire de son comité de publication {Journal de la Société d'horticulture, mars 1858).
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en pile résulte d'abord une certaine facilité pour visiter et trier les fruits; lorsqu'on enlève successivement les caisses d'une pile pour en former une nouvelle dans un ordre inverse de celui de la première, on peut examiner les rangées de fruits l'une après l'autre. En outre, ces boites ont l'avantage d'être fort commodes lorsqu'il s'agit de transporter ou d'expédier au loin les fruits ; il suffit alors de remplir, avec de la mousse ou de la fougère, les vides de chaque boite et d'en attacher plusieurs ensemble pour que leur contenu ne soit pas abîmé par les mouvements du transport.
Un autre modèle a été décrit, il y a quelques années déjà, par M. Mathieu de Dombasle (I) : « On fait construire, en planches de sapin ou de peuplier de 0m,010 à 0m,015 d'épaisseur, des caisses de 0"',08 seulement de hauteur et de 0"\60 de longueur sur 0m,40 de largeur, le tout pris en dedans : toutes ces caisses doivent être de dimensions bien égales, de manière à s'ajuster exactement les unes sur les autres ; elles n'ont pas de couvercle, et le fond est formé de planches de 0m,008 à Om,OIO d'épaisseur, solidement fixées par des pointes sur le bord inférieur des planches qui forment les parois des caisses. Au milieu de chacun des quatre côtés de la caisse, on fixe, par des clous, près des bords supérieurs, des morceaux de bois ou tasseaux de 0m,08 à 0m,12 de longueur sur 0in,05 de largeur et 0m,015 d'épaisseur. Ces morceaux sont appliqués, par une de leurs faces larges, sur les faces extérieures de la caisse, et en sorte qu'un de leurs bords, sur toute la longueur du tasseau, dépasse, en hauteur, de 0,u,0'l environ le bord supérieur de la caisse. Ces tasseaux ont deux destinations : d'abord ils aident au maniement des caisses, en servant de poignées par lesquelles on saisit facilement, des deux mains, les petits côtés ; ensuite ils servent d'arrêt pour tenir exactement les caisses dans leur position, lorsqu'on les empile les unes sur les autres ; à cet effet, ces tasseaux doivent être un peu délardés ou amincis en dedans dans la partie qui dépasse la hauteur de la
(1) Calendrier du cultivateur, par Mathieu de Dombasle. — Voir aussi Traité de la taille des arbres fruitiers, par Hardy, jardinier en chef du Sénat au Luxembourg.
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caisse, de manière que la caisse supérieure puisse poser exactement sur les bords de la précédente, sans être serrée par le bord des tasseaux. »
L'idée est la même dans ces deux appareils ; la forme seule diffère. Le premier modèle intercepte plus complètement le contact de l'air avec les fruits ; le second est peut-être préférable ; il semble d'un maniement plus facile, à cause des tasseaux qui sont sur les côtés, et en outre il est un peu moins coûteux dans sa construction.
SÈCHERIES
POUR LA DESSICCATION DES FEUILLES ET TIGES DES PLANTES ET SPÉCIALEMENT DU TABAC.
CONDITIONS GÉNÉRALES
Les conditions spéciales à tout local destiné à la dessiccation de substances végétales sont l'abri contre l'humidité et l'accès facile de l'air; mais, pour certaines plantes et pour les tabacs particulièrement, les sécheries doivent encore permettre à la lumière de pénétrer jusqu'aux feuilles, sans toutefois que celles-ci soient frappées par les rayons du soleil. Car on a remarqué que les feuilles de tabac desséchées dans l'obscurité restaient vertes, tandis que celles qui étaient soumises à l'action d'une lumière trop vive devenaient pâles et blanchâtres : or l'on sait qu'une couleur brune est celle qui donne le plus de valeur aux produits du tabac. Le vent ne doit pas avoir trop d'accès dans une sécherie, son action pourrait endommager ou rompre les feuilles en les frappant les unes contre les autres.
Ce n'est que dans une grande culture qu'on peut penser à élever des sécheries spécialement destinées au tabac, ou à d'autres plantes médicinales ou industrielles, et encore est-il bon de les disposer de