FÉ CU LE RI ES
La fabrication de la fécule de pommes de terre peut être annexée à une exploitation rurale quand celle-ci se trouve dans des circonstances favorables à la culture de cette plante. Un local spécial est presque toujours nécessaire aux manipulations que réclame l'extraction de la fécule.
Si l'on n'a qu'une petite quantité de pommes de terre, une pièce au rez-de-chaussée et même une partie de hangar protégée contre un froid trop vif peuvent suffire à la préparation ; une râpe mue à bras, quelques baquets avec robinets, dont deux ou trois surmontés d'un tamis, y trouveront place ; les tubercules y seront apportés après avoir été lavés au dehors. Quant à la dessiccation, elle s'opérera soit dans le four, soit dans l'étuve s'il en existe une, soit dans le comble d'un bâtiment, soit enfin dans une chambre dont on laissera les fenêtres ouvertes.
(I) Instruction théorique et pratique sur la fabrication des eaux-de-vie de grains et de pommes de terre, par Mathieu de Dombasle, 2e édition, in-8, figures.
— Traité complet de la distillation de toutes les principales substances qui peuvent fournir de l'alcool, vins, grains , betteraves, etc., par A. Payen, membre de l'Institut. 2e édition, 1861, in-8, figures.
FÉCULERIES.
Mais, lorsque la fabrication de la fécule est entreprise sur des proportions plus grandes, il faut établir une féculerie proprement dite. Celle-ci se composera d'abord d'un manège ou d'un moteur à vapeur pour transmettre l'impulsion au laveur et à la râpe. A côté du laveur, des clayonnages permettront aux tubercules qu'on y jettera de s'égoutter : le laveur et les claies d'égouttage peuvent se trouver dans la même pièce que le manège. La râpe sera disposée* dans un local attenant, où les. cuves surmontées de tamis seront placées sur des chantiers ; il serait très-commode qu'on pût y amener une conduite d'eau de manière à ce qu'un robinet s'ouvrit au-dessus de chacune des cuves. Ces locaux seront pavés en béton, ou en pierres jointes avec du ciment hydraulique, ou, mieux encore, en asphalte, avec ruisseaux d'écoulement.
On voit que la disposition qui *a été indiquée pour une distillerie agricole et représentée dans les pl. 118 et 119 conviendrait bien à une féculerie ; il n'y aurait qu'à surmonter ce local par un étage servant de sécherie. On pourrait encore adopter celle de grange à T (fig. 461, p. 312), avec une semblable addition. — La sécherie est ordinairement un hangar sur poteaux placé au-dessus de l'étage inférieur, et dont toutes les parois latérales sont fermées par des planchettes clouées sur des montants, inclinées en forme de persiennes, et laissant entre elles un petit intervalle ; la fig. 538 en montre le mode d'établissement. Des courants d'air très-vifs circulent bientôt à travers les parois opposées d'un bâtiment fermé par une pareille clairevoie. Cette sécherie est pavée en carreaux de terre cuite ; nous en avons vu plusieurs dans lesquelles l'aire était formée en plâtre : l'eau qui s'échappait de's paniers où l'on dépose la fécule au sortir des cuves était reçue par le plâtre, qu la laisse ensuite s'évaporer sous l'influence des courants d'air circulant dans le local.
La sécherie est garnie d'étagères montées sur un châssis vertical
Fig. 538.
FÉCULERIES.
et analogues à celles employées dans les magnaneries; seulement, au lieu de claies, la partie inférieure de l'étagère est une planche en bois blanc élevée à 0m,30 environ au-dessus du sol, et les autres tablettes sont remplacées par des cadres en bois portant des toiles tendues, et distants de 0m,20 à 0m,25 les uns des autres ; quelques tablettes destinées à recevoir les blocs de fécule sortant des cuves sont à claire-voie composée de tringles espacées de 0,n,0'2 entre elles.
— Pour en opérer plus vite la dessiccation, on peut exposer la fécule dans une étuve ordinaire, ou dans une chambre échauffée par un poêle et autour de laquelle on dispose des étagères analogues à celles que nous venons d'indiquer ; ce qui constitue une étuve à courant d'air.
La forme de l'étuve établie à Grignon doit être indiquée. Elle présente une forme carrée de 3,n,30 de côté et est divisée en deux étages (1) : le premier, haut de 2m,33, contient le poêle fournissant le calorique et sert au séchage complet des fécules; le second étage, haut seulement de 1m,66, renferme les coudes formés par le tuyau du poêle et sert à un dessèchement préparatoire. L'une des faces de l'étuve est en plâtre ; une ouverture y est pratiquée pour l'introduction du combustible dans le poêle. Les trois autres faces ont leurs parois doubles et composées de planches en bois blanc clouées en dedans et en dehors sur des poteaux montants. Cette espèce de matelas d'air compris entre les planches empêche la déperdition de la chaleur.
Afin d'éviter l'entrée des ouvriers dans l'étuve, où ils seraient incommodés par la chaleur, on a rendu mobiles les tablettes destinées à recevoir la fécule, en leur donnant la forme de tiroirs que l'on peut ouvrir et fermer à volonté du dehors.
— Dans de- grands établissements, une partie des manipulations doit être remplacée par des appareils mus par la vapeur : ainsi une chaîne sans fin et à godets prend les tubercules à la sortie du la-
(1) Annales de Grignon, ^livraison, 1829, in-8, figures.
424 BLANCHISSERIES
veur mécanique et les porte sur un plan incliné, d'où ils tombent dans les râpes ; au-dessous de celles-ci, des toiles sans fin et enroulées sur des cylindres reçoivent la pulpe et la transportent sur des tamis ; des pompes ou des robinets surmontent ceux-ci ; les cuviers placés au-dessous sont disposés en gradins à côté les uns des autres, pour faciliter le passage des eaux chargées de fécule d'une cuve dans l'autre.
La féculerie de Grignon était disposée ainsi : le rez-de-chaussée, établi en contre-bas de la levée d'un étang dont les eaux donnaient l'impulsion à un moteur hydraulique, contenait les divers appareils de la féculerie ; il formait un rectangle de 5m,30 X 13m,50 ; à côté était un silo ou magasin à tubercules de 4mX 'I3m, 50. Au-dessus de l'atelier étaient la sécherie, une étuve et un logement de surveillant.
— Les pulpes, comme celles produites par les distilleries, pourront être conservées dans des fosses analogues à celles que nous avons décrites pour les légumes (p. 338, fig. 478 et 479).
— Les eaux provenant des féculeries, se putréfiant facilement et laissant alors émaner des odeurs incommodes, seront conduites au loin, employées en arrosages, ou renfermées dans des fosses étanches et couvertes d'où on les extrait plus tard pour le même emploi, ou enfin conduites dans des puits absorbants, s'il n'y a point d'inconvénient à en établir dans la localité. Les ruisseaux pour l'écoulement de ces eaux seront solidement établis, au moins dans l'intérieur du domaine.
BLANCHISSERIES
Une blanchisserie est le lieu où l'on blanchit le linge. Celte expression comprend deux acceptions : le blanchiment et le blanchissage. Opérer le blanchiment d'un tissu, c'est le rendre blanc en lui ôtant ou en modifiant les matières qui lui donnent une autre cou-
BLANCHISSERIES
leur ; par exemple, après leur tissage, les toiles sont écrues, c'està-dire jaunâtres : on veut les rendre blanches, on en opère le blanchiment; les appareils spécialement nécessaires à cet effet appartiennent plutôt à l'industrie manufacturière qu'à l'industrie agricole (1). Opérer le blanchissage du linge, c'est lui restituer la blancheur qu'il a perdue, le purger des matières qui le salissent accidentellement, le nettoyer : cette opération doit être fréquemment renouvelée pour le linge, surtout pour celui de corps, dans les exploitations agricoles éloignées d'établissements spéciaux de blanchissage.
JN 'ayant à nous occuper que des préparations rustiques, nous comprendrons sous le nom de blanchisserie l'ensemble des constructions nécessaires au nettoyage du linge. Les diverses parties de cette opération s'exécutent dans des locaux distincts, attenant ensemble le plus souvent, mais séparés quand elles s'appliquent à de grandes quantités de linge.
Dépôt pour linge sale. — Le linge sale est déposé dans une pièce à la fois sèche et aérée, et qui doit être fermée à clef. Les combles de bâtiments conviennent parfaitement à cet usage, auquel on consacre quelquefois une portion de la buanderie ou de la lingerie.
Quand le plancher est en bois, on peut y jeter le linge sale en tas, mais il est exposé à s'y échauffer, ce qui n'a pas lieu lorsqu'on le suspend en l'air ; quand le plancher est en terre crue ou cuite ou en pierre, on ne peut plus mettre le linge par terre ; il faut alors le déposer sur des cordes ou mieux sur des traverses horizontales formées par une planche en sapin bien rabotée, à bord supérieur arrondi, élevée à \ mètre du sol et placée sur champ dans des sortes de mâchoires en bois attachées sur les murs ou sur des chevalets. On emploie encore des coffres à claire-voie ouverts par le haut, et contenant des compartiments pour les diverses sortes de linge.
Essangerie. — On commence ordinairement le blanchissage du
(1) Le blanchiment de quelques toiles écrues peut s'opérer d'une manière satisfaisante dans une buanderie, quand il s'agit de linge grossier.
BLANCHISSERIES
linge en le trempant dans l'eau froide, de manière à lui enlever quelques impuretés les plus solubles : c'est ce qu'on appelle essanger (échanger). Cette opération facilite le lessivage ; toutefois, elle est presque inutile lorsqu'on opère le lessivage à la vapeur. On essange le linge dans des baquets ou dans les bassins des lavoirs que nous décrirons ci-après.
Buanderie. — La buanderie ou buerie est une pièce fermée contenant un fourneau et des cuves pour le lessivage du linge, qui, par les systèmes ordinaires, est toujours accompagné de buée.
Comme cette opération n'a lieu qu'à des intervalles de temps plus ou moins éloignés, il n'est pas toujours nécessaire d'y consacrer une pièce spéciale. La plupart du temps, la buanderie se confond avec le fournil ou avec la cuisine rurale ; elle peut encore servir très-utilcmcnt de salle de bain. Ce n'est que dans une grande exploitation que la buanderie doit être distincte des bâtiments servant à un autre usage : dans ce cas, elle sera aussi rapprochée que possible de la lingerie.
Le sol de la buanderie doit être recouvert avec soin en dalles, en asphalte ou en ciment ; les parois en briques surmontées d'une couche d'asphalte épaisse de 0m,0l, établie à la hauteur de 0"',50.
— On sait que le lessivage s'opère de trois manières principales, soit par le coulage, soit par le bouillage, soit par la vapeur. Le but est de rendre solubles les impuretés du linge sali, afin que le lavage puisse les enlever : ces impuretés consistent, la plupart du temps, dans des graisses animales qu'il faut combiner avec des alcalis provenant des cendres, ou des sels de potasse ou de soude, pour en obtenir, à l'aide de la chaleur, la saponification et, par suite, la dissolution dans l'eau.
Les belles découvertes sur les corps gras, dues à M. Chevreul, ont fait voir que la saponification n'avait lieu que d'une manière incomplète à une température inférieure à 1 00e centigrades. Le lessivage à l'aide de la vapeur doit donc être celui qui s'opère le plus rapidement; il donne aussi les meilleurs résultats, ainsi que l'avaient prouvé les expériences de Chaptal et de Berthollet.
BLANCHISSERIES
Voici les dispositions locales que nécessite chacun des procédés de lessivage qui viennent d'être indiqués.
Le coulage, continu ou discontinu, s'opère dans un cuvier contenant le linge ; il est porté sur des tréteaux et placé non loin d'une chaudière mise sur le feu et où chauffe le liquide. Cette chaudière peut n'être qu'un chaudron suspendu à une crémaillère, ou soutenu par de hauts chenets dans une cheminée : il est préférable d'employer un fourneau analogue à celui qui est représenté dans la pl. 117 (fig. 525 à 530, page 4'I5). Pour le coulage continu, le cuvier est élevé au-dessus du niveau de la chaudière dans laquelle la lessive coule à l'aide d'un tuyau de communication. Dans quelques buanderies bien organisées on établit un massif en maçonnerie à côté du fourneau, pour supporter le cuvier au linge. 11 faut, dans ce cas, que la plate-forme soit bien de niveau, afin que le cuvier porte d'aplomb. Si elle est construite en pierres de taille, on y fait quelquefois un encastrement pour le bord inférieur du cuvier, afin que le fond de ce cuvier soit appuyé par la plate-forme.
Le bouillage, qui consiste dans rébullition directe du linge plongé dans l'eau de savon, s'opère à l'aide d'une chaudière placée sur un fourneau. Ce procédé ne peut s'appliquer qu'à de petites quantités de linge; autrement, il faudrait de vastes chaudières, de grands frais de combustibles et un long espace de temps pour réchauffement. Cependant il pourrait quelquefois y avoir avantage, surtout si on voulait avoir du linge très-blanc, à échauffer par un jet de vapeur le liquide où serait plongé ce linge.
Le lessivage à la vapeur peut s'opérer à l'aide du fourneau que nous venons d'indiquer (pl. 1 17) : sur sa chaudière on posera un cuvier à fond inférieur percé et à fond supérieur mobile, comme celui qui sert à la cuisson des aliments destinés au bétail. Il suffira d'y placer verticalement, et vis-à-vis des trous du fond, pendant l'entassement du linge, quelques bâtons ronds (de 0m,07 à 0m,08 de diamètre); on les retirera avec précaution lorsque le cuvier -sera rempli de linge, de manière à laisser au milieu de l'empilage autant de cheminées communiquant avec le fond de l'appareil et s'élevant
BLANCHISSERIES
jusqu'au sommet, où on les ferme avec un peu de linge. Avant d'allumer le feu, on verse sur le tout autant de litres d'eau que l'appareil contient de kilogrammes de linge pesé sec, eau dans laquelle on a fait dissoudre des cristaux de soude à raison de 1 kilog. par 25 litres. On ne doit point employer pour la lessive le tonneau qui sert à la cuisson des aliments, parce qu'on risquerait de tacher le linge; il faut avoir un cuvier spécial. On pourrait encore utiliser l'appareil Stanley, représenté fig. 532 (page 417).
Il est bien préférable de se munir d'appareils construits à cet effet, et principalement de l'un de ceux qui sont représentés dans les fig. 539, 540 et 541 ; les deux premiers servant à l'usage de
Fig. 539.
Fig. 541.
Fig. 540.
buanderie seulement, tandis que le troisième peut servir à la fois de buanderie et de baignoire (1) : il suffit de diriger leur tuyau en tôle dans le conduit d'une cheminée. La facilité du transport de ces appareils, la possibilité même de les installer près du lavoir ou de la rivière, les rendront très-utiles dans une exploitation rurale. On ventile parfois la buanderie par une ouverture circulaire pratiquée à la partie supérieure du plafond : on y établit un tuyau qui entoure celui du fourneau principal, et tantôt s'élève au-dessus (fig. 542) et tantôt se termine un peu plus bas. Frotterie ou Savonnerie. — L'opération qui suc- Fig. 542. cè(je au iessivage est le savonnage, que les lavandières accomplissent généralement dans des baquets posés sur des
(1) Ces appareils sont fabriqués par S. Charles, quai de l'École, 16, à Paris.
BLANCHISSERIES
tréteaux. Il est rare qu'une pièce spéciale soit nécessaire pour cet usage. Quand le savonnage n'est pas fait dans la buanderie, il l'est souvent dans le lavoir même. Quelquefois, cependant, un local attenant au lavoir est destiné aux savonnages; il suffit qu'il soit couvert, et que le sol soit revêtu d'un dallage avec pente pour l'écoulement des eaux.
On construit encore en maçonnerie hydraulique de petits bassins, dans lesquels on amène l'eau par des tuyaux ou par des conduits ouverts supportés par de petits murs. La margelle ou bordure supérieure du bassin est formée par une dalle inclinée qui sert de carreau à laver; la pente en est quelquefois garnie d'un petit rebord qui retient le linge et peut conduire l'eau sale hors du bassin; sa hauteur au-dessus du dallage de la pièce est de 0m,30 ou de 0m,80, suivant l'usage des lavandières de se tenir à genoux ou debout en savonnant. La construction de ces bassins est généralement trèscoûteuse à établir.
Lavoirs. — Les lavoirs sont l'endroit où l'on rince le linge. Ils se composent ordinairement d'une aire couverte garnie d'une bordure dont la saillie est inclinée à l'extérieur, et devant laquelle s'étend une nappe d'eau dont le niveau lui est inférieur de quelques centimètres seulement.
La bordure (qu'on appelle carreau, ou plateau, ou selle, ou dalle, ou planche à. laver) est large de 0m,30; on l'établit soit en pierres plates juxtaposées, soit en dalles continues, soit en bois; la pierre doit être dure de préférence, non gelive et bien polie : les pierres schisteuses s'emploient avec avantage ; le bois doit être parfaitement raboté, afin que les éclats ne déchirent pas le linge.
Le lavoir sera rapproché de la buanderie autant que le permettra la source d'eau qui lui est indispensable.
Abri. — Un toit protégera les laveuses contre le soleil ou contre la pluie. Suivant la disposition des lieux, il comportera une ou deux pentes; il sera tantôt porté par un seul rang de poteaux au milieu, tantôt par deux rangs de poteaux, l'un en avant, l'autre en arrière, tantôt par un mur en arrière et par des poteaux en avant ; de ce
BLANCHISSERIES
côté le toit s'avancera au-dessus de l'eau en saillie de 0m,80 au moins, et son bord inférieur pourra n'être qu'à 1m,25 au-dessus du niveau de l'eau.
Il est utile qu'un lavoir soit abrité contre les vents et enfermé dans une enceinte qui mette obstacle à tout enlèvement furtif de linge.
Dimensions. — Une lavandière occupe 0m,7b environ en largeur et de 0"',80 à 1 mètre d'avant en arrière. Ces quantités seront augmentées de 0m,30 pour le dépôt du paquet de linge, soit sur le côté; soit derrière la cassette ou boite, suivant l'habitude des laveuses. Lorsqu'un tréteau est disposé derrière elles pour recevoir le linge et qu'on doit circuler le long de ce tréteau, la profondeur du local peut atteindre 2 mètres; dans ce cas, la largeur sera comptée seulement à raison de 0"',7o par laveuse.
Le bord supérieur du carreau à laver est élevé à 0m,2o ou à 0m,30 au-dessus de l'aire; la largeur de ce carreau est de 0"",30 à C'n,40.
La nappe d'eau aura 2 mètres de large au moins. Si deux rangs de laveuses étaient placés en face l'un de l'autre, cette largeur serait portée à 3 mètres.
Il serait à désirer que la pièce d'eau n'eût pas plus de 0m,40 de profondeur, afin que les laveuses pussent facilement ressaisir une pièce de linge ou un morceau de savon échappant à leurs mains. Un pavage empêcherait que, lors du nettoyage, on approfondit davantage la pièce d'eau.
Dispositions diverses. — Les dispositions de lavoirs diffèrent principalement suivant que le niveau de la nappe d'eau est fixe ou variable.
— Lorsqu'on peut disposer d'une source d'eau, on creuse un bassin auquel on donne une forme quelconque : on le construit en maçonnerie hydraulique, si on craint les infiltrations de l'eau; dans le cas contraire, on se contente de le maçonner en pierres libres. On y amène l'eau par un petit canal garni, à son arrivée, d'une vanne et d'une rigole de dérivation, afin de détourner l'eau si on le juge à propos. Une autre vannette retient l'eau à la sortie du bassin; un
BLANCHISSERIES
fossé placé en aval du lavoir doit être assez creux pour qu'on puisse mettre à sec le bassin. Les parois où se trouvent les vannes sont cimentées. On pave le bassin à la profondeur que nous avons indiquée, et on établit autour une chaussée que l'on recouvre d'un dallage; au bord du bassin on applique un carreau à laver, en pierre ou en bois. On recouvre d'un toit les parties où se tiennent les lavandières.
Généralement, quand on établit des bassins en maçonnerie, il y a économie à placer deux lavoirs en face l'un de l'autre (voyez pl. 1 20, page 432 ci-après).
Il est souvent utile de disposer deux bassins contigus dont le niveau soit un peu différent et dont les eaux communiquent par une petite ouverture garnie d'une vannette. Le premier sert au lavage du linge fin, celui qui est au-dessous s'emploie pour le lavage des toiles grossières (voyez pl. 120, page 432).
— Une disposition analogue à celle d'un bassin peut être adoptée lorsque le lavoir est établi sur un cours d'eau au-dessus et à peu de distance d'une retenue, d'un barrage qui maintienne l'eau à un niveau à peu près constant.
— Mais il n'en est plus de même lorsqu'on est obligé de construire un lavoir sur le bord d'un cours d'eau, d'un étang ou d'un vivier, où la hauteur cle l'eau varie.
On se contente alors quelquefois d'établir une série de longues marches en maçonnerie, hautes de 0m,20 et larges de 0m,70. Les lavandières apportent la boîte où elles mettent les genoux, la placent sur la dernière marche que l'eau n'atteint pas et installent un carreau à laver portatif qui peut être attaché à la boite. Mais il arrive souvent qu'il y a trop d'eau sur une marche pour y poser la boîte, et qu'il n'y en a pas assez pour qu'on y puisse laver en plaçant celle-ci sur le degré supérieur.
Il est préférable d'établir un plancher mobile pour le lavoir. C'est alors ordinairement une construction en charpente, au milieu de laquelle un plancher en madriers est suspendu par des chaînes aux quatre coins; il est garni d'un rebord, et, par devant, d'un carreau à
BLANCHISSERIES
laver. De forts crochets reçoivent les mailles de la chaîne, que l'on raccourcit ou que l'on allonge, suivant la hauteur de l'eau, de manière à tenir le plancher à quelques centimètres au-dessus de son niveau.
Fig. 543. Fig. 544. Fig. 545.
La fig. 543 représente, en coupe transversale et à l'échelle de 0m,01 pour mètre, un lavoir à plancher mobile, mais dans lequel les chaînes de suspension s'enroulent , à chaque bout, sur un cylindre fretté en fer et garni de tourillons également en fer et portés par les deux montants qui soutiennent la toiture. On fait tourner le cylindre à l'aide d'un levier engagé dans les trous qui y sont percés, et, un encliquetage le retenant, le plancher est soutenu à la hauteur que l'on désire (I j. Ce système de suspension est plus commode que le précédent : l'un et l'autre ne s'appliquent, du reste, qu'à des parties de planchers dont la longueur ne dépasse pas 2 mètres ou 2m,50. Les fig. 544 et 545 montrent l'élévation et la face d'un autre lavoir mobile à peu près semblable.
Le plancher du lavoir est quelquefois encore une caisse rectangulaire qui flotte à la surface de l'eau, et sur le bord de laquelle on installe une planche à laver. Cette caisse doit être établie en bois dont les interstices sont bouchés avec des étoupes ; intérieurement et extérieurement on applique plusieurs couches de goudron, comme pour les bateaux. Cette caisse, dont le rebord peut être haut seule-
(I) Lavoir établi chez M. Huzard, aux Pâtis, près la Loupe (Eure-et-Loir).
Page 433.
pl. 120.
BLANCHISSERIES
ment de 0m,30 à 0ra,40, est maintenue entre les poteaux qui supportent un toit léger pour servir d'abri. Si l'eau était profonde, la prudence conseillerait d'attacher la caisse avec des chaînes de supension ; dans le cas où un accident y déterminerait une voie d'eau qui la ferait couler, ces chaînes l'empêcheraient de s'enfoncer d'une manière dangereuse pour les personnes qui s'y trouveraient placées.
Etendage ou Sécherie. — La sécherie à l'air libre doit être un terrain bien clos : on y établit, sur des perches de 2 mètres fichées en terre , des lignes de cordes parallèles sur lesquelles on étend le linge mouillé; les piquets extrêmes sont maintenus par des fils de fer attachés à des pierres qu'on enfonce dans le sol.
Les sécheries couvertes sont de grandes pièces attenantes aux lavoirs ou aux buanderies, et dont les parois sont formées avec des planches disposées en lames de persiennes. (Voir fig. 538, p. 422.) Quelquefois on les établit au-dessus des lavoirs ; le plus souvent on utilise comme sécherie des hangars ou des combles de bâtiments. Nous renverrons à ce que nous avons dit des sécheries pour les plantes, pour les distilleries et les féculeries (p. 453, 458. et 422).
On y met sécher le linge sur des cordes", ou plutôt sur des traverses en bois de sapin analogues à celles que nous avons indiquées (p. 425) en parlant des dépôts de linge sale ; mais on les exhausse à différentes hauteurs, depuis 1 mètre jusqu'à 1m,80, pour les étoffes plus ou moins grandes.
Là où existe un moteur à vapeur ou un manège, l'emploi d'une essoreuse, machine à sécher le linge par un prompt mouvement de rotation, doit être recommandé quand on a d'assez grandes quantités de linge à blanchir.
Blanchisserie complète. — La pl. 120 contient les détails de construction d'un établissement presque complet pour le blanchissage du linge dans une exploitation rurale : elle consiste en un petit bâtiment contenant au milieu une buanderie, et à chaque extrémité un petit local pour le savonnage au baquet, servant de passage pour
BLANCHISSERIES
aller aux deux lavoirs couverts qui se trouvent en face l'un de l'autre. Le bassin est coupé en deux parties dont le niveau diffère un peu. Au-dessus de la buanderie est une sécherie pour le linge. Les détails donnés ci-dessus et l'examen des dessins nous dispensent d'en exposer plus de détails. (Élévation fig. 546, plan général fig. 547, coupe en travers du lavoir fig. 548, et coupe longitudinale fig. 549.)
Lingerie. — La lingerie est le lieu où l'on serre le linge; c'est souvent aussi l'endroit où on achève sa préparation, c'est-à-dir^ où on le façonne, où on le raccommode, où on le repasse et où on le plie.
La lingerie sera située, de préférence, au premier étage d'un bâtiment, de l'habitation généralement, et près de la chambre de la maîtresse de maison. Si on ne destine à cet usage qu'une seule pièce, on y établira une cheminée, une table, des armoires et des rayons.
Si la lingerie comporte plusieurs pièces, l'une d'elles sera réservée aux ouvrières couturières et repasseuses; on y installera un fourneau ou une cheminée, une grande table de 4 mètre de largeur, des armoires ouvertes ou des rayons ; d'autres chambres contiendront des armoires qu'on puisse fermer à clef.
On a recommandé d'établir dans les lingeries des armoires ou des placards munis de portes vitrées; ce qui oblige les personnes qui ont soin du linge à y maintenir l'ordre et la propreté et facilite la surveillance.
Pour la santé des ouvrières repasseuses qui brûlent du charbon, il faut que les cheminées où chauffent les fers aient un bon tirage ; si on se sert de fourneaux, ceux-ci seront surmontés par une hotte très-basse et dépassant leur bord, afin qu'il s'établisse un courant d'air ascendant aussi vif que possible.
FUMIÈRES. 435 FUMIÈRES.
CONDITIONS GÉNÉRALES d'ÉTABUSSEMIÎNT.
Le fumier est déposé dans un endroitoù puisse avoirlieu la décomposition des éléments dont il est formé, e' est-à-dire des matières végétales et des déjections animales solides et liquides ; cette décomposition s'accélère sous l'influence simultanée de l'humidité et d'une chaleur peu élevée : le lieu de dépôt devra donc être établi de manière à réaliser ces conditions, et sa disposition sera entièrement inverse de celle des locaux que nous avons examinés jusqu'ici et qui servent à la conservation des substances animales et végétales.
« L'emplacement et la disposition du tas de fumier, dit Schwerz, sont la pierre d'achoppement de presque toutes les exploitations. Malheur à la ferme où, faute d'espace, le fumier est déposé le long de la rue ou dans quelque coin où le liquide qui en suinte se perd à l'extérieur ! Malheur à la ferme dont toutes les toitures déversent les eaux de pluie sur le fumier et dans laquelle il faut dévier cette eau ou en laisser noyer toute la cour ! C'est ce qu'il y a de plus précieux pour la végétation qu'il faut alors répandre au dehors pour se défaire de l'eau qui y est mêlée. Malheur à la ferme où il n'y a pas, où il ne peut être fait de disposition bien entendue pour rendre de temps en temps au fumier l'eau grasse qui en découle, y entretenir l'humidité nécessaire et empêcher le moisi de s'y établir (1)1 »
Nous entrerons donc dans quelques développements sur les divers modes proposés pour la disposition de l'emplacement du fumier, en commençant par résumer les conditions d'établissement qu'il faut s'efforcer d'y réunir. Schwerz, qu'on doitconsulter souvent lorsqu'il
(l) Préceptes d'agriculture pratique (voir note p. 358).
FUMIÈRES.
s'agit de pratiques agricoles, indique ainsi les conditions qu'il est indispensable de ne pas négliger :
1 0 Ne rien perdre du liquide qui suinte du fumier ;
2° Recueillir ce liquide dans un réservoir assez à portée pour pouvoir le reverser au besoin sur le fumier ;
3° Ne laisser couler ou tomber d'autre eau sur le fumier que la pluie reçue naturellement par sa surface;
4° Que l'espace soit assez grand pour que le fumier ne s'amoncelle pas à une trop grande hauteur ;
5° Que les voitures puissent approcher facilement et qu'il ne faille pas un grand effort pour enlever des charges un peu lourdes ;
6° Nousyajouterons qu'il faut que l'emplacement soit assez étendu pour qu'on y forme des divisions de telle sorte que l'ancien fumier ne soit pas toujours recouvert par le nouveau.
Diverses constructions sont en usage pour satisfaire à ces conditions : les aires, les plates-formes, les enceintes, les demi-fosses, les fosses, et les abris couverts, auxquels s'ajoutent comme accessoires les fosses à purin ou à lizier. Nous désignerons par le nom générique de fumières toutes les dispositions d'emplacement pour les fumiers.
Exposition. — Tout ce qui peut émettre une odeur désagréable est généralement, sous notre climat, mieux placé au nord qu'à toute autre exposition, parce que le vent qui souffle en venant de ce côté est celui qui persiste le moins longtemps, qu'en outre il est plus froid que les autres, et, par conséquent, diminue la formation ou la dilatation des gaz doués de mauvaises odeurs. On devra donc rejeter les fumiers dans la partie la plus septentrionale de l'ensemble du domaine et les abriter autant que possible contre les rayons du soleil par des bâtiments, des murs ou des arbres.
Emplacement. — L'emplacement à donner aux fumiers doit satisfaire à deux conditions presque exclusives l'une de l'autre, mais qu'il faut cependant s'efforcer de concilier entre elles : l'une est la proximité du lieu de production, afin qu'on ne soit pas obligé à de longs transports lorsqu'on nettoie les écuries ou les étables; l'autre
FUMIÈRES.
est l'éloignement des logements des animaux, afin que ceux-ci n'aient pas à souffrir des émanations du fumier.
Sous ce rapport, il faut poser, comme règle absolue d'emplacement, le plus grand éloignement possible de la maison d'habitation; nous ne croyons pas qu'il soit utile d'en exposer les motifs.
En général, les 'fumières sont placées au milieu de la cour du domaine, dans la partie la plus rapprochée des étables. Dans les petites et dans les moyennes exploitations, où la quantité de fumier amassé n'est jamais considérable, cette position est passablement bonne, pourvu qu'on y joigne le choix delà portion de la cour opposée à l'habitation. Mais il serait préférable d'adopter pour ces établissements une disposition que nous regardons presque comme indispensable pour une grande exploitation ; elle consiste à établir une cour spéciale pour les fumiers, ou au moins un emplacement derrière les bâtiments qui servent aux animaux; une communication serait établie par des portes qu'on ouvrirait seulement lors du curage des étables ; de cette manière, le transport immédiat des résidus quotidiens n'exigerait pas beaucoup de temps, et les émanations des fumiers ne pénétreraient pas dans les étables par les portes des façades qu'on laisse si souvent ouvertes.
11 faut signaler aussi, comme pouvant permettre l'éloignement des fumières à quelque distance des bâtiments, l'établissement d'un petit chemin de fer devant les étables ou dans leur intérieur : l'enlèvement quotidien des fumiers a lieu alors à l'aide d'un petit chariot qu'il est très-facile de pousser au loin.
Dans les divers plans d'ensemble d'exploitation que nous avons dressés, les fumières ont été toujours rejetées soit aux extrémités des enclos, soit en dehors de la cour du domaine.
Sol des fumières. — Quelle que soit la disposition adoptée pour les fumières, le fond doit être impénétrable aux liquides ; on obtient ce résultat en établissant une couche d'argile de 0m,30 à 0,n,50 d'épaisseur et fortement battue. Dans certaines dispositions, les aires à fumier par exemple, le sol doit être assez résistant pour supporter le poids des chariots à l'aide desquels on enlève l'engrais; à l'imper-
438 FUMIÈRES.
méabilité du sol se joindra son incompressibilité. On recouvre donc la surface soit avec un pavage ordinaire, soit avec un dallage, soit avec un cailloutage composé d'une couche de 0m,30 à 0IU,40 de pierres concassées, ou d'un rang de moellons posés sur champ et surmontés par un lit de débris de pierres mêlés avec un peu d'argile. On augmente l'imperméabilité en faisant reposer ce revêtement du sol sur une couche d'argile bien damée. Afin d'éviter quelques frais, lorsque les fumières ont une assez grande étendue, on établit, de 3 mètres en 3 mètres, des passages pour les voitures ; on les pave s,ur une largeur de 4 mètres, afin qu'on puisse charger deux voitures à la fois, et on recouvre l'intervalle entre deux passages avec de l'argile battue. On emploie encore un bétonnage ayant 0m,1 5 environ d'épaisseur pour les parties destinées à supporter le poids des voitures et 0"',03 à 0m,05 pour les autres.
Les parois verticales des fumières doivent être aussi rendues étanches ; celles qui sont au-dessous du sol peuvent le devenir par l'interposition d'une couche de glaise entre celui-ci et la muraille de soutènement; les parties au-dessus du terrain environnant ne peuvent être rendues imperméables que par l'emploi de matériaux ou au moins de mortiers hydrauliques.
Un "chemin pavé autour des fumières est nécessaire pour permettre l'approche des voitures.
Rigoles d'écoulement. — Les ruisseaux à l'air libre ne peuvent conduire les urines provenant des écuries et des étables jusqu'à la fumière ou jusqu'à la citerne à purin qu'à une très-petite distance; la pente nécessaire à l'écoulement et qui est au moins de 0m,01 par mètre leur ferait atteindre une profondeur qui les rendrait dangereux. 11 faut alors avoir recours aux rigoles couvertes. Les figures
ci-dessus montrent les profils de différents modes de construction dont on peut mélanger les éléments.
FUMIÈRES.
La rigole (fig. 550) est formée de deux montants et d'un pavage plat en briques; elle est couverte par une dalle en pierre. La rigole (fig. 551) consiste en deux, montants en pierre de taille reposant sur une brique spéciale dite à caniveau, analogue à celles que nous • avons indiquées poùr les auges de bergeries (page 157), mais d'un modèle plus petit; la rigole est couverte par une pierre plate, un jalet. La rigole (fig. 552) diffère de la précédente en ce que le fond est construit en briquettes ou en petits moellons assemblés en forme de demi- cylindre. Le fond des rigoles (fig. 553 et 554) est établi à l'aide de deux tuiles ou de deux briques placées à angle vif soit en dedans, soit en dessous des pieds-droits.
Tous ces matériaux doivent être j oints avec du mortier hydraulique, pour prévenir les infiltrations, causes de déperdition ou d'infection.
Il est souvent plus économique de se servir de tuyaux de conduite en poterie ou en ciment, de 0m,15 à 0m,25 de diamètre. Les tuyaux en ciment sont facilement moulés à l'aide d'un mandrin en bois que l'on recouvre de mortier humide ; on retire le moule lorsque la matière est un peu consolidée, et on laisse sécher à l'abri du soleil. La fig. 555 montre la forme de ces tuyaux à emboîtement; on les assemble ainsi que l'indique la fig. 556, et on lute leurs joints avec le ciment qui a servi à la fabrication.
Fig. 555. Fig. 556.
Regards. — Afin de pouvoir nettoyer les rigoles et parer aux obstructions, on établit, de distance en distance, des regards en maçonnerie analogues à celui qui est représenté dans la fig. 557. Le fond est un peu en contre-bas des tuyaux ; là se déposent quelques parties solides qui sont toujours entraînées par les purins; il est aisé de les recueillir en soulevant la dalle ou la plaque qui couvre le regard. On facilitera ce dépôt en plaçant le tuyau de sortie à quelques centimètres en contre-bas de celui d'arrivée, toutes les fois qu'on n'aura point à craindre une légère perte dans la pente totale.
FUMIÈRES.
Pour les rigoles représentées dans les fig. 550, 551 , 552, 553, 554, on se contente souvent de rendre mobiles quelques-unes des dalles qui les recouvrent; il serait préférable d'y établir des regards comme celui de la fig. 557. On pose quelquefois, aux extrémités de ces conduites, de petits grillages en métal ; on y ajoute même desvannettes à l'aide desquelles on peut remplir complètement d'eau les rigoles : c'est le moyen d'opérer des chasses de liquide qui servent au nettoyage et détruisent les rats dont ces cavités sont la retraite.
Citerne à urine ou à purin. — Les parties liquides des fumiers doivent être recueillies avec soin, car elles constituent un de leurs éléments de fertilité les plus actifs : des fosses, des cavités étanches, des citernes sont employées pour cet usage spécial ; tantôt elles sont placées près des écuries ou étables, tantôt elles sont attenantes aux dépôts de fumier. Une place à fumier bien disposée doit toujours être accompagnée d'une partie déclive où se réunissent les liquides qui s'en échappent, et d'où l'on peut les reprendre à l'aide de pompes ou d'écopes pour arroser le fumier et y entretenir l'humidité nécessaire à sa décomposition. Les citernes à purin établies près des étables servent de dépôts où l'on vient puiser suivant les besoins pour l'arrosage des terres en culture , après avoir mélangé les urines avec de l'eau en proportion plus ou moins grande (1).
Les purinières ne doivent pas seulement recevoir les urines des écuries, des étables; les eaux de lavage des cuisines y seront également amenées par des conduits. Les latrines sont aussi très-bien placées au-dessus des fosses à purin. On connaît l'action dissol-
(1) Une partie d'urine pour trois à cinq d'eau : ce mélange s'emploie à la dose de 20 à 25 mètres cubes par hectare. Des calculs, admis aujourd'hui et basés sur les théories chimiques, donnent 1,000 kilogr. d'urine comme équivalents à 1,000 kilogr. de fumier de ferme par les matières minérales que ces deux engrais renferment, et à 2,000 kilogr. par l'azote qu'ils contiennent : en moyenne donc 1,000 kilogr. d'urine équivalent à 1,500 kilogr. de fumier. Ainsi 5,000 kilogr. d'urine (ou lorsqu'ils sont mélangés avec cinq fois leur volume d'eau, 25 mètres cubes) formeraient une fumure très-faible. Elle n'est, d'ailleurs, pas toujours économique, à cause des frais du transport dans les champs à l'aide de tonneaux, surtout pour des distances éloignées.
FUMIÈRES.
vante du purin sur les cadavres ; on peut jeter dans les purinières ceux des animaux qui périssent dans une exploitation.
On a conseillé de mettre les citernes à purin attenantes aux lumières en communication avec une citerne ordinaire ou une mare à l'aide d'un tuyau muni d'un robinet; on peut alors y introduire l'eau dont on aurait besoin pour humecter l'engrais. Quand la source d'eau n'est pas éloignée de plus d'une dizaine de mètres, il est préférable d'amener l'eau dans la fumière à l'aide d'une pompe à main et des conduits mobiles dont nous parlerons plus loin.
— La fosse à purin la plus simple consiste dans un trou dont le fond et les parois sont revêtus d'une bonne couche d'argile bien battue, afin que la fosse soit étanche. 'Lorsque les dimensions de cette fosse sont assez grandes pour qu'il y ait lieu de craindre que la poussée des terres environnantes n'en fasse ébouler les parois, on les soutient par un revêtement en pierres maçonnées avec de l'argile et placées devant une couche de cette sorte de terre bien battue. On se sert encore de grandes futailles qu'on enfonce en terre après en avoir défoncé le bout qui restera en dessus. Enfin on a recours, dans quelques circonstances, à une maçonnerie en chaux hydraulique derrière laquelle est placée une couche d'argile battue et épaisse de 0m,15 à 0m,20 : on forme ainsi une citerne analogue à celles employées pour la conservation des eaux potables ; mais, dans une fosse à purin, l'épaisseur peut être réduite à une demi-brique pour chacun des côtés et à une brique à plat dans le fond ; on doit avoir recours à ce genre de construction lorsque la citerne à purin est établie non loin des puits, de caves ou de réservoirs pour lesquels on aurait à redouter des infiltrations.
Les grandes fosses à purin affectent la forme cylindrique ou celle dite rhomboïdale; dans ce dernier cas, tous les angles doivent être arrondis. Le fond se terminera toujours en cuvette, afin qu'on puisse la vider entièrement; une petite cavité située plus bas que le niveau du fond, et dans laquelle aboutira le tuyau de la pompe, facilitera encore mieux la vidange. Quant à la partie supérieure, divers systèmes de fermeture sont en usage.